‹ Traité de numismatique du moyen âgeChapitre 108 sur 206 · VIII. — LES FRANCS · texte numérisé non relu

VIII. — LES FRANCS

circulation prolongée. C'étaient ces monnaies séculaires qui servaient aux besoins du négoce, et tel était le nombre de pièces émises par les anciens maîtres de la Gaule, que fort longtemps elles suffirent à alimenter le marché.

Vers la fin du vi* siècle, le besoin d'une refonte des pièces d'argent, détériorées par le frai, commença à se faire sentir. Aussi voyons-nous se multiplier bientôt les émissions de petits deniers. « Il est à remarquer, dit très judicieusement B. Fillon, que la plupart des deniers remontant à cette époque reculée sont sortis d'ateliers ecclésiastiques. Cela tient à ce que l'Église, qui résumait en elle l'idée de progrès et qui prenait l'initiative de toutes les innovations profitables au peuple, poussa à la réaction contre l'or dans le dessein de favoriser les petites transactions commerciales. »

Les séries les plus complètes de deniers d'argent que nous possédions sont, en effet, fournies par des ateliers ecclésiastiques. Un évêque de

Fig. 2S1.

Fi-. 2S2.

Lyon, saint Lantbert (680-690) signe en toutes lettres un denier qui porte + LAMTBERTVS IPS, et un de ses prédécesseurs anonymes nous donne la curieuse pièce à la légende + LVGDVNO DINARIOS (fig. 281 et 282). Au Mans, nous trouvons des pièces dont le type,

Fig 284.

essentiellement local, est formé d'un menhir surmonté d'une croix et accosté de l'image des saints Gervais et Protais (fig. 283). Ce type fut continué longtemps dans cette ville épiscopale. A Saint-Martin de Tours, le monnayage fut de bonne heure très fécond ; la trouvaille de Savonnières a répandu en assez grand nombre de charmantes petites pièces où le nom du monastère, + SCI MARTINI, entoure la tête tonsurée du patron (fig. 284).

Dans l'abbaye de Saint-Denis, deux abbés successifs, Chardiricus (672) et Chaino (696-706) mettent leurs monogrammes au revers des espèces (fig. 285 et 286). Partout où règne un immuniste ecclésiastique, évéque

lyO PREMIÈRE PARTIE

OU abbé, un monnayage d'argent surgit. On possède des deniers de

Fig. 28s.

Fig. 286.

Paris (fig. 287), de Troyes, de Chartres (fig. 288), de Maestricht, de Poitiers, de Clermont-Ferrand, du Puy, de Riom, de Javols, etc.

Fig. 287.

Fig. 2i

L'exemple donné par les églises fut suivi par les immunistes laïcs. Une charte faisant partie du cartulaire de Saint-Victor de Marseille, datée de l'an 780, mentionne quatre patrices de la ville, parmi lesquels Antenor, Nemphidius, Metrano. Or, M. Carpentin a étudié une série fort nombreuse de deniers, exhumés en Provence, qui appartiennent indubitablement à ces trois personnages. Ces pièces portent à l'avers une tête, à droite ou à gauche et au revers un nom, tel que ANTENOR, NIFIDVS, N-F-I-DS, NEF (fig. 289), ou un monogramme très facile à décomposer. De son côté, M. Rondier a retrouvé une monnaie d'argent, provenant de fouilles faites près de Melle, qu'il range avec grande vraisemblance à Boggis, duc d'Aquitaine ^ Enfin, A. de Longpérier n'a pas

Fig. 289. Fig. 290.

hésité à reconnaître dans la légende d'un denier le nom d'Ebroïn, maire du palais de Neustrie (659-681). « En disposant le nom d'Ebroïn, dit cet auteur, ainsi qu'on le voit sur le denier, le graveur a pu avoir pour but, non seulement de donner une importance presque royale au maire du palais, mais encore d'imiter certaines monnaies byzantines qui présentent au revers un grand E lunaire (fig. 290). »

Les attributions que nous venons de rappeler représentent une très faible pairtie des renseignements que fournirait l'étude des monnaies

Page 1