De Saulcy, Documents mom'ta'ircs, p. 540 et
2. P. Cuypcrs, 'Scticc sur les inonnaies des comtes de Megen dans la Revue belge de mintism., 185 1.
INTRODUCTION LXXV
c) Imitation loyale. — Il s'en faut que toutes les imitations de types monétaires au moyen-âge aient eu le même but frauduleux que nous venons de signaler. Pour un certain nombre de pièces telles que ïesterlin d'Angleterre, le gros tournois de France, le florin d'or de Florence, l'imitation est souvent faite dans l'intention très avouable, très louable, de faciliter les transactions internationales. Il est à remarquer que ce genre d'imitations ne s'est jamais adressé qu'à des monnaies de très bon titre.
Suivant une observation très sagace de M. de Marcheville, la fixation d'une proportion trop élevée en faveur de l'or en France, à la fin du xiii*^ siècle, produisit une importation énorme d'or étranger correspondant à une exportation équivalente d'argent, c'est-à-dire de gros tournois. Les édits de Philippe IV qui interdisaient sous les peines les plus sévères l'importation des florins d'or, ne purent rien contre l'audace des agioteurs. Dans le premier quart du xiv^ siècle l'argent français était sorti du royaume pour devenir le numéraire des Pays-Bas et Rhénans. C'est dans ces circonstances que se produisit sur les bords du Rhin la fabrication d'une quantité considérable d'imitations parfaitement loyales an gros tournois de France. Nous en trouvons la preuve dans un diplôme du 27 juillet 1328 par lequel Louis IV de Bavière, roi des Romains, accorde à Adolphe VIII, comte de Berg, le droit de frapper à Wippefûrth des gros tournois à la condition de les fliire à la taille et au titre des « ^Mires gros tournois », c'est-à-dire de ceux de France ^
En pratique, la distinction est presque impossible à établir entre les imitations frauduleuses et les imitations loyales d'une monnaie par un prince étranger. L'analyse et la pesée pourraient seules trancher la difficulté. Il importait néanmoins d'indiquer la différence entre le fauxmonnayage proprement dit, ou vol privé, l'imitation frauduleuse ou vol international et l'imitation loyale dont les conséquences étaient aussi bienfaisantes que celles des deux autres étaient funestes.
§ VIII. — Les monnaies anciennes considérées comme monuments historiques
et objets de collection.
a) L'attribution des monnaies. — Attribuer ou déterminer une monnaie, c'est lui donner sa place exacte dans la chronologie et dans la géographie, c'est dire quand, où, par qui et dans quelles circonstances elle a été frappée.
I. En raison de son importance, nous publions plus loin intégralement ce document.
INTRODUCTION
L'attribution des monnaies modernes ne présente le plus souvent aucune difficulté. Leurs légendes donnent les indications nécessaires l\ leur classement : le millésime, le nom du pays, de la ville d'émission, celui du pouvoir monnayant. Il n'en est pas de même pour la plupart des monnaies du moyen-âge.
Ainsi que nous l'avons dit précédemment, le millésime fait défaut quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, un très grand nombre de princes sont homonymes et portent le même titre, t.ifin, la pièce peut être anépigrapbe ou muette.
De nombreuses circonstances viennent encore augmenter les difficultés qu'on éprouve à déterminer une monnaie, par exemple, sa mauvaise conservation ou sa mauvaise frappe. Une pièce tréflée et mal rengrenée peut avoir des légendes complètement différentes de celles qu'elle devrait porter. M. van Vleuten a publié dans le Zeitschrift fur Nuniismatik ^ comme curiosité de surfrappe, un patard brabançon, dit briquet, de la minorité de Philippe le Beau, où le hasard d'un maladroit rengrénage a provoqué la formation de la légende + SIMP'. PÀTÂRD : FAB- CAT\ \Xl BITÂRD'. F., alors que la pièce doit porter 4- SIMP'. PATARD : FABCAT'. Ip, : BRÀ\ I58Z. Le numismate qui, sans
reflexion, aurait placé en Brabant un atelier du nom de Bitard serait tombé dans l'erreur numismatique et géographique la plus grossière.
La reconstitution arbitraire d'une pièce mal conservée est aussi dangereuse. Que de rectifications n'aurait-on pas évitées si les anciens auteurs s'étaient gardés d'interpréter certains types peu nets et de donner, par suite de cette interprétation, des dessins de pièces inexistantes. En général, lorsqu'on se trouve en présence d'une pièce mal conservée ou d'une frappe imparfiite, il vaut mieux la laisser parmi les incertaines jusqu'à la découverte d'exemplaires plus complets, que de s'exposer à écrire une erreur. Les savants les plus expérimentés donnent à cet égard d'excellents exemples de prudence : Thomsen reléguait
I. liin Pi ii:^i'j\-hlLr d.ms la Zcilsclj. f. uiiinisin., t. XV, 1887, p. 224.