VI. — LE MONNAYAGE FEODAL
battu à Orléans à l'époque où il était encore simple duc de France (885-887). Cette pièce, dont nous avons déjà donné le dessin, porte au droit, autour du monogramme immobilisé de Charles, la légende GRATIA Dl REX ODO (fig. 436). Nous hésitons, en ce qui nous concerne, à admettre l'importance historique de ce denier, dans lequel nous ne pouvons voir qu'un simple produit de monnayage royal à type continué; mais l'opinion contraire ayant été soutenue par des autorités de premier ordre, de Longpérier et Fillon, il est nécessaire de Texposer dans ce livre. Le premier des deux auteurs que nous venons de citer, et qui a, croyons-nous, fait connaître le denier avec GRATIA Dl REX ODO, en accompagne la description du commentaire suivant : « Ce denier est extrêmement intéressant pour « l'histoire des types. Eudes, après le siège de Paris, reçut, comme « récompense, le duché de France dont la capitale était Orléans. Si « Ton considère le degré de puissance auquel était parvenu le fils de « Robert le Fort, on ne s'étonnera pas que dès ce moment mêm.e il « ait pu faire battre monnaie. La pièce que je viens de décrire s'ex- « plique parfaitement dans cette supposition. Le type royal est con- « serve, seulement à la suite de la formule GRATIA Dl REX, le nom « d'Eudes a été intercalé. J'ai la conviction qu'il n'existe aucune rela- « tion entre ce nom et le titre de rex. » Cette conclusion nous paraît forcée.
On a complètement abandonné aujourd'hui l'attribution à Hugues le Grand (923-956), duc de France, plutôt qu'à Hugues Capet avant son élévation au trône, des deniers de Paris et de Senlis que de Longpérier a défendue dans sa Notice des monnaies françaises composant la collection Rousseau. Quoi qu'il en soit du reste, nous nous trouvons cette fois en présence d'un monnayage féodal indiscutable, mais qui se confond tellement avec le monnayage d'Hugues Capet, roi, que nous nous réserverons d'en parler en détail dans la troisième partie de ce livre.
Parmi les produits nettement féodaux à l'époque caroHngienne, on doit accorder une place hors pair aux monnaies, sans nom d'atelier, que forgea, soit en Champagne (à Laon, par exemple), soit à Verdun, Herbert, comte de Vermandois. Le premier exemplaire en fut signalé en 1867 par M. l'abbé Chauffier dans la Revue nu-, mismatique. Sous le rapport du type, i-ig- 500
ces pièces appartiennent au même groupe que les deniers d'Adalbéron, archevêque de Reims. La représentation du droit est une tête barbue, couronnée, d'une barbarie extrême, tournée à gauche, avec I. ^18
le nom du roi Lothaire en légende ; au revers, une croix cantonnée est ceinte de HERIBERTVS CO. Cet Herbert joua, dans la politique de la fin du x* siècle, un rôle considérable; en 984, il aida le roi Lothaire à s'emparer de Verdun et, pendant deux ans, cette ville resta entre ses mains.
En Normandie, les débuts du monnayage sont antérieurs à la chute de la dynastie caroHngienne. Certains deniers au nom de RICHARDVS, frappés à Rouen, ROTOMAGVS, et qui reproduisent assez correctemant le monogramme de Charles ou le temple sont, selon toute vraisemblance, contemporains du duc Richard I (943-996).
Dans une région de l'ancien royaume d'Aquitaine, en Auvergne, nous voyons de très bonne heure apparaître une monnaie où la mention d'un seigneur remplace celle du roi. Un Guillaume, comte d'Auvergne, frappe à Brioude, BRIVITES, des deniers de grand module au monogramme carolin immobilisé sur lesquels il inscrit en toutes lettres VI- LELMO COMES. La frappe de ces pièces continua longtemps après le prince qui la fit commencer, mais il résulte, dit Poey d'Avant, de l'examen du dépôt monétaire trouvé en 1762 à la tour de la collégiale de Saint-Ours, à Soleure, que c'est dans la seconde moitié du x^ siècle au plus tard qu'ont dû être émis les deniers de Brioude les plus anciens.
En Guyenne, les premiers deniers bordelais de Sanche, qui reproduisent le monogramme de Carolus, présentent des similitudes apparentes de style et de fabrique avec les monnaies auvergnates de Brioude ; ils remontent également au milieu du x^ siècle.
On ne saurait être aussi affirmatif en ce qui concerne les deniers toulousains de Guillaume Taillefer (950-1037). Le long règne de ce prince est, comme on voit, à cheval sur la fin de la dynastie carolingienne et sur le commencement de celle de Capet. La même observation s'appHque à Raymond I, comte de Narbonne (966-1023), dont on connaît un numéraire signé.
Dans le royaume de Bourgogne, à Lyon, le numismate trouve deux exemples de monnayage de feudataires laïques. Le comte Hugues et son contemporain Guillaume frappent tous les deux des espèces à leur nom. On n'est pas exactement renseigné sur la déUmitation des pouvoirs de l'un et de l'autre de ces personnages. Hugues, qui était parent de Conrad le Pacifique, exerçait son autorité dans le Lyonnais entre 937 et 948. Le 28 mars 944, il présidait un plaid dans lequel il était assisté de Guillaume II, comte de Lyonnais.
Les monnaies de Hugues ont des légendes assez barbares. On lit, à l'avers + CRAC A DEI VGO, Gratia Dei Ugo, et dans le champ COMS ;