L'ANGLETERRE JUSQU'A L'AVÈNEMENT DE CANUT LE GRAND
Sources : Ruding, Annals of the coinage of Great Britain and Us dependencies from the earliest periods of authentic history to the reign of Victoria, 4e édit. Londres, 1840, 2 vol. de texte et i vol. de pi. in-4. — Lelewel, Numismatique du moyen âge, t. II, les Anglo-Saxons. — Hawkins, The silver coins of England. Londres, 3e édition revue par R. Ll. Kenyon, 1887, in-8. — R. Ll. Kenyon, The gold coins of England. Londres, 1884, in-8. — G. F. Keary, A catalogue of English coins in the British Muséum. Anglo-Saxon séries. Volume I. Londres, 1887, in-8.
§ I. — Généralités, types, paléographie,
La période que nous allons étudier, en nous servant des travaux d*ensemble les plus récemment publiés, commence vers le milieu de la seconde moitié du viii* siècle et se termine à la conquête de l'Angleterre par Canut le Grand.
A la suite des guerres qui divisèrent l'heptarchie saxonne aii viii*^ siècle, l'inégalité primitive des sept royaumes avait amené entre eux des rapports de supériorité et de subordination. Wessex, Mercie et Northumberland dominaient sur les autres États rendus tributaires lorsqu'Egbert le Grand, élu roi de Wessex en 800, modifia complètement la situation politique. Il fit passer à Tétat de sujets les peuples du Kent, d'Essex, de Sussex et soumit au tribut les royaumes indépendants de Mercie (812) et de Northumberland (827). Depuis ce moment, l'Angleterre peut être considérée comme ne formant plus qu'une seule monarchie.
Le monnayage des divers États de l'heptarchie s'éteignit l'un après l'autre au profit du Wessex. Dans le Kent, il cesse en 823 avec la conquête d'Egbert; en Est-Anglie, il ne dépasse guère le x* siècle. Dans la Mercie, le dernier roi monnayant est Coelvulf II (874-877). Les Saxons méridionaux, qui peut-être avaient battu des sceattas, ne semblent pas avoir monnayé pendant la période qui s'ouvre à notre examen. En Northumbrie, où l'ancien système persista jusque vers 865, les envahisseurs danois créèrent un monnayage à allure Scandinave qui s'arrête vers le milieu du x'^ siècle.
Les monnaies frappées en Angleterre depuis la fin du viii' siècle jusqu'au xi^ présentent entre elles une assez grande ressemblance de forme. Presque toutes sont deniers ou oboles d'argent; l'or n'apparaît que comme le témoin de tentatives exceptionnelles. Dès le début les pièces sont bien frappées. « La grandeur de la monnaie », dit Lelewel qui consacre aux Anglo-Saxons l'un des trois volumes de sa Numismatique du moyen âge, « était d'abord plus imposante que celle de la « monnaie du continent. Le carreau, toujours .ien approché et adouci, « donnait le flan régulièrement arrondi. Les deux poinçons, la pile et « le trousseau, étaient bien ajustés sous le marteau et remplissaient les « deux surfaces du flan avec l'empreinte, sans laisser les espaces vides « près de la tranche, comme cela se pratiquait autrefois chez les Wisi- « goths et sans dépasser les marges comme cela arrivait en Allemagne. « L'empreinte était distinctement imprimée. Si le temps n'en a pas « effacé ou enlevé quelques parties, il est presque impossible de trouver « sur la monnaie anglo-saxonne des lacunes provenant du défaut des « ouvriers, comme cela est commun aux monnayeurs du continent. La « gravure du type a aussi son mérite particuUer; plus soignée, plus « expressive, elle était plus correcte et observait plus le dessin et les « ornements. »
Lelewel distingue cinq époques dans la période de plus de deux siècles dont traite le présent chapitre. Cette division est très défectueuse, car elle suppose au point de vue du type cinq couches chronologiques nettement tranchées. Nous observons, nous, cinq grands groupes artistiques dans l'ensemble du monnayage anglo-saxon :
1° Art mercien. Créé par Off'a {j'^']-!^^^^ cet art est d'une fécondité étonnante. Il donne au début des monuments remarquables et variées; puis la décadence arrive et les artistes merciens finissent par produire un buste mal dessiné qu'Ethelbald adopte en Wessex (858) où il persiste jusque sous Alfred le Grand (871). Le monnayage du Kent appartient tout entier au groupe artistique mercien.
2° Art est-angUen, suivi avec plus ou moins de mélange d'art mercien dans le Wessex jusque sous Ethelwulf (837-858); il procède directement de l'école carolingienne de la seconde période de Charlemagne.
3° Art danois. Ses manifestations se bornent aux monnaies northumbriennes de Sitric, d'Eric, de Regnald et d'Anlaf (première moitié du x^ siècle).
4° Art d'Alfred le Grand (871-901). Les pièces de ce groupe sont surtout caractérisées par la présence d'une croisette « solitaire placée au centre du champ stérile et vide )).
5° Art d*Acthelrcd 7/(978-995) qui, modifié quelque peu avec la con-