VIII. — L'ANGLETERRE
quête Scandinave de Swen et de Canut le Grand, occupera les premiers temps de la troisième période de notre Manuel. Les types d'Aethelred furent imités non seulement en Irlande et dans les îles de l'ouest de l'Ecosse, mais ils devinrent les modèles du monnayage de Scandinavie, de Pologne et de Bohême.
Ecrivant un Manuel plutôt qu'une étude comparée des types, nous ne pouvons dans ce travail adopter ces groupes artistiques comme ligne de démarcation de nos paragraphes; mais les dessins dont nous illustrons notre texte montreront leur existence et feront ressortir les influences exercées par les écoles artistiques les unes sur les autres.
Le savant Lelewel a résumé dans sa Numismatique du moyen âge les particularités paléographiques que présentent les inscriptions monétaires anglaises. Les plus anciens deniers, notamment ceux d'Offa, roi de Mercie, montrent parfois un curieux mélange de lettres latines et de caractères empruntés à l'ancien alphabet runique. Plus tard, les lettres latines sont d'un emploi exclusif, mais, dit l'illustre numismate polonais (p. ii du t. II), « elles devaient céder dans certains cas aux « difficultés de l'idiome national. Si les Saxons prêtaient leurs noms « à l'écriture étrangère, ils ne les soumettaient point à la merci de « l'orthographe et de lettres qui auraient falsifié leur prononciation. « Ils conservèrent leur propre terminaison nationale, sans y ajouter le « us latin, comme le faisaient généralement les monnayeurs contem- « porains du continent; mais ils étaient embarrassés dans la manière « d'exprimer leurs sons nationaux. Cette difficulté ne pouvait jamais « être complètement levée sans laisser quelques incertitudes et de Tar- « bi traire. On remarque cet arbitraire dans les noms de ce siècle : « OFFA ou OFPA. COENVVLF ou CENVVLF, CIOLHARO, CEO- « LbEARD ou CEOLbÂRD ; LVLA ou LVLLA. L'échange des « voyelles ae, a, .ea, e, 'eo, oe, oi, o, des consonnes th, d, w, p, v, f, fv, «reparaîtra souvent dans chaque âge de la monnaie anglo-saxonne.
« Poiir bien exprimer la prononciation et les sons nationaux du th « on a cherché dès le commencement à distinguer un d barré : EADNOD « ADVVIN, EDELVALD; mais pour distinguer le v dur, l'invention « paraît être retardée; la lettre P fut acceptée, EOPPA, ELAPO, quoique « la prononciation nationale ne l'exprimait pas : elle paraît remplacer « Vf, OFPA. ou le h. Je crois que le même EOPPA écrivait son nom « plus correctement EOBA et celui du roi, OFFA. Depuis le p comme « inutile était supprimé. Pour distinguer les sons de Vf, du v mol et « du V dur, on écrivait F, V, VV. Mais déjà sur la monnaie du roi « Ludica (824-825), le monétaire Werbald exprima son V dur par un
« signe particulier < qui depuis eut sa bosse arrondie, et cent ans plus « tard, sous la forme de P, s'établit dans l'écriture et l'orthographe « anglo-saxonnes. Toutefois, c'était à l'arbitraire de marquer le v dur « par V, VV. FV. VF. P.
« Au moment où la monnaie mercienne se forma, parut celle des « Carlovingiens, et il paraît qu'elle n'a pas été sans une certaine in- « fluence sur l'écriture saxonne. L'écriture carlovingienne était mêlée « de majuscules et de minuscules. Les maju .cules elles-mêmes pre- « naient une forme cursive. Le même phénomène se montre dans « l'écriture mercienne de cette période. Les grandes lettres sont souvent « incHnées et arrondies, REX 5T?, et très souvent remplacées par des « minuscules d, u, y, d, h, b; mais les majuscules prirent enfin le « dessus, et elles s'en tinrent à des formes carrées D, C, E, G, M. »
Comme nous l'avons fait pour les Mérovingiens, nous réunissons dans le tableau suivant, emprunté à M. Keary, l'alphabet non runique complet de la numismatique anglo-saxonne.
G- (g ^ f p ^ "^jr