‹ Traité de numismatique du moyen âgeChapitre 28 sur 206 · I. — ROME ET BYZANCE · texte numérisé non relu

I. — ROME ET BYZANCE

légères différences près, jusqu'à la fin du v* siècle, ce qu'elles étaient avant la division de l'empire. Si nous trouvons dès Arcadius quelques caractères grecs, ce sont des indications purement numérales sur lesquelles nous reviendrons tout à l'heure. Jusqu'au règne de Zenon l'alphabet reste exclusivement latin. La transformation sera d'ailleurs très lente, car c'est seulement avec Constantin Copronyme et Léon IV, qu'un nouvel alphabet remplacera complètement l'ancien.

Les premières lettres qui se modifient sont l'V et l'E ; dès avant le règne d'Anastase, elles deviennent t[ et €. Sous Tibère Constantin, le changement s'étend au B, au G et à l'M, qui affectent les formes b, Çj et 0) . La lettre R et la lettre L ne prennent la forme du rau et du lambda que sous Héraclius consul. Bientôt l'H devient cursif, V oméga se montre; enfin l'S se grécise et devient C. La dernière lettre qui se modifie est l'N, dont la transformation nous reporte à la seconde moitié du viii^ siècle.

Il n'y a pas de règle positive à indiquer quant à l'emploi de ce mélange d'alphabets. L'atelier de fabrication de la pièce est à prendre en considération sérieuse, car les pièces frappées en pays latins conservent plus longtemps les lettres latines sans mélange, que les monnaies frappées dans les officines orientales. On trouve donc sous un même empereur des pièces d'une paléographie sensiblement différente.

Voilà pour l'alphabet. Si l'on examine maintenant l'exécution de chaque lettre, on constate que leurs dimensions varient avec le temps. Anastase I" a encore des lettres régulières, petites, massives; avec Justinien I" elles deviennent plus grandes, moins larges, efflanquées et enfoncées dans le coin, sans grand souci de la symétrie.

A l'époque d' Arcadius et d'Honorius, les jambages des lettres sont coupés à pans droits et suivant la ligne (fig. 17); à la fin du v^ siècle, ils sont terminés en trapèze (fig. 18) :

Fig. 17. Fig. 18.

Les exemples que nous donnons ci-dessus feront comprendre, mieux qu'une longue description, la transformation que nous venons d'indiquer.

Vers le temps de Constant II, les jambages des lettres commencent à prendre fréquemment une forme grêle avec extrémités globuleuses; les caractères sont aussi plus petits. Sur certains sous d'or de Constant II associé à Constantin Pogonat, Héraclius et Tibère, les lettres deviennent presque microscopiques. A l'époque de Justinien II Rhinotmète et de Léon III l'Isaurien, l'aspect bouleté des jambages s'accentue

d*une manière singulière. Nous reproduisons ici la légende VICTORIA AVGVS calquée sur un sou d'or de ce dernier empereur.

Fig. 19.

§ IV. — Les légendes et les monogrammes.

Les légendes des monnaies romaines et byzantines donnent, à Tavers, le nom de l'empereur ou du personnage auguste accompagné de titres qui varient avec les époques. Arcadius et Honorius, en montant sur le trône, conservent la formule employée depuis longtemps par leurs prédécesseurs: D- N- — P- F- AVG-, c'est-à-dire: Dominus noster — pius felix augustus. En Occident, Avitus, et en Orient, Léon I", remplacèrent les mots pius felix par celui de perpetuus représenté sur les monnaies par les abréviations PERPET., PERP ou PP. Sous leurs successeurs, l'épithète de felix reparut quelquefois associée k perpetuus.

Sur les monnaies de Justinien II Rhinotmète, de Filepicus et d'Anastase II, la légende de l'avers change et le mot perpetuus fait place à MVLT^S ou MVLT- ANN- Qnultis annis). Héraclius consul s'intitule sur quelques-unes de ses monnaies: DN- ERACLIO ou ERACAI* CON- SYAIBA ou CONSVAI ou CONSABIA.

Au début de l'existence séparée des deux empires, les légendes des revers restent ce qu'elles étaient avant les fils de Théodose le Grand. Elles sont le plus souvent une allusion à la bonne entente des princes : CONCORDIA AVGG.; de vaines flatteries comme celles qui font d'Arcadius la NOVA SPES REIPVBLICAE ou le TRIVIVIFATOR GENT- BARB. Les légendes les plus communes sur l'or rappellent des succès militaires mensongers ou proclament une invincibilité des armées de la Ville Éternelle sans cesse démentie par les faits: VIRT- EXERC- ROM-, VICTORIA AVGG-, GLORIA ROMANORVM. VIRTVS ROMANORVM ou INVICTA ROMA AETERNA. Quelques princes, dit Cohen, eurent le bon sens de ne pas perpétuer ces mensonges ridicules sur leurs monnaies; leurs légendes font allusion au triomphe de la foi, qui, du moins, était réel: SALVS REPVBLICAE. SALVS MVNDI. Sur quelques sous d'or de Théodose II et de Léon I", l'inscription du revers mentionne la dix-septième année du consulat: IMP. XXXXII- COS- XVII- PP-; cette légende est reproduite sur les pièces d'Eudoxie et de Pulchérie.

Presque tous les empereurs romains ont mentionné sur leurs monnaies le renouvellement des vœux officiels. Cet usage fut continué par les premiers empereurs d'Orient, jusque sous Justinien I".

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