V. — LES LOMBARDS
Cunipert régna d'abord Gonjointement avec son père Pertarid (679- 688), puis seul (688-700). Il existe des tiers de sou d'or, portant à l'avers le buste royal, de profil à droite, entouré de DN CVNINCPERT et accompagné à la hauteur du nez d'une lettre isolée dans le champ : au revers, la Victoire romaine appuyée sur une longue croix est censée représenter saint. Michel : SCS M IHIHL.
Aripert II (701-712) continua, dans le nord de la Péninsule, le monnayage des tiers de sou d'or au buste et au Saint-Michel, en se bornant à remplacer, par DN ARIPER, le nom de son prédécesseur. M. D. Promis a étudié un curieux triens de fabrique méridionale, sur lequel la mention royale est associée à celle d'un des ducs entre lesquels était partagée la majeure partie des conquêtes lombardes. Cette pièce, que nous reproduisons ici (fig. 91), porte d'un côté un buste de face, couronné, avec le globe crucigère : ARIPER XCEL REX (Aripert excellentissimus rex); le revers a la croix byzantine à long
pied entourée de IFFO GLORIVSO DVX. On ne connaît pas, dans l'histoire, le personnage dont il est question dans cette remarquable inscription monétaire; quant au titre de gloriosus dont IfFo se décore, M. D. Promis l'a retrouvé dans un diplôme du milieu du viii* siècle, où Gisolf, duc de Bénévent, s'intitule vir gloriosus.
On n'a pas encore reconnu, à ce que nous sachions du moins, les monnaies de l'usurpateur Ansbrand. Il n'occupa du reste le pouvoir que très peu de temps, et ses émissions durent être très restreintes.
Les tiers de sol au Saint-Michel de Luitprand (713-744) sont d'un type un peu plus barbare que celui de ses prédécesseurs. Il s'y intitule DN LVTPRAN en lettres partiellement liées. Les marques monétaires usuelles, placées devant le visage royal, sont M, Milan, T, Ticinus, Pavie. Le médaillier du comte de Salis, aujourd'hui au Musée Britannique, renferme une silique d'argent que son savant collecteur attribuait à Luitprand; le droit de cette pièce est occupé par un buste drapé et diadème, de profil à droite, avec légende immobiHsée et inintelligible ; le revers porte un monogramme dans lequel on retrouve toutes les lettres des mots Dn. Luidprand rex. C'est à tort, croyons-nous, que M. Keary a contesté cette attribution, aussi certaine que peut l'être celle d'une pièce où le nom du prince doit se découvrir par la décomposition d'un monogramme Fig. 92. (fig. 92).
On classe à Radchis (744-749) des triens chargés au droit d'un monogramme et au revers d'une croix à branches potencées, ceinte de la
légende immobilisée VI VI VI...; mais cette attribution demande à être confirmée.
Sous Astaulf (749-756), les données de la science redeviennent certaines; pour la première fois, nous trouvons, écrite en toutes lettres, la mention d'un atelier monétaire. Ce roi, DN AISTVLF REX, battit à Lucques, FLAVIA LVCA, des triens portant à l'avers une croix à branches potencées, analogue à celle de la pièce attribuée à Radchis, et au revers une étoile à six rais. Un autre atelier, sans doute Pavie, utilise une dernière fois l'empreinte du Saint-Michel que nous avons déjà maintes fois signalée, mais le buste royal a fliit place à un monogramme
encore inexpliqué (fig. 93).
Dans les régions italiennes soumises à l'influence plus directe de Byzance, Astaulf, frappe, peutêtre après la prise de Ravenne, des sous d'or de flan épais où ^'^' ^'- s'étale un buste de face, barbu,
couronné et crucigère, imité de celui des empereurs. Au revers, la croix byzantine supporte l'initiale d' Astaulf; quant à la légende, c'est une réédition altérée de celle des sous d'or impé- C®1ÛU?<^^ riaux : VICTORIA SA, et le traditionnel CO[NOB] à l'exergue (fig. 94).
De tous les rois lombards, Didier (757- 774) est celui qui eut le monnayage le plus '^* "*' actif. On ne lui connaît pas moins de six
ateliers monétaires : Pavie, Lucques, Milan, Plaisance, Sutri près de Viterbe, et Pise. Les numismates qui ont traité de la série lombarde ajoutent encore Trévise à la liste; mais la légende dans laquelle Azzoni a cru reconnaître le nom de cette ville est évidemment mal lue : le prétendu triens de Trévise fait double emploi avec celui de Sutri auquel M. Brambilla vient de consacrer un intéressant mémoire ^ Le type des triens de Didier reproduit l'un de ceux adoptés par Astaulf : d'un côté une croix à branches égales potencées, de l'autre une étoile à six rais. Le nom du roi est toujours précédé du titre de doininiis et suivi de celui de rex, suivant la coutume établie ; quant au nom de l'atelier, il est accompagné d'une qualification flatteuse pour l'amour-propre des citoyens de la ville où il est établi. C'est ainsi que Pise est dite glorieuse, et que les autres villes sont parées du titre de flavicnnes^ parfois même joint à celui d'augustes : FLAVIA TICINO. Pavie, FLAVIA LVCA,
I. Tremisse incâito al nome di Desiderio, rc dei Lotigohardi . Pavie, 1888, in-40.