‹ Traité de numismatique du moyen âgeChapitre 68 sur 206 · VIII. — LES FRANCS · texte numérisé non relu

VIII. — LES FRANCS

Après Tannée 558 et avant peut-être, le roi 'franc eut probablement des espèces à son nom, mais ces monnaies n'ont pas encore été retrouvées. M. d'Amécourt inclinait à attribuer à Clotaire P'' un tiers de sou de Chalon-sur-Saône, mais la découverte des monnaies de Contran, dont nous parlerons plus loin, rend cette opinion inadmissible ; la pièce porte en effet une croix au revers, au lieu de l'ancienne Victoire ; or ce type ne fut abandonné qu'au milieu du règne de Contran. Le Clotaire de Chalon appartient évidemment à Clotaire II.

Sigebert 1'% fils de Clotaire \" et roi d'Austrasie (561-575), frappa à Toul, TVLLO, un triens où son nom, SIGIBERTVS REX, est claire-

Fig. 174. Fig. 175.

ment écrit; le type de cette remarquable monnaie reproduit au revers une Victoire très dégénérée (fig. 174).

Le Sigebert de Toul fut publié pour la première fois par M. -Robert, dans la Revue numismatique de 1868. Dès 1844 ^^ même recueil fit connaître un triens du même roi qui a été attribué à l'atelier de Trêves; à l'avers, autour du buste de profil, on lit SIGIBERTVS REX; du côté de la Victoire, la légende circulaire donne le nom d'un monétaire : MANOBIO (fig. 175)-

La collection Dassy renfermait un tiers de sou de Sigebert P*", laissé par de Longpérier parmi les inexpliqués, mais que M. d'Amécourt attribuait à Reims; la légende du revers serait en effet, suivant lui, DACCH- REMVS CIVVT, ce qui donne le nom d'un monétaire, Daccho, suivi du nom de la cité. Le type est le même que celui des deux pièces précédentes : le buste et la Victoire à droite.

Cbilpéric I", fils de Clotaire l" et roi de Neustrie (561-584) n'ont pas représenté jusqu'à ce jour dans les collections numismatiqucs.

Caribert 1'% fils de Clotaire I" et roi de Paris (561-567), laisse, comme son frère Chilpéric, une place vide.

Contran, fils de Clotaire P"" fut roi d'Orléans et de Bourgogne (561-593). Le Blanc a public un triens de Contran frappé à Sens. Le droit porte : GVNTHACHRAM R et un buste à droite; le revers SENONI CIVITA et une Victoire crucigère très dégénérée. Cette pièce est aujourd'hui perdue.

Le musée de Madrid renferme deux précieux tiers de sou de Contran, dont nous reproduisons ici la figure. Uun, aux types du buste et de la

Fig. 176. Fig. 177.

Victoire, porte GVNTHACHARANNV (%. 17e); Tautre, au revers de laquelle la Victoire a fliit place à la croix, offre le nom royal sous une forme plus moderne : GVNTHRAMNV.., (fig. 177). Ces monnaies, dont l'importance pour la chronologie de la numismatique mérovingienne n'échappera à personne, puisqu'elle détermine l'époque exacte de la substitution, en Bourgogne, de la croix à la Victoire, paraissent sortir l'une et l'autre de l'atelier de Chalon-sur-Saône. L'initiale de cette ville figure dans le champ du droit de la première et son nom se soupçonne presque en entier au revers de la seconde, dans la fin de la légende CAVILII

Childehert II , fils de Sigebert P"" (575-595), régna d'abord sur TAustrasie, puis sur le royaume d'Orléans après la mort de Contran.

Sur un de ses tiers de sou, frappé au début de son règne, Childehert II reproduit le type de la Victoire de profil que nous avons vu employé sans exception par les monnayeurs de Sigebert P^ La légende du droit est HILDEBERTVS sans qualification; au revers, on lit CHRAMNVS autour de la Victoire et, à l'exergue, la reproduction

de l'indication CONOB qui figure sur les prototypes romains (fig. 178). Lorsqu'en 1842, M. Robert publia cette curieuse monnaie, il l'attribua à Childehert P"" et à son neveu, le malheureux Chramne. Cette conjecture reçut successivement l'approbation de Longpérier, de Charles et de François Lenormant, mais elle fut contestée par B. Fillon qui se refusa à voir dans Chramnus autre chose qu'un monétaire. L'opinion de Fillon semble devoir être définitivement adoptée, malgré tout ce que celle de M. Robert a de séduisant. Il paraît certain aujourd'hui que si Chidcbcrt I" mit une marque personnelle sur quelques-unes de ses pièces, ce fut toujours sous la forme modeste d'un monogramme ; Théodcbert fut le seul mérovingien de son temps qui se crût assez de prestige pour substituer sur les monnaies d'or son nom à celui de l'Empereur.

Le nom de Childehert II est écrit au génitif: -h CHILDBERTI, sur

Fig. 178.

Vlir. — LES FRANCS 73

un triens de Tours au revers duquel le graveur a représenté un quadrupède monstrueux, sorte de dragon dont les pattes sont munies de griffes

Fig. 179. Fig, 180.

et la tête armée d'un bec. La légende donne à la fois l'indication de Tatelier et la signature du monétaire : + TORON I ANTIMI M (fig. 179).

L'atelier de Rodez, la civitas Rutenorum, fournit pour le règne de Childebert II deux pièces caractérisées par la présence, à l'avers, d'un buste de face de style wisigoth et, au revers, d'un monogramme où l'on a proposé de retrouver les éléments du nom de lieu^. Les légendes présentent deux variantes :

+ CHILDBERTVM — ...OGOMERIG MON CHILDEBERTVS — MARETOMOS FESET. (Fig.180.)

A. de Longpérier, qui a le premier fait connaître ce dernier triens, l'attribue à Childebert P'; mais son attribution n'a pas résisté à un examen ultérieur. Il la combat du reste lui-même en faisant remarquer que l'usage d'un type wisigoth est très naturel sous Childebert II, dont les relations avec l'Espagne furent rendues fréquentes par son mariage, contracté en 580 avec la fille de Léovigilde.

La collection d'Amécourt renferme un triens que son propriétaire

classait également à la cité des Rutènes. En voici la description: Dl-

BIRTHVS RIX. Croix élevée sur un globe et accostée de R-V. Revers: MAVRINO... Victoire dégénérée à gauche. L'attribution de cette pièce à Rodez nous paraît très douteuse, bien qu'elle ait reçu l'approbation, assez hésitante, il est vrai, de M. Ch. Robert.

Les planches de Bouteroue et de Le Blanc reproduisent un triens de Childebert II frappé à Arles, dont les exemplaires originaux ne sont plus connus aujourd'hui. Le nom du roi se Ht autour du buste à droite sous la forme: CHILDEBERTVS REX; le revers porte le chrisme accosté de A-R. et la légende: ARELATO CIVIT.

Un autre triens, déjà connu de Le Blanc, et dont un exemplaire existe au Cabinet de France, porte les indices non équivoques de l'atelier de Clermont en Auvergne,^ les lettres AR Cl super- Eg. isi.

posées, pour Arverni civitas (fîg. 181).

I. P.-Ch. Robert, Numismatique de la Provime de Languedoc. II, Période wisigothe et franque. Toulouse, 1879, p. 58.

Fig. 182.

Cloîaîre II, fils de Chilpéric I", roi de Soissons à partir de 561,

devint souverain de la Bourgogne en 593, après la mort de Contran.

De 613 à 622, toute la monarchie fut réunie sous son sceptre.

Clotaire II eut à Marseille un monnayage fécond. Le seul trésor

découvert en juin 1866 à Wieuwerd, en Frise ^, renfermait neuf sous

d'or et deux triens frappés dans l'antique cité phocéenne. Le type, très uniforme, se compose à l'avers d'un buste à d'-^ite; au revers, de la croix haussée sur un globe et accostée de M-A et parfois d'indications numérales. Les légendes (fig. 182) répètent le nom du prince des deux

côtés de la pièce ou font allusion, au revers, à des victoires remportées

par le monarque franc :

CHLOTARIVS REX — CHLOTARI VICTVRIA CLOTARIVS REX — CHLOTARI VICTVRIA CHLOTARIVS REX — CHLOTARIVS REX CHLOTARIVS REX — VICTVRIC NIOVDO

A ces légendes, Leblanc ajoute encore VICTORIA GOTHICA, mais, ainsi que l'a déjà fait remarquer Ch. Lenormant, il est certain que nous sommes en présence d'une mauvaise lecture.

Les types usités à Arles et à Viviers ne diffèrent de ceux de Marseille que par la présence au revers des lettres A-R ou VI-VA au lieu de M-A. De la première de ces villes il existe, outre un certain nombre de triens

rarissimes, un sou d'or (fig. 183) qu'un orfèvre mérovingien a transformé en chaton d'anneau.

De la seconde, on possède des triens dont la légende du revers, CLOTAR- A- ROTHIV pour Clo- Fig. 1S3. tarii Victoria, est partiellement

rétrograde (fig. 184).

Une curieuse influence wisigothe se fait sentir dans l'inscription HINCLITVS ET PIVS placée sur le triens frappé par Clotaire II à Uzès (fig. 185); cette formule constitue un emprunt aux monnaies du roi Léovigilde (573-586).

Sur toutes les monnaies de Clotaire II qui précèdent, nous n'avons rencontré aucun nom d'homme autre que celui du roi; si nous quittons la Provence et le Languedoc pour passer à des ateliers de régions plus

I. J. Dirks, Ttt'sor de IVieuwcrd dans la Rrj. k-lge de nuniisni.y 1867, p. 149.

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