VIII. — LES FRANCS
septentrionales, nous voyons les signatures de monéMires apparaître
Fig. 184.
Fig. 185
parfois à côté de la mention royale. Un triens d'Embrun (fig. i86), où le nom de Clotaire est écrit CHLOTHACHARIVS RIX, porte au revers + AVNEBERTO MVNETARIO: l'atelier est indiqué aux côtés de la croix par les lettres E-B. Un triens de mauvais style attribué à Grenoble
Fig. 186.
Fig. 187.
(fig. 187), à cause des lettres G-R posées de même façon, est signé par le monétaire Lioncius.
Nous avons dit plus haut la raison péremptoire pour laquelle on devait refuser à Clotaire P"" un tiers de sou de bonne gravure frappé à Chalon-sur-Saône. Cette pièce porte le nom de l'atelier : CAVILONNOFIT autour du buste et le nom du roi + CHLOTHARIVS REX autour d'une croix accostée des lettres C-A et posée sur trois degrés. L'attribution à Clotaire II est très plausible.
Il nous reste à citer, pour achever l'énumération des monnaies attribuées à ce roi, un triens émis dans un atelier fort rare de la série mérovingienne, à Saint- Yrieix. Voici la description de cette pièce dont la lecture est due à de Longpérier : AREDI rétrograde. Buste à droite. ^: Hl TARIO. Croix dans une couronne.
Ce triens pourrait bien appartenir à Clotaire III. Il est du reste assez difficile de faire entre les deux derniers rois du nom de Clotaire la répartition des pièces qui leur appartiennent. L'étude de quelques trouvailles permettrait scuk de décider la question et, malheureusement, pour la période mérovingienne, la plupart des monuments numismatiques nous sont rendus isolément par la terre.
Théodebert II, fils de Childebert II (595-612), ne nous donne qu'une monnaie jusqu'à ce jour : un triens frappé à Clermont-Ferrand par le monétaire Manileobus. L'exemplaire conservé au cabinet de France porte du côté du buste D. THEODOBERTVS REX; au revers le champ
j6 PREMIERE PARTIE
est occupé par les mots AR- CIVIT en deux lignes et la légende circulaire donne: MANILEOBO MON.
Une pièce analogue publiée par M. Robert^ semble porter, au lieu du nom de Théodebert II, celui de son frère Thierry II, mais nous croyons, avec M. d'Amécourt, que la légende lue THIOD... DIRII parle savant académicien sur un exemplaire fruste et rogné est, en réalité, THIOD... BIRTI.
Dépouillé de la pièce qui précède, il ne resterait à Thierry II, fils de Childebert II (596-613), qu'un triens portant TEVDERIC autour d'un profil barbare et ARASTES autour d'une croix chrismée. Mais nous ne croyons pas à la possibilité d'admettre, comme le fait M. Keary, cette pièce dans la série royale; ARASTES est le nom d'un monétaire et TEVDERIC l'abréviation du nom de localité, bien connu dans la série mérovingienne : Teudericiacum ou Teodericiacum.
DagohertI", fils de Clotaire II (622-638), fut couronné roi d'Austrasie en 622, succéda à son père comme roi de Neustrie et d'Austrasie en 628 et soumit, en 631, la portion du royaume qui avait échu à son frère Caribert.
« Il nous reste, dit Le Blanc, quantité de monnoyes qui portent le « nom de Dagobert. Je crois que la plupart sont de Dagobert P*" qui « régna fort longtemps sur toute la monarchie, au lieu que Dagobert II « ne posséda qu'un petit état le long du Rhin, pendant l'espace de six « ou sept ans, et que Dagobert III ne régna environ que cinq ans sous « la tutelle des maires du palais. » L'observation de Le Blanc est fort judicieuse et le nombre des pièces dagobertines qui sont à classer au deuxième et au troisième roi mérovingien du nom est des plus restreint.
La série de Dagobert P"" s'ouvre par une pièce frappée à Limoges qui, par son type et ses légendes, occupe une place à part dans la numismatique de la première race. Voici la description de ce curieux monument, découvert en Angleterre non loin de Wibeldon, au comté de Surrey, et qui est aujourd'hui un des joyaux du médaillier national de France : Au droit, un buste à vêtement très orné laissant voir le bras gauche qui élève un sceptre; autour du champ: + LEMMOVIX AGVS- TOREDO ANSOINDO MO ; au revers, une croix potencée dont la haste pénètre dans une couronne et qui est posée sur une base doublée d'une rangée de perles; la croix est cantonnée des quatre syllabes suivantes: IN-CI-VI-FIT ; elle est enfermée dans un grénetis, ouvert à
I, Monnaies mérovingiennes de la collection de feu M. RegnauU. Metz, 1 851, p. 11.
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sa base, pour laisser passer un grand alpha surmonté d'un oméga retourné. Les légendes sont : + DOMNVS DAGOBERTHVS REX FRAN- CORVM (fig. i88). Originairement, la pièce était enchâssée dans trois rangées de grenetis, mais cet encadrement a en partie disparu.
Le poids de cet aureus est d'environ un sou d'or et demi. M. Deloche a parfaitement établi^ que ce monument ne pouvait être une monnaie,
et devait être considéré com^me une sorte de médaille ; mais nous ne saurions cependant le suivre, lorsqu'il tente de lui attribuer la portée commémorative d'une pièce frappée à l'occasion du passage de Dagobert I" à Limoges ou de la réunion de l'Aquitaine aux États de ce prince. Le fait de la découverte de l'aureus en Angleterre indique bien plutôt qu'il a été battu dans le but d'être offert par le roi des Francs à quelque prince anglo-saxon. Ce genre de cadeaux était fort en usage à Rome et à Byzance, et les rois francs avaient très probablement emprunté aux empereurs une coutume parfaitement en harmonie avec le faste de la souveraineté.
Les monnaies signées par Dagobert P*" se répartissent sur un très grand nombre d'ateliers que nous allons successivement passer en revue en commençant par l'atelier de la capitale. On connaît deux triens frappés à Paris. Le premier, publié par Leblanc, porte à l'avers la légende PARISI CIV... autour d'un buste diadème à droite. Au revers, le nom du roi DAGOBERTVS REX occupe le pourtour, tandis qu'au centre du champ une croix, élevée sur la branche médiane d'un oméga, est accostée des syllabes : ELI-GI.
M. d'Amécourt a fait connaître une autre pièce frappée, non plus dans l'ateUer de la cité parisienne, mais dans celui du palais royal : DAGO- BERTHVS RX. Buste à droite. Revers : MONETA PALATI. Croix chrismée sur deux degrés; dans le champ ELI-GI'. On peut encore rattacher à la série parisienne le triens donné par Le Blanc où le nom DAGOBERTVS est écrit autour du buste, tandis qu'au revers, autour d'une croix ancrée accostée de ELI-GI, on Ht REX FELICC
Toutes ces monnaies portent le nom d'un monétaire appelé Eligius.
1. M. Deloche, De V Association sur un sou d'or mérovingien du nom gallo-romain et du nom plus récent d'une ville gauloise dans la Rev. archéologique, octobre 1878.
2. Monnaies de l'école paîatitie dsins l'Annuaire de la Soc. franc, de numism. 1885, p. 271, pi. III, no 4.
y^ PREMIÈRE PARTIE
L^identification de ce personnage avec saint Eloi était considérée depuis deux siècles comme un point définitivement acquis à la science, lorsque M. de Barthélémy, crut pouvoir la révoquer en doute. « Il me semble, « dit-il, qu'il n'est permis d'admettre qu'avec la plus grande réserve la « conjecture d'après laquelle saint Eloi aurait signé des monnaies. Si le « nom d'Eligius paraissait exclusivement sur des monnaies de Dago- « bert P"", on pourrait hésiter; mais on le lit fréquemment, bien que « les noms royaux soient rares dans la numisnrnique mérovingienne, c( sur des triens de Clovis II, qui régna de638à 656. Saint Eloi ayant « été élu évêque de Noyon vers 640, il me semble difficile d'admettre « qu'il ait été monnayer sous Clovis II ; d'ailleurs, saint Ouen, son ami « et son contemporain, à qui nous devons tant de détails sur sa vie, qui « nous parle même de son habileté dans l'art de l'orfèvrerie, ne fait « aucune allusion à la part qu'il aurait prise à la fabrication matérielle « des monnaies royales. »
Dans une note aussi spirituelle que savante, M. d'Amécourt n'a pas craint de s'élever contre les savants qui poussent jusqu'à l'excès la rigidité scientifique, et, réunissant tous les arguments qui plaident en fliveur de l'identité d'Eligius et de saint Eloi, il nous semble avoir clos définitivement le débat. On nous saura gré de rappeler ici le passage de son travail dans lequel il expose le parallélisme des faits certains qui se rattachent à l'Eligius évêque-ministre et l'Eligius monnayeur, en supposant que ces deux personnages soient distincts. « Douze cents noms composent la liste des monnayeurs connus jusqu'à « ce jour; ces douze cents noms désignent plus de douze cents indi- « vidus parce qu'il y eut beaucoup d'homonymes; mais un seul « monétaire s'est appelé Eligius, l'unité de son œuvre en donne la « certitude.
« L'histoire, de son côté, signale un très grand nombre de person- « nages ayant vécu dans le même temps, des ducs, des ministres, des « comtes, des saints au nombre de plus de mille, des évêques, des « leudes, des hommes de tout rang; on peut sans exagération évaluer « leur nombre à six mille....; les homonymes sont donc encore là « très nombreux; mais un seul homme ayant quelque notoriété porte c( le nom d'Eligius, c'est l'évêque de Noyon. L'un Eligius était mo- « nétaire, l'autre était orfèvre et les mêmes hommes exerçaient en « ce temps-là les professions de monctarii et de fahri aurijiccs. Le « monétaire vivait de 610 à 650; l'évêque orfèvre vivait en même « temps. Le monétaire exerçait son industrie à Paris; l'évêque or- « fèvre habitait Paris. Le monétaire a fait une apparition à Marseille « où il a signé des espèces; l'évêque orfèvre a été faire un voyage en
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« Provence et à Marseille. Le monétaire dirigeait l'rtelier du Palais; « l'évêque orfèvre habitait le Palais. Le monétaire a associé son nom « aux noms des rois Dagobert et Clovis IL..; saint Eloi a été le « ministre des mêmes rois Dagobert P' et Clovis II ^ Le monétaire « a été fonctionnaire du palais; non seulement il a présidé l'atelier « particulier du Palais et de l'Ecole du roi, mais encore il a occupé un « rang unique et exceptionnel; seul entre tous les monétaires, il a « inscrit son nom sur une ligne horizontale au miUeu du champ « des monnaies.... Saint Eloi a vécu dans l'intimité de quatre rois « successifs, dignitaire de l'Ecole et prenant part à tous les actes royaux. « Le monétaire était un très habile orfèvre, car il a produit des types « qui par leur art et leur élégance sont au premier rang parmi les « types mérovingiens; il a môme eu le génie de son art puisqu'il a
« créé des types nouveaux, notamment celui de la croix ancrée
« Saint Eloi de son côté était un élève éminent de l'orfèvre monétaire « Abbon, exercé par conséquent, par le fait même de son apprentissage, « à l'art de battre monnaie ^. »
Est-il besoin maintenant de demander si le monétaire Eligius et le ministre Eligius sont le môme personnage ? Pour notre part, nous ne le pensons pas. L'identité du monétaire et de saint Eloi est. un des flùts les plus nettement démontrés de l'histoire numismatique de France.
Sur les tiers de sol les plus anciens frappés à Marseille sous Dagobert P"", aucune mention de monétaire n'est faite. Du côté du buste, on lit DAGOBERTVS REX ; au revers, nous retrouvons l'ancien type marseillais, la croix haussée sur des degrés et accostée de M-A, avec
l'antique formule : VICTVRIA comme légende circulaire. Les
monnaies signées par saint Eloi comprennent des sous d'or et des triens. Leur type est le môme que celui des pièces précédentes, mais le nom ELEGIVS MONE remplace au revers la légende VICTVRIA.
Dans les limites du Languedoc? trois ateliers, Viviers, Uzès et une localité du Gévaudan ont frappé des triens de Dagobert I". Dans la première de ces cités le type est presque identique à celui de Marseille; à l'avers, le buste avec DAGOBERTVS; au revers, une croix Ffg- 189.
haussée sur un globe accostée de Vl-V et placée dans un grenetis. Le
1. Cf. sous notre fig. 196, un triens d'Eligius frappé sous Clovis II.
2. Les monétaires francs. Encore Abbon et saint Eloi, dans V Annuaire de la Soc, franc, de niimism., 1882, p. 79-81.
3. P.-Ch. Robert, Numism. de la Province de Languedoc. II. Période wisigothe et franque. Toulouse, 1879, i"-4°) passim.
8o PREMIÈRE PARTÏE
nom du souverain est répété de ce côté de la pièce, suivi cette fois du titre de REX (fig. 189).
Le tiers de sou d'Uzès, conservée au Cabinet de France, était déjà connu des anciens auteurs qui ont écrit sur les monnaies royales. La curieuse légende du revers, DEVS REX, est expliquée par Le Blanc comme une marque de reconnaissance envers l'Éternel qui avait rétabli Dagobert I", contre toutes les apparences, dans une partie du royaume de son père. L'attribution à Uzès des lettres VC n'a été proposée que de nos jours, mais déjà Bouteroue voyait dans ces deux sigles l'indication d'un atelier (fig. 190).
Le tiers de sou frappé dans une localité du Gévaudan par Dagobert I" a reçu des attributions multiples. Il y a cinquante ans à peine,
Fig. 190. Fig. 191.
on y voyait une pièce battue à Gand, mais cette opinion n'est pas soutenable : il s'agit bien ici d'un produit d'un atelier situé non loin de Bannassac. La légende du revers CANTOVIANOI FIT. FANTO-
TIANO ou LANTOTIANO ne présente malheureusement pas
de lecture certaine (fig. 191).
Si l'on remonte vers le nord, dans le bassin du Rhône, deux villes sont connues aujourd'hui pour avoir émis sous Dagobert l" des espèces à mention royale : à Embrun, nous trouvons un triens de la collection d'Amécourt signé par le monétaire Donatus; à Saint-Maurice en Valais, l'antique Agaunenst monasterium, d'autres triens portent DAGO- BERTVS RIX du côté du buste et ROMANOS MV. ACAVNINSIS autour de la croix accostée de l'indication V-ll. C'est un exemplaire mal lu de la pièce d'Agaune que M. Keary a voulu attribuer à Mayence.
Le numismate lorrain, Mory d'Elvange, dont les manuscrits sont conservés à la bibliothèque de Nancy, avait rencontré un tiers de sou de Dagobert I" frappé à Verdun : DAGOBERTVS-VIRIDVNVM CIV. La trace de cette pièce a été perdue; aucune collection actuelle ne la renferme. Peut-être Mory d'Elvange nous a-t-il donné une mauvaise lecture. Quoi qu'il en soit, si Verdun était dépouillé de ce tiers de sou, son nom n'en resterait pas moins au nombre de ceux des villes ayant fourni des pièces dagobertines. MM. Fillon, d'Amécourt et Robert sont unanimes pour attribuer à la cité meusienne un triens du monétaire Ordagparius : + DAGOBERTHVS REX h ORDAGPARIO MN