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VIII. — LES FRANCS 8l

(fig. 192). Le Style de cette pièce se rapproche beaucoup, en effet, de celui de TAustrasie.

Cest également par analogie de style qu'on a classé à Cologne un très beau tiers de sol que signe le monétaire Amolenus : + AMO-

Fig. 192.

LENO MOE. Par une véritable anomalie épigraphique, le nom du roi + DAGOBERTO R est écrit à l'ablatif comme celui du monétaire

(fig. 193)-

Gemellus est connu comme monétaire tourangeau. On est donc

fondé à classer à Tours le triens sur lequel son nom, GEMELLVS,

entoure un buste à droite, tandis qu'au revers, DAGOBERTVS RE

accompagne une croix placée sur un degré et accostée de deux points.

De Longpérier, dans le Catalogue Dassy, attribue cette pièce à Dago-

bert III, mais elle est d'assez bon style pour qu'avec M. d'Amécourt,

nous la laissions au roi contemporain de saint Eloi.

Il nous reste, pour terminer cette revue des monnaies de Dagobert I", à faire une excursion dans le Cenomannicum. Un triens de Dagobert, sans indication locale, est signé au revers par le monétaire Margisilus, dont le nom se lit sur tous les produits de l'atelier à'Alaona, vicus qui paraît pouvoir être identifié avec AUonnes, non loin du Mans^

Nous croyons pouvoir nous dispenser de citer ici quelques monnaies incertaines attribuées à Dagobert P*", par exemple les triens donnés par M. d'Amécourt à Cormes et à Clermont, une pièce citée par M. Keary comme portant le nom de Chalon-sur-Saône, différents tiers de sou, évidemment mal lus, publiés par Le Blanc. La numismatique du protecteur de saint Eloi est assez riche pour qu^on ne soit pas obligé de la grossir de monuments sur l'attribution desquels la science n'est pas définitivement fixée.

Carihert II (628-63 1)> fi^^ ^^ Clotaire II, roi d'Aquitaine. A sa mort ses États furent réunis à ceux de son frère Dagobert ^^

L'atelier de Bannassac, en Gévaudan, nous a laissé de nombreux triens du roi Caribert IL Leur type est caractérisé par la présence à

I. De Ponton d'Amécourt, Recherche des monnaies mérovingiennes du Cenomannicum. Le Mans, 1883, in-S», p. 7$.

l'avers d'une tête diadémée à droite, et au revers par un calice surmonté d'une petite croix. Les légendes présentent trois combinaisons

diverses^: le roi et l'atelier, +CHARIBER- TVS REX - BANNIACIACO FUT (fig. I94>) le rui et le monétaire Maximin, MAXIMI- NVS M — CHARIBERTVS REX. le roi et le monétaire Léodegisile, LEVCDGIS MONE- TA — CHARIBERTVS RE.

Caribert II nous a laissé également quelques monnaies frappées à Marseille. L'ancien type y reste toujours en possession des coins, mais le nom de la cité, MASSILIA, est écrit, en entier, au revers, indépendamment des initiales M -A placées aux côtés de la croix.

Sigebert II le Saint, fils de Dagobert P"" (638-656), hérita de l'Austrasie qu'il gouvernait déjà du vivant de son père.

La numismatique actuellement connue de Sigebert II se compose de pièces frappées à Marseille, à Viviers et à Bannassac en Gévaudan. Les

types sont ceux que nous avons déjà rencontrés dans chacune de ces villes. A Marseille, sous d'or (fig. 195) et triens ont l'antique croix haussée sur un globe : il en est de même des pièces sorties de l'atelier de Viviers. A Bannassac le revers reproduit le calice à deux anses que nous avons vu sous Caribert II; la légende est GAVALETANO, complétée par BAN à l'exergue. Sigebert II laissa, en mourant, un fils nommé Dagobert, âgé d'environ quatre ans, Grimoald, maire du palais, enleva ce jeune prince et le fit conduire en Ecosse, dans l'espoir de placer la couronne sur la tête de son propre fils. Une révolution empêcha l'usurpation de s'accomplir et l'Austrasie alla grossir l'héritage de Clovis IL

Fig- 19)-

Clovis II, fils de Dagobert P' (638-656), succéda à son père dans la Neustrie et la Bourgogne.

L'atelier de Paris continua à être dirigé par saint Eloi. Sur les triens, apparemment les plus anciens, les dispositifs employés sont les mêmes que sous Dagobert I". Le buste de profil, à droite, est entouré de

I. De Ponton d'Amécourt et More de Préviala, Monnaies mérovingiennes du GévaU" dan, dans Y Annuaire de la Soc. franc, de numism.y 1883, p. 182.

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l'ethnique: PARISIVS, parfois complété par: IN CIVIT. Au revers, la légende circulaire donne le nom du roi, CHLODOVIVS REX, tandis que le ministre contresigne la monnaie en plaçant ELIGI aux côtés de la croix ancrée (fig. 196). Des triens, d'émission sans doute plus récente, donnent le nom de Clovis II autour du buste et + LIEGIVS MON ETA autour de la croix. Ces pièces sont dépourvues d'indication locale, mais leurori- '^' ^^ '

gine parisienne ne saurait être contestée.

Comme sous Dagobert I", Eloi administra, sous Clovis II, Tatelier du Palais. Le Cabinet de France possède un précieux tiers de sou qui témoigne de ce fait: + CHL0TH0V6CHVS R. Buste jeune, à droite, finement gravé ; un ornement perlé entoure la tête depuis le haut du front jusqu'à l'épaule. 1^ MONETA PALAT-I. Croix chrismée haussée sur trois degrés et accostée de ELIGI^

La gestion d'Eligius ne fut pas limitée aux ateliers monétaires de Paris. La signature du ministre de Clovis II figure sur des pièces frappées à Marseille, à Arles et peut-être à Limoges. Dans les deux premières villes, elle entoure le type bien connu de la croix accompagnée de M-A ou de A-R. L'attribution d'un triens à Limoges a été proposée par de Longpérier dans sa Notice sur la collection Rousseau ; mais la pièce qui en est l'objet présente une légende trop incomplète pour qu'il soit possible de la restituer.

Un atelier que nous n'avons pas encore rencontré dans la série royale, Amiens, frappa sous Clovis II des triens dont Lelewel a donné la figure 2 d'après un très mauvais exem^plaire. Un spécimen meilleur, de la collection d'Amécourt, porte à l'avers le nom du monétaire : SIGCHRAMNO M et un buste adroite; au revers, AMBIAN [.'.CHjLO- BOVIVS et une croix ancrée accostée de REX

Leblanc a publié, comme étant dé Clovis P"", une pièce ayant au revers le nom de la ville de Tournai: TORNACVM. Ce triens n'est plus connu aujourd'hui en nature; mais, s'il a existé, il appartient incontestablement à Clovis II. Nous devons à Combrouse le dessin d'un triens de Clovis II frappé à Orléans: CHLODOVIVS. Buste à droite. ^ AVRILIANIS HTVS. Croix ancrée accostée de RE-R.î Enfin

1. De Ponton d'Amécourt. Monnaies de l'École palatine dans V Annuaire de la Soc, franc, de numism., t. IX, 1885, pi. III.

2. Numismatique du moyen âge, t. I, p. 43 et 66; Atlas, pi. III, n» 44.

3. Catalogue raisonné des monnaies nationales de France, pi. XVIII, n» 4.

Ebregiselus, le signataire habituel des monnaies de Tabbaye de Saint- Denis, frappe une pièce qui se rattache au règne de Clovis II : EBIRECI- SILO. Buste à droite -i^ -CHLO VICTIR. Croix ancrée au-dessus d'un globes

C'est vers le règne dé Clovis II que l'argent commence à rentrer en faveur dans les ateliers mérovingiens. La collection Gariel renfermait un denier d'excellent style reproduisant, à quelques détails près, le type des premiers tiers de sou d'Eloi, c'est-à-dire le buste à droite et la croix sur un globe supportant un CO renversé. Les légendes sont CHLO- DOViVS R et VILLEBERTO PA; ces deux dernières lettres ont été prises avec raison pour le commencement de Parisius.

Clotaire III, fils de Clovis II, régna seul, sur toute la monarchie, sous la tutelle de sa mère Batilde, jusqu'en 660. En cette année l'Austrasie fut donnée à Childéric IL

M. Carpentin a publié dans la Revue numismatique de 1865 un triens appartenant à la Bibliothèque de Marseille qui constitue le souvenir le plus récent de la gestion financière d'Eloi: CHl,OTARIVS RL Buste diadème à droite, i"^ ELGIVS MOMITA. Type marseillais habituel avec [V»-A et V-ll aux côtés de la croix. Cette précieuse pièce doit avoir été frappée de l'année 656, date de l'avènement de Clotaire III, à l'anncc 659, époque c!c Li mort de saint Eloi. Un autre triens de Marseille, publié par Le Blanc, porte les deux noms de Clotaire III et de Childéric II : CHLOTARIVS REX — + CHILDRICVS REX, en témoignage, sans doute, d'une possession indivise.

Dans un atelier des environs de Paris, un monétaire signe + VVAN- AELENO M des triens portant à l'avers un buste très barbare entouré de LOTHAVIVS REX, et au revers une croix ancrée. Le règne de Clotaire III marque le début d'une décadence artistique qui ne fera que croître sous ses successeurs.

Childéric II, fils de Clovis II (660-673), fut proclamé roi d*Austrasie. En 670, appelé par les Neustriens qui avaient détrôné Thierry III, il devint roi de toute la France.

Le seul atcHer certain pour Childéric II est Marseille 2. Les mon-

1. V»<^ (Je Ponton d'Aniccourt. Monnaies mérovingiennes de Saint^Denis, dans VAti' nuaire de la Soc. franc, de numism., t. VIII, 1884, p. 268.

2. Diiïércnts auteurs ont attribué à Childéric II des triens frappés à Metz, mais le

LES FRANCS

nayeurs restent attachés à l'ancien type local, mais leurs productions

sont empreintes d'une barbarie extrême (fig. 197). Le nom de la

ville, écrit au revers,, est toujours

accompagé de son titre : CIVITATI

ouCIVITATIS MAS3ILIE. A l'avers

des sous d'or, devant le visage royal,

on voit une ou deux lettres qui

sont ou des initiales de monétaires,

ou des marques destinées à diffé- '"' ''"'

rencier les émissions.

Dagobcrt II, fils de Sigebert II (673-678), que Grimoald avait exilé après la mort de son père, revint d'Angleterre et monta sur le trône d'Austrasie. Sa puissance fut toutefois limitée à l'Alsace et à quelques autres régions des bords du Rhin.

De Longpéricr attribue à ce roi un tiers de sol de flibrique austrasienne sur lequel on lit d'un côté le nom de Dagobcrt et, de l'autre, DONATVS MONETA, autour d'une croix accostée des lettres SER'. Ce classement a toutefois été contesté par M. Ch. Robert qui reporte la pièce à Dagobert I.

Thierry III, fils de Clovis II (670-691), succéda à son père dans la Neustrie et la Bourgogne, mais peu de temps après il fut détrôné au profit de Childéric IL En 673, Thierry IIÏ sortit du monastère de Saint-Denis où il avait été enfermé et reprit le pouvoir. On ne connaît pas de monnaies de ce roi.

Cliwis III, fils de Thierry III (691-695), régna après lui en Neustrie et en Bourgogne, L'auteur de la Notice sur la collection Rousseau a donné à Clovis III un triens du monétaire Eborinus dont voici le dessin (fig. 198). « La fabrique barbare de cette monnaie, son apparence si ditférente de celle des autres tiers de sol de Clovis, la forme des lettres de ses ^"^- '■'■~^-

légendes, sont autant de raisons, dit-il, qui m'ont déterminé à y voir un monument de la fin du vir' siècle. »

Cliilticric qui les signe est un simple monétaire. Plusieurs exemplaires portent ciivi.ui- Ricv MVNiTA, ce qui tranche la question.

I. Combrouse, Cahiloi^uie raisouitc Jcs monnaies nalioiuiks de France, Atlas, pi. i)6'i,

fig. 8.

Childebert III, fils de Thierry (695-711), recueillit Théritage de son

père. La ville de Marseille, dont la possession fut parfois indivise entre les divers rois mérovingiens contemporains, émit au nom de Childebert m, HILAEBERTVS RIX (fig. 199) des sous d'or qui repro- ^'s- '^9 duisent une dernière fois le type

local de la croix hausséee et accostée de M -A.

Dagobert III, fils de Childebert III (711-715). — De Longpérier a classé à ce fantôme de roi un tiers de sol de la collection Rousseau aux légendes: + DAGOBERTVS REX — + VVALDEBERTO MN. Son opinion est basée sur ce que la fabrique de la pièce « n'a plus rien de romain et s'éloigne sensiblement de celle qui convient au temps où régnaient les autres rois du même nom ». Si cette attribution est exacte, cette pièce serait la dernière mérovingienne à nom de roi. On ne possède en effet aucune monnaie de Chilpéric II, fils de Childéric II (715-720), Thierry IV, fils de Dagobert III (720-737), tt Childéric III, fils de Chilpéric II (743-753); il est probable du reste qu'ils n'eurent jamais de pièces signées. De leur temps l'autorité des Maires du palais avait complètement annihilé l'autorité royale.

§ IL — L'organisation du monnayage.

Sources : P,-Ch. Robert, Considérations sur la monnaie à l'époque romane et description de quelques triens inérovinc^iens. Metz, 185 1, in-80. — A. de Barthélémy, Numismatique mérovingienne. Etude sur les monnayers, les noms de lieux et la fabrication de la monnaie, dans la Rev. archcclogique, nouv. série, t. XI, 1865. — B. Fillon, Lettres à M. Ch. Dugasl-Malifeux sur quelques monnaies françaises inédites. Paris, 1853, 1^-8°. — Vtk-' de Ponton d'Amécourt, Du rôle joué dans l'histoire par les monétaires, dans les Comptes rendus de la Soc. franc, de numism., t. IV, 1873, p. 146. — A. de Barthélémy, Liste des noms de lieux inscrits sur les monnaies mérùvingiennes, dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes^ 6*= série, t. I, 1864-65, p. 443. — M. Prou, Les ateliers monétaires mérovingiens , dans la Rev. numismatique^ 1888.

La question de savoir comment le monnayage mérovingien fut organisé est une des plus complexes et des plus difficiles de la numismatique du moyen âge. Dès le milieu du vi'' siècle, la signature des espèces, à la différence de ce qu'elle était à Rome et de ce qu'elle redevint sous les Carolingiens, cesse, en France, d'être l'attribut exclusif du pouvoir souverain pour tomber en partage à des personnages d'ordre

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