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avaient seuls le droit, non seulement de frapper les monnaies, mais encore le change. Pour y entrer, il fallait appartenir à la famille de l'évêque de Strasbourg, être l'un de ses hommes. Les droits d'admission étaient si élevés que les riches pouvaient seuls y aspirer. Le maître de la monnaie ou Miin:(}neister n'était pas seulement le directeur de l'atelier monétaire ; il avait des attributions judiciaires très étendues. Les Husgenosscn étaient exempts des charges municipales.
Lehmann, dans sa chronique de Spire (L. IV, ch. 14) fournit de curieux renseignements sur la corporation de cette ville. « Les vieux bourgeois de la noblesse, dit-il, ont une société à part, qu'ils ne veulent pas confondre avec les tribus ni soumettre aux mêmes lois ; ils ont pris le nom de monnayeurs ou Husgenosscn. Pour récompenser les services que ceux-ci leur ont rendus, en dehors de la bourgeoisie, les Empereurs et les rois leur ont accordé des privilèges particuliers. Ainsi : 1° la Monnaie et la maison de tout monnayeur jouissaient de cette franchise : ni le sénat, ni aucune autorité ne pouvait y arrêter ou en faire sortir, soit un monnayeur, sa femnic, ses enflmts ou ses domestiques, soit même un étranger qui s'y était réfugié, pour un méfait ou pour toute autre raison. Le sénat ne pouvait pas davantnge fliire comparaître les monnayeurs devant lui, par son bedeau, sous certaines peines stipulées dans la charte de leurs privilèges. — 2° Si un homme, monnayeur ou non, frappait quelqu'un à la Monnaie, il était puni d'une amende de ly ^ deniers, pour cette violation de la franchise. — 3° Seuls les Husgenosscn pouvaient exercer le change, et cela nulle part ailleurs qu'à la Monnaie. — 4° Le Munt^jncistcr devait vérifier et ajuster les poids et les balances, pour tous les commerçants, indigènes ou étrangers qui vendaient au poids. — 5° Un Husgcnossc pouvait exercer un métier ou un négoce, sans être tenu d'entrer dans une tribu ; sa veuve, tant qu'elle ne se remariait point, et ses en£uits maies jouissaient du même privilège. »
A une autre extrémité de l'Allemagne, à Vienne, les monnayeurs ou Hausgcnosscn obtinrent en 1277 des droits et usages corporatifs sanctionnés par l'empereur Rodolphe : Voici quelques fragments de cette concession : « Les Hausgcnosscn, et tous ceux qui les assistent dans leur art, relèvent immédiatement de Nous et de Notre chambre impériale. Aucun capitaine ou officier, aucun juge provincial ou autre, n'a juridiction sur leurs personnes et leurs biens. Une seule exception est flûte en faveur du juge de la ville et pour le seul cas de violation de la paix. En toute autre circonstance, ils doivent être poursuivis devant le maître-monnayeur, au tribunal duquel ils sont tenus de se présenter, et au besoin devant la chambre archiducale. Le change des monnaies et
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le commerce des métaux précieux ne sont permis qu'aux seuls Hausgenossen... Ils doivent remettre à la Monnaie les vieux deniers et la vieille argenterie qui tombent entre leurs mains, sous peine d'exclusion. S'ils sont dépouillés, à une foire étrangère, des deniers qu'ils y apportent pour les échanger, la perte, régulièrement constatée, doit être réparée par la chambre archiducale, parce que les deniers sont censés lui appartenir. De môme, si, à une foire étrangère, il leur arrivait par malheur de blesser ou tuer quelqu'un, le juge local n'aurait pas le droit de saisir leur argent. Il enverra le coupable avec son argent au Miin^meister et aux Hausgenossen de Vienne. Ceux-ci prendront l'argent qui appartient à la chambre ; quant à la blessure ou au meurtre, le juge de la ville en décidera. Pour altération de poids, falsification des monnaies et autres malhonnêtetés, ils doivent être renvoyés, corps et biens, devant le maître-monnayeur de Vienne. A celui-ci seul appartient de juger, pour fait de faux-monnayage, dans toute l'étendue du pays. Le nombre des Hausgenossen ne doit pas s'élever au-dessus de 68, et personne ne sera admis dans la corporation à moins que ce ne soit de l'aveu et du consentement de tous. » Le droit d'asile que nous avons vu appartenir aux monnayeurs de Spire fut également reconnu à ceux de Vienne par Rodolphe; de même, l'hérédité de la charge est admise par lui.
Tous ces privilèges finirent par amener contre les Hausgenossen une réaction démocratique. L'histoire des Hausgenossen, dit M. Hanauer, se confond avec celle des patriciens et chacune des victoires démocratiques eut son contre-coup dans le corps des monnayeurs. A la fin du moyen-âge, les franchises exorbitantes que nous avons énumérées étaient déjà très amoindries.
L'organisation intérieure des ateliers monétaires allemands diffère peu de celle que nous avons constatée en France. Le personnel supérieur se composait à Vienne du Mûn^ineister ou maître et de VAnwalt ou contrôleur, nommés tous les deux par les archiducs. Venaient ensuite les fondeurs (Giesser), l'essayeur (Versucher), les lamineurs (Zainmeister), les contre-maîtres (Beschawmeister) , les tailleurs (Schrotmeister), les monnayeurs proprement dits (Set/^meister) , le graveur qui était généralement orfèvre, le garde des coins (Ysenhutter) et quelques autres employés d'ordre subalterne.
§ V. — La fabrication des monnaies ,
Pendant tout le moyen-âge, la fabrication des monnaies n'exigea
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qu'un outillage tout à fait rudimentaire. Un denier de Louis le Débonnaire, frappé à Melle en Poitou, en donne une idée exacte. « Les coins, dit B. Fillon, étaient des morceaux de fer poli, dont la surface avait été . égalisée à la lime (ce qui explique les raies transversales du champ de quelques pièces carlovingiennes), sur lesquels les lettres étaient enfoncées à l'aide d'un petit nombre de caractères très simples qui variaient suivant l'époque et les exigences graphiques. Le burin rectifiait les imperfections de ce travail expéditif, et la trempe durcissait ensuite les coins. L'emploi du procédé que j'indique avait pour effet d'occasionner aux arêtes des lettres une espèce de renflement causé par l'écartement du métal. Ce renflement est visible sur beaucoup de monnaies. Les grènetis s'obtenaient de trois manières : soit à l'aide d'une pointe, soit avec un poinçon ou lentille, soit encore par l'emploi d'un burin façonné de manière à produire des entailles cunéiformes ou semi-circulaires. Le cercle que l'on remarque quelquefois, et qui donne au grènetis l'aspect d'un chapelet, vient de ce que l'artiste traçait d'abord au compas un rond sur le coin, afin de suivre plus régulièrement le contour. Le centre où reposait l'une des branches du compas était souvent marqué d'un petit trou, qui produisait sur les pièces un point de relief » ^.
\J Encyclopédie résume comme suit les opérations du monnayage en France pour les temps antérieurs à l'adoption de l'outillage machiné ^ :
« On alliait les matières d'or ou d'argent, on les fondait, on les jetait en lames, et on en faisait des essais comme il se pratique aujourd'hui. On recuisait, après cela, les lames et on les étendait sur l'enclume, ce qui s'appelait battre la chaude.
« Quand les lames étaient étendues à peu près de l'épaisseur des espèces à fabriquer, le prévôt ou le lieutenant des ouvriers s'en chargeait et les distribuait aux ouvriers pour les couper en morceaux à peu près de la grandeur des espèces, ce qu'on appelait couper carreaux. On faisait après cela recuire les carreaux ; on les étendait avec un marteau appelc Jlattoir ; puis on en coupait les pointes avec des cisoires, ce qui s'appelait adjuster carreaux, et on les rendait ainsi du poids juste qu'ils devaient être, en les pesant avec les deneraux^ à mesure qu'on en cou-
1. B. Fillon, ComUcrations hisior. et arlist. sur les monn. de France, p. ii8.
2. Eiicycloju'ilie. Arts et métiers, t. V, pe partie, p. 144.
3. On .^ppclle ikneraiix o\i fier tons des poids servant à vérifier la légalité de poids des monnaies. Ces dencnmx étaient employés non seulement dans les ateliers monétaires ; mais encore, dans le commerce, par les changeurs et les particuliers. Ces poids portaient le type principal de la monnaie qu'ils représentaient ; parfois une légende en indiquait aussi le nom, par exemple : roiS'Dii'MOVTON, pois de real, pois'DE'CORONE, POIS DE tok-di;n., pois de l'agnel, p'a la mage, pois'de'Paresis. Le nom du chan-
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pait, ce qu'on appelait approcher carreaux. On rabattait ensuite les pointes des carreaux pour les arrondir, ce qu'on appelait réchauffer carreaux; on les pinçait pour cela avec des tenailles ^*ommées estanques, que Ton couchait sur l'ericlume, de manière qu'en donnant quelques coups d'un marteau surnommé réchauffoir, sur la tranche des carreaux, on en rabattait les pointes et on les adoucissait, de sorte qu'ils se trouvaient du volume des espèces, ce qu'on appelait /a///>.
« Quand les carreaux avaient été flattis, alors on les nommait /^W5; le prévôt qui s'était chargé des lames rendait les flans et les cisailles poids pour poids comme il s'en était chargé, ce qui s'appelait rendre la brève, et le maître payait à ce prévôt les droits ordinaires pour être distribués à ceux qui avaient ajusté la brève. Après cela, on portait les flans au blanchiment, pour donner la couleur aux flans d'or, et blanchir ceux d'argent.
Venait ensuite l'opération proprement dite du monnayage: « On se servait pour cela de deux poinçons appelés coins, qui étaient de grosseur proportionnée aux espèces, dont l'un était appelé pile et l'autre trousseau. Il y avait sur ces deux coins les empreintes des espèces gravées en creux. La pile était longue de sept à huit pouces, ayant un rebord appelé talon vers le milieu, et une queue en forme de gros clou carré, pour la ficher et enfoncer jusqu'au talon dans un billot appelé cepeau qui était vers le bout du banc du monnayeur.
Lorsque la pile était enfoncée dans le cepeau, on y posait le flan ; on mettait le trousseau sur le flan et on le pressait ainsi d'une main entre la pile et le trousseau à l'endroit des empreintes ; on donnait de l'autre main trois ou quatre coups de marteau sur le trousseau et le flan était monnayé.
Si dans la frappe le flan avait sauté par suite de l'élasticité du métal, la pièce était tréflée ; dans ce cas on la rengrenait, c'est-à-dire qu'on la posait de nouveau entre les coins et qu'on recommençait la frappe.
Quand une ou plusieurs brèves avaient passé sous le marteau des monnayeurs, on avait, dit de Saulcy, mis en boîte une des pièces frappées et
geur ou de l'essayeur de la monnaie est quelquefois mentionné ; on trouve ainsi : HENRic LE LONBART, BERTELIN LONBART, etc. Les dctiemux étalent généralement de bronze, plus petits et plus épais que les monnaies dont ils tenaient lieu ; au xiif et au xiye siècle, .leur forme était ronde ; plus tard, il devient de forme hexagonale ou carrée. L'emploi des deneraux n'est pas exclusif à la France. Dans les Pays-Bas, à la fin du xve siècle, ils sont empreints des deux côtés et portent souvent au revers l'indication de la taille au marc. — Voyez sur les dcneraitx : M'^^ de Lagoy, DcscripLlon de plusieurs fierions ou poids monétaires dans la Revue numism., 1858; L. Dcschauips de Pus^ Note sur quelques poids monétaires dans le même recueil, 1863 ; J. Rouyer, D<'«t,'raux et autres poids monétaires de France et des Pays-Bas, dans le même recueil, 1886.
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prise au hasard sur un certain nombre, fixé à l'avance, de pièces semblables, soit d'or, de blanc ou de noir. Ces boîtes étaient une sorte de tirelire, parfaitement close et scellée du sceau du maître et des gardes, laquelle, une fois arrêtée, devait être envoyée à la Chambre des monnaies de Paris, pour être jugée par les généraux maîtres. Si, par ce jugement, le titre était reconnu faible, la boîte était dite escharce, et le maître et les gardes de l'atelier pris en faute étaient mis à l'amende ; de même, si elle était faible de poids. Il y avait toutefois une certaine tolérance, nommée remède, dont on tenait compte au maître particulier. Lorsqu'une brève était terminée, elle était remise aux gardes de l'atelier qui y prenaient encore, au hasard, un certain nombre de pièces qu'ils soumettaient à l'essayeur. Celui-ci les analysait, et, dans une petite cédule de parchemin, constatait le titre réel et le poids des pièces fabriquées. Si les remèdes n'étaient pas dépassés, les gardes faisaient la délivrance des espèces au maître particulier qui les émettait définitivement.
Les procédés de fabrication que nous venons d'exposer furent d'un usage général au moyen-âge ; ils semblent n'avoir subi dans les autres pays que des modifications de détail, par exemple, en Allemagne, en Bohême, en Danemark et en Suisse pour la fabrication des bractcates, ces curieuses monnaies, marquées d'une seule empreinte et de telle manière que le relief de la face principale se trouve représenté en creux sur la face postérieure grâce au peu d'épaisseur du flan.
M. Schlumberger a donné de la fabrication de ces pièces une explication très plausible. « Après avoir fait graver sur le coin l'image de l'empreinte en creux, on plaçait le flan ou plutôt la lame d'argent sur une enclume recouverte d'un morceau de métal peu résistant, très probablement du plomb ; il en résultait que la face en relief de la bractéate était produite par le contact du coin ; tandis que l'enfoncement de la face opposée était dû à la présence du métal interposé entre l'enclume et la lame d'argent. »
Un certain nombre de monuments nous ont conservé la représentatation de monnayeurs du moyen-âge à l'œuvre. Nous citerons, par exemple, un bas-relief du xi*" siècle, de l'abbaye de Saint-Georges de Boscherville en Normandie qui nous montre un monnayeur tenant un marteau et un trousseau, debout à côté du cepcau muni de la pile'. Nous rappellerons encore les curieux vitraux de la cathédrale du Mans 2,