Voyez Revue numismatique, 1846, p
2. Iluchcr, Explication des vitraux dits des monnayeurs, dans la chapelle du chevet de la cathédrale du Mans dans le Bull, du comité hist. des arts cl monum. archéoL, t. III, 1852,
INTRODUCTION LUI
quelques enluminures de manuscrits représentant des ouvriers monnayeurs au travail, enfin un cul-de-lampe xylographie sur une évaluation monétaire de 1487 figure l'opération du blanchiment dans l'atelier brabançon de Louvain'.
§ VI. — Forme f empreintes et noms des monnaies.
a) Forme des monnaies. — La forme ronde, avec une régularité plus ou
moins grande, règne pour ainsi dire sans réserve pendant tout le moyen
.âge; généralement les monnaies sont bifaces, c'est-à-dire qu'elles ont
un avers ou droit ^ et un revers^; elles sont le plus, souvent ^/ût/^5 et
lorsque le module et le relief le permettent, empilables.
Dans l'empire d'Orient et les pays subissant son influence artistique et commerciale, tels que Venise et le nord de l'Italie, on frappa des monnaies légèrement concaves, mais jamais cette forme ne fut accueillie dans l'occident de l'Europe, sauf pour quelques bractéates.
Les monnaies de la période barbare ont un flan épais comme les monnaies antiques. A l'époque carolingienne le flan s'élargit au détriment de l'épaisseur; en Italie, dès le temps de Charles le Chauve, l'amincissement du flan devint tel que les pièces ressemblent à de véritables feuilles métaUiques. En Allemagne et en Bohème, la minceur des flans amena, à partir du xii*^ siècle, la frappe des bractéates. Nous avons déjà dit quelques mots de ce genre de pièces, en parlant de la fabrication des monnaies.
Le module des monnaies du moyen-âge est extrêmement variable.
p. 215. — Voyez aussi une note de J. de la Saussaye, dans la Revue nutnism., 1840, pi. XX et p. 288.
1. Voyez le no 7206 de notre Répertoire des sources de la numism. française.
2. Nous employons indifféremment dans ce livre les mots avers et droit pour désigner le côté opposé au revers. Les discussions engagées autrefois sur le mot avers sont parfaitement oiseuses : ce mot est consacré par l'usage et tous les anciens auteurs l'ont admis ; son emploi est du reste conforme à l'étymologie, car il vient d'adversus et non à'aversus. Voyez à cet égard une note de M. W. Froehner à la p. xi de l'introduction des Monnaies royales de France de M. Hoffmann.
Nous donnons en note, à mesure qu'ils se présentent, la traduction de la plupart des termes numismatiques dans les langues étrangères les plus usuelles. Ce glossaire suffira parfois pour rendre intelligibles certaines publications courantes, telles que les catalogues, édités hors de France. Le mot avers, se dit en allemand Hauptseite ; en anglais obverse ; en néerlandais hoofd:(yde ou voo^yde ; en suédois àtsWa ; en grec Êix-poiosv ; en italien, diritto.
3. Allem. kebrseite ; ang\. reverse; néerl. keer-^ydc ; suéd. frânsïda ; grec ôtc-.ooîv ; ital. rovescio.
LIV INTRODUCTION
Pendant la première période les flans ne dépassent jamais i8 millimètres de diamètre; mais à la fin du moyen-âge certaines pièces sont de très grande dimension, surtout en Espagne.
Les auteurs de descriptions monétaires ont, pour indiquer le module des monnaies, en Tabsence d'une mesure de longueur communément admise, eu recours, depuis fort longtemps, à des échelles numismatiques , composées de cercles concentriques plus ou moins espacés qu'ils joignent à leurs catalogues. Malgré l'adoption du mètre, les numismates ont continué à se servir de quelques-unes de ces échelles arbitraires.
Joseph Mader s'était servi dans sa première dissertation, V Essai sur les hractéates, de l'échelle à bractéates employée par Oléarius en 1694. Il indique les degrés de l'échelle par des lettres grecques au lieu de latines ; mais les cercles de Mader ne concordent pas avec ceux de son prédécesseur. Pour ses Beitràge, Mader dessina une nouvelle échelle copiée depuis par Appel, Reinhard et Berstett. De même, Cappe l'a copiée, en laissant toutefois de côté la grandeur première, de sorte que chez lui tous les nombres sont d'une unité plus bas que chez Mader et que le diamètre total n'a chez lui que 46 degrés, chez Mader 47. De Reichel aussi a adopté l'échelle de Mader, mais il l'altère si bien que les divisions sont chaque fois d'une unité plus grande que chez Mader ^
Le grand catalogue de Welzl von Wellenheim mesure les modules en lignes du XP^I viennois. Bergmann en fait de môme. Les catalogues du British^ Muséum donnent le module en inches et en dixièmes anglais, mais à la fin de chaque volume se trouve une table de réduction en millimètres. On ne saurait trop recommander cet exemple à tous les numismates dont la mesure nationale n'est pas basée sur le système métrique^.
b) Type des monnaies. — L'empreinte d'une monnaie se compose généralement d'"n type ou sujet principal, placé au centre du champ, et d'une légende disposée en cercle autour de ce sujet. Parfois toute légende est absente, la monnaie est dite alors anépigraphe ou muette. Le L jrd des pièces est généralement occupé par un grénetis.
1. La réduction de réchelle de Mader en millimètres est très facile, car il se trouve par hasard que 2 degrés de Mader zz: 3 millimètres, Les écarts de 1/2 ou 1/3 mm. tiennent uniquement à la maladresse du graveur de Mader, qui n'a pas tracé régulièrement ses cercles.
2. Dans l'article que nous avons déjà cité, Grotc donne des tableaux de réduction des difTérentes mesures nationales en millimètres. Ce travail, que son étendue nous empêche de reproduire ici, pourra dans certains cas être consulté avec fruit.
INTRODUCTION LV
Dans la première partie du moyen-âge, à l'époque barbare, le type de l'avers est presque toujours une tête de profil, et celui du revers une Victoire ou une croix.
Au commencement de l'époque carolingienne le type est le plus souvent épigraphique, c'est-à-dire qu'il se compose seulement d'une légende. De bonne heure, la croix reprend possession du revers et les légendes redeviennent circulaires aux deux côtés de la pièce. Pendant la plus grande partie de la deuxième époque du moyen-âge, les types sont peu variés dans l'occident de l'Europe : un monogramme, un temple tétrastyle, un buste, des dessins géométriques limitent l'imagination des tailleurs de coins.
Pendant la troisième époque du moyen-âge, les types deviennent plus variés, par suite de l'apparition des emblèmes locaux ; parfois les monnaies donnent, comme celles de l'antiquité grecque et romaine, de curieuses représentations de monuments ou commémorent des événements contemporains; enfin, nous voyons se répandre l'usage des armoiries qui feront le sujet de l'empreinte jusqu'à la Renaissance. Lelewel a donné sous forme de tableaux d'intéressants résumés chronologiques des types monétaires; ses indications seraient inexactes aujourd'hui. Il sera facile à nos lecteurs de refaire un travail de ce genre en résumant à grands traits nos chapitres.
Dans les descriptions numismatiques, il existe parfois d'apparentes divergences parce que les auteurs ont employé les mots à droite et à gauche dans un sens différent. i° Les uns ont considéré la droite comme étant celle de l'observateur regardant la médaille; 2° les autres se sont placés au point de vue héraldique et ont pris le terme droite comme synonyme de dextre en blason. Dans ce dernier cas, droite désigne le côté qui fait face à la gauche de l'observateur. Dans le cours de notre Manuel nous avons suivi la première règle, sauf pour la description spéciale des armoiries^.
c) Légendes des monnaies. — Ainsi que nous l'avons dit plus haut, la légende^ des monnaies occupe, le plus souvent, le pourtour delà pièce. Cette inscription circulaire peut se présenter au lecteur de quatre manières différentes. On la lit :
1° Intérieurement en partant de droite. C'est le cas le plus fréquent,
2° Intérieurement en partant de gauche.
1. « A droite » se dit en allem. rechts et en angl. at right side ; n A gauche », en allemand links et en angl. îeft.
2. Allem. Utnschrift ; néerl. omschrift ; suédois omskrift ; grec sTctypa^T) ; ital. in5cri:(iotte ou leggenda.
LVI INTÏIODUCTION
3° Extérieurement en partant de droite.
4° Extérieurement en partant de gauche.
Quand le monnayeur fait emploi d'un type épigraphique et que l'inscription est placée transversalement dans le champ, plusieurs dispositions se présentent: i° l'alignement ordinaire, 2° le boustrophédon, 3° l'arrangement en croix, etc., etc. Nous verrons des exemples de tous ces arrangements dans le cours de ce livre; il nous suffit ici de les indiquer.
Outre la question de placement qui dépend souvent de l'arbitraire de l'artiste, chargé de la gravure des coins, il y a trois points que la légende présente à l'examen : le fond de la légende, sa langue, sa paléographie.
Le fond de la légende se compose au moyen-âge d'éléments utiles et d'éléments superflus. Nous rangerons dans les premiers les noms d'hommes et leurs titres, les noms de lieu, les noms de la monnaie, l'indication du poids ou du titre, le millésime, la devise personnelle du pouvoir monnayant. Les éléments superflus sont les devises le plus souvent religieuses qui ne fournissent aucune indication ni sur l'origine, ni sur la valeur de la monnaie.
Les noms d'hommes ne doivent donner» lieu ici à aucune observation spéciale; bornons-nous à constater qu'ils ne peuveut appartenir qu'aux quatre catégories suivantes :
1° Le souverain exerçant le droit de battre monnaie.
2° Le délégué du souverain, par exemple un gouverneur de marches, comme le cas se présente sous Charlemagne, et plus tard les feudataires, aussi longtemps que le suzerain signe les espèces à côté d'eux.
3° Un monnayeur ayant pris à ferme la fabrication des espèces.
4° Un saint sous l'invocation duquel est placé le pays dans lequel la monnaie circule ou la ville dans laquelle elle est frappée. ^
Les noms de lieu qui forment, avec les noms d'hommes, les éléments les plus fréquents dont se composent les légendes, désignent soit le pays pour lequel la monnaie est émise, soit l'atelier dans lequel elle a été forgée.
Les indications du poids et du titre sont très rares sur les monnaies
I. Voyez une liste alphabétique des saints représentes ou cités sur les monnaies du moyen-âge dans le Manuel de uuinistnafiqne du vioycn-dge et viodcruc de M. A. de Bartliélemy. — Voyez aussi : C. Piot, Table alphabétique des principaux endroits de la Belgique et de leurs saints patrons dans la Rcv. belge de numism., 1858, p. 168 et un travail analogue de M. Trachsel, pour la Suisse dans la Revue scientif. suisse de Fribourg,
INTRODUCTION LVII
du moyen-âge; le millésime se montre tard sur les pièces de l'occident de l'Europe.
C'est surtout après l'introduction du gros d'argent que les légendes des monnaies présentent les devises personnelles des pouvoirs monnayants et ce que nous avons appelé les éléments superflus de l'inscription. Dans un intéressant mémoire, récemment publié^ M. W. Froehner a montré que la plupart des devises religieuses des monnaies médiévales sont tirées des livres liturgiques.
Nous donnons ici, d'après cet article, les principales de cqs légendes, avec l'indication du livre d'où elles sont extraites et des pays où elles furent employées :
a) Psaumes.
6, 2. Domine, ne in furore tuo arguas me. Angleterre, Flandre.
7, 12. Detis jndex justus, fortis et patlcns. Aquitaine. 10, 2. In domino confido. Pays-Bas méridionaux, Savoie. i6, 8. Suh nmhra alartim tuarum protège me. Espagne.
19, 8. In nomine domini Dci nostri. Pays-Bas méridionaux. 19, 10. Dominey saluum- fac regem. Orient latin.
26, I. Dominiis illuminatio mca et sains mea. Béarn.
27, 7. Dominus adjntor viens et protector mens; in ipso speravit cor vienm. Aquitaine. 27, 9. Salvum fac popnlnm tunm, domine. Ecosse, Pays-Bas méridionaax.
27, 9. Benedic hereditati tnae. Pays-Bas méridionaux.
30, 2. In te, domine, speravi, non confnndar in aeternnm. Lorraine.
34, 4. Avertantnr retrorsnm et confnndantnr cogitantes mihi mahim. Portugal.
39, 18. Adjntor mens et protector meus tu es, deus viens. Portugal.
42, 2. Dens fortitndo mea. Italie.
51,9. Variante: Posui denm adjntorcm menm. Angleterre, Provence.
69, 2. Dens in adjutorium meum intende. Bretagne.
69, 5. Exultent et laetentur in te omnes. Naples.
78, 9. Adjiiva nos, Deus salutaris nos ter. Lorraine.
91, 13. Jnstus ut palma Jlorebit. Portugal.
98, 4. Honor régis indicium diligit. Provence, Naples.
102, I . Benedic, anima mea, domino. Pays-Bas méridionaux.
no, 10. Initium sapientiac timor domini. Pays-Bas méridonaux.
III, 9. Dispersit, dédit paiiperibns. Dombes.
111, 9. Exaltabitur in gloria. Flandre.
112, 2. Sit nomen domini hcncdictum. France et pays divers. 117, 6. Dominus mihi adjntor. Portugal, Espagne.
117, 6. Dominus mihi adjntor : non timeho qnid faciat mihihomo. Navarre, Portugal. 117, 7. Dominus mihi adjntor, et ego despiciam inimicos vwos. Espagne, Portugal.
I. La liturgie romaine dans la numismatique dans V Annuaire de la Soc. franc, de nnmisni. 1889, p. 39 et suiv.
LVIII INTRODUCTION
117, 14. Fortitudo mea et laus mea doininus. Espagne, Aquitaine.
117, 16. Dcxtera domini exaltavit vie. Dombes.
117, 26. Bencdictus qui venit in nomine domini. Pays-Bas, Elincourt.
120, 2. Auxilium rneum a domino. Aquitaine, Portugal.
121, 7. Fiat pax in virtute tua. Pays-Bas.
123. 8, Adjutorium nostrum in nomine domini qui fecit coelum et terrant. Portugal.
131, 18. Inimicos ejus induam confusione. Espagne.
138, I. Domine prohasti me et cognovisti me.haliQ.
150, 6. Omnis spiritus laudet doniinum. Pays-Bas méridionaux.
b) Livre de la Sagesse.
I, I. Diligite justitiam, qui judicatis terram. Pays-Bas méridionaux.
c) Evangile selon S. Mathieu.
7, 7. Variante : Date et dahitur vohis. Dombes.
19, 6. Variante : Quos Deus conjungit, homo non séparât. Espagne.
28, 19. In nomine patris et filii et spiritus sancti. Portugal, Espagne, Pays-Bas.
d) Evangile selon S. Luc.
1, 23. Ave gratia plena, dominus tecum. Naples, Orange. 1,51. Fecit potentiam in hrachio suo. Lorraine.
2, 14 et 19, 38, variante. Gloria in excelsis Dec et in terra pax hominibus. Aquitaine,
Chio.
4, 30. Jésus autem transiens per médium illorum ihat. Angleterre, Pays-Bas méridionaux.
e) Evangile selon S. Jean.
I, 29. Ecce Agnus dei. Perpignan.
12, 3. Maria unxit pedes Christi. Provence.
f) S. Paul. Epitre aux Corinthiens.
15, 10. Gratia autem Dei sum id quod sum. Flandre.
g) Apocalypse.
1,8. A et f.), principium et finis. Sienne. 7,2. Signnm Dei vivi. Maine, Bretagne.
II, 17. Grattas agimns tibi, domine Deus omnipotens'. Avignon.
INTRODUCTION LIX
La légende Christ us vincit, Christus régnât, Christus hnperat qui figure habituellement sur les monnaies d'or de France depuis Louis IX, est empruntée aux Laudes, chantées le jour de Pâques ; ^elle qui prend place sur les agnels : Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis est tirée du texte de la messe romaine.
De même que les types, les légendes font parfois allusion aux événements poHtiques contemporains ^ Il faut se garder, toutefois, d'exagérer la recherche d'intentions dans le choix des inscriptions monétaires et de vouloir rapporter toutes les invocations religieuses à des faits de l'histoire.
Pendant tout le moyen-âge, la langue des monnaies est le latin. Quand l'emploi d'un mot nouveau s'impose, on le latinise : le vocabulaire des légendes renferme plus d'un terme dont l'explication peut être cherchée dans le Glossarium de Ducange.
Les langues vulgaires constituent toujours une exception ; elles font leur première apparition dans les noms de lieu et les noms d'hommes auxquels on omet de joindre une terminaison latine.
ht français est employé dans quatre régions de la France. En Artois et en Picardie, nous trouvons quelques exemples de l'idiome national dès le xii^ siècle. Dans l'Est, la Lorraine, les trois évêchés et la Belgique wallonne, le français est fréquemment usité à la fin du xiii^ siècle et aux premières années du xiv^. La troisième région est le Berry, l'Anjou et l'Auvergne ; la quatrième, le Béarn, où le dialecte local fait sur les espèces une courte apparition. Nous réunissons dans le tableau qui suit, la plupart des légendes françaises connues :
I" région : isi amvnai, ici a monnaie?^ sur des deniers amiénois du XII* siècle. — siNT . 'ae omar iti e. Sainte image Orner ici est, sur un denier odomarois de Robert de Jérusalem, comte de Flandre (1093-1111),
— EVSTACHE, sur un denier d'Eustache, comte de Boulogne (1095-
1125).^ s. OME, SEINT HOMER, PERONNE, MOVTVRVEL, LILLE, ARAS, FAV-
avENBERGVE, ABBEViLLE, DOVVAY, sur des pièces du XII* et du XIII* siècle.
— REiNNAVLT COMS BOLVNGNE sur des deniers de Renaud de Dammartin (1191-1227), comte de Boulogne. — marie de bretaigne sur des gros d'EHncourt (1317-39). — canon de pierefonz au commencement du XIV* siècle. — mehavt sur les mailles de Mehaut, comtesse d'Artois.
I. Cf V. Gaillard, Les légendes des anciennes monnaies helges dans la Revue belge de numismatique, 1849, P- 9^- — ^- Carpcntin, Aperçu sur l'histoire gèuèraJe des monnaies royales de France et sur le rapport de leurs légendes avec l'esprit religieux. Coiunicrcv", 1845, in-8.
LX INTRODUCTION
2^ région : Les désignations locales sont toutes en français, en Lorraine, en Luxembourg et dans les trois évêchés à la fin du xiii^ siècle et au commencement du xiv^ ; on peut ajouter à ces régions les pays de Namur et de Liège : nancei, sain diei, linivile, mvricort, prinei,
CIRKES, CHASTENOI, NVEFCHATEL, DE MES, CHAISTE, c'eST VI, DE VI, MOIINVI,
espinavs, rambervll', marsal ou marsavt, copiant ou gonflant, tovl, TiONViLLE, NAMVR, VIESEZ. La langue maternelle était surtout vivace dans les régions frontières. — tovl :o citei sur des deniers toulois du XI v^ siècle. — GILLES AVESKES sur des pièces de Gilles de Sorcy, évêque
de Toul (1253-71). — FERRIS DVS LOI ou DVS DE LOTOREGIE SUr deS
monnaies de Henri IV, duc de Lorraine (1312-28). — marie dvghess MAiNBOVRS de LA DVGHi sur les plaques de la minorité de Jeau I duc de Lorraine (1346-48). — edvvar gvens de bar sur un esterlin d'Edouard I (1302-37), comte de Bar. — monoie d'ivoix sur des billons de Louis VI, comte de Chiny (1325-36). — marie d'artois sur des monnaies frappées à Poil vache (1342-52). — digenois dovbles en Bourgogne.
3^ région : anievns dovbles, sur les angevins doubles de Charles I d'Anjou (1246-85). — enri s. de soli sires de mavn sur les deniers d'Henri II de Sully (1252), sire de Mehun-sur-Yèvre. — robert d'artois monoie de mev' sur les monnaies de la même seigneurie (1298- 13 15). — ROBERT de mav' SIRES DE GELES sur des deniers de Celles (1198-1239). — m. DAME DE sovLi sur des deniers de Marguerite de Bornés, dame de Châteaumeillant (1282-1323), — and' d' ghavvigni, vicomte de Brosse (13 17). — ste' de gangere de gharenton, Etienne III, seigneur de Charenton (1280-13 06). — poies del pvei, sur les pougeoises du Puy du xiii^ siècle.
4^ région : ioan lo gons, le comte de Jean de Grailly (1412-36).
En Orient, les seigneurs français qui s'établirent en Palestine employèrent parfois la langue de la patrie sur les monnaies qu'ils frappèrent. Nous rappellerons ici les légendes : pvges d'aggon sur une pougeoise de Saint-Jean d'Acre et denier de seete sur des pièces frappées à Saïda. Les rois de Chypre, de la Maison de Lusignan, employèrent couramment la langue française sur leurs espèces, Henri I et Hugues font suivre leur nom de : rei de iervsal'm e d' ghipr. Le roi Pierre donne une formule encore plus étendue : piere pa la orage d Di roi de iervzalem e d' ghipr. Une légende analogue paraît sur les pièces de son successeur Jean.
En Ecosse, le roi Guillaume (1165-1214) avait appelé de France des monnayeurs et des tailleurs de coins. Les fermiers de ses ateliers rappel-
INTRODUCTION LXI
lent sur leurs pièces leur origine en écrivant leurs noms en français, et les sjraveurs font de même en mettant sur les coins : le rei wilam.
Les inscriptions monétaires en langues germaniques ont fait l'objet d'un intéressant travail de M. Dannenberg^ Ce sont surtout les Pays- Bas et les régions rhénanes qui montrent des exemples fréquents d'emploi de l'idiome vulgaire : hir steid te biscop, ici est représenté Vévéque sur des deniers westphaliens du xi^ siècle. — gant, ipre, axle, brov- BORC sur des mailles flamandes du xiii^ siècle. — grève, comte, sur un denier gueldrois du xii*" siècle. — edel robertvs comes, edel, noble, sur un esterlin de Robert de Béthune (1305-22). — ian van hvliivissen sur une seigneuriale hollandaise du xiv^ siècle. — margreta vrovve van den berg, Marguerite, dame de Berg, veuve d'Adam de S'Hecrenberg au xiv^ siècle. — dirc, Thierry III, seigneur de Heinsberg (1332-61).
— her valrandvs de borne ou he walraven van borne sur les izros de Waleran^ seigneur deBorn (1356-78). — her goderte er van henb, sire Godefroid , seigneur de Heinsberg (1361-95). — her iohan van moersche sur des gros de Jean, seigneur de Mœurs. — stat weselen, ville de JVesel, sur des deniers de Thierry V, comte de Clèves (1218-44). — ' GREVE DiDERic sur un denier de Thierry VI, comte de Hohen-Limburg (1397-1439). — WILLEM borcg've, Guillaume, burgrave de liammcrstein au xiv*" siècle. — her vlrich hoenloch sur des pièces d'Ulric de Hohenlohe qui mourut en 1407. — lancgrave lvdewig sur les monnaies de Louis I, landgrave de Hesse (1413-1458). — dit is der armen pen', ceci est le deiiier des pauvres, sur des monnaies de l'église d'Utrecht.
— mvnt de. stat van vtr. her geet ons vred. Monnaie de la ville d'Utrecht, seigneur donne nous la paix, au xv^ siècle.
Quelques autres inscriptions en haut allemand se trouvent sur les monnaies frappées sur la frontière slave : marcgrave otto sur des bractéates d'Otton I de Brandebourg (1170-1184). — schilt von sti:ir, Vécu de Styrie, sur des deniers d'Htienne V, roi de Hongrie. — .\i\xc CRETZ sur une monnaie de Gratz du xiii*" siècle.
Dans la Grande-Bretagne, nous trouvons la langue nationale généralement employée sous les Anglo-Saxons, par les monétaires, pour l'indication de leur nom et de l'ateher. La formule courante à partir du xi*-" siècle est un nom de monétaire suivi de la proposition on, c'est-àdire à, et d'une indication locale ; par exemple alanninc on doi i:r, Manninc à Douvres, ordric on iii:ri:, Orderic à Hcrcjord, etc.
I. Dcntsclh' Inschriflcn auf Mitlclaltcrtni'inicu dans la Niiniisimilisdw ZrilsiJ.nifl, «.le Vienne, t. II, 1870, p. 517.
LXII INTRODUCTION
Les noms propres royaux ne sont jamais latinisés, mais les titres qui les accompagnent sont écrits en latin. A partir d'Edouard I (1272- 1307) en Angleterre, et d'Alexandre III (1249-86) en Ecosse, les indications de monétaires disparaissent et les inscriptions deviennent exclusivement latines.
Sur les monnaies Scandinaves et sur les deniers frappés par les Danois en Northumbrie ou en Irlande, des légendes exclusivement danoises font leur apparition, telles que : su Ric cvnvnc, regnalt | cvNVNC. La formule du nom de monétaire suivi du nom de lieu est la même qu'en Grande-Bretagne. Nous citerons, à titre d'exemple, les légendes : vlfkel on lvnd, Uljkel à Lund, lifsig on arosei, Lifsig à Arosen, etc. A la fin du xv^ siècle, quelques monnaies suédoises ont des légendes en langue vulgaire, mais elles constituent de véritables exceptions.
En Pologne, l'idiome national n'apparaît jamais sur les espèces; mais, aux xii'^ et xiii'^ siècles, le monnayage ayant été donné à ferme à des financiers juifs, ceux-ci écrivent sur les bractéates des légendes en hébreu, par exemple, Berachah J/Polok, Dieu protège la Pologne.
La Hongrie et la Bohème ne cessèrent jamais de conserver le latin comme langue officielle de la Monnaie.
Dans l'empire de Byzance, la langue grecque remplace partiellement le latin à partir du ix^ siècle, mais des formules latines, telles que ihs xps REX REGNANTiVM persistent jusqu'à la fin du xi*". De cette époque jusqu'à la conquête turque, le grec est exclusivement employé. Au début de la domination chrétienne en Syrie, quelques princes croisés conservèrent des légendes grecques à l'exemple de Byzance.
Les idiomes slaves fournissent un grand nombre de légendes aux monnaies de la Russie et des régions danubiennes. Les monnaies de l'Arménie ont des légendes en arménien et celles de la Géorsjie en géorgien.
L'arabe se montre sur des monnaies frappées par un assez grand nombre de princes chrétiens dont les états entretenaient avec les Musulmans des relations commerciales ; nous citerons, par exemple, quelques pièces espagnoles du xii^ siècle, quelques autres des ducs de Salerne et des souverains normands de Sicile et d'Italie, enfin un certain nombre de monnaies des croisés.
Au point de vue palcographique, nous trouvons pendant le moyenâge huit alphabets principaux en usage sur les monnaies des régions auxquelles s'étend ce Manuel :
r' Alphabet latin. Nous y comprenons l'alphabet latin proprement
INTRODUCTION LXIII
dit et toutes ses variantes, l'alphabet mérovingien, Falphabet anglosaxon, Talphabet wisigoth, les alphabets gothiques ;
2° Alphabet grec ;
3° Alphabet cyrillien, créé au ix^ siècle par Cyrille, apôtre des Slaves, et employé depuis le xi^ siècle pour les légendes monétaires en langue slave ;
4° Alphabet runique employé sur quelques monnaies anglo-saxonnes et Scandinaves ;
5° Alphabet hébreu employé au xii® et au xiii^ siècle par les monnayeurs juifs de Pologne ;
6° Alphabet arménien, spécial à la numismatique de l'Arménie ;
7° Alphabet géorgien, spécial à la numismatique de la Géorgie ;
8° Alphabet coufique des monnaies musulmanes.
On trouvera tous ces alphabets spéciaux dans le cours de notre livret
Le peu d'espace dont disposaient les tailleurs de coins pour le placement des légendes monétaires nécessitait l'emploi continuel d'abréviations. Notre intention n'est pas d'intercaler ici un cours de paléographie 2; nous nous bornerons à donner quelques indications générales pour l'intelligence de la brachygraphie monétaire du moyen âge, en ce qui concerne les alphabets latins.
Les abréviations en usage sur les monnaies médiévales appartiennent à cinq catégories. On abrège l'écriture : i° par sigles; 2° par contraction; 3° par suspension; 4° par signes abréviatifs; 5° par lettres monogrammatiques et enclavées.
1° Les sigles, litterae singulae, sont des lettres uniques, isolées représentant les mots dont elles sont les initiales. Les abréviateurs se servaient d'une sigle pour désigner un nom d'homme ou de lieu, un titre, enfin tout mot d'usage fréquent. Exemple : A pour Amadeus, Albert us, Adolphus, Antonius, Arnoldus, Aimo, Anglia, Abbas, Abbatissa, Administrator, Anno ; B pour Baptista, Burgundia, beat us ; C pour
1. Voyez dans ce volume, p. 99, l'alphabet mérovingien et p. 300 l'alphabet anglosaxon. — On trouvera une riche collection d'alphabets dans le livre de F. Ballhorn, Alphahete orientalischer und occidentalischer Sprachen . Nuremberg, 1880, in-8.
2. Tous les numismates devraient posséder dans leur bibliothèque quelques ouvrages de paléographie. Sans parler des Éléments trop volumineux de Natalis de Wailly, nous recommanderons spécialement l'excellent Manuel de paléographie récemment publié par M. Maurice Prou, Paris, 1889, in-80, et le Dictionnaire des ahrà'iations latines et françaises du moyen-dge de M. L. A. Chassant, Paris, 4^' édition, 1876, in-12.