‹ Traité de numismatique du moyen âgeChapitre 71 sur 206 · VIII. — LES FRANCS · texte numérisé non relu

VIII. — LES FRANCS

subalterne appelés monetarii; les ateliers monétaires, qui étaient au nombre de trois, dans les Gaules, sous les Romains, se multiplient à Tinfini; chaque cité, chaque village, chaque exploitation agricole ou minière a sa monnayerie, et, malgré cette dissémination surprenante des fabriques d'espèces, la France entière conserve un système d'une remarquable unité; le droit de monnayer ou tout au moins son exercice n'est plus exclusivement aux mains du pouvoir central; nous trouvons des espèces frappées par les monastères et les églises; enfin les légendes nous font part de formules, telles que RACIO FISCI, RACIO DOMINi qui ne se sont jamais rencontrées auparavant.

On comprend sans peine combien la coordination de ces diverses données a dû préoccuper les érudits. Aujourd'hui encore, malgré les nombreux travaux consacrés au sujet, on n'est pas parvenu à donner de Torganisation monétaire mérovingienne un tableau à Tépreuve de toute critique. Nous essayerons de prendre aux monuments et aux textes tous les renseignements qu'ils peuvent fournir, nous exposerons ensuite les divers systèmes proposés en retenant les points qui nous paraîtront vrais.

a) Le caractère fiscal de la monnaie.

Le biographe de saint Eloi, parlant de l'atelier monétaire de Limoges, rappelle puhlica fiscalis monetae officina. Dans un autre chapitre de son livre, saint Ouen raconte un miracle accompli par l'intercession de Tévêque orfèvre. Le fonctionnaire chargé de lever le cens dans un domaine qu'il ignorait être exempt par suite d'une concession royale faite à saint Eloi, avait centralisé tout l'or provenant de sa collecte; il l'avait remis au moiietarius afin de le fondre, de l'afiîner et de lui donner la forme sous laquelle le métal devait être porté au trésor^. Malgré des tentatives multipliées pendant plusieurs jours, Tor résista à la mise en fusion et saint Eloi eut le temps de faire annuler la perception irrégulière. Voici la reproduction textuelle de ce récit : a Erat autem tempus quo census puhlicus ex eodem pago régis thesauro exigehatur inferendus, sed quuin omnis census in unum coîlectus régi pararetur ferendus, ac vellet domesticus simul et monetarius aurum ipsum fornacis coctione purgare, ut, juxta rituin, piirissimwn ac rutilum aulae régis' praesentaretur metallum (nesciehant enim praedium esse Eligio concessum) toto nisu atque conatii pcr triduum aut quatriduum lahorare insistentcs, nulla poterunt, deo id

I. Remarquons ici un usage emprunté aux empereurs romains: des lois de Valentinien, datées de 387, ordonnaient de fondre sur place et de réduire en lingot? tout Tor versé par les contribuables. Cf. Cod. Theod., XII, tit. 7, 1. 3. — SymmachiiSf 1. IV, ép. 56. — Kev. numism.j 1857, p. 134 (art. de Petigny).

praepcdieiife, artc proficcrc. » Il résulte de ces textes que, sous les Mérovingiens, la fiibrication des monnaies avait un rapport direct, intime, avec la perception des impôts.

Les inscriptions monétaires elles-mêmes viennent confirmer ce dernier point. Sur des trions frappés à Trêves, on lit le mot CONSTIT(m//(>), impôt, et un grand nombre d'autres pièces fiMppées dans diverses régions de la France portent des légendes telles que RACIO FISCI. RACIO DOMINI. On a beaucoup discuté sur le sens du mot ratio; dans un remarquable article récemment publié, M. Maurice Prou', auquel la numismatique mérovingienne est déjà redevable de plusieurs observations fort judicieuses, nous semble avoir tranché définitivement la question. Partant de ce principe que les barbares ont emprunté leur organisation à Tcmpire romain, M. Prou cherche le sens du mot ratio dans celui qu'il avait dans les textes de l'époque romaine. Or, ratio dans la langue olliciclle de l'empire désignait généralement une administration et les bureaux <\c cette administration. C'est ainsi que dans une inscription contemporaine de Marc Aurcle qui relate des lettres écrites par un ailVanchi impérial a ralionibus, nous trouvons cette phrase : ut ratio fisci imlcviuis si',, littéralement : pour que l'administration du Trésor ne soit pas lésée. Plus loin, l'expression rcs doininica remplace ralio fisci. \\ n'est donc pas surprenant que nous trouvions sur les monnaies de l'époque franque, tantôt RACIO FISCI. tantôt RACIO DOMINI. Ces deux formules sont synonymes. Elles indiquent que les pièces, où elles ont été frappées, Font été pour le compte de l'administration fiscale.

Rapprochées du récit de Grégoire de Tours, ces légendes ne montrentelles pas que les percepteurs d'impôts versaient au fisc, sous forme d'espèces nouvellement monnayées, le produit de leurs perceptions?

b) Le monnayage des ctahlissemcnls retigieiix.

Sous les Mérovingiens, un grand nombre d'églises et de monastères obtinrent non seulement une exemption complète d'impôts, mais ils reçurent, dans certains cas, l'autorisation de percevoir les redevances qui devaient être payées au fisc^ Empruntant au Trésor son organisation, les établissements religieux convertirent, comme lui, leproduitde leiiis iiiii)c):.ili()iis. Les légendes des pièces, oi'i se trouvent les formules ralio cùlcsic, ralio Intsilicc, ratio monastcrii afhrment ce fait d'une manière

!. l!t\'iic iimnisiiitUi(juc, i.Soy, p. 57.

::. J. 'l'aiilir, lilmlcs sur les instilulions politiques cl adminislndives de la Fratici'-. Période vi'ioi:iu-]ii.}!HC, l. I. Paris, 108 1, in-iS^', pp. 155 et 137.

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