‹ Traité de numismatique du moyen âgeChapitre 72 sur 206 · VIII. — LES FRANCS · texte numérisé non relu

VIII. — LES FRANCS

absolue. D'autres triens portent la formule IN HONORE et dans la basse latinité honor, honores, indiquent des droits à percevoir, des tributs seigneuriaux sous diverses formes, un cens féodal, et, par extension, souvent le domaine tributaire ou acensé^ . .

Les monnaies des établii^.cments religieux comprennent deux groupes très nettement tranchés. Les unes, frappées directement soit par l'abbaye ou par Téglise, soit par l'abbé ou l'évêque, leur représentant légal, portent des légendes telles que :

ECUS CAVELONO — EPISCOPVS ESTNV. Chalon-sur-Saône.

A....VS EBESCOBVS — AR Clermont.

AVRILIANISCIVI — RACIO MVNAXTESII Orléans.

BVRDIGALA — SCI STEFAN. Bordeaux.

BANNACIACO FUT — SCI MARTINI Bannassac.

GAVALOR — RACIO BASELICI. »

AGAVNO MO — IN HONORE SCI MAVRICI MARTI Saint-Maurice.

Les autres ont été émises par l'intervention d'un monetarius, comme toutes les monnaies frappées par le fisc. Telles sont les pièces portant, par exemple: ECLISIE BVRDEG— BETTO MO: LEMOVIX RATIO — ECLISIAE MARINIANO MONETA; RACIO AECLIS — LEMO DO- MVLFVS MONETA.

c) Les ateliers monétaires.

Le nombre des noms de lieux inscrits sur les monnaies mérovingiennes, aujourd'hui connues, est d'environ huit cents. Si l'on considère que les refontes successives ont certainement absorbé les neuf dixièmes des pièces frappées, que la terre est loin d'avoir rendu tous les dépôts confiés à sa garde, que les collections d'une certaine importance renferment presque toutes des pièces inédites, on peut affirmer que le total des ethniques mentionnés originairement par les Francs sur leurs tiers de sou atteignait au moins cinq mille.

Le Blanc et tous les auteurs qui, jusqu'au milieu de ce siècle, se sont occupés de numismatique française n'ont pas hésité à reconnaître, dans le nom de lieu mentionné sur les espèces mérovingiennes, l'indication de l'endroit où elles avaient été frappées. C'est à tort que M., de Barthélémy a voulu révoquer cette opinion en doute. Ainsi que l'a fort bien dit M. Prou, les mots FIT, FITVR, qui suivent, dans le plus grand nombre de cas, l'ethnique, indiquent parfiitement la fabrication;

I. J. Colin, Sur un sens du mol honor d lui s hi basse latinité, dans VAnnuairc de la Soc. franc, de numismatique, t. II, 1867, p. 289.

DORESTATE FIT, SIDVNIS FIT. SVESSIONIS FIT ne pourraient autrement se traduire que par: fait à Dorestad, fait à Sion, fait à Soissons.

Les ateliers mérovingiens n*étaient pas répartis de la même manière dans toutes les régions de la monarchie. Certaines provinces eurent leur fabrication centralisée dans la cité ou dans la métropole; dans d'autres régions, chaque vicus, chaque vicuîus, chaque villa, chaque silva, chaque pagus a sa monnayeriez

La concentration du monnayage a lieu dans le Midi, le pays le plus

I. L'inventaire sommaire de la collection d'Amécourt pubiîé dans V Annuaire de la Soc. franc, de mimisviatique, t. V, 1877-81, p. 175, qui classe les mérovingiennes par départements, permet de donner une idée approximative de la densité comparée des ateliers monétaires répandus à l'époque franque sur le territoire de la monarchie. Voici le résumé de cette statistique :

Bassin inférieur du Rhône: Bouches-du-Rhône i, Gard 2, Hérault o, Vaucluse o, Var o, Alpes-Maritimes o, Basses- Alpes o, Hautes-Alpes 2, Drôme i, Ardèche i, Rhône 2. — Total 9 ateliers.

Bassin supérieur du Rhône, etc.: Isère 7, Savoie 2, Ain 4, Jura 5, Saône-et-Loire 4, Côte-d'OrS, Doubs 4, Haute-Saône 5, Suisse et vallée d'Aoste 12. — Total 51 ateliers.

Bassins de la Garonne et de VAdour : Pyrénées (Hautes et Basses) 2, Haute-Garonne 2, Ariège 2, Aude o, Pyrénées-Orientales o, Tarn-et-Garonne o, Tarn i, Gers i, Landes i, Gironde 4, Lot-et-Garonne i, Aveyron 2, Lozère 2, Cantal 6, Corrèze 11, Dordogne 9, Lot 4. — Total 48 ateliers.

Bassins de la Loire et delà Charente: Haute-Loire 6, Puy-de-Dôme 12, Loire O, Allier 3, Creuse 3, Haute-Vienne 12, Charente 5, Charente-Inférieure 2, Vienne 4, Vendée 2, Deux-Sèvres 12, Indre i, Indre-et-Loire 28, Maine-et-Loire 6, Loire-Inférieure 3, Mayenne 11, Sarthe 24, Loir-et-Cher 14, Cher 3, Nièvre 2. — Total 153 ateliers.

Bassins de la Seine et de la Somme: Calvados 3, Orne 3, Eure-et-Loir 5, Eure 2, Seine-Inférieure 6, Seine-ct-Oise 11, Seine-et-Marne 17, Loiret 7, Yonne 4, Aube 9, Haute-Marne 9, Marne 15, Aisne 8, Seine 4, Oise 4, Somme 4. — Total m ateliers.

Bassins de l'Escaut, de la Meuse et du Rhin : Pas-de-Calais 9, Nord 4, Ardennes 4, Meuse 8, Vosges 4, Alsace-Lorraine 12, Belgique et Hollande 14, Allemagne rhénane 12. — Total 67 ateliers.

Bassins secondaires de la Bretagne : Morbihan i, lUe-et-Vilaine i, Manche 4, Finistère o, Côtcs-du-Nord o. — Total 6 ateliers.

Cette statistique est fort incomplète puisqu'elle ne s'applique qu'à une collection privée ; elle est en outre défectueuse dans ses détails, car mainte monnaie classée dans un département appartient à une localité homonyme du département voisin. Elle suffit néanmoins pour permettre de juger de la densité relative des ateliers mérovingiens. Nous v voyons clairement, qu'abstraction faite de la Septimanie wisigotlie (Aude, Hérault, Pvrénces-Orientales) et de la Bretagne indépendante, la monarchie franque comprenait deux grandes régions monétaires: i" le bassin du Rhône jusqu'à la Saône, celri de l'Adour et celui de la Garonne (la région au nord de la Dordogne exceptée) où la fabrication monétaire était concentrée dans les cites; 2° les pays situés plus au nord où la dissémination des ateliers était de règle.

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