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imbu des idées centralisatrices des Romains. C'est ain >i que Marseille absorbe toute la production métallique de la Provence, que Javouls accapare le monnayage du Gévaudan, que Rodez est le seul atelier du pays des Ruthènes. Dans les régions plus septentrionales, où les Francs avaient jeté des racines plus profondes, on constate toujours une grande dissémination des ateliers. La Bourgogne, l'Auvergne, le Limousin sont les provinces qui forment, au sud, les frontières de la décentralisation. Il s'en faut, du reste, que dans ces pays mômes le nombre des officines soit proportionné à l'étendue du sol; les pays de production industrielle ont plus d'ateliers que ceux vivant plus spécialement de transactions commerciales, mais dans ces derniers les ateliers montrent une activité beaucoup plus grande. Enfin, l'on peut dire que le nombre des monnayeries est en relation directe avec la prospérité de la région. La Bourgogne, arrivée à l'apogée de sa richesse, sous Contran, a précisément vers cette époque son monnayage le plus florissant; mais peu de temps après le règne de ce prince, on voit les monetarii chalonnais déserter pour aller, les uns vers Metz, les autres vers Limoges, villes qui deviennent des centres de fabrication importante, autour desquels viennent se grouper les forges plus modestes de nombreuses bourgades.
c) Les monétaires; leur rôle dans l'administration.
Les monetarii n'apparaissent pas également ni en môme temps dans les diverses parties de la France. Les mômes causes qui font rester le Midi fidèle à la centralisation romaine pour ce qui concerne les ateliers, font persister le nom d'un souverain, empereur ou roi franc, sur le numéraire. A Marseille, les monetarii n'interviennent nominalement sur les espèces qu'à titre exceptionnel; il lui flmt l'autorité d'un Eligiuspour qu'il puisse faire accepter sa signature. Ailleurs qu'en Provence, iQsmonetarii signent de bonne heure, pour ainsi dire sans exception.
Les plus anciens de ces personnages, ceux du moins dont la date est précisée par la juxtaposition d'une mention impériale ou royale, sont Maurentius à Lyon, qui paraît sur des triens de Childebcrt l"' (5 1 1-558), Daccho, mentionné en môme temps que Sigebert P' (55 1-575), Marctomus à Rodez et Antimius à Tours, sous Childebcrt II (575-595), Laurcniius à Vienne, qui inscrit son nom sur une pièce au buste de Maurice Tibère (582-602). Il est à remarquer que les plus anciens monétaires portent assez fréquemment des noms gallo-romains et que les premiers apparaissent précisément dans les régions où les empereurs avaient eu les ateliers de Trêves et de Lyon. Il semble dès lors que c^:s monétaires ne sont pas étrangers aux derniers monnayeurs romains
« qui n'étaient plus de simples ouvriers payés pour fabriquer les es- « pèces, mais des hommes prenant part à l'émission du signe d'échange « et aux bénéfices qui en étaient la conséquence » ^
Lorsqu'on examine, sans parti pris, l'ensemble des monuments que nous ont laissés les monétaires mérovingiens, la fonction de ces personnages nous apparaît comme étant à la fois un métier et une charge. Les plus anciennes formules DE OFICINA MARET, DE OFFICINA LAVRENTI. MARETOMOS FESET indiquent bien la fabrique d'un industriel en monnayage, vivant des produits de son établissement; les patrons-potiers gallo-romains signent exactement de même manière les vases sortis de leurs usines.
Le caractère commercial du monétariat ressort encore du fait que Ton voit des monétaires exploiter plusieurs ateliers situés dans des localités différentes, ou bien encore se déplacer, aller d'une ville à une autre suivant que l'exploitation d'une forge offre plus ou moins de bénéfices. M. d'Amécourt a cité de ce genre de déplacements un exemple auquel nous avons déjà fliit allusion et qui nous paraît absolument concluant. On trouve à Chalon-sur-Saône un groupe synchronique de monétaires appelés Saturnus, Baudegiselus, Betto, Domulfus et Fraternus ; ces mêmes noms se retrouvent tous à Limoges ou dans les environs de cette ville sur des triens d'un type identique ou analogue à ceux frappés h Chalon. De plus, on possède des pièces frappées dans cette ville par un monétaire nommé Abbon, et à Limoges Abbon fut le maître de saint Eloi. Or, chronologiquemenr, la grande activité monétaire de la Bourgogne cesse quand celle du Limousin commence.
Comme corollaires aux faits qui se sont passés à Chalon et à Limoges, nous rappellerons l'observation de M. Hooft van Iddekinge relative aux ateliers de Duurstede et de Maestricht. Dans le premier quart du vii^ siècle, un monétaire Rimoaldus travaillait à Tricctum; lorsque Dagobert L"" eut soumis les Frisons, le même Rimoaldus — l'identité des personnages est prouvée par l'identité de leurs produits — s'installe à Dorcslaliiin et y ouvre un atelier dont l'existence fut très courte, la ville ayant été perdue peu de temps après par les Francs. Vers la hn du même siècle^ iVLiestricht avait un nioiictarius du nom de Madelinus. En 689, Duurstede est reconquis par Pépin d'Herstal; aussitôt Madelin us y transporte ses forges qui inondent le pays de leurs triens d'or-.
1. P.-Ch. Robert, Xiimisiiuilique de h province de Languedoc. IL Période luisigothe et franqiw, p. 59.
2. Vo\c/. 1111 article inséré dans la revue hollandaise, De XcdcrJaudsche Spcdalor, no du 14 juillet 18S5.
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Les exemples d'exploitation simultanée de deux ateliers par le même individu sont innombrables. Nous ne retiendrons que celui fourni par saint Eloi dirigeant sous Clovis II à la fois les monnayeries de Paris, de Marseille et d'Arles.
Dans certaines grandes villes, de comnierce actif et, dès lors, de production monétaire importante, on constate des exemples d'associations contractées par deux individus pour l'exploitation en commun d'un même atelier. Pendant la grande période monétaire de Chalonsur-Saône, il n'y eut pas moins de sept de ces sociétés en nom collectif : 1° Priscus et Domnolus; 2° Eaiolfus et Baio; 3° Domulfus et Baio ; 4° Baudomeres et Rignoaldus; 5° Wintrio et Betto; 6° Wintrio et .,..?; j° Bonefacius tt Wintrio. Dans deux autres cités importantes de la Bourgogne, un certain nombre de triens portent les signatures
réunies de deux monétaires : à Mâcon, ius et Juse; h Lyon, Guirius
et Petrus.
Les textes qui peuvent nous apporter des éclaircissements sur la situation des monétaires mérovingiens sont ' d'une désolante rareté. Grégoire de Tours parle d'un monetarius de Paris qui obtint sa guérison en faisant construire une chapelle sur le tombeau de sainte Crescentia: « Monetarius urbis graviter aegrotare coepit, cui in visione puellae adparuit dicens : vade, ait, quantocius, et tumulum Crescentiae virgine tege. Erit tibi hoc adjutorium, ne a morbo quo captus es, diutius fatigeris . At ille coufidus cakes inquirit oratorium desuper construit, protinusque ab infirmitate sanatur^ » Ailleurs, le même auteur mentionne un monetarius tourangeau : « Ouaedam mulier Nicovera nomine, conjunx Turonici monetarii^. »
Nous avons rappelé plus haut qu'à Limoges, au dire de saint Ouen, le biographe de saint Eloi, vivait un orfèvre, Abbon, homme considéré à cause de sa probité et de son adresse, qui, en outre, était monétaire : « Tradidit eum (Eligium) ad irnbuendum honorabili viro, Abbone vocabuJo, fabro aurifici probatissimo, qui eo tempore in urbe Lemovicina publicam fiscalis monetae officinam gerebat^, » Un peu plus loin le biographe d'Eligius nous donne encore ce passage à noter : « Multos in publica moneta misit solidos. »
La plupart des monétaires sont des inconnus, et il faut se garder de faire des identifications entre les noms inscrits sur la monnaie et ceux des personnages historiques. C'est un écueil dont M. d'Amécourt