De vita S. Eligii
94 PREMIhRE PARTIE
n'a pas su se garder et, dans la plupart de ses livres, il a donné place aux hypothèses les plus aventurées. C'est ainsi que dans sa Description des monnaies mérovingiennes de Chalon-sur-Saône, les monétaires Priscus, Domnolus, Baudulfus, Rignoaldus, Wintrio, Betto, Baudemirès, Berteramnus, Mummolus, Emmes, deviennent, par des suppositions plus ingénieuses que solides, le juif Priscus, Domnole, évêque de Vienne, Baudulf, leude de Bourgogne, le duc Ragnovald, Wintrion, duc de Champagne et patrice, le comte Betton, le prét'^ndant Ballomer, connu sous le nom de Gondovald, l'évèque Bertramn, le patrice Mummole, enfin Emme, archevêque de Sens.
L'insuccès de ses identifications a jeté le discrédit sur d'autres comme celle d'Abbon et d'Eligius, dont l'exactitude saute aux yeux. Le fait de voir saint Eloi conserver ses fonctions de monétaire après son élévation à Tépiscopat, prouve à l'évidence que les monétaires n'étaient pas de simples artisans, mais parfois de très hauts personnages. On peut d'ailleurs affirmer, par l'inspection des monnaies elles-mêmes, que le monetarius n'était pas^ l'ouvrier monnayeur gravant ses coins et travaillant pour son propre compte, mais bien un véritable patron occupant de nombreux ouvriers. Le Blanc, sous ce rapport, devance la science moderne lorsqu'il traduit monetarius par fermier de la monnaie et lorsqu'il rapproche les monétaires mérovingiens des personnages, parfois importants et toujours riches qui, au moyen âge, affermaient la fabrication monétaire de toute une région, ou recevaient soit en fief, soit en simple don, l'exploitation d'un atelier avec les profits qui en étaient la conséquence.
Il résulte des textes que nous avons cités plus haut, et des enseignements que nous avons pris aux monnaies elles-mêmes: i° que les monctarii n'appartenaient pas à une classe inférieure de la société, mais étaient plutôt des gens riches, le monétaire parisien cité par Grégoire de Tours pouvant accomplir des vœux aussi coûteux que la construction d'une chapelle; 2° que les monétaires étaient des fonctionnaires publics; 3° que la charge de directeur d'une officina puhlica fiscalis monetae n'était pas incompatible avec l'exercice du métier d'orfèvre et de négociant en métaux précieux; 4° que les monétaires étaient des spéculateurs et des industriels en même temps que des fonctionnaires.
d) Organisation du monnayage.
Les auteurs qui se sont occupés de numismatique mérovingienne ont émis diverses hypothèses pour expliquer, en l'absence de renseignements contemporains, les phénomènes si bizarres de la dissémination