VIII. — LES FRANCS
des ateliers et de la substitution, sur les espèces, de b signature d'un monetarius à celle du roi, dépositaire des droits régaliens.
En 1853, Benjamin Fillon a voulu, dans ses Lettres à M. Dugast Matifeux, mettre le monnayage mérovingien en rapport avec la propriété. Son opinion ne doit plus être citée aujourd'hui que pour mémoire. Les Francs, dit Fillon, à leur arrivée en Gaule, trouvèrent le sol partagé en quatre espèces de propriétés : i°le domaine impérial composé de près du tiers des terres en rapport, cultivé par les colons de l'empereur, où l'on prenait les employés du fisc chargés de la perception des fermages et des impôts ; 2° les bénéfices militaires, disséminés en une multitude de cantons épars; 3° les territoires des cités, subdivisés en propriétés particulières et en propriétés communales; 4° les terres de l'Eglise qui possédait à titre particulier. Il résulte de cette division, conservée dans une certaine mesure par les Francs, suivant Fillon, que :
1° Les monnaies dites royales étaient frappées dans les domaines privés du roi.
2° Les monnaies portant un nom de Heu et celui d'un monétaire étaient presque toujours municipales.
3° Les évêques et les monastères avaient des ateliers particuliers.
4° Par assimilation, les chefs militaires usaient des mêmes droits que les rois, les cités, les évêques et les abbayes.
D'après ce système, un grand nombre de monnaies mérovingiennes seraient de véritables monnaies féodales; mais, ainsi que M. Robert l'a judicieusement fait remarquer, l'exercice d'un droit régalien « sur tant de points différents et pendant deux cent cinquante ans, aurait produit nécessairement cette bigarrure de type, cette variété de forme qu'enfanta, au moyen âge, le relâchement du lien féodal. Or tout le monde sait que les triens des monétaires forment un seul système, une seule collection et présentent uniformité de métal et constance de caractères extérieurs ^ »
En 185 1, dans son utile Manuel de numismatique du moyen âge et moderne, M. Anatole de Barthélémy s'est expliqué à son tour sur ce qu'il pensait de l'organisation monétaire mérovingienne. « La fabrication des monnaies mérovingiennes, dit-il, se faisait ainsi. Lorsqu'il y avait un impôt à lever, le domestique du palais, accompagné d'un monnayer, parcourait les pays auxquels le tribut était imposé: ils percevaient en métal la valeur demandée, puis s'arrêtant lorsque leur
I. Etudes numismatiques sur une partie du Nord-Est de la France. Metz, 1852, pp III et 112.
collecte était assez considérable, le monnayer frappait des tiers de sou, dans la localité où il se trouvait, gravant sur le coin son nom et celui de la ville ou du village, lieu de sa résidence momentanée. Il ne faut pas oublier, cependant, que dans les grandes villes, dans les cités, il y avait très probablement des monnayers sédentaires qui frappaient soit pour le roi, soit pour les particuliers : s'il arrivait, par exemple qu'une abbaye ait besoin d'argent, elle fournissait le métal au monnayer qui inscrivait son nom ainsi que celui du monastère avec le mot RACIO. Dans les provinces qui formaient le domaine du roi, on mettait RACIO DOMINI ou RACIO FISCI.
« Suivant nous, et contrairement à plusieurs numismates, il est évident qu'aucun dignitaire, aucune abbaye, aucune corporation n'eut le droit de frapper monnaie à l'époque mérovingienne; au roi seul appartenait ce privilège : aucun texte, à notre connaissance, ne vient nous contredire. Seulement, le nombre très multiplié des monnayers devait rendre toute espèce de contrôle impossible : l'exercice du monnayage était tellement répandu qu'il ne 'pouvait guère y avoir lieu à l'usurpation du droit lui-même. Nous ne pouvons donner une idée de notre appréciation à cet égard que très approximativement : les monnayers étant des officiers publics, puisque leurs noms sur les monnaies étaient une garantie véritable, ils les fabriquaient pour le roi, de même que les notaires ont fait des actes au nom du souverain, »
L'opinion de M. de Barthélémy s'est beaucoup modifiée depuis qu'il a écrit ces lignes. Dans V Etude sur les monnayers mérovingiens publiée en 1865 par la Revue archéologique, l'auteur fait, de l'exercice du monnayage, un véritable métier libre. « De qui les monnoyers, dit M. de Barthélémy, tenaient-ils leur caractère d'oflSciers publics, si cette expression m'est permise ? Rien ne prouve que le roi ait eu le privilège exclusif de créer des monnayers; je ne connais à cet égard aucun texte, aucune formule. Ces artisans qui, pendant près de deux siècles, exercèrent leur profession d'après un système uniforme dans toute la Gaule, étaient
probablement choisis parmi les orfèvres
Ne serait-il pas permis de penser que les propriétaires de grands domaines avaient coutume de désigner leurs monnayers parmi les orfèvres qui faisaient partie de leurs hommes? »
Cette opinion qui s'appuie, comme la précédente, sur l'absence de tout texte contradictoire, ravale le signe d'échange, le signe représentatif de la;fortune nationale, au rang d'un objet d'industrie vulgaire, fabriqué sans contrôle de l'État. M. Robert nous semble avoir victorieusement répondu qu'il est impossible de chercher l'expUcation du « Monétariat » dans la liberté qu'auraient eue de simples particuliers de créer des