VIII. — LES FRANCS
coins et une forge et d'émettre des espèces sans caractère public, qu'ils auraient signées eux-mêmes ou fait signer par un artisan à leur solde. Aucun État, même très civilisé et possédant les puissants ressorts des temps modernes, ne pourrait vivre dans de telles conditions, et certes les Francs de la première race n'auraient pas tardé à succomber dans d'effroyables crises monétaires causées par une fabrication tantôt excessive, tantôt insuffisante, et surtout par la multitude des pièces fausses, fourrées ou dorées. »
M. Robert, au précieux avis duquel nous venons deux fois de recourir, fit faire, en 185 1, un pas immense à la question du monnayage mérovingien. Administrateur distingué, numismate d'une réelle expérience, ce savant était mieux préparé que personne pour résoudre un problème qui se rattache à la fois à l'organisation administrative, à l'histoire du droit et à l'histoire monétaire. La petite brochure intitulée Considérations sur la numismatique romane est de celles qui valent mieux que maint et maint livre. Suivant M. Robert, « les ateliers monétaires n'étaient pas destinés, à l'époque mérovingienne, comme au temps des Romains, comme de nos jours, à la flibrication exclusive, par le gouvernement, des signes représentatifs de la fortune publique ; mais
ils devaient avoir un rapport direct et intime avec la perception de l'impôt, avec la réalisation et l'encaissement des différentes branches du revenu. Cette hypothèse ne paraîtra pas insolite si l'on remarque que les combinaisons administratives devaient être toutes différentes à cette époque de ce qu'elles sont aujourd'hui; que l'absence de crédit et sans doute de valeurs représentatives en papier ne permettait pas, comme de nos jours, à chaque percepteur d'impôt, à chaque agent pourvu do fonctions analogues à celles que remplissent aujourd'hui les receveurs généraux du Trésor et les caissiers des villes ou des établissements particuliers, de régler leurs comptes avec l'Etat, avec la ville, avec l'établissement, par l'envoi de simples bordereaux, sans même qu'il y ait lieu à déplacer matériellement les fonds. Il était donc fort commode d'autoriser le collecteur d'un impôt particulier, le fermier d'une saline, le régisseur du domaine royal, l'économe d'un monastère, etc., etc., à recevoir au besoin, en paiement, des prestations en nature, des monnaies étrangères ou anciennes, des métaux au poids, et \ rendre le montant de ses recettes ou de ses fermages en espèces monna3'ées sur place et portant avec elles une signature qui servait de garantie à leur titre et à leur valeur et un nom de lieu qui en rappelait l'origine. Ce systcniu contribuait en même temps à faciliter la distinction des sources du revenu qu'on ne savait assurément point établir, comme aujourd'hui, par de savantes inscriptions aux divers chapitres du budget ».
Le système de M. Charles Robert est le seul qui explique d'une manière satisfaisante l'organisation du monnayage mérovingien. Nous essayerons seulement de le compléter en nous demandant si l'origine de cette organisation singulière ne réside pas dans ce fait que les Mérovingiens affermaient, généralement, les impôts, et que la qualité, de fermier d'impôts impliquait nécessairement celle de monétaire ?
La possession d'une ferme d'impôts pouvait résulter de deux causes :
1° Location. C'est le cas de la grande majorité des monétaires. Ils prenaient à ferme des impôts à percevoir dans une ville ou dans une région et, comme le dit M. Robert, versaient au Trésor, des monnaies portant leur nom, comme garantie, et une indication de lieu, comme provenance. Le nombre de pièces exigées par l'État une fois fourni, ils convertissaient en monnaies circulantes les métaux que les particuliers pouvaient leur apporter, en prélevant sur la fabrication le bénéfice stipulé par la loi ou admis par la coutume. Le monétaire était, dans l'exercice de sa profession,, entièrement libre ; le seul règlement auquel il était contraint de se conformer était celui concernant la taille, le titre et la signature des pièces; quant au type, c'était affaire entre ses ouvriers et lui d'une part, et le public de l'autre. S'il lui arrivait d'ajouter aux légendes le nom du roi, c'était une gracieuseté qu'il faisait au souverain, mais pas le moins du monde une obligation à laquelle il s'assujétissait.
2° Don gracieux du souverain. Le don gracieux du souverain était fait, le plus souvent, à des églises ou des monastères. Si le roi donnait à un établissement religieux les impôts d'une région, cet établissement les percevait directement et les convertissait, sous la garantie de son chef, en numéraire, ou bien les affermait à son tour à un entrepreneur qui pouvait être déjà monetarius établi. C'est le cas par exemple du monétaire Betto qui, à Bordeaux, signe à la fois les pièces qu'il frappait comme fermier des impôts de l'État et comme momtarius ecclesiae.
L'opinion de M. Robert, complétée comme nous venons de le faire, tient compte de tous les points du problème. Elle est tellement vraisemblable qu'elle doit être vraie.
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§ III. — Les légendes des monnaies.
Sources : J. Lelewel, La numismatique du moyen âge considérée sous îe rapport du type. Paris, 1835, in-80, t. I. — G. Combrouse, Monétaires des rois mérovingiens. Paris, 1843, in-4. — De Ponton d'Amécourt, Essai sur la numismatique mérovingienne comparée à la géographie de Grégoire de Tours. Paris, 1864, in-80. — De Ponton d'Amécourt, Remarques sur un certain nombre de légendes de monnaies mérovingiennes dans les Comptes rendus de la Soc. franc, de numism., t. VI, 1875, p. 173. — A. de Barthélémy, Liste des noms de lieux inscrits sur les monnaies mérovingiennes dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 6e série, 1. 1, 1864-65. — A. de Barthélémy, Liste des noms d'hofnmes gravés sur les monnaies de l'époque mérovingienne, dans le même recueil, 1881, t. XLIÎ. — Deloche, Explication d'une formule inscrite sur plusieurs monnaies mérovingiennes dans la Revue archéologique, nouv. série, 1880, t. XL, p. 170.
a) La paléographie
Les lettres qui composent les légendes sont loin d'avoir la même forme dans toutes les parties de la France et pendant toute la durée du monnayage mérovingien. Bien que pris en général sur les modèles romains d'Occident, les alphabets monétaires ne laissent pas que de donner lieu à d'assez nombreuses observations. Le mélange sans règle des majuscules et des minuscules, des capitales et des cursives^, les emprunts faits à l'alphabet grec, l'introduction de formes saxonnes ou franques, enfin la négligence ou la fantaisie de certains monnayeurs rendent les légendes d'une lecture parfois très laborieuse.
Lelewel et Combrouse ont donné successivement des alphabets pour l'intelligence des monnaies mérovingiennes. Celui de ce dernier auteur, beaucoup plus complet que celui de Lelewel, nous a servi de base pour la composition du tableau suivant (fig. 200), soigneusement revisé et augmenté de formes nouvelles.
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I. M. Maurice Prou vient de signaler dans \3. Revue numismatique^ 1889, p. 39, un curieux emploi de lettres cursives sur un triens de Chalon-sur-Saône où on lit cwvivoNNO FIT pour CavUouno fit. L'a en forme d'oméga ou m oncial renversé est fréquent dans l'écriture des documents des vue et viiie siècles ; cet a est sorti de Va minuscule, ouvert à sa partie supérieure à la façon de Tw, par la simple exagération du trait final.