VIII. — LES FRANCS IO
par les personnages qu'ils désignent, comprennent des homs de rois, quelques noms d'évêques, un nombre immense de noms de monétaires; si on les classe au point de vue de la philologie, on trouve : i° des noms gallo-romains ou classiques ; 2° des noms anglo-saxons; 3° quelques rares noms juifs ; 4° des noms germains.
Les noms gallo-romains sont en assez grand nombre. C'est à cette catégorie qu'appartiennent ceux des monétaires les plus anciens. Nous citerons, à titre d'exemples, Agnus, Anglus, Aspasius, Ausonius, Basinus, Bonifacius, Caritus, Carolus, Cassanus, Celestus, Domnicius, Esperius, Eugenius, Eusebius, Faustinus, Flavianus, Fraternus, Léo, Marcus, Marinianus, Martinus, Moderatus, Narcianus, Optatus, Pascasius, Passincius, Paulus, Pegasus, Peonius, Peirus, Precistatus, Precerius, Romanus, ScauruSj Silvanus, Stephanus. Ces noms gallo-romains affectent très fréquemment une forme diminutive terminée par l'un des suffixes olus ou inus; c'est ainsi qu'on a Bonolus, Domnolus, Firminus, Matirolus, Maurinus, Santolus, diminutifs de Bonus, Domnus, Firmus, Maurus, Sanius.
Les noms anglo-saxons, généralement terminés en a, se rencontrent principalement dans les ateliers du littoral de la Manche ou de l'Océan : Dutta et Eîa signent des triens de Quentovic, Dutta reparaît à Lisieux, Pecca se montre à Rouen, Guerda à Tournai, Cusa à Dinant, Alapta à Bordeaux. Dans l'intérieur des terres, les noms anglo-saxons sont très rares.
M. d'Amécourt a signalé Jusefh Mâcon et Jaco h. Orléans et à Chalon qui paraissent appartenir à l'onomastique juive. Ce point demanderait toutefois à être confirmé par de nouveaux exemples.
Les noms d'origine teutonne sont naturellement ceux qui se trouvent en plus grand nombre dans les légendes des monnaies mérovingiennes; ils comprennent environ les quatre cinquièmes de la totalité. L'ignorance complète de la philologie germanique a fait commettre aux auteurs français qui, avant M. d'Amécourt, se sont occupés de numismatique franque, des erreurs aussi graves que fréquentes dans la lecture et la transcription des noms de monétaires. On trouve, par exemple, dans les anciennes listes de légendes des vocables comme Fripiricus au lieu de Fridiricus, Mallebopes au lieu de Mallcbodes, Suso au lieu de Suno, Ful::^oIenus au lieu de Vidfolcnus'^, erreurs de lecture qu'une connaissance Nélémentaire des racines germaniques aurait facilement
I. Cf. Cartier, Tables gcncralcs de la Revue numismatique, t. XXI, 1856, pp. 162 et suiv.
évitées. Dans ces conditions, il n*est pas hors de propos de donner ici quelques notions sommaires de la composition des noms propres francs.
Ces noms sont construits sur un nombre asse^ restreint de radicaux qui parfois apparaissent seuls comme dans A go, Allô, Audo, Babo, Beho, Berio, Betto, Bilo, Bodo, Boso, Daccho, Dodo, Ebho, Erpo, Erto, Etto, Gaiso, Ido, Ivo, luffo, Ludo, Magano, Manno, Sicco, Soho, Suno, Taso, Tilo, Valdo, Uggo, etc ; mais qui^ le plus souvent, forment, abstraction faite de la désinence latine, des composés binaires. Ces radicaux ne sont pas toujours faciles à reconnaître par suite des innombrables variantes d'aspiration, de vocalisme et de consonance. Nous devons nous borner à indiquer les radicaux le plus fréquemment employés. Ces notions ne peuvent nullement suppléer à l'emploi du livre consacré par M. Fôrstemann^ à l'onomastique des vieilles langues tudesques; elles seront néanmoins suffisantes pour guider le lecteur dans la plupart des cas 2.
Agi, ag, egi, eg, aig, eig, ai, ei apparaît seul dans le nom Ago et en composition dans Agiulfns, Agobardus, Agolenus, Agomares, Aigimuiuhis, Aigoaldus, Aigulfus, Aigamirius.
Alah, alch, elch se retrouve dans le nom du monétaire Akhcumndtis.
Ald. Ce radical, dont le sens est vieux, ancien, est très souvent employé, mais toujours comme préfixe. Les mots terminés par -ald viennent d'une forme wald dont l'initiale s'est perdue par aphérèse. La préfixe ald apparaît sous sa forme pure ou sous les formes old, eld, aud, ad, od, oud; parfois il est précédé d'une aspiration II ou cii. Parmi les noms de monétaires dans lesquels ald se rencontre, nous citerons : Audo, Aldoaldus, Audoaldus, Adoaldus, Chadoaldus, Audolaicus, Audomares, Chadomarcs, Audomundus, Audemundus, Aldericus, Audevicus, Audiricus.
Ans ne se rencontre que comme préfixe dans les noms tels que Ansaricus, Ansehciius, Ansouldus, Ansoindus.
Ara, Al^lM, ERN a le sens d'aigle; c'est un des nombreux noms d'animaux qui sont entrés dans la composition des noms d'hommes. Nous le trouvons comme préfixe dans Airulfus, Arnebodcs, Anioaldus, Enioaîdus.
AriiAL, noble, adouci en adal, adel, edel, se retrouve dans Adelbcrlus, Adelenus.
AuN, AON est un radical très fréquent, mais il ne se rencontre que comme préfixe : Aunaldus, Aunardus, Auncbcrtus, Auncgisilus, Aunoaldus, Aunobaius, Aunulfus.
1. Alldculschcs Nanienbuch,X.. I, Pcrsouennamcn. Nordhausen, 1856, in-4.
2. M. d'Amécourt a déjà donné un tableau analogue dans la Numismatique mérovingit'uuc coiiipiin'c à la Ccographie de Gngoire de Tours, p. 206, mais, réunies à la hâte, sans critique approfondie, ses indications sont souvent erronées. C'est ainsi qu'il confond les racines ald, vald, atiial, hildi et hari, bera et ebar, gund et sunn. Nous ne saurions assez mettre le lecteur en garde contre ce travail exécuté de seconde main.