DU XVIII
Sources: G.-E. Haller, Schwei:^erisches Mûn:^^- und MedailUn-Càbinet, Berne, 1780-81, 2 vol. in-8. — E. Lehr, Essai sur la numismatique suisse, dans la Revue numismatique de 1874. — Reg. Smart Poole, Catalogue of the swiss coins in the South-Kensington Muséum. Londres, 1878, in-8. — G. Meyer von Knonau, Die schwei:(erischen Mûn^envon den àltesten Zeiten bis auf die Gegenwart, 2» édit. Zurich, 18$ i, in-8. — H. Custer, Die Gewichte, Gehalte und fVerthe der alten Schwei^erischen Mûn:^en. Berne, 1854, in-8. — L. Coraggioni, Mûn:(geschichte der Scbwei:(. Genève, 1896, in-4.
Aux huit anciens pays ou cantons de la Suisse : Uri, Schwyz, Unterwalden, Lucerne, Zurich, Glaris, Zug et Berne, vinrent successivement se joindre, à la fin du xv« siècle et au commencement du xvi«, les cinq cantons nouveaux de Fribourg, Soleure, Bâle, Schaffouse et Appenzell. La confédération ou Eidgenossenschaft se composa ainsi de treize cantons; elle soumit certains territoires et certaines villes à son autorité (Unterthanenland), et passa avec d'autres des traités de protection ou d'alliance (Zugewandte Orte), L'indépendance complète fut donnée à la Suisse en 1648 par la paix de Westphalie.
Parmi les treize cantons, les huit plus anciens avaient la préséance. Les pays alliés se divisaient en assocti et en confoederati, A la première catégorie appartenaient l'abbé et la ville de Saint-Gall ; à la seconde, les Grisons, le Valais, la ville de Mulhouse en Alsace, le comté de Neuchâtel, la ville de Genève et une partie de Tévêché de Bâle.
La numismatique suisse vient d'être l'objet d'un ouvrage d'ensemble de M. L. Coraggioni, dans lequel l'histoire monétaire des temps modernes se trouve exposée d'une manière aussi claire que complète.
i I. — Les irei^ cantons.
a). — Uri, Sclm.yi et Vnknuatdm'.
Au commencement du xv« siècle, les cantons d'Uri, Schwyz et Unterwalden avaient acheté des comtes de Sax la ville de Bellinzona et son territoire; en 141}, l'empereur Sigismond leur en donna l'investiture. En 14:2, Philippe-Marie Visconti, duc de Milan, s'en empara, et en 1499, Bellinzona fut conquis avec tout le JViilanais par Louis XII, roi de France. Lorsque les troupes des trois cantons traversèrent la ville, peu de mois après, pour rejoindre l'armée du roi en Italie, les habitants, soit par attachement à leurs anciens seigneurs, soit par irritation contre les Français, prièrent les commandants des contingents suisses de les prendre sous leur protection; et, bien qu'enrôlés pour le roi Fig- n6 de France, les soldats d'Uri,
de Schwyz et d'Unterwalden, prétextant le retard apporté dans le payement de leur solde, s'installèrent pour leur propre compte dans la ville, qui alors appartenait à ce souverain. Le 10 avril 1 50;, Louis XII, acceptant le fait accompli et consacré par le sort des armes, céda définitivement Bellinzona et son territoire aux trois cantons. Cette cession fut confirmée en 1516 par François 1.
Dès I ;oi, les cantons ouvrirent à Bellinzona un atelier monétaire où ils forgèrent en commun. Sur les premières monnaies émises, les noms d'Uri et d'Unterwalden, ou parfois ceux de Schwyz et d'Unterwalden, figurent seuls, mais dans la suite, et sans doute à partir de 1516, les noms des trois cantons sont écrits sur les pièces destinées à circuler dans leurs possessions communes. On a conservé un grand nombre de pièces frappées dans l'atelier de Bellinzona auxvi< siècle :^orins d'or, Ma/ers, demi-tkalers, dicken ou testons et plusieurs variétés de monnaies de
I. Luethert, Venveh eiita- MùnxgtichichU von Luctrn, Uri, Sctnuy^, UnlcrwaliUn und Zug. Einsiedein, 1864-67, in-8. — 8. Biondelli, Bellinzona e le sue moneU, dans l'^rchivio storicû lombardo de 1879. — U. Rossi. Di alcune monele inédite di Bellinzona, dans le Bull.de la soc. suisse de numismatique, 1883. — A, Morel-Fatio, Bellinzona. Testa» anonyme frappé par les cantons d'Uri, Schwyt^ et Untenvalden, dans la Revue numîsmûtique de 1866.
billon. Notre figure 356 reproduit un intéressant spécimen de ce monnayage collectif: un teston d'argent copié de ceux de Milan au saint Ambroise, Le type habituel des monnaies des trois cantons est l'image de saint Martin ou la juxtaposition de leurs écussons respectifs. Sur des pièces frappées vers le début du xvi* siècle, nous trouvons parfois Mars assis sur des armes entassées, avec la légende VICTORIA ELVETIORVM ou ALAMANORVM.
b). — Un.
Le canton d'Uri, respublica uraniensis, ne commença à monnayer pour son compte exclusif qu'au xvi* siècle, et ses premières émissions consistèrent en pfennigs unifaces. En 1 5 jô apparurent des demi-bat^en, puis en 1 $69 des bati^en d'argent (fig. iî7). Au commencement du xvii» siècle, le canton d'Uri frappa des schillings, des kreu^er, des dicken ou testons et des demi-dicken d'argent, et diverses monnaies d'or. Au xvin* siècle, les '''*" '" seules pièces frappées furent quelques ducats d'or.
Le type des monnaies d'Uri se compose généralement, soit des armes : d'or au rencontre de bœuf de sable, accorné, lampassé et bouclé de gueules, soit de l'image de saint Martin, soit de l'aigle à deux têtes. Saint Martin est représenté, tantôt à cheval, donnant un morceau de son manteau à un pauvre, comme sur les pistoles d'or, tantôt debout, comme sur les ducats, tantôt en buste, comme sur les dicken. Son nom forme la légende la plus fréquente du revers : S. MARTIN' ■ PATRON' HOster ou SANCT' MARTIN' EPIS'.
c), — Schviy^.
Le monnayage moderne de Schwyz débute, à la fin du xv* siècle ou dans les premières années du xvi', par un remarquable tkaler non daté, portant à l'avers l'écu du canton, tenu par deux sauvages et surmonté d'une aigle à deux têtes; la légende est MONETA NOVA SVITENSIS; au revers, dans une épîcycloïde, nous retrouvons l'image équestre de saint Martin: SANCTVS MARTINVS EPISCOPVS. Les légendes sont encore écrites en lettres gothiques.
L'image de saint Martin resta, avec l'aigle à deux tètes, le type prin-
cipal des monnaies de Schwyz. Au xvii« siècle, les ducats d'or eurent l'image de la Vierge; au xviii*^ l'écu du canton : de gueules à une croisette pattée et alésée d'argent, posée au canton senestre du chef. La devise habituelle du revers, sur les monnaies de Schwyz, est: TVRRIS FORTISS^'wa NOMEn DOfAini ; sur les ducats à la Vierge on lit :
OMNIA AYXILIANTE MARIA.
La série monétaire de Schwyz est très variée et s'étend chronologiquement sur toute la période moderne.
d). — Unterwalden,
Le canton d' Unterwalden, partagé en deux par la forêt de Kernwald, formait deux petites républiques étroitement unies, mais distinctes. La plus grande, située au sud et au-dessus de la forêt, portait le nom d'Unterwaldob dem Wald ou d'Obwalden (respublicasubsylvana superior) ; la plus petite, formant la partie nord-ouest du canton, se nommait Unterwald nid dem Wald ou Nidwalden (respublica subsylvana inferior).
En 1569, Unterwalden commença l'émission de bat^en d'argent. Au xviii^î siècle, le monnayage devint abondant et comprit des espèces d'or et d'argent. Le type des ducats se compose de l'effigie du bienheureux Nicolas de Flue agenouillé : B • NICOLAVS • VON • FLVE.
Outre les monnaies frappées pour tout le canton d'Unterwalden, le petit état d'Obwalden eut ses monnaies particulières. A part des heller^ des pfennigs ou j(weiheller^ des ^{ehnkreusier et des rappen sans millésime, Obwalden a fait forger : en 1725 des demi-gulden et dcs/UnJbats^ner ou pièces de 20 kreuzer; en 1726 des ducats d'or, des demi-bat^en et des kreu^ers;en 1728 des assis et des demi-thaler ; en 1732 des pièces de 20 kreuzer et des rta/ers. Ces pièces portent la devise: DILEXIT DO-
MINVS DECOREM IVSTITI/E.
Les armes d'Unterwalden sont : parti, au i^^ de gueules coupé d'argent à une clef de l'un en l'autre posée en pal, qui est Obwalden, au- 2^ de gueules à la clef à double panneton d'argent, posée en pal qui est Nidwalden.
e). — Lucerne '.
En i495,Lucerne décida l'émission de testons ou dicken au même titre que ceux de Milan et de Berne; en 1 502 elle résolut de fabriquer
I. F. Haas, Die Mm:^en des Standcs Lii\ern, dans la Revtie Suisse de Numismalique de 1895.
dorénavant toutes ses monnaies sur le même pied que celles de Berne ' en I î i 8 furent frappés les premiers thalers et doubles thalers d'argent.
Lucerne, qui avait autrefois appartenu à l'abbaye de Murbach, avait pour patron le patron de ce monastère, saint Léger, sanctus Leodigarius. L'image de ce saint, son buste ou la représentation de son martyre, forment avec l'image de saint Maurice et l'écu du canton : parti d'azur et d'argent, le type usuel des monnaies de Lucerne. Sur le revers des thalers du xvi< siècle et du commencement du xvn', l'écu de Lucerne
est entouré de ceux des principales avouerics formant le canton; le nombre de ces armoiries varie entre quinze, seize et dix-huit. Notre figure 2;8 représente le thaler de 1557; les écussons placés dans la bordure du revers sont, en commençant par le haut à droite, ceux de Rothenburg, Entlebuch, Sempach, Buron et Triengen, Malters, Kriens, Merischwanden, Ebikon, Rusegg, Weggis, Horw, Habsbourg, Munster, Sursee, Ruswil etWikon.