‹ Traité de paléontologieChapitre 102 sur 183 · AN · texte numérisé non relu

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Fig. 270.

1 Dryophyllum curticellense Sap. et Mar. 2 D. Dewalquei Sap. et Mar. Éocène inférieur. Gélinden. 3, 4 Quer-

cus nertfolia À. Br. Miocène supérieur. Œningen. 5 Q@. Daphnes Ung. Parschlug. Miocène moyen. 6, 7 Q. pili-

gera Casp. Ambre. Inflorescences mâles et fleur femelle isolée grossie. 8 Castanopsis tribuloides Lindl. rameau fructifère. 9 C. indica À. DC. fruit. (Reprod. d'apres MM. de Saporta, Conwentz, et d'après nature.)

Un autre caractère différentiel apparaît sur presque toutes les feuilles figurées par M. Crié : c’est l'existence de nervures raccourcies qui sont aussi figurées et signalées par M. pe SarorTa, chez D. vittatum. — La fig. 45 de la pl. I ne semble pas appartenir à ce groupe.

On ne connaît ni fruits, ni fructifications, ni en général aucun reste susceptible de fournir de renseignements précis sur les affinités des feuilles.

Si l’on considère les fructifications de Castanopsis, bien que le fruit puisse différer beaucoup le cas échéant de ceux de Castanea, elles se rapprochent tellement parfois (pas toujours, comme le prouve C. fribuloïdes Lindl. fig. 270%) de celles de Castanea, qu’on pourrait les confondre avec ces dernières, si l’on n’en faisait un examen sérieux. Après fossilisation surtout, ces deux groupes de fructifications ne pourraient être distingués, si leur conservation n'était pas absolument parfaite. Ce n’est pas le cas toutefois, pour l’unique fructification d’Alaska, (p. 417) attribuée par M. Hger au genre Castanea.

D'après les feuilles, seules parties que nous connaissions, on ne saurait décider de quel genre vivant dérivent ou se rapprochent les Dryophyllum, car la nervation ne montre d’affinités décisives avec aucun des genres en question. On peut avec quelque vraisemblance affirmer, que les feuilles désignées sous le nom de Dryophyllum sont des Cupulifères, et qu'à l’époque du tertiaire ancien, et surtout vers la fin du crétacé, ces plantes prospéraient à des latitudes, où l’on ne voit plus aujourd’hui de Cupulifères à nervation de Dryophyllum. Mais si l’on veut les rapporter à Castanopsis où à Quercus, on se heurte à ce fait qu'il n’existe actuellement pas de Castanopsis en Europe, la Californie en possédant encore une espèce, et toutes les:autres habitant l'hémisphère oriental; en outre toutes les espèces de chênes actuels que l’on pourrait considérer comme voisins appartiennent presque exclusivement à l’est et au sud de l’Asie et à l’Amerique centrale. C'est là toutefois un résultat auquel nous sommes déjà arrivés aussi pour la plupart des feuilles réunies au genre Quercus.

On doit se demander ici si les fossiles cités plus haut: Quercus bidens Ettingsh. du tertiaire de Sumatra (p. 428), puis Q. drymejoïdes Ettingsh. du tertiaire de l'Australie ne peuvent pas être à aussi juste titre rapportées au genre Dryophyllum? Si l’on voulait réunir Dryophyllum et Castanopsis et suivre cette assimilation comme un fait établi, Castanopsis aurait eu à l’époque tertiaire, dans l'hémisphère méridional, un habitat plus étendu qu'aujourd'hui où il ne dépasse pas vers le sud la Nouvelle-Guinée; on arriverait à la même conclusion pour le genre Quercus, si l’on rangeait les feuilles de Dryophyllum dans ce genre. Les matériaux actuels ne permettent de se décider catégoriquement ni pour l’un ni pour l’autre classement: sauf les feuilles, tous les autres organes sont inconnus et si même on découvrait des fruits, on ne saurait les distinguer de ceux des chênes ou des châtaigniers, si chaque cupule ne renfermait qu’un seul fruit

Signalons en terminant la nervation des espèces de Castanopsis à feuilles entières. Il y a chez elles camptodromie entre les diverses ramifications de premier degré issues des nervures secondaires; cette camptodromie se produit par la réunion de la nervure secondaire inférieure avec une branche anastomotique transversale ou avec une nervure tertiaire issue de la nervure secondaire supérieure, ou bien encore les nervures secondaires se bifurquent et les ramifications ainsi produites s’anastomosent; il en est ainsi chez C. chrysophylla et aussi chez Quercus. Si les feuilles de ces espèces sont dentées dans leur portion supérieure, comme

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par exemple chez C. echidnocarpa A.D C., C. tribuloïides A. D C., la nervation dans ces régions ressemble à celle des feuilles dentées. |

Les Juglandacées se rattachent aux Cupulifères, avec lesquelles elles présentent tant de rapports, comme l’a établi Ercazer (Blüthendiagramme, vol. II, pag. 37); aussi se trouvent-elles mieux à cette place, qu’auprès des Anacardiacées. On en a décrit à l’état fossile des feuilles, des fleurs et des fruits. Le nombre des espèces fossiles décrites est plus grand que celui des espèces actuelles. Le genre Juglans L. est commun à ia Jamaïque, au Mexique, à l'Amérique du Nord et à l'Asie; Carya Nutt. se rencontre au Japon (J. cordiformis Maxim.), dans l'Amérique du Nord (jusqu’au Texas) et au Mexique, Pterocarya Kunth en Transcaucasie, dans la Perse septentrionale, au Japon et en Chine; Platycarya Sieb. et Zuccar. existe dans le Nord de la Chine, en Corée et au Japon; Oreomunoa est limité à l'Amérique centrale; Engelhardtia Leschen. s'étend depuis Java et Sumatra, Penang, Hong-kong jusqu’en Sikkim et dans le Nepaul. Le Juglans regia L.. n'existe aujourd'hui en Europe qu’à l’état cultivé, sauf dans les montagnes du nord de la Grèce; il est répandu depuis la Transcaucasie jusqu'aux Indes orientales, dans le Birman, le nord de la Chine, et Nippon; l’existence d’une variété du J. nigra L. de l'Amérique du Nord (var. boliviana À. D C) en Bolivie, provient d’une importation, ou bien de l'habitat plus étendu de l’espèce à une époque antérieure.

Les fruits fossiles ont démontré que l’Europe possédait autrefois non seulement le genre Juglans, mais aussi Carya et Engelhardtia ou, si l’on préfère, un genre voisin du dernier. Reste à savoir si l’on peut en dire autant pour le genre Pterocarya, à l'époque du tertiaire inférieur; car en effet, les fruits du miocène moyen de Léoben, décrits par M. D'ETrINGSHAUSEN sous le nom de P. leobenensis, ne sont pas assez bien conservés pour permettre une détermination certaine, bien qu’ils aient pu en réalité appartenir à ce genre. On ne connaît de ce genre d’autres fruits que ceux de Péerocarya fraxinifolia Spach. des Cinérites du Cantal', qui témoignent aussi en faveur de l'existence du genre en Europe dans le Tertiaire supérieur, et fournissent un argument en faveur de l'opinion de M. D'ETTINGSHAUSEN.

En ce qui concerne les fruits des Juglandées, je renverrai au Mémoire sur les Juglandées de C. DE Canoe”, à la description d’ErcaLer* et d'A. BRAUN * et aux figures de Maximowicz5, Je n’entrerai ici, à propos de la structure du fruit, que dans les détails qui me paraissent indispensables pour répondre au plan de cet ouvrage, car les fruits constituent la partie la plus importante et la plus caractéristique des fossiles de ce groupe.

Les fleurs femelles sont situées à l’aisselle de bractées et sont accompagnées de deux bractées latérales; l’ovaire uniloculaire, infère, contient un ovule basilaire, dressé, orthotrope et porte un périgone tétraphylle. En mâûrissant, après la disparition des bractées, l'ovaire des Juglans se développe en une drupe dont

1DE SAPORTA, Annal. des sciences nat. Sér. V. t. 17.

2? Annal. des sciences nat. Sér. IV. t. 18.

8 Blüthendiagramme p. 28.

4 Sitzungsberichte der naturf. Freunde zu Berlin. Dec. 1871.

5 Bull, de l’Acad. de St. Petersbourg. t. XVIL 1873.

Schimper-Zittel, Traité de Paléontologie. t. IL. 28

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le péricarpe est irrégulièrement déhiscent; chez Carya (Fig. 27178) ce péricarpe s’ouvre par quatre valves. Dans les Pterocarya (Fig. 27110) le fruit est indéhiscent et les deux bractées s’accroissent pour donner deux ailes arrondies, latérales situées transversalement sur l'axe du fruit; dans les Engelhardtia, les deux bractées supérieures et les inférieures forment une aile tripartite, embrassant la partie supérieure du fruit (Fig. 27112); chez les Platycurya le périgone manque, les ailes sont formées par les deux bractées latérales et sont parallèles au grand axe du fruit. Oreomunoa se comporte, au dire des auteurs, comme Engelhardtia, la section transversale du fruit montre, outre les saillies longitudinales de la face interne de la paroi, des lames de tissu en forme de T sur les quatre cloisons. Cloisons, bourrelets et lames des parois de la coque (noix) se forment pendant la maturation du fruit; les deux dernières productions sont cause de l'inégalité de la surface des cotylédons, les cloisons produisent la lobation de l'embryon. Il existe toujours une cloison, la principale ou primaire, qui est parfois la seule, comme chez Engelhardtia, Platycarya, Juglans cinerea, J. mandschurica Maximow., J. stenocarpa Maximow.; chez les autres Juglandées, la cloison secondaire s’ajoute à la première qu’elle croise (Fig. 2717). Ni la cloison primaire, ni la secondaire ne sont complètes, elles laissent libre la partie supérieure de la noix. Dans les cloisons et les bourrelets des paroïs se voient diverses régions occupées par un tissu spongieux, à parois minces, se ratatinant plus tard, et formant les lacunes de ces parties de la noix; toutefois chez Carya, Pterocarya, Engelhardtia, ces lacunes peuvent encore renfermer du tissu à la complète maturité de la noix. Les lacunes sont très-marqués chez J'uglans nigra L. et J. cinerea L. (Fig. 271 34) dans les larges bourrelets des paroïs et dans les cloisons; elles renferment du tissu lacuneux dans les cloisons du J. regia L. — Pterocarya possède deux grandes lacunes latérales et une centrale remplies de tissu; ÆEngelhardtia n’a qu’une lacune allongée dans la cloison. Chez Carya les lacunes situées dans les bourrelets et les plaques sont occupées par du tissu dans tous les fruits que j'ai étudiés; les lacunes des cloisons atteignent même la paroi externe de la noix. Ces formations présentent leur plus grand développement chez C. aquatica Nutt.

Parmi les fruits fossiles, il faut citer tout d’abord J. tephrodes Unger, de l'Italie moyenne et de Feistritz, auquel on doit peut-être identifier J, Güpperti Ludwig (fig. 272%) des lignites supérieurs de Wettéravie. Ces fossiles se rapprochent tellement du J. cinerea L., espèce de l'Amérique du Nord, et du J. stenocarpa Maxim. qui vit au Japon, que M. A. Braun considère leur identité avec la première espèce comme vraisemblable, ce dont je doute toutefois. Le J. nigra L. qui habite l'Amérique du Nord, a comme proches parents les fossiles des couches d’Atane (Crétacé supérieur) du Groënland, décrits par M. Her sous le nom de J. arctica, et ceux des lignites supérieurs de Wettéravie décrits par LupwiG, J. globosa, J. quadrangula et J. corrugata. Le J. regia des tufs quaternaires de Meyragues en Provence, a comme alliés J. nux taurinensis Brongt. de Turin et du Val d’Arno (miocène moyen et supérieur), J. minor Sap. du pliocène de Meximieux et J. salinarum Unger de Wieliczka, J. Hageniana Heer du Samland (oligocène moyen) et un fruit du Haut Rhœn (oligocène supérieur) réuni par M. Heer à la feuille décrite comme J. acuminata A. Br.

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Parmi les fruits fossiles de Carya, les plus répandus (de l’oligocène inférieur au pliocène) sont peut-être C. ventricosa Unger (fig. 272 8) (J. lævigata Ludw., C. pusilla Unger) et C. costata Unger (fig. 272 7); avec ces deux espèces on rencontre encore au Spitzherg C. albula Heer, espèce du Groënland. On peut citer aussi C. Schweiggeriana (Juglandites Gôpp.) du Samland (miocène moyen), C. rostrata Gôpp. de l’oligocène supérieur de Wettéravie (fig. 272 6), C. abbreviata Heer, C. elænoïides Unger du miocène moyen, C. Brauniana Heer du miocène supérieur, C. Sturii Unger du pliocène, C. (Juglans Unger) minor de Gleichenberg, C. maxima Sap. des Cinérites du Cantal. C. alba Nutt. du Forestbed de l'Ohio. Je considère plutôt comme un Juglans le Carya Suturni Unger de Stein, dans la Haute Carniole. M. LEsQuEREUx à signalé également des fruits de Carya dans l'Amérique du Nord, per exemple C. rostrata Güpp., C. ventricosa Brongt. (C. costata Lesq.), C. Bruckmanni Heer, toutes de Florissant (Wyoming, groupe de Green River).

Des fruits autrefois réunis au genre Carpinus, puis attribués à ÆEngelhardtia, ont été désignés ultérieurement par M. pe Saporra!' sous le nom de Palaeocarya (fig. 27210) et considérés comme forme intermédiaire entre ÆEngelhardtia et Pterocarya, mais plus voisine du dernier genre. Le genre Palaeocarya est caractérisé par un involucre (aile) dont le lobe médian possède ordinairement trois nervures, par le fruit nu, et par l'absence des stigmates. Les fruits d'Engelhardtia que j'ai eus à ma disposition ne sont pas nombreux; chez toutes les espèces étudiées, les lobes de l’involucre sont plus grands et uninerves, la nervation est camptodrome par la ramification de branches bifurquées, les mailles formées par les nervures d’ordre plus élevé sont tétragonales ou bien aussi polygonales, le fruit est velu, couronné par les deux stigmates bifides. A sa base l’involucre renferme naturellement trois nervures; si l’un des deux ou les deux lobes internes sont plus grands, ils ont dans ce cas une nervure bien marquée (fig. 27112). Doit-on attribuer au caractère signalé par M. DE SAPORTA une importance suffisante pour distinguer un genre particulier voisin d'Engelhardtia ou bien seulement un groupe? cela dépend d’appréciations individuelles. Toutefois, d’après les figures, le lobe médian correspondant à la bractée du fruit fossile ne possède pas toujours trois faisceaux. L'espèce la plus commune est VE. (Palacocarya) Brongniarti Sap., que l’on trouve à Armissan, Turin, Léoben, Radoboj, Sagor, Sotzka, Parschlug et Kutschlin (fig. 272 11, 12), Dans le tertiaire du Sud de la France, M. pe SAPORTA en a encore signalé d’autres espèces parmi lesquelles, Æ. (Palaeocarya) atavia Sap. d'Aix est la plus ancienne de l’oligocène inférieur (fig. 27210). On doit ranger dans ce genre le Carpinus platycarpa Weber, d’Orsberg près Bonn, et aussi, comme M. D’ETTINGSHAUSEN l’a déjà fait observer, les fruits de Sotzka et de Parschlug décrits par UNGER sous les noms de Carpinus oblonga, macroptera, producta, grandis, puis Carpinus vera Andrä (fig. 2615 ) du miocène supérieur de Thalheim en Transylvanie. Ces fruits sont connus depuis l’oligocène inférieur jusqu'au miocène supérieur. Ils n'ont pas été signalés au nord d’une ligne passant par Bonn, Bilin, et la Transylvanie.

1 Annal des sciences nat. Sér. V. t. 18. p. 99. 28*

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