GRAINES
A côté de ces graines s’en rencontrent d’autres, nombreuses dans les dépôts antérieurs au Trias; elles sont métamorphosées en houille, silicifiées, ou conservées par la sidérose, mais leur connexion avec des débris des plantes auxquelles elles appartiennent ne se trouve constatée que dans peu de cas. On les a autrefois interprétées comme fruits de palmiers, mais elles appartiennent surtout à des Gymnospermes, et une partie de ces graines a déjà été mentionnée p. 241. Le nombre des formes distinguées est considérable, et, lorsqu'elles sont transformées en charbon, leur état de conservation a souvent servi pour les caractériser. D’utiles renseignements sur la structure de ces graines ont été fournis par MM. Hooker, BroNGnrART et WizLrAmson !, et il résulte de ces recherches qu’elles appartiennent aux Gymnospermes et que par conséquent elles doivent être rangées parmi les Cycadées, Cordaïtes, Dolérophyllées, et Conifères (Taxinées, Salisburiées). Chez bon nombre d’entre elles, comme chez les Cycadées vivantes et les Cordaïtes, on trouve une chambre pollinique, une enveloppe externe et une interne, et aussi la pointe très allongée du nucelle. La plupart d’entre elles ont reçu le nom de Carpolithes et le gardent encore; MM. BronenrarT et WizziAmsoN au contraire, d’après la forme et la structure, ont tenté une division rigoureuse, Le premier de ces auteurs distingue, outre les formes mentionnées plus haut, les genres suivants, d’après le nombre des arêtes saïllantes: Pachytesta, Trigonocarpus, Tripterospermum (avec trois arêtes), Ptychotesta, Hexapterospermum, Polypterospermum, Polyphospermum (avec six arêtes), Eriotesta, Codonospermum (avec huit arêtes), Stephanospermum avec des appendices à la pointe. M. Wizzramson décrit encore à côté de Trigonocarpus et des autres, Lagenostoma, Conostoma, Malacotesta.
Carpolithes conicus Güpp., Trigonocarpus Sporites Weiss sont des macrospores de Sigillaires.
Mentionnons en outre les graines du houiller décrites par MM. Renaurr et Zeizzer (Comptes rendus, vol. 99, 1884, p. 569; RexauzT, Cours de Bot. foss. t. IV) sous le nom de (Gnetopsis, alliées aux Cordaïtes et aux Cycadées à cause de la présence d’une chambre pollinique.
Nous devons encore considérer ici les graines signalées par M. BOWERBANK (History of fossil fruits and seeds of the Londonclay. London, 1840). Elles sont désignées par M. BowerBanKk, quand elles sont attribuables aux Conifères, comme espèces du genre Petrophiloides; elles appartiennent, autant que les figures permettent d’en juger, à Sequoia (pl. IX fig. 9-12, pl. X fig. 5) ou à Picea (pl. X fig. 1-3); d’autres, comme les fossiles des fig. 16-21, pl. X sont des cônes usés
1IBRONGNIART, Etudes sur les graines fossiles à l’état silicifié. Annal. des sc. nat. Bot. Sér. V, t. XX. Recherches sur les graines silicifiées. Paris, 1881. — WILLIAMSON, On the organisation of the fossil plants of the coalmeasures. Part. VII. X. 1875. 1880. — Hooker and Binney, On the structure of the certains Limestone Nodules etc. Philosoph. Transact. 1855. — GrAnD’Eury, Flore carbonifère du Départ. de la Loire. Paris, 1877. — BEerGer, De fructibus et seminibus format, lithanthrac. Vratisl., 1848. — Frepcer, Die fossilen Früchte der Steinkohlenformation, — Voir en outre les flores des périodes anciennes et SCHIMPER, Traité t, IL.
349 GNETACEÆ
d'Abiétinées. Pour une autre catégorie, désignée par M. Bowerpank sous le nom de Cupressinites, M. ExpzicHer (Synopsis Conifer.) a essayé de les caractériser et a créé les genres Solenostrobus, Passalostrobus, Frenelites, Actinostrobites et Callitrites. M. Garpner fait observer (British eocene Flora vol. II) avec juste raison que pas un de ces fossiles n’a de caractères communs avec Cuypressus, une partie appartiennent à Callitris curta Gard., d’autres seraient des capsules de fruits ou des échantillons à peine déterminables. Je tiens pour certain que les fig. 20. 21. 32, peut-être aussi les fig. 22. 23, de la pl. X de M. BowErBANK, appartiennent à Callitris, mais il me semble douteux que tous les exemplaires figurés par M. GARDNER, loc. cit., pl. IX, comme Callitris curta, soient attribuables à ce genre. L'espèce qui a fourni les cônes appartenant à Callitris est sans doute C. Brongniarti Endlicher (v. p. 320).
Comme voisins de Cuallitris (au sens de BenrTHam et Hooker) FERD. v. MÜLLER décrit, sous le nom de Spondylostrobus (Observations on new vegetable fossils of the auriferous drifts. Melbourne, 1874) des cônes provenant des couches aurifères d'Australie; l’auteur a bien-voulu me communiquer ses échantillons originaux, Je regrette de ne pouvoir me ranger à son opinion. Ce sont des capsules pierreuses à cinq loges d’une plante probablement dicotylédone, dont chaque loge contient toujours une graine. Les parois se composent d’'alvéoles pierreuses elliptiques, à murs épais et poreux, comme cela se voit généralement dans les capsules pierreuses. Ce tissu est traversé par des faisceaux vasculaires isolés.
GNETACEZÆ Endlicher. ?
Ce groupe, comprenant aujourd'hui les genres ÆEphedra L., Gnetum L. et Welwitschia Hook., est représenté par des fragments de rameaux et des fleurs femelles rapportés au genre ÆEphedra L.; tels sont E. (Ephedrites Unger) Sotzkiana Unger, assez répandu dans le Tertiaire, Æ. Johniana Güpp. et E. Mengeana Gôpp., rameaux avec fleurs femelles de l’ambre du Samland, des rameaux et des fleurs femelles décrits sous le nom d’Ephedrites antiquus Heer et provenant du Jurassique d'Ust Balei (Sibérie orientale).
1 Arthrotaxis subulata Gardner (Brit. eocen. Flora vol. II p. 43, tab. XI fig. 2-14) de l’Argile de Londres de Sheppey n’appartient certainement pas, si le cône est bien conservé, à Arthrotazxis; s’il est usé par frottement, il pourrait à peine offrir un caractère certain pour le rapprocher d’un genre quelconque; il en est de même des rameaux. D’après la figure, on pouvait plutôt songer à Sequoia.
? STRASSBURGER, Die Coniferen und Gnetaceen. Jena. 1872; Die Angiospermen und Gymnospermen. Jena, 1879. — Ercxrer, Blüthendiagramme. Leipzig, 1875. — BENTHAM und Hooker, Genera plant. vol. III. London, 1879. — ParRLATORE in DE CANDOLLE, Prodromus t. XVI. 2. — Gümger, Specielle Morphologie. Leipzig, 1882. — SCHIMPER, Traité vol. IL — Heer, Flora tert. Helv. — Heer, Flora foss. arct. vol. II. IV. V. — GôpPERT und BERENDT, Der Bernstein. Berlin, 1845. — Güpperr, Die Flora des Bernsteins. Danzig, 1883. — Uxcer, Die fossile Flora von Sotzka. Wien, 1850. — SISMONDA, Matériaux . . . Turin, 1865. — Rexauzr, Cours de Bot. foss. t. IV. Paris, 1885.
LL etes tte.
GNETACEÆ 343
Au point de vue de leur attribution aux Gnétacées, tous ces fossiles sont douteux. Les fossiles désignés par M. Hger sous le nom d’Æ. antiquus peuvent aussi bien appartenir aux Equisétacées; ses fig. 25 pl. XIV fig. 1, pl. XV et autres plaident en faveur de cette interprétation. Les fleurs femelles unies aux rameaux, et se composant de deux bractées enfermant une graine, ressemblent surtout en effet à des fleurs femelles d’Æphedra. Les fragments de rameaux décrits comme Æ. Sotzkiana Unger sont, d’après les échantillons originaux, que j'ai examinés, des restes de branches sans feuilles d’un arbre feuillu, dont la ramification seule suffit déjà pour l’exclure du genre Æphedra. Ces fossiles n’ont rien de commun non plus avec Casuarina. Du reste M. UNGEr lui-même, comme le prouve la remarque de la p. 60 de la Flora de Sotzka, n'était pas certain de leur identité avec ÆEphedra. Je ne saurais décider si tous les fossiles décrits sous la dénomination susdite sont identiques, mais la plupart n’ont rien de commun avec Æphedra. Ceci est vrai pour les fossiles trouvés par M. H£er dans le Tertiaire de la Suisse et pour ceux de Flôürsheim près Francfort, et peut être justifié par l'inspection des figures et des échantillons originaux; ce sont sûrement en partie des rameaux privés de leurs feuilles, ou bien on peut avoir affaire à des débris d'Equisétacées, ou encore à des restes de Conifères (Callitris) dans un état de conservation également défectueux.
De même les espèces de l’ambre décrites par M. GüPPERT n’appartiennent pas à Ephedra. Quant à Æ. Mengeana, la figure suffit déjà pour prouver qu'il ne peut être question d'Ephedra. Je n'ai pas vu l'original d’'E. Johniana. Le fragment de branche ressemble assurément à Æphedra, mais les fleurs brièvement pédonculées sont groupées dans l’aisselle de feuilles membraneuses, petites, elles ont un périgone quadripartite qui enferme le fruit à la maturité. Comme pour les débris de rameaux décrits par M. UxGEr, la disposition opposée des branches d’ÆEphedra fait défaut; de même la structure des fleurs du rameau trouvé dans l’ambre ne s'accorde pas avec ce genre. D'autre part les fossiles qui se rapprochent le plus des fleurs femelles d'Ephedra, et qui sont rapportés par M. H£zr à son Æphedrites antiquus, diffèrent encore beaucoup d’'Ephedra.
Dans ce genre, lorsque le fruit est mûr, toutes les bractées deviennent charnues, ou bien s’accroissent et se sèchent comme chez Æ. Alte C. À. M., E. americana Humb. et Bonpl.' Dans les deux cas, la graine se détache de la plante avec ses organes protecteurs. Une figure de M. Hrer montre seulement deux bractées qui entourent la graine. Or aucune des espèces d’Ephedra examinées par moi ne perd ses graines de façon que la paire interne des bractées seule tombe avec la graine. On peut donc seulement conclure que l’on a affaire à une forme disparue ou bien que les fossiles appartiennent à une autre plante. Ces fossiles ne fournissent aucune donnée certaine pour l'existence du genre Æphedra. D’après une notice de M. Heer, M. pe SarorTA a observé des rameaux semblables à ceux d’ÆEphedra dans le Jurassique d’Etrochey.
1 L’exemplaire que j'ai étudié, recueilli par MM. Korscuy et HreRoNYMUSs, possède des graines entièrement müres avec un embryon développé et un albumen.
344 GNETACEÆ
Les Ephedra sont des arbustes de taille médiocre avec des rameaux jeunes verts, finement cannelés, des feuilles petites, opposées, membraneuses, rare-
Fig. 237.
Ephedra monostachya L. 1 Rameau avec fleurs mâles, 2 fleur mâle grossie, 3 fruit. Æ. nebrodensis Guss. 4 rameau avec fleurs femelles, 5 fleur femelle grossie. 6 E. americana Humb. et Bonpl., fruit. (D’après nature.)
ment vertes, soudées en un gaîne, et une ramification axillaire opposée.
Fleurs mâles sur des rameaux opposés en inflorescences racémeuses (épis).
Fleurs isolées dans l’aisselle de bractées decussées, avec un périgone soudé et une feuille pollinique axile sous forme d’un filament dépassant le périgone, 2, 6-8 anthères. Fleurs femelles au nombre de 1 ou 2 sur les rameaux axillaires, avec un ovaire ouvert vers le haut, ovules avec un seul tégument tubuleux allongé. Audessous des ovules 2-4 paires de bractées décussées, qui deviennent charnues ou coriaces à la maturité des graines (v. fig. 237 1-6).
La comparaison du fossile appelé Æphedra Johniana Gôpp. avec la figure ci-contre montre que l'échantillon susdit n’a rien de commun avec ÆEphedra et surtout n’est pas allié aux Gnétacées. Il pourrait plutôt être réuni aux Loran-
thacées.
ee
5° embranchement ANGIOSPERMÆ.
Par opposition aux Gymnospermes, les Angiospermes sont caractérisées par l'apparition de l’albumen dans le sac embryonnaire après la fécondation; au sommet du sac embryonnaire (Macrospore) se voient l’œuf et deux synergides, à la base, trois cellules antipodes. Les ovules (macrosporanges) et les graines sont entourés par les feuilles carpellaires lors du développement; par le canal stylaire unissant la cavité ovarienne d’une part et le stigmate d'autre part, le développement du boyau pollinique ménage l’accès du contenu de la cellule pollinique (grain de pollen, microspore) dans l'œuf.
1® classe: MONOCOTYLÉDONES.
Plantes annuelles ou persistant plus longtemps par des axes souterrains (Rhizome), ramifiés et recouverts de feuilles rudimentaires; ces rhizomes se développant assez souvent en bulbes et en tubercules. Les formes arborescentes sont rares chez les Monocotylédones, et souvent elles ne sont pas ramifiées. Racine principale de courte durée, remplacée plus tard généralement par des racines secondaires ramifiées, laissant après leur destruction des cicatrices arrondies, plus tard allongées transversalement et elliptiques, avec la trace des faisceaux fibrovasculaires. Section transversale de l’axe montrant des faisceaux fibrovasculaires isolés, séparés par du parenchyme; croissance des faisceaux fibrovasculaires limitée. Croissance longitudinale de l’axe très générale, se continuant longtemps chez les formes arborescentes, croissance en épaisseur limitée à l’accroissement du diamètre et de la circonférence des entre-nœuds qui succèdent à l’axe embryonnaire. Parfois (Liliacées arborescentes, Pandanées) croissance en diamètre se continuant par la production d’un méristème secondaire en dehors du cercle le plus extérieur des faisceaux primitivement formés, puis en outre production subéreuse. Feuilles rarement pétiolées, le plus souvent sessiles, embrassant entièrement ou presque entièrement la tige, laissant après leur chute des cicatrices étroites, ellip-
346 ANGIOSPERMÆ. MONOCOTYLÉDONES
tiques, avec les traces ponctiformes des faisceaux foliaires; sur les tiges arborescentes souvent on observe les traces des bourgeons non arrivés à leur développement. Base des feuilles engaînante, les gaines longues ou courtes, limbe des feuilles généralement étroit, à bords parallèles ; plus rarement feuilles larges à la base, cordiformes, lancéolées ou sagittées ou bien rétrécies; bord généralement entier, plus rarement denté ou divisé, parfois (Palmiers) fendu par la déchirure de bandes déterminées du tissu de la feuille, étroitement plissée dans le bourgeon ; cette feuille prend par suite une forme pennée ou palmée. Faisceaux conducteurs du limbe présentant des parcours parallèles, et plus rarement, sur la ligne médiane de la feuille, un faisceau plus fort (nervure médiane) qu'accompagnent parfois, dans les deux moitiés de la feuille, des nervures latérales parallèles entre elles et avec la nervure médiane; exceptionnellement on voit se détacher de ces nervures à différentes hauteurs des ramifications opposées ou alternantes. Souvent l’aspect de «nervure médiane» est dû seulement au plus grand développement du parenchyme dans la région médiane de la feuille. Les faisceaux conducteurs prolongés dans des directions différentes, et sous des angles divers se réunissent par des ramifications anastomotiques qui très souvent restent simples, mais parfois encore forment un réseau. Sous l’épiderme, et dans les feuilles étroites surtout, on voit très souvent le long de la feuille des faisceaux hypodermiques, désignés, avec les faisceaux conducteurs les moins forts, sous le nom de nervures intermédiaires. Les inflorescences, dans quelques familles, sont enveloppées d’une gaïne plus ou moins développée, souvent vivement colorée. Fleurs actinomorphes ou zygomorphes, le plus souvent hermaphrodites, rarement à sexes séparés, feuilles florales sur deux circonférences, chacune portant trois pièces; verticilles successifs alternes, souvent dialypétales, plus rarement gamopétales, le verticille extérieur parfois cupuliforme, vert; étamines au nombre de six en deux verticilles alternes de trois chacun, l'ovaire tripartite supère ou infère; le fruit est une capsule, une baie ou un akène; graines albuminées, l’albumen manquant rarement, avec un embryon périphérique ou central, droit, rarement courbé et possédant un seul cotylédon. Les exceptions à cette constitution typique de la fleur résultent de l’atrophie d’un verticille entier ou d’une seule pièce d’un verticille, ou encore de la multiplication des pièces d’un verticille, surtout des feuilles carpellaires. 1
Comme pour tant de Conifères fossiles, leur place et leurs rapports avec les formes du monde actuel sont incertains et un petit nombre seulement permettent une décision assurée; ceci est encore plus vrai chez
* EicaLer, Blüthendiagramme. Leipzig, 1875. — GüBeL, Spezielle Morphologie. Leipzig, 1882.
MONOCOTYLEDONES 3471
les Monocotylédones. Sans doute on a décrit en assez grand nombre de fossiles qu’on croit appartenir aux Monocotylédones, se basant généralement sur une ressemblance, souvent très lointaine, de leur forme extérieure avec celle des espèces actuelles: tantôt on les à identifiés franchement avec les genres vivants, tantôt on les a comparés avec ceux-ci, sans avoir souvent sous les yeux, autre chose que des fragments de feuilles incomplets, d’ailleurs mal conservés. Quant aux fleurs et autres parties dont la détermination pourrait être plus sûre, surtout pour ce groupe, elles sont inconnues, ou bien elles sont aussi incertaines que le sont les fragments de feuilles.
On peut en dire autant de bon nombre de tiges fossiles, en tant que leur structure n’est pas conservée ou que la conservation de la surface extérieure ne laisse pas fixer plus sûrement leur famille. Si l’on soumet les matériaux existants à un examen plus minutieux, on arrive bientôt à cette conclusion, que tous les fossiles des terrains anciens décrits comme monocotylédones n’en sont pas, ou que leur parenté avec ce groupe n’est pas démontrable : ce n’est que dans le Crétacé supérieur qu'’apparaissent les premières formes présentant les caractères de ce groupe. Ce n’est que dans le Tertiaire que l’on a des preuves certaines de l’existence des Monocotylédones, bien qu’il ne soit pas souvent possible ici de décider avec certitude du genre ni par conséquent du groupe.
SCHIMPER, HEER et d’autres, placent la première apparition des Monocotylédones dans le grés bigarré, avec les genres Yuccites, Aethophyllum et Echinostachys. Il se peut encore que l’habitus de ces fossiles se rapproche de celui des Monocotylédones, mais cependant on manque encore de preuve plus importante pour conclure que ces fossiles appartiennent bien réellement à ce groupe. Le doute est bien plus sérieux pour les fossiles décrits par M. Her sous le nom de Bambusium, et provenant du Lettenkohle de Bâle et du Lias de Suisse; ces fossiles sont ou indéterminables ou peuvent être attribués avec autant de raison aux Equisétacées et aux Cycadées (feuilles). Tout aussi douteux sont les fossiles décrits sous le nom de Najadita Buckm., du Lias anglais, et de Zosterites tenuistriatus Heer de Schambelen. Les relations des fossiles de l’Oolithe d’Angleterre et de Sibérie décrits comme Monocotylédones, d’ailleurs si mal conservés, sont aussi incertaines. On reviendra sur cette question dans la description de ces fossiles.
En somme on pourra généralement reconnaître les feuilles des Monocotylédones à la direction parallèle des faisceaux libériens et conducteurs; ce caractère cependant expose à certaines erreurs, puisque les nervures parallèles se rencontrent encore dans les feuilles des Cordaïtes, et parmi les Dicotylédones, par exemple, chez les plantes volubiles, les plantes
348 ANGIOSPERMÆ. MONOCOTYLÉDONES.
grimpantes et un certain nombre d’autres plantes. En ce qui concerne les nervures transversales, il faut remarquer que ce ne sont pas toujours des ramifications à direction transverse des faisceaux conducteurs, mais parfois des diaphragmes de canaux aérifères. Il est très rare de pouvoir décider si l’on se trouve en présence de l’un ou de l’autre de ces cas. En outre, pour des familles diverses, le parcours des faisceaux conducteurs des feuilles n’aura pas une importance décisive, car dans la même famille on trouve des nervations très différentes, et dans des familles différentes, le même agencement des faisceaux conducteurs. Aïnsi le parcours des faisceaux conducteurs ne peut fournir aucune preuve absolue de la provenance des feuilles fossiles du groupe des Monocotylédones. Dans cette étude on devra en outre être en garde contre les plis et les déplacements de ces parties. Les tiges se laissent toujours reconnaître à leurs faisceaux conducteurs isolés.
La tardive apparition des Monocotylédones, la rareté de leurs fossiles comparée à ceux des Dicotylédones, me paraissent démontrer que ce groupe représente un échelon plus élevé que les Dicotylédones, dans le développement des formes végétales. Une autre preuve en est dans la structure de la tige des Monocotylédones, où les faisceaux conducteurs sont isolés, tandis que les tiges des Cryptogames vasculaires des périodes anciennes (Lépidodendrées, Sigillariées) et des Conifères, n’ont généralement pas cette structure : le fait de l’isolement des tissus correspond plutôt à un degré élevé de développement, qu’à un stade inférieur. En outre, à l’opposé des Dicotylédones, la constitution des fleurs est plus simple et plus uniforme, ce qui peut se rapporter à un groupe encore en voie de développement. Quant au petit nombre des feuilles fossiles, on peut le rapporter à leur structure qui, comme celle des tiges et des troncs, n’est pas susceptible d’une bonne conservation; mais à dire vrai, les conditions ne sont pas plus favorables chez les Dicotylédones.
1% ordre: LILIIFLORZÆ, Liliiflores.
Le premier ordre à considérer dans les Monocotylédones, les Zäliflores ', est caractérisé par des fleurs actinomorphes, hermaphrodites ou à sexes séparés; six feuilles florales disposées en deux verticilles de trois, le plus souvent vivement colorées, de trois à six étamines, un ovaire supère ou infère à trois divisions, le fruit étant une capsule ou une baie. Ces plantes sont rarement annuelles ou arborescentes, les parties aériennes se développent sur des rhizomes souterrains portant des feuilles rudimentaires; ces rhizomes, lorsque les feuilles
sont non seulement des organes de protection, mais encore des réservoirs nutritifs,
‘Je donne la série des divers groupes d’après le résumé d’ErcxLer. Berlin, 1883.
LILIIFLORES 349
sont désignés sous le nom de bulbes. La première famille de cet ordre est celle des Zaliacées (Liliées, Mélanthiées, Smilacées) avec l'ovaire supère, le fruit étant une baie ou une capsule déhiscente loculicide ou septicide. !
Les fossiles attribués aux Ziliées, et ceux qui ont été décrits par M. Visranr et qui proviennent du Tertiaire de Vicence, ont été presque tous réunis à ce groupe par suite d'une ressemblance extérieure souvent lointaine avec les formes vivantes. Ainsi Gloriosites rostratus Heer du Tertiaire d'Œningen, est basé sur sa ressemblance avec les rhizomes des espèces de Gloriosa, cultivées en pots, plantes vivant aujourd’hui dans les contrées tropicales d’Asie et d'Afrique; or cette analogie n’est pas confirmée par les autres parties de la plante. Il convient donc de la laisser parmi les fossiles problématiques. On peut douter aussi de tous les fossiles désignés sous le nom de Yuccites Schimp. et Moug., parmi lesquels les fragments de tiges du Yuccites vogesiacus Schimp. et Moug. du grés bigarré, d'Alsace n’appartiennent certainement pas aux Monocotylédones; les fossiles connus par des feuilles sont également douteux quant à leur classement, comme par exemple ceux de l’Oolithe de Roverè di Velo ( Y. Schimperianus Zigno), de l’Infralias d'Hettange (Y. hettingensis Sap.), de l’Oolithe supérieure de France (Y. Brongniarti Sap., Y. vittatus Sap.) Ces fossiles peuvent être supposés beaucoup plus proches du groupe des Cordaïtes que des Monocotylédones, et les prétendues tiges de Yuccites d'Alsace justifient plus exactement encore cette interprétation. Quant à Y. Cartieri Heer, de la Molasse d’Aarwangen, il représente la tige d’une Monocotylédone arborescente, mais on ne saurait dire si on à affaire à Yucca ou à un autre genre, car les cicatrices foliaires sont mal conservées.
Avec les espèces de Dracæna de l’'Eocène d’Aix décrites par M. DE SAPORTA (Dracænites Sap. olim), D. Brongniarti Sap., D. minor Sap. citons le D. narbonensis Sap. de l’Oligocène d’Armissan, qui rappelle la forme des fragments de feuilles de Dracæna, cependant il faut remarquer qu’une forme de feuille semblable se rencontre encore dans le genre Yucca, et que la surface extérieure de la tige, dans ces deux genres, montre dans les cicatrices foliaires les mêmes
1UxGER, gen. et spec. pl. foss. Wien, 1850. Chloris protogæa. Sylloge plant. foss. I-IIT. Wien. Iconographia pl. foss. Wien, 1852. Flora von Sotzka. Wien, 1851. Flora von Kumi. Wien, 1867. — ETTINGSHAUSEN, Fossile Flora von Bilin. Wien, 1866-69. Fossile Flora von Hüring. Wien, 1853. Fossile Flora von Sagor. Wien, 1872-77. Eocäne Flora des Monte Promina. Wien, 1854. — SaporrTA, Etudes sur la végétation du sud-est de la France. Paris, 1862-1873. — ScarmPper, Traité t. II. — Her, Flora foss. arct. I-VII. Beitr. zur Kennitniss der sächs.-thüring. Braunkohlenflora. Halle, 1869. Flora tert. Helvet. I-IIT. Winterthur, 1855. Fosse Flora der Schweiz. Winterthur, 1877. Miocüne balt. Flora. Künigsberg, 1869. — Gaupix et Srrozzr, Contribut. à la flor. foss. ital I-VL — Srsmonpa, Matériaux. Turin, 1865. — LEsquerEux, Tert. Flora of West. Territor. Washington, 1878. Part. IV, 1883. --. Saporra, Prodr. d’une flor. foss. des travertins anc. de Sézanne. Paris, 1868. — SarorrA et MaRIoN, Essai sur l’état de la végétation à l’époque des marnes heersiennes de Gelinden. Bruxelles, 1873.— FrIEDERICH, Beitr. 2. Tertiärflora der Prov. Sachsen. Berlin, 1883. En outre de nombreux petits mémoires,
350 ANGIOSPERMES. MONOCOTYLEDONES
traces ponctiformes de faisceaux vasculaires, et généralement des bourgeons axillaires non développés. Yucca vivant aux Carolines et au Mexique, Dracæna dans les Indes orientales jusqu’à la côte occidentale d'Afrique, et les Canaries ont une distribution géographique qui appuierait la manière de voir de M. pe SAPORTA, par laquelle les fossiles du Tertiaire du midi de la France appartiennent au genre Dracæna; de cette façon, la présence de ce genre dans le Tertiaire de la France méridionale se rattacherait à la distribution actuelle. Ainsi Yucca Cartieri Heer serait plutôt un Dracæna qu'un Yucca ou une Broméliacée, comme M. H£er le supposait. Agavites priscus Vis. du Tertiaire du Vicentin doit peut-être encore se ranger ici. D’après cela, on ne laisserait positivement dans le groupe des Liliacées que les formes arborescentes; les nervures parallèles et également fortes de leurs feuilles, la disposition de celles-ci sur la tige, la présence des bourgeons axillaires arrêtés dans leur développement; prouvent qu’à l’époque Miocène en Europe existaient encore des formes arborescentes voisines de Dracæna. Quant aux autres formes qui sont attribuées à ce groupe, nous n’avons aucune preuve de leur existence à l’époque tertiaire en Europe.
Le sous-groupe des Smilacées, différant des ZLiliées par les tiges grimpantes, les fleurs généralement dioïques et un fruit en forme de baïe, apparaît d’abord dans le Tertiaire, car le fossile décrit par M. Heer du Jurassique du Spitzberg et appelé Hypoglossidium est, comme j’ai pu en juger d’après une esquisse d’un cône de Conifère que m'a communiquée M. Narxorsr, une écaille de Conifère, opinion qui n’est pas en désaccord avec le parcours des faisceaux conducteurs. On peut considérer comme fossile également douteux le rhizome décrit par M. SCHMALHAUSEN, du grès Tertiaire de Molgino, sous le nom de Convallarites Reinekiodes, dont l'attribution aux Monocotylédones peut être admise, mais dont la parenté avec Convallaria et Reinekea est douteuse.
On peut douter également de l'identité, avec le genre vivant Smilacina Desf., de la feuille fossile de Radoboj appelée par M. UxGer Smilacina prisca. Le fragment de feuille s’accorde bien dans sa forme avec les feuilles de Smilacina (incl. Asteranthemum Kth.), mais aucunement dans le parcours des faisceaux conducteurs; chez Smilacina en effet 3-5 fortes nervures s'étendent, des deux côtés de la nervure médiane suivant la largeur de la feuille entre elles s’en trouvent d’autres un peu plus fines, puis, entre ces dernières sont comprises 2-3 nervures très fines. Des anastomoses transversales unissent toutes ces nervures. Le fragment de feuille décrit par M. UxGEr, appartenant à la partie supérieure de l’organe, ne montre pas la même distinction en nervures transversales, médiane et latérales, mais d’après la figure de fortes nervures alternent avec d’autres plus fines. Il ne saurait être question d'identité avec Smilacina stellata. L’échantillon original de M. Uxé&zr laisse distinguer seulement les fortes nervures, toutes égales. Au fragment de feuille décrit par M. UNGER se joint le Majanthemophyllum alternans du Tertiaire du Samland de Rixhôft, décrit par M. Heer, qui possède des nervures transversales, mais qui peut être très proche parent de la feuille de Radoboj ou identique avec celle-ci; car d’un côté l'absence des nervures transversales peut résulter de l’état de conservation,
LILIFLORES 391
d'autre part la pointe fait défaut à la feuille de Rixhôft. Mais en outre, le parcours des faisceaux conducteurs ne répond pas à celui de la feuille pour laquelle M. O. Weger a créé le genre Majanthemophyllum. Tout aussi peu conformes à cette diagnose sont les feuilles des couches d’Atane et de Patoot du Groënland, décrites par M. Hger sous les noms de M. cretaceum et lanceolatum, et l'on peut se demander si ce sont bien des Monocotylédones. Elles soutiennent encorc moins la comparaison avec Convallaria, Polygonatum etc. M. boreale Heer du Tertiaire du Spitzberg est une feuille également incomplète, dont l'attribution aux Monocotylédones est même douteuse.
A côté de ces fossiles on peut ranger des feuilles diverses, attribuées au genre Smilax, et réparties en de nombreuses espèces; mais à ce sujet nous devons remarquer tout d’abord que d’une part, la forme et la taille des feuilles, comme chez la plupart des plantes grimpantes, varient toujours avec l’âge et la position sur la tige, suivant qu’elles sont plus haut ou plus bas. En outre, les nervures sont toujours plus saillantes sur la face inférieure que sur la face supérieure de la feuille. On voit d’après cela, que les feuilles des espèces distinguées d’après la forme et la taille peuvent correspondre à un nombre moindre d’espèces, et que les caractères basés sur la prédominance de la nervure médiane par rapport aux nervures latérales peuvent ne dépendre que de la différence entre la face supérieure et la face inférieure de la feuille; il faut ajouter que des plantes grimpantes dicotylédones peuvent avoir le même parcours des faisceaux et que l’on manque de fossiles démontrant l’existence du genre Smilaxz au Tertiaire.
Le pétiole de Smilax est muni de stipules développées en vrilles ou bien seulement en crochets, et il est articulé, soit immédiatement à la base du limbe, soit au delà des stipules; dans ce dernier cas il reste attaché à la feuille un bout plus ou moins long du pétiole. Le nombre des nervures qui parcourent la limbe dépend en partie de !a largeur de la feuille. Souvent on n’en trouve que trois, une médiane et deux latérales chez les espèces à feuilles étroites à le base (fig. 238‘); cependant on trouve encore ce nombre chez des espèces à feuilles arrondies à la base, comme par exemple $. glycyphylla Sm. Si la base