‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 102 sur 358 · B. INFLEXIONS · texte numérisé non relu

B. INFLEXIONS

Ces sortes de déplacements, qu'on pourrait aussi appeler déplacements partiels, et mieux encore courbures, ont peu occupé les chirurgiens avant ces derniers temps. M. Lacroix (1) y a insisté davantage, et M. Velpeau en a fait le sujet de plusieurs leçons cliniques importantes. Ces déplacements consistent dans une flexion, ou dans une courbure de lutérus lui-même, qui devient concave dans un sens et convexe dans le sens opposé.

Dans la courbure à concavité antérieure, que l’on peut appeler anféflexion, le col se trouve en place, et le fond de l'organe replié en avant forme un angle avec le col. Dans la courbure à concavité postérieure, ou rétroflexion, la position du fond est opposée.

Causes. — Dans ces derniers temps, M. Boullard a prétendu que l’antéflexion était l'état normal de l’utérus, un grand nombre d’autopsies de petites filles lui ayant permis de constater que l’axe du corps de l’utérus et celui du col faisaient un angle ouvert en avant. Par la grossesse, l’utérus se redresserait et cet angle disparaîtrait. Cette opinion a été combattue surtout par M. Depaul. Selon cet accoucheur, ce que M. Boullard considère comme normal n’est qu’un effet cadavérique: chez la petite fille, le tissu de la matrice est très souple, très flexible, il le devient davantage après la mort; les intestins développés par les gaz pressent sur le corps de l’utérus, l’inclinent en avant et l’infléchissent (2).

Selon M. Velpeau, la cause principale de ces inflexions se trouve dans la pression des organes abdominaux sur le fond de l'utérus, d’une part, et dans la résistance du plancher du bassin, d’autre part. Il nous semble difficile d'admettre que cette pression puisse suffire pour produire la courbure de l'utérus en l'absence de toute autre cause, surtout chez l'adulte; cette pression est à peu près la même chez toutes les femmes, et les inflexions sont loin d’être générales, quelque fréquence qu'on leur suppose; il faut, selon nous, pour que la pression ait le résultat qu’on lui attribue, que le tissu utérin ait notablement perdu de sa résistance. [Cette opinion est confirmée par Scanzoni (3): en effet, d’après lui, on trouve au voisinage de la flexion, le tissu utérin moins résistant, plus mou et plus relâché, surtout du côté de la concavité de la courbure; ce tissu est de couleur jaunûtre et il ne serait

(4) Thèse pour le concours de l'agrégation, 1844. - (2) Voyez la Thèse de M. Boullard (Paris, 1850), et le travail de M. Depaul, dans la Gazette des hôpitaux, 25 mars 1854.

(3) Traité pratique des maladies des organes sexuels de la femme, p. 68. ‘

pas impossible qu'il fût le siége d'une dégénérescence graisseuse. | D’autres causes d’inflexion moins fréquentes se trouvent dans des adhérences anormales de l'utérus avec les parois du bassin ou les organes adjacents. Les inflexions se rencontrent plus fréquemment chez les femmes qui ont eu des enfants, mais elles ont été observées plusieurs fois chez les vierges. [D’après Scanzoni, les altérations des organes sexuels dues à la grossesse, à l'accouchement et à l’état puerpéral, occupent la première place dans l'étiologie de ces affections. |

Symptômes et diagnostie, — Les symptômes des inflexions ressemblent tellement à ceux des déviations ; ils sont, comme ces derniers, tellement sous l'influence des idiosyncrasies, que nous ne croyons pas devoir les énu- mérer ; nous dirons seulement quelques mots des différences que doivent présenter et que présentent, en effet, les signes physiques. Nous ferons remarquer cependant que, suivant M. Velpeau, quand une femme éprouve des envies fréquentes d’uriner, la sensation d’un poids sur le fondement et une constipation opiniâtre, quand tout cela est observé en l'absence d’un écoulement utérin, il s’agit très probablement d’une inflexion.

S'il y a inflexion antérieure, par le toucher on constate, un peu au-dessus de l'insertion antérieure du vagin, une dépression transversale plus ou moins profonde surmontée par une saillie formée par la paroi antérieure et souvent même par le fond de la matrice. La dépression s'étend à toute la largeur de l'organe dont on peut suivre les bords recourbés en arc de cercle. Le col occupe sa place ordinaire, ou même, dans certains cas, il est dirigé en avant. Pour l’inflexion postérieure, on constate des caractères analogues en parcourant avec le doigt la face postérieure de la matrice. |

« Dans les inflexions latérales, l'organe est plus communément coudé vers le milieu de son grand axe; j'ai vu une inflexion latérale sur le cadavre, dans laquelle la courbure s'était effectuée sur le côté gauche et près de l’angle supérieur. Enfin, je l’ai déjà dit, les inflexions latérales peuvent exister sur le côté et en avant, sur le côté et en arrière. Les inflexions latérales sont-elles plus fréquentes d’un côté que de l’autre? En ne consultant à cet égard que les probabilités, on serait porté à admettre qu’elles doivent être plus communes à droite qu’à gauche; mais l’observation seule doit résoudre cette question. Quoi qu'il en soit, ce sont des déviations fréquentes ; elles ont lieu sous des angles variés et dans des points divers de l'organe, ou très près de la portion vaginale du col, ou bien près d’un des angles supérieurs, ou bien encore entre ces deux points. » (Velpeau.)

Complications. — Les inflexions utérines sont ordinairement compliquées de quelque autre lésion qui ajoute des symptômes à ceux de l'inflexion elle-même. Ainsi on observe quelquefois comme coïncidence l’abaissement de l'organe, abaissement de deux espèces, ou absolu ou relatif. L’abaissement absolu est celui qui consiste dans le rapprochement de l'utérus de la vulve, L'abaissement relatif est caractérisé par la descente du fond de la

mn

inatrice sur un plan inférieur à celui du col, ce dernier occupant sa place normale ; quelquefois cependant il peut être, lui aussi, abaissé en même temps. Une autre complication des inflexions est l’inclinaison du grand axe de l'organe. Presque toujours, en effet, la flexion est accompagnée d’un degré plus ou moins considérable d’inclinaison en totalité. Là, sans doute, est la raison de la confusion que font certains observateurs entre les versions et les inflexions de la matrice. Si l’on recherche pourquoi l'utérus, plié sur lui-même, a presque toujours en même temps basculé dans sa totalité, on le voit bientôt : il est en effet facile de concevoir que la flexion du fond de l’organe est une cause puissante d’inclinaison de l'axe tout entier; le fond, fléchi en avant, par exemple, entraînera, par son poids et sa position, le col en arrière; il en résultera une antéversion qui compliquera l’antéflexion. Toutes les fois dunc qu'il y aura des raisons suffisantes de supposer une flexion de l'utérus, on devra s'attendre à trouver en même temps de l’abaissement et de l’inclinaison. Il existe encore quelques autres complications des déviations utérines, mais plus rares : par exemple, certaines maladies aiguës, chroniques, de l'organe ; des tumeurs, des excès de volume ou engorgements, et des adhérences qui forment deux classes distinctes ; ou bien des brides, suite de péritonite partielle, d’inflammation dans le tissu cellulaire, dans l'épaisseur des ligaments larges. IL est évident, en outre, que si la femme guérit de ces différentes maladies, il pourra rester dans les points qu’elles occupaient des indurations, des noyaux, des rétractions de tissus, des brides allant du bassin, de l'intestin ou du péritoine à l'utérus, et pouvant produire à leur tour des inflexions (1).

Quant aux sigues physiques, on peut, jusqu’à un certain point, les devinér : ainsi, taudis qu’à l’aide de la palpation ou du toucher rectal, on constatera la présence du fond de l’utérus en arrière ou en avant de sa situation normale, on trouvera par le toucher vaginal que le col occupe sa place accou- tumée; si la courbure est très prononcée, le doigt pourra, en passant audevant ou par derrière le col, venir heurter le corps de l'utérus, qu'on sera mème, dans ce cas, tenté de prendre pour une tumeur accidentelle, erreur que l'on évitera en ayant soin de remarquer que le corps de l'utérus manque du côté opposé à celui où l’on constate cette tumeur. Après les détails dans lesquels je suis entré à propos des déviations, on fera facilement l'application des signes que je viens d'énumérer aux cas particuliers d’inflexion (2).

Pronostie, — Dans l’état de grossesse, les inflexions ont plus de gravité

(4) Velpeau, Leçons recueillies par M. Pajot. à. Ê

(2) Voyez la discussion qui a eu lieu sur ce sujet dans le sein de l’Académie de médecine, et à laquelle ont pris part MM. Hervez de Chégoin, Gibert, Velpeau, Moreau, Huguier, Roux, Récamier, Paul Dubois (Bulletin de l’Académie de médecine, Paris, 4849, t. XV, p. 58 et suiv., et 1854, 1. XIX, p. 628 et suiv.).

que les déviations, parce qu’elles produisent plus souvent l’avortement, et qu’elles semblent provoquer de la part de la femme des effets d'expulsion plus violents, lesquels peuvent causer divers accidents, entre autres le renversement de la matrice. Dans l’état de non-gestation, les inflexions paraissent constituer plutôt une incommodité qu’une véritable maladie, sauf quelques cas exceptionnels dépendant des individualités.

Traitement. — La thérapeutique des inflexions est assurément la partie la moins avancée de leur histoire ; à part les moyens qui leur sont communs avec les déviations, on ne sait rien de précis sur la manière de les traiter. On conçoit, d’après les causes auxquelles on les attribue, que le repos dans une position horizontale soit ici encore plus utile que dans les déviations.

M. Velpeau, dès 4840, dit avoir songé à redresser l'utérus en introduisant une tige dans sa cavité, par le moyen du col; mais il fut retenu par la crainte des accidents et le peu de chance de succès. M. Amussat avait aussi pensé à un pareil moyen. Mais ce sont MM, Simpson et Valleix qui ont le plus insisté sur les avantages de ce moyen, et qui l'ont le plus souvent employé. Je le décrirai quand il s'agira des manœuvres et opérations motivées par les maladies de la matrice (voyez plus loin).

[Au milieu des nombreuses applications que l’on a faites de l'électricité, dans ces dernières années, on est étonné de ne rencontrer aucun essai de l'emploi de cet agent dans les affections de l’utérus. Gette idée s’est présentée tout récemment à mon esprit (1), et les résultats que j'en ai obtenus m'ont paru tellement avantageux, que j'ai cru devoir leur donner dès à présent la publicité nécessaire, pour que d’autres chirurgiens, entrant dans la même voie, puissent répéter mes observations. Les faits que je publie dans ce travail se sont du resté passés au grand jour; ils ont eu pour témoins des médecins français et étrangers qui suivent ma clinique : MM. Pereira, Talon, Tissier, Hunt, Thierry, Carrere, etc. |

C’est plus particulièrement, et exclusivement jusqu'ici, pour les Jlextons de l’utérus, que j'ai cru devoir recourir à l’électrisation de l'organe. Que le lecteur veuille bien me permettre de lui faire rappeler où en est aujourd’hui : ce point de thérapeutique chirurgicale, I appréciera ainsi de prime abord toute l'importance de la nouvelle méthode.

L'utérus présente dans l’état normal une direction telle que le grand axe, ou axe vertical de l'organe, est parallèle à l’axe du détroit supérieur du bassin ; telle est du moins la disposition qui existe chez les femmes ayant eu des enfants, puisque, d’après les recherches de M. le docteur Boullard (2), l'axe du corps de l'utérus est presque horizontal, tandis que le col à la direction de l'axe du détroit supérieur chez les petites filles et chez les femmes qui n’ont pas eu d'enfants. Ç

(1) Fano, De l'électrisation de l'utérus ; de la possibilité de redresser l'utérus fléchi par l'emploi de l'électricité (Union médicale, novembre 1859). (2) Thèses de la Facullé de Paris, 1853.

Pour dégager la question de cette dernière donnée, je ferai remarquer immédiatement que les observations qui vont être rapportées tout à l'heure ont été recueillies sur des femmes mères, et mères, pour la plupart, de plusieurs enfants. Or, il peut arriver que, le col de l'utérus conservant sa direction habituelle, le corps de l'organe s’infléchisse à angle droit sur le col, de facon que le fond de lutérus appuie sur la symphyse pubienne et descende même quelquefois au-dessous de cette symphyse ; dans ce cas, il y a antéflexion. Par contre, le fond de l'utérus peut se porter en arrière, vers le sacrum, la portion cervicale de l'organe conservant toujours sa situation primitive ; 11 y à alors réfroflexion. Puis, enfin, le fond de l'utérus peut se porter à droite ou à gauche, sans que le col obéisse à cette déviation latérale ; cest ce que l’on appelle des latéroflexions. Il est encore possible que l’un ou l'autre de ces déplacements se complique d’un abaissement de la totalité de l'organe, ainsi qu’on le verra dans l'observation de la femme R... (Voyez page 387, Observation deuxième.)

Les déviations de l'utérus n’ont pas le même degré d'importance aux yeux de tous les chirurgiens modernes. Sans parler de Simpson, de Kiwich et de Valleix, qui les considèrent comme une affection assez sérieuse pour réclamer l'intervention de moyens mécaniques, nous citerons MM. Hervez de Chégoin, Cazeaux, Velpeau et Robert parmi les praticiens qui proclament les inconvénients et les accidents auxquels ces déviations peuvent donner lieu. D’unautre côté, MM. P. Dubois, Depaul, Gosselin, reconnaissent que les flexions et les déviations modérées n’entraînent ni accidents significatifs, ni douleurs (voy. la discussion à l’Académie impériale de médecine, juin, juillet, août 1854). D’après M. Depaul, dans beaucoup de cas, les accidents attribués aux déviations sont produits par un autre état pathologique de Vutérus ; et chez beaucoup de femmes, cet organe peut être incliné, fléchi, abaissé, repoussé vers l’une ou l’autre paroi du bassin, sans que la santé en Soit troublée. Évidemment, cette dernière opinion est trop absolue, et si j'en juge par l'amélioration rapide survenue chez les malades qui ont passé sous mes yeux, à partir du moment où l'utérus fléchi a été redressé, je ne puis m'empêcher d'admettre que les déplacements de l’organe n’aient une influence notable sur l’état de bien-être de la personne qui en est affectée.

Pendant longtemps, on s’est contenté de traiter les déviations de l'utérus en soutenant l'organe au moyen d’un pessaire. Ge mode de contention était tout à fait insuffisant, alors même qu'on se servait de pessaires munis d’un appendice destiné à agir sur le corps de l’utérus, comme M. Hervez de Chégoin l’a proposé. Ph. Boyer a conseillé de faire le tamponnement du vagin avec de la charpie, et il croit avoir réussi de cette manière à replacer l'utérus. Amussat, dans le but de ramener l'organe à sa place, produisait, au moyen du caustique Filhos, des adhérences entre le col utérin et la paroi vaginale antérieure ou postérieure, selon qu'il s'agissait d’une antéversion où d’une rétroversion ; mais on voit tout de suite que ce moyen est insuffi-

380 MALADIES DE LA MATRICE. ; sant pour les flexions proprement dites. M. Huguier, reprenant le traitement proposé autrefois par Aétius, corrigeait la rétroversion ou la rétroflexion par de grosses mèches introduites dans le rectum, et M. Favrot a cru arriver at même résultat en introduisant dans le rectum une vessie de caoutchouc vulcanisé qu'il distend par l’insufflation d’une certaine quantité d’air. Peu de femmes voudront se soumettre à l'emploi habituel d'un pareil mode de traitement.

Pour obtenir la guérison des flexions utérines, Kiwich et Simpson ont employé le redressement de l'utérus par la sonde utérine. Plus tard, Valleix a surtout préconisé ce mode de traitement qui paraît lui avoir donné de bons résultats, puisque dans la statistique publiée par lui, en 1853, il avait obtenu 18 guérisons définitives sur 108 cas. Le cathétérisme seul de l'utérus a suffi quelquefois pour obtenir la guérison; sinon, le redresseur était maintenu 4 demeure dans l’utérus pendant un certain temps. On a reproché au cathétérisme de l'utérus d'être une opération grave, d’avoir entraîné la mort dans quelques cas, et M. Depaul à avancé de la manière la plus formelle que les pessaires ou redresseurs intra-utérins doivent être proscrits. M. Gazeaux a également affirmé que le redresseur était inutile et dangereux. Pour Scanzoni (1), l'emploi des pessaires est dangereux, sans résultat aucun, et, dans certaines circonstances, impraticable. Le professeur de Wurtzbourg conseille de s’en tenir à faire disparaître, autant que possible, les altérations de texture qui compliquent les inflexions, et à combattre simultanément les accidents consécutifs qui se montrent dans le reste de l'organisme. D'un autre Côté, MM. Velpeau, Malgaigne, P. Dubois, et Robert ont prouvé que cet instrument ne doit pas être banni de la pratique, et que s’il ne guérit pas toujours, il soulage du moins les femmes dans beaucoup de cas. Malgré cette opposition d'idées, l’Académie de médecine n’en a pas moins formulé, dans la séance du 1° août, la conelusion suivante : « Que Papplication du pessaire inéra-utérin peut SOUVENT donner lieu à des accidents sérieux, et même QUELQUEFOIS à la MORT, » et cette sentence formidable à certainement sulli pour faire bannir, en France, le pessaire intra-utérin de la’ thérapeutique des flexions de l'utérus: de facon que le traitement de ces affections n’est pas plus avancé aujourd'hui qu'il ne l'était avant les travaux de Simpson, de Kiwich et de Valleix.

Voyons donc si l'emploi méthodique de l’électrisation de l’utérus donne de meilleurs résultats.

OBSERVATION PREMIÈRE, — Antéfleæion de l'utérus. — Deux séances d’électrisation. — Redressement de l'organe.

M. A..., âgée de vingt-neuf ans, mariée, mère de plusieurs enfants, est malade depuis environ dix-huit mois. Il y en a huit qu'elle éprouve une sensation de pesanteur

(1) Traité pratique des maladies des organes sexuels de la femme, p. 88.

dans le bas-ventre, une douleur dans le pli génito-crural droit, de l’engourdissement dans le membre inférieur correspondant. Elle a des maux de reins et des flueurs blanches.

Voici ce que nous constatons le 6 septembre : la patiente éprouve toujours des douleurs aux points indiqués tout à l'heure. Ces douleurs sont moins vives quand elle fait usage d'une ceinture hypogastrique. En pratiquant le toucher vaginal, je reconnais que le col de lutérus est situé dans l'axe du détroit inférieur du bassin, le museau de tanche est entr'ouvert. Le corps de l'utérus forme avec le col un angle droit, et le fond de l'organe est tourné vers la symphyse pubienne. Pas de constipation ; pas de dysurie.

Ce jour-là même, je fais une première séance d’électrisation de cinq minutes de durée, avec l'appareil Legendre et Morin. L'un des pôles de la pile est appliqué sur l'hypogastre, l’autre sur le col utérin, embrassé par le spéculum.

La malade accuse tout d’abord une sensation de fourmillement et de quelque chose qui se relève dans le ventre. Le toucher vaginal est pratiqué immédiatement après la séance. Le corps de l’utérus me semble moins incliné sur le col,

Le 7 septembre, madame A...se présente à ma clinique; elle nous dit avoir éprouvé des douleurs moins fortes dans les régions qui en sout habituellement le siége. Elle n'éprouye pas d’engourdissement dans la cuisse droite. Nouvelle séance d'électrisation de cinq minutes. La malade accuse la sensation de quelque chose qui serait comme repoussé de l’aine droite vers l'hypogastre, et d'un gonflement de l'abdomen dans cette dernière région.

Dans la journée du 8 septembre, la malade ressent, dans l'après-midi, des douleurs légères dans le bas-ventre, une courbature des membres inférieurs ; les flueurs blanches ont été plus abondantes.

Le 9 septembre, je touche la patiente : l’utérus paraît complétement redressé; l’antéflexion a disparu. Il n’y a pas de douleurs dans l’aine, pas d'engourdissement du membre inférieur droit.

Le 16 septembre, et d'après l'invitation que je lui avais adressée, madame A... se représente à ma clinique ; je reconnais, avec plusieurs médecins qui s’y trouvaient ce jour-là, que l'utérus est resté redressé. La même observation a été répétée, avec résultat semblable, à part un léger abaissement dela totalité de l'organe, le 11 octobre, puis vers la fin de novembre.

OBSERVATION DEUXIÈME, — Rétroflexion de l'utérus avec abaissement de la totalité de l'organe. — Quatre séances d'électrisalion de l'utérus. — Redressement de

l'organe.

R..., âgée de quarante ans, casquetière, est malade depuis quatre ans. A cette époque elle a fait une fausse-couche, et, depuis, elle à éprouvé une douleur dans la hanche gauche et dans le membre inférieur correspondant. Depuis deux ans, elle a cessé toute espèce de travail. Elle éprouve de temps en temps une sensation de constriction à la gorge; elle accuse aussi des douleurs dans les reins. La menstruation est régulière ; il y a un écoulement en blanc peu prononcé.

Par le toucher vaginal et par l'examen au spéculum, je constate que le col de l'utérus est parfaitement sain, abaissé et dans l’axe du détroit inférieur, Le corps de l'utérus est très fortement infléchi en arrière et un peu plus volumineux que dans

l’état normal,

Le 8 septembre, je procède à une électrisation de l’utérus pendant cinq minutes,

La malade éprouve une sensation de quelque chose qui remue et qui tremble dans le ventre.

Après la séance, je constate, par le toucher vaginal, les particularités suivantes: le corps de l’utérus semble avoir diminué de volume ; il est plus dur el plus résistant qu'avant l’électrisation ; l'axe du corps s’est notablement rapproché de celui du col.

Le 9 septembre, R... se représente à ma clinique ; elle se plaint d’avoir ressenti, dans la dernière nuit, des douleurs dans les reins, la hanche gauche et l’estomac. Par le toucher vaginal, je reconnais que l'utérus est plus petit qu’hier ; que la rétroflexion est au même degré. Il existe des envies fréquentes d’uriner ; une sensation de pesanteur à l’anus. — Nouvelle séance d'éléctrisation de cinq minutes ; sensation par la patiente de quelque chose qui se redresse dans le ventre et de battements dans la région épigastrique. Immédiatement après la séance je constate, et plusieurs de mes élèves constatent comme moi, que le corps de l'utérus est plus dur et qu'il est presque complétement redressé.

Le lendemain, 10 septembre, la malade accuse des douleurs moins vives dans le ventre, Au toucher vaginal, l'utérus semble presque complétement redressé. — Nouvelle séance d’électrisation de cinq minutes. — Cette séance est un peu plus douloureuse que celle de la veille, Le toucher vaginal, pratiqué immédiatement après, fait reconnaître que le corps de l'utérus est presque complétement redressé.

Le 12 septembre, nouvelle séance d’électrisation de l'utérus. — Pas de changement appréciable.

La femme R... se représente à ma clinique le 14 octobre; l’atérus est fortement abaissé, mais n’est plus renversé en arrière. Je conseille une ceinture hypogastrique,

OBSERVATION TROISIÈME. — Antéflexion de l’utérus. — Redressement complet de l'organe obtenu dans la première séance.

La nommée B..., trente-quatre ans, culottière, est malade depuis dix ans ; il y a eu chez elle des améliorations et des rechutes à diverses reprises. Elle a eu neuf enfants ; le dernier accouchement date de six mois. |

La malade se présente, pour la première fois, à ma clinique, le 16 septembre dernier. Elle se plaint de douleur à l’hypogastre et dans la fosse iliaque droite; d’une. sensation de pesanteur dans le bassin ; d’envies fréquentes d’uriner. Les garderobes sont naturelles, la menstruation régulière ; il existe des flueurs blanches en faible quantité. Par le toucher vaginal, je constate une antéflexion à angle droit du corps sur le col de l’utérus. La lèvre antérieure du col est un peu hypertrophiée. Ce jourlà même, la malade est soumise à une électrisation de l’utérus, pendant cinq minutes. Elle accuse, pendant la durée même de l’électrisation, une sensation de picotement à l’hypogastre. Immédiatement après la séance, le toucher vaginal permet de reconnaître un redressement complet de l'utérus.

Le 17 septembre, B... nous dit ne plus éprouver la moindre douleur, lorsqu’elle est debout ou qu’elle marche. Lorsqu'elle s’assied, elle ressent encore des douleurs légères dans le bas-ventre et dans les reins. Par le toucher vaginal, je constate le même état-de l’utérus que la veille, après Ja séance d’électrisation.

Le 26 septembre, je reconnais par le toucher vaginal que l'utérus est resté complétement redressé,

OBSERVATION QUATRIÈME. — Anléflexion de l'utérus. — Augmentation dans le volume du corps de l'organe. Séances mulliples d'électrisation. — Conversion de l’antéflexion en antéversion — Guérison complèle.

J..., vingt ans, couturière, est accouchée il y a cinq semaines ; elle aeu des suites de couches pénibles ; elle a beaucoup souffert dans le ventre.

Par le toucher vaginal, je constate que le col de l'utérus est un peu porté en arrière, que le corps est incliné en avant sur le col, volumineux el mou. Au spéculum, je découvre un écoulement muqueux et épais, abondant, fourni par la surface et la cavité du col de l'utérus.

Le 8 septembre, je soumets la malade à l'électrisation de l'utérus pendant cinq minutes. Le procédé d’électrisation est toujours le même. La patiente se plaint vivement pendant toute la durée de la séance. Elle accuse particulièrement une sensation de pincement au niveau de l’hypogastre. Après la séance, je pratique le toucher vaginale et je constate que l’utérus est beaucoup plus dur et plus résistant qu'’auparavant ; je reconnais aussi que l’inclinaison du corps sur le col a diminué. Je prescris à la malade des injections alunées.

Le 9 septembre, J... se représente à ma clinique ; elle ne ressent plus de douleurs nulle part. Au toucher vaginal, je reconnais que l’antéflexion est moins prononcée. Le segment antérieur de l'utérus est douloureux à la pression. — Nouvelle séance d’électrisation de cinq minutes. — La malade accuse une sensation de tremblement dans le ventre, comme s'il y existait un enfant (sic). Après la séance, le toucher vaginal permet de reconnaître que le corps de l’utérus est plus dur et plus relevé sur le col.

Le lendemain, 10 septembre, la malade accuse des douleurs dans le bas-ventre. Par le toucher vaginal, je constate que le corps de l’utérus est considérablement redressé sur le col. Nouvelle séance d’électrisation de cinq minutes. — Pas de changement dans l’état de l’organe aprés cette séance.

Le 12 septembre, nouvelle séance d’électrisation.

Le 14 septembre, l’antéflexion a entièrement disparu et le corps de l’utérus est presque revenu à son état normal. — Nouvelle séance d’électrisation de trois minutes. |

Le 15, l’antéflexion est revenue au même degré qu'avant l’électrisation. Nouvelle séance,

Le 26, nous constatons une conversion de l'antéflexion en antéversion légère. — Nouvelle séance de cinq minutes.

Le 14 octobre, J. se représente à la clinique ; le col de l’utérus est à une grande distance de la vulve ; le fond de l'organe à une grande distance de la symphyse pubienne; la face antérieure du corps de l'utérus très légèrement infléchie en avant.

MANUEL OPÉRATOIRE DE L'ÉLECTRISATION DE L’UTÉRUS. — Dans tous les cas qui viennent d'être rapportés, je me suis constamment servi de l'appareil Legendre et Morin. Dans le but de porter l’un des pôles de l'instrument sur le col de l'utérus, j'ai fait confectionner une tige de cuivre longue de 20 centimètres, terminée à l’une des extrémités par un bouton olivaire du même métal, et de l’autre par un renflement cylindrique creux, muni intérieurement d’une vis propre à être adaptée à l’un des rhéophores.

La tige est recouverte dans toute son étendue, le bouton olivaire terminal excepté, d’une gaîne isolante de caoutchouc vulcanisé.

La malade est placée sur un lit suffisamment élevé, le siége rapproché du bord, les cuisses fléchies sur le bassin et écartées l’une de l’autre, les jambes fléchies sur les cuisses. Le chirurgien s’assure au préalable, par le toucher vaginal, de la situation du col utérin, Il s’assied devant la malade et introduit un spéculum à trois valves dans le vagin; dès que le col de l'utérus est compris dans l’aire de l'instrument, il confie ce dernier à un aide, Il conduit alors la tige jusque sur le col de l'utérus, et maintient invariablement lé bouton olivaire de l'instrument à la même place. Cette indication est parfois difficile à remplir ; il est nécessaire que l’on ait constamment les yeux fixés sur le fond de l'instrument, et que l’aide chargé de le maintenir en place ne soit pas distrait, sans quoi le spéculum se dérange, ou la malade elle-même peut faire un mouÿement qui mette le conducteur en rapport avec le vagin. Le second rhéophore de l'instrument doit être appliqué sur une des régions inguino-pubiennes, dans le voisinage du ligament rond. 11 faut aussi graduer l'intensité du courant électrique ; commencer par un courant faible pour passer ensuite à un courant plus fort, ce qu'il est facile d’ebtenir avec l’appareil que nous avons mentionné. Dans tous les cas, je n’ai pas prolongé l'électrisation au delà de cinq minutes chaque fois. Quelques malades supportent cette opération avec facilité ; d’autres se débattent quand le courant est très fort ; mais toutes s’y habituent dès la seconde séance.

Lorsqu'on pratique le toucher vaginal immédiatement après la séance d’électrisation, on constate manifestement que l'utérus est beaucoup plus dur. On ne saurait donc révoquer en doute l’action que le fluide électrique exerce sur la contractilité de l’organe.

Je ne saurais laisser passer cette dernière réflexion sans signaler aux accoucheurs une belle application qu'ils pourraient faire de l’électrisation de l'utérus, pour les hémorrhagies utérines qui surviennent après l’actous chement, et qui tiennent à une inertie de l'organe. Ce moyen réussirait aussi peut-être dans quelques cas de rétention du placenta, après l’avortement.

S'il est rationnel d'admettre que l’électrisation de l'utérus agit favorablement, dans les flexions de cet organe, en déterminant une contraction des parois, on est conduit à se demander s’il est indiflérent d’appliquer le rhéo= phore sur tel ou tel point du col utérin; si l'espèce de flexion dont l'utérus est atteint ne doit pas faire modifier le lieu de cette application. Je dois dire que, jusqu'ici, j'ai presque toujours placé le bouton terminal de la tige indifféremment, soit au niveau même de l'ouverture du museau de tanche, soit sur l’une des lèvres qui circonscrivent cette ouverture. Toutefois, l'étude de la disposition des fibres musculaires de l'utérus me semble ‘de nature à faire modifier le lieu d'application, suivant qu'il s'agit d’une antéflexion ou d'une réfroflezion.

Ce n'est pas à l’état de vacuité qu'il faut étudier la structüré de la tunique

NÉVROSES. 394 charnue de l'utérus ; c’est pendant la grossesse, où même encore, quelques jours après l'accouchement, Or, il résulte des recherches de M. Deville, ancien prosecteur de l’amphithéâtre des hôpitaux, que nous croyons plus compétent sur ce sujet que madame Boivin, que l'utérus est formé de deux ordres de fibres musculaires : les unes transverses, les autres longitudinales.

Les fibres transverses naissent du ligament rond, de la trompe de Fallope, du ligament de l'ovaire et des ligaments larges, dans lesquels elles se prolongent. Toutes ces fibres se portent sur la face antérieure et sur la face postérieure de l'utérus, et, arrivées sur la ligue médiane, se continuent avec un faisceau longitudinal, large d'environ 2 centimètres, qui naît sur la face antérieure de l'utérus, à l'union du corps avec le col, se porte de bas en haut sur le fond de l'organe, redescend ensuite de haut en bas pour se terminer sur la face postérieure de l’utérus, à l'union du corps avec le col et un peu plus bas qu’en avant.

Pour peu qu’on réfléchisse à la disposition de ces deux faisceaux qui otcupent la face antérieure et la face postérieure du corps de l'utérus, on reconnaîtra que la contraction du faisceau antérieur ramènera le fond de l'utérus en avant et en bas; que la contraction du faisceau postérieur ramènèra le fond de l’atérus en arrière et en bas. En conséquence de ces données, il devient évident que si l’on a une antéflexior à combattre, il est préférable de déterminer plus spécialement la contraction du faisceau postérieur, afin de ramener ainsi le fond de l'utérus en haut, ef vice versé pour la rétroflexion. Je proposerais donc d'appliquer le rhéophore sur la face anté= rieure ou sur la face postérieure de la portion vaginale du col de l'atérus, le plus haut possible, afin d'atteindre le faisceau musculaire médian de l’organe. |

Page 1