‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 103 sur 358 · CHAPITRE HT · texte numérisé non relu

CHAPITRE HT

Névroses.

L’utérus est très peu sensible en général, ou bien sa sensibilité ne ressemble «en rien à celle des autres organes. C’est cependant de tous les viscères, le cerveau excepté, celui où il se manifeste le plus de douleurs, plus ou moins vives, qu'on ne peut rattacher à aucune lésion matérielle appréciable. Ces excès de sensibilité, on les observe quelquefois dans le commencement du mariage : on peut les attribuer alors à une action physique ; dans le plus grand nombre des cas, c'est quelques heures après le coït que la femme éprouve des douleurs vives qui ressemblent à celles des névralgies. A la rigueur, on pourrait donc considérer ces douleurs comme un effet de l’irritation du col due au coît, Mais il y a des douleurs utérines qui surviennent | sans cause directe, et même sans cause évidente; elles prennent une forme

chronique, une forme intermittente, qui les rend tout à fait semblables aux douleurs névralgiques observées dans les cas de sciatique, de tic douloureux, etc. J'ai reçu autrefois dans une salle, à l'hôpital de Lourcine, une femme qui se disait très malade, et qui accusait surtout une douleur dans le fond du vagin, donnant lieu quelquefois à des syncopes et à des mouvements Spasmodiques très prononcés. Je la passai au spéculum, et je ne trouvai rien ni dans le vagin ni sur le col de l’utérus qui pût m’annoncer là moindre lésion matérielle. Cette femme m'avoua avoir donné un écoulement uréthral à l’homme avec lequel elle vivait. Je crus longtemps qu’elle avait quelque intérêt à rester à Lourcine, et l’engageai plusieurs fois à sortir, elle me suppliait toujours de la garder pour la guérir. Je tentai alors le sulfate de quinine et une légère cautérisation du col avec le nitrate d’argent. Deux semaines après l'administration du sulfate de quinine, cette femme m’assura qu'elle ne souffrait plus; elle demanda alors sa sortie, et me remercia avec l’expression d’une vive reconnaissance.

Causes. — L’hystéralgie ne se développe presque jamais avant l’époque de la puberté, et très rarement après la cessation définitive du flux menstruel. Comme toutes les affections de nature névralgique, c’est principalement chez les tempéraments nerveux, excitables, qu’on l’observe de préférence; les émotions vives, et particulièrement celles qui naissent de contrariétés répétées, en favorisent beaucoup le développement. Les passions érotiques, d’après certains auteurs, peuvent aussi la produire, mais elles n’agissent, selon moi, qu'autant qu'elles sont contrariées. Les différentes lésions matérielles dont l'utérus peut être le siége coïncident quelquefois avec elle, sans qu’on puisse néanmoins les accuser d’en être la cause première, puisque ces lésions existent le plus souvent seules : elles paraissent seulement dans quelques cas forcer la prédisposition déjà existante.

Lorsque l’hystéralgie est une fois établie, les causes les plus légères suffisent pour en provoquer le retour, el ces causes sont toujours à peu de chose près de même nature que celles qui lui ont donné naissance primitivement.

Symptômes. — Les douleurs qui caractérisent l’hystéralgie se manifestent le plus souvent sous forme d’élancements plus où moins vifs, ressentis profondément dans la vessie, d’où ils s’irradient dans les flancs, dans les aines et dans les cuisses, quelquefois jusque dans les reins; ces douleurs disparaissent, ou au moins diminuent ordinairement beaucoup, après quelques minutes, une demi-heure ou une heure au plus, pour revenir ensuite avec une nouvelle violence à des intervalles indéterminés et quelquefois périodiques. Fréquemment elles s'accompagnent d’autres douleurs de même pature dans différentes parties, et presque toujours d’une exaltation générale de la sensibilité, de limpressionnabilité morale ; cette dernière condition persiste dans l'intervalle des accès Jusqu'à ce que ceux-ci aient cessé pour un temps assez long, et quelquefois même elle précède le premier et lui sert de signe précurseur. | Ù

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