‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 122 sur 358 · ANOMALIES ET DIFFORMITÉS DE L’OVAIRE · texte numérisé non relu

ANOMALIES ET DIFFORMITÉS DE L’OVAIRE

Quand il v a absence de la matrice, l'ovaire manque également : cepen-

dant Engel et Dupuytren, et quelques autres observateurs, ont rencontré

l’ovaire avec l’agénésie de l'utérus. Suivant M. Négrier (1), il y a alors des

signes incontestables du travail menstruel.

Outre les hernies que j'ai décrites (tome IV), l'ovaire éprouve des dépla-

cements intérieurs ou des espèces de déviations qui, sans importance pour

un autre organe, peuvent en avoir beaucoup pour celui-ci en le mettant

“hors de la portée de la trompe, et conséquemment hors de service. En effet,

dans la grossesse, au moment où il s’est élevé avec l’utérus dans Fabdomen, l'ovaire contracte queiquelois des’adhérences qui le retiennent d’une manière permanente dans une position vicieuse. Il peut être replié en avant ou en arrière, en bas ou en haut, et être ainsi rendu incapable de ses fonctions. !

(1) Recherches anatomiques sur les ovaires de l'espèce humaine. Paris, 1840,

OVARITE AÏGUE. h71 Malheureusement l’art ne peut rien contre ces déplacements, qui causent la stérilité quand ils existent des deux côtés, et quand leur existence d’un seul côté coïncide avec une altération profonde de l’autre ovaire.

Inflammations de l'ovaire. — Ovarites.

L'ovarite est azqué ou chronique.

& 4%. — Ovarite aiguë.

Causes. — L'influence la plus puissante sur le développement d’une phlegmasie de l'ovaire, c’est une phlegmasie de la matrice ou du tissu cellulaire du ligament large. L’ovarite n’existe que très rarement isolée. Au premier rang des causes de l’ovarite, on a signalé, avec raison, la grossesse et l'accouchement. La suppression ou la diminution des règles, qui est dans celtains cas l’eflet de l’inflammation ovarique, peut en être la cause dans d'autres cas (Velpeau). Les contusions de l'organe, sa présence dans un sac herniaire, l’exposent également à la phlogose; elle se lie fréquemment à la

- métro-péritonite, à la phlébite, ou à la ilymphite pelvienne ; enfin il y a une ovarite blennorrhagique. Quand l’inflammation du vagin est très intense, elle remonte quelquefois, et tandis qu’elle a été partout superficielle, c’està-dire bornée à la muqueuse, elle devient plus profonde à mesure qu’elle va vers les ovaires, car là elle revêt parfois le caractère phlegmoneux. J’ai observé une inflammation de cette nature. Après une vaginite des plus intenses, la matrice se prit, et puis les ovaires : alors apparurent les vrais symptômes de l’ovarite. Les douleurs des deux fosses iliaques étaient très vives : cependant on ne les augmentait pas considérablement par la pression, En explorant avec soin cette région, après avoir évacué le gros intestin par deux lavements, on sentait un empâtement; le haut des cuisses était aussi douloureux ; il y avait des crampes dans les membres inférieurs, des vomissements, des douleurs d'estomac, de la céphalalgie, un pouls médiocrement accéléré et assez souple. Après la cessation des douleurs, et pendant un mornent de calme, dix jours après les premiers symptômes de la phlegmasie que je soupçonnais, j'appliquai le spéculum, et à peine fut-il introduit que je vis sortir par le col de l'utérus une grande quantité de pus très bien lié, mais ayant une odeur des plus repoussantes. Il fut évident pour moi que ce pus venait des ovaires; les trompes l’avaient conduit peut-être dans l'utérus, lequel s’en débarrassa pendant l'application du spéculum; car on saura que, pendant cette manœuvre, utérus revient toujours plus où moins sur lui-même, surtout quand il contient un produit quelconque.

Caractères anatomiques. — Avec madame Boivin et Dugès je distingue quatre degrés dans les aliérations anatomiques de l'ovaire enflammé. Au

h72 MALADIES DE L'OVAIRE.

premier degré, l'organe à sensiblement augmenté de volume, de consistance et de vascularité; les vésicules sont gonflées. Le second degré est caractérisé par le volume de l'ovaire, qui devient double et quadruple; il surpasse celui d’un œuf de poule. Il est arrondi, ovale ou aplati, mou, infiltré d’une sérosité jaunâtre ou violacée, et quelquefois en même temps parsemé de petits épanchements de sang (1). Le troisième degré se caractérise par la présence du pus infiltré où réuni en foyer dans le tissu ramolli de l'ovaire. Au quatrième degré, c’est un ramollissement plus considérable et une sorte de dissolution purulente de l’organe.

Les deux ovaires sont, en général, affectés en même temps. Dans la plupart des cas, la suppuration de l'organe précède celle de ses veines et de ses lymphatiques ; c’est cependant parfois linverse qui s’observe. Suivant M. Négrier il y a une ovarite des vésicules qui se remplissent de pus. Ces petites tumeurs, qui contiennent à l’origine quelques gouttes de liquide, peuvent arriver à la grosseur du poing (Dugès), d’une tête d’enfant (Haller), d’une poche capable de contenir vingt pintes de pus (Andral). Le plus souvent uniloculaires, ces tumeurs peuvent offrir des compartiments.

On ne connaît pas d'exemple de résorption d’abcès ovarique, à moins qu'on ne regarde ces dépôts de matière caséeuse ou suifeuse comme les résidus de collections purulentes dont les parties liquides auraient été reprises par les vaisseaux ; encore ne serait-ce là qu’une résorption incomplète. Dupuytren et Seymour (2), MM. Velpeau et Négrier, ont vu le foyer se rompre dans le péritoine. La conséquence de cette rupture est communément une péritonite mortelle; dans d’autres cas, l’'épanchement s’isole par des adhérences, et peut par diverses voies être versé au dehors. Par bonheur, sans rupture préalable, les abcès ovariques contractent ordinairement des adhérences avec les organes à travers lesquels le pus doit être rejeté à l’extérieur. Les abcès se sont ainsi fait jour à travers tous les points des parois molles du ventre, et à peu près par tous les viscères creux que contient cette cavité. Tantôt c'est par la trompe, tantôt par le corps de la matrice et définitivement par le vagin. D'autres fois c’est par la vessie que le pus est évacué. Plus souvent la collection se fraye une route directe par le vagin ; mais c’est le canal intestinal, et surtout le rectum qui lui sert d’aboutissant ordinaire, Enfin le pus fuse quelquefois le long du ligament large, pour revenir proéminer à l’anneau inguinal ou à l'anneau crural, etc.

Le ramollissement, l’induration, sont quelquefois la terminaison de l’ovarite. Th. Bonet (3) parle de gangrène : mais c’est avec raison que le fait qu'il cite n'a pas paru concluant à M. le professeur Velpeau.

Symptômes. — Cette maladie est fréquemment latente, et ne se fait alors

(1) Cruveilhier, Anatomie pathologique, 13° livr., pl. HI, fig. 4. (2) Illustrations of some of the principal diseases of the ovaria. London, 1834. (3) Sepulcrelum, sive anatomica practica, Genève, 1700, 3 vol. in-fol.

OVARITE CHRONIQUE. UE soupconner que par une fièvre continue, qui se prolonge pendant plusieurs jours avec violence sans apporter de trouble dars la sécrétion du lait et des lochies, puis tout à coup le délire et l’assoupissement surviennent, et trop souvent la mort. Aucun symptôme local, ni l'exploration du ventre, ni le toucher, n’indiquaient le désordre. Dans d’autres cas, il se traduit par un sentiment de pesanteur aux aines et aux reins, par la diminution des lochies, par la difficulté et la douleur avec lesquelles s’effectue l'évacuation des urines et des matières fécales. Il se peut qu’on trouve en même temps sur l’un des côtés de l'utérus une tumeur plus ou moins sensible à la pression, devenant le siége des pulsations particulières qui accompagnent la formation du pus ; plus tard, la fluctuation peut y être sensible. Le toucher aide quelquefois au diagnostic, mais le plus souvent il est inutile.

. Diagnostie.— L'ovarite est une maladie insidieuse qui, même lorsqu'elle n'est pas latente, peut aisément se confondre avec l’inflammation du ligament large; mais cette erreur serait sans importance.

Pronostic. — Quelquefois mortelle en trois ou quatre jours, l’ovarite offre, en général, moins de gravité et plus de lenteur dans sa marche ; la suppuration se manifeste vers le quatrième jour, et la résolution entre le huitième et le douzième. La résolution est la terminaison la plus heureuse.

Traitement. — Les antiphlogistiques forment la base du traitement ; après la saignée et les sangsues, M. Velpeau a souvent recours aux grands vésicatoires volants. Quand l'existence d’un abcès est bien constatée, on l’ouvre avec le caustique de Vienne, s’il proémine à la région iliaque ou hypogastrique; ou peut aussi recourir à l’instrument tranchant, mais d’après les principes des opérations en plusieurs temps; il en est de même si le pus à suivi un trajet herniaire. Si le fover s’est ouvert dans le péritoine, le cas est à peu près au-dessus des ressources de l’art. Lorsque le pus s’est spontanément fait jour à l'extérieur par un des canaux naturels dont nous avons parlé, on prescrit des inject:ons et un régime fortifiant. Si le foyer se prononcait par le rectum ou par le vagin, il serait convenable d’y pratiquer une ponction avec un trocart.

$ 2. — Ovarite chronique,

Le mode chronique de l’inflammation de l'ovaire se confond par beaucoup de points avec la forme précédente : je dois donc me borner ici à signaler les différences. Succédant quelquefois à l’ovarite aiguë, l’inflammation chronique de l'organe peut naître et marcher d’une manière insensible, qu’elle soit primitive ou consécutive à une phlegmasie utérine. C’est à cette forme que madame Boivin et Dugès rattachent les dégénérescences diverses de l'ovaire. Lorsqu'elle est passée à l’état de suppuration, l’ovarite essentiellement chronique est très difficile à distinguer d’un kyste ; il n’est pas jusqu'aux terminai--

sons de ces deux affections qui ne se ressemblent, Tumeur dans l’hypogastre

k at.

h7h MALADIES DE L'OVAIRE.

ou dans le bassin, douleur ou sensibilité exagérée dans les mêmes régions, recrudescences avec frissons et fièvre, tels sont les symptômes communsÿ fluctuation plus évidente et plus uniforme, volume plus considérable, douleurs tardives, voilà ce qui distingue l’hydropisie; fluctuation partielle, dureté aux divers points, douleur et sensibilité excessive dès l’origine, siége borné au bassin et à son pourtour, ce sont là les signes propres de l’ovarite chronique. La collection purulente suit les mêmes voies d'élimination que dans la forme aiguë.

À la violence près, ce sont aussi à peu près les mêmes causes: l'excitation excessive de l’appareil génital, le désordre de la menstrüuation, surtout l’âgé critique, les accouchements, les avortements, etc."

Le pronostic est généralement grave, principalement quand la tumeur atteint un volume considérable.

Le traitement consiste en révulsifs sur la peau et sur le canal intestinal : ventouse, cautère, vésicatoires volants, moxas à l'hypogastre, purgatifs doux et répétés. Seymour a beaucoup vanté l'extrait de colchique. On peut également employer les frictions mercurielles.

Page 1