SECTION QUARANTE ET UNIÈME
Ges maladies sont nombreuses et très importantes, car il n’est peut-être pas un mouvement qui n'ait sa source ou son point d'appui au rachis, con-
(1) Velpeau, Dictionnaire de médecine, nouvelle édition, t. XXIF, p. 595. (2) Chéreau, Journal des connaissances médico-chirurgicales, juin 1844.
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sidéré dans son contenant et son contenu. En parlant des maladies des o$ en général, nous avons étudié en même temps les lésions physiques et les lésions vitales les plus importantes du rachis, puisqu'il a été question des fractures, des luxations des vertèbres et de la myélite. Ici je vais traiter des anomalies et difformités du rachis qui ne pouvaient être exposées ailleurs, et après quelques pages sur les lésions organiques, je parlerai de l’orthopédie et des opérations motivées par les maladies du rachis.
Anatomie.
Le rachis, ou colonne vertébrale, est une longue tige osseuse canaliculée, occupant la partie postérieure du tronc, depuis la tête jusqu’au bassin. Elle commence immédias= tement au-dessous du trou occipital et se termine au sacrum. Je vais d’abord jeter un coup d'œil : 4° sur les pièces qui composent le rachis ; 2° j'étudierai après la cos lonne dans son ensemble; 3° le canal qui la creuse ; 4° je dirai ensuite quelques mots sur les enveloppes de la moelle ; 5° je terminerai par l'indication des mouvements du rachis.
4° Vertèbres. — Le rachis est formé de 24 pièces osseuses, les vertèbres, qui sont superposées , unies très solidement entre elles, offrant chacune, à sa partie antérieure, un corps épais en forme de disque, à sa partie postérieure un large canal autour duquel sont des prolongements apophysaires. Un de ces prolongements occupe la ligne médiane, et porte le nom d’apophyse épineuse. Sur les parties latérales, on en trouve deux autres, dirigées transversalement, qu’on appelle apophyses transverses. La base de chaque apophyse transverse supporte deux apophyses arliculaires, l’une supé: rieure, l’autre inférieure, engrenées avec celles des vertèbres voisines. Entre les apophyses transverses et l’apophyse épineuse, le canal est complété par deux lames osseuses. Enfin la masse apophysaire est unie de chaque côté au corps vertébral par deux portions rétrécies en forme de pédicule, Les bords supérieur et inférieur de ce pédicule, échancrés, forment avec ceux des parties voisines des trous par où sortent les nerfs rachidiens; on les appelle trous de conjugaison. Les ligaments qui unissent les vertèbres entre elles sont très serrés et très résistants, Entre les corps vertébraux sont interposés des disques fibreux d’une nature particulière. Ces disques sont formés de fibres entrecroisées, solidement implantées sur les surfaces osseuses qu'elles unissent et dont le centre est occupé par une substance molle, imbibée de liquide; ils sont compressibles, et permettent de légers mouvements d’inclinaison des corps vertébraux les uns sur les autres. Les lames sont unies entre elles par du tissu jaune élastique. Les apophyses articulaires sont entourées de petites capsules fibreuses in complètes. Les apophyses épineuses sont maintenues en rapport par des ligaments interépineux , que des muscles remplacent à la région cervicale, et par un cordon fibreux qui longe la crête épineuse en se fixant au sommet de chaque apophyse. À la région cervicale, ce cordon s'étend de la protubérance occipitale à l’apophyse épineuse de la septième vertebre, sans contracter d’adhérences avec les vertèbres intermédiaires. Une large bande fibreuse se voit à la partie antérieure du rachis, dans toute sa hauteur ; un grand ligament semblable règne à la partie postérieure des corps vertébraux, dans l’intérieur du canal.
Les vertèbres sont groupées en trois régions distinctes : cervicale, dorsale et lom-
baire. Nous aurons occasion de signaler ce qu’elles ont de particulier dans chacune de ces régions, en étudiant la colonne vertébrale d’une manière générale.
2° Colonne vertébrale en général. — Considérée dans son ensemble, la colonne vertébrale représente une pyramide flexible à base inférieure, et offrant un léger renflement au niveau des dernières vertèbres cervicales et des premières dorsales. Elle présente trois courbures antéro-postérieures : l’une à convexité antérieure, appartenant à la région cervicale; la seconde, à convexité postérieure, correspond à la région dorsale ; la troisième, à convexité antérieure, est à la région lombaire. On res marque, en outre, une légère courbure latérale concave, à gauche, à la région dorsale et correspondant à la crosse. de l'aorte. Les vertèbres, par leur corps, forment une colonne de sustentation ; par leur canal, une cavité protectrice à la moelle épinière ; par leurs apophyses, des leviers destinés aux mouvements du tronc. La série des corps vértébraux fait saillie en avant dans les cavités thoracique et abdominale, et est ainsi en rapport avec les divers appareils de la vie organique. Au cou, les corps vertébraux, moins saillants, forment avec les apophyses transverses une surface à peu près plane, qui supporte tous les organes importants de cette région, La paroi postérieure du pharynx est le seul point où la face antérieure de la colonne vertébrale soit accessible à la vue et au toucher, En arrière, sur la ligne médiane, les apophyses épineuses forment une crête saillante sous les téguments, que l’on peut explorer dans toute la hauteur du rachis. De chaque côté, entre la crête épineuse et la série des apophyses transverses, existent deux gouttières larges et profondes, comblées par des muscles, Le fond de ces gouttières est formé par les lames vertébrales et les ligaments jaunes. Dans la région dorsale, ces lames sont si étroitement superposées, qu'il n'existe pas de vide entre elles. À la région cervicale, au contraire, l’imbrication est bien mpins exacte, et dans les mouvements de flexion, les lames peuvent s’écarter assez pour qu'un instrument tranchant ou piquant pénètre facilement entre elles, Sur les parties latérales, on trouve des apophyses transverses simples aux régions dorsale et lombaire, bifurquées et perforées à leur base à la région cervicale. Les apophyses transverses des vertèbres dorsales s’articulent avec les côtes et leur forment un point d'appui. Celles des régions lombaire et cervicale sont situées sur un plan plus antérieur. C'est à cette circonstance qu'est due la saillie de l’apophyse transverse de la cinquième cervicale, saillie à laquelle on a donné le nom de tubercule carotidien, et qu’on a conseillé de prendre. pour point de ralliement dans la ligature de la carotide. Entre les apophyses transverses se voient les trous de conjugaison donnant passage aux nerfs spinaux, Le canal qui existe à la base de ces apophyses dans la région cervicale livre passage à l’artère vertébrale,
30 Canal rachidien. — Le canal rachidien, destiné à contenir la moelle épinière et ses enveloppes, communique, d'une part, avec la cavité crânienne par le trou occipital, de l’autre avec le canal sacré. Sa forme est triangulaire. Plus large au cou que partout ailleurs, il se rétrécit à la région dorsale, pour.s’élargir de nouveau à la région lombaire. Ces différences de capacité, en rapport avec le degré de mobilité des diverses parties du rachis, sont destinées à préserver la moelle de toute compression. Nulle part, du reste, cet organe ne remplit complétement la canal rachidien : un liquide communiquant avec la cavité crânienne, et appelé liquide céphalo-rachidien, comble les vides et forme une couche protectrice entre la moelle et le canal osseux, La moelle épinière se: termine ordinairement à l’origine de la région lombaire; au delà de ce point, le canal rachidien est occupé par un faisceau nerveux considérable auquel on donne le nom de queue-de-cheval.
4° Enveloppes de la moelle. — La moelle épinière à trois enveloppes qui se continuent avec celles du cerveau. La dure-mère, très adhérente au canal rachidien en avant, ne lui est unie en arrière que par un tissu cellulaire filamenteux rougeàtre. Le feuillet pariétal de l’arachnoïde tapisse la face interne de la dure-mère, et se réfléchit autour des racines des nerfs rachidiens pour aller constituer le feuillet viscéral. Celui-ci est séparé de la pie-mère par un tissu lâche et filamenteux que baigne le liquide céphalo-rachidien. C'est avec cetespace sous-arachnoïdien, et non pas avec la cavité arachnoïdienne, que les ventricules du cerveau communiquent. L’arachnoïde accompagne les nerfs de la queue-de-cheval jusqu'à l'extrémité du canal sacré. La pie-mèêre rachidienne revêt Îles caractères d’une membrane fibro-vasculaire ; sur les côtés, elle envoie deux lamelles fibreuses qui se fixent aux vertèbres entre les trous de conjugaison ; ces prolongements ont reçu Je nom de ligaments dentelés, à cause de leur forme. Un autre prolongement de la pie-mère accompagne la queue-de-cheval, La moelle épinière fournit 29 à 31 paires de nerfs qui naissent de ses parties latérales par deux racines, l’une antérieure, exclusivement motrice ; l’autre postérieure , sensitive. Ces deux racines s'unissent à leur sortie du trou de conjugaison, Il y a 8 paires cervicales, 12 paires dorsales, 5 lombaires, et de 4 à G paires sacrées.
5° Mouvements du rachis. — La colonne vertébrale jouit de quatre sortes de mouvements: la flexion en avant, la flexion en arrière, la flexion latérale, et la rotation ou torsion sur son axe. Les mouvements de flexion antéro-postérieure, très étendus au cou entre la troisième et la septième vertèbre cervicale, à peu près nuls entre les vertèbres dorsales qui supportent les vraies côtes, reparaissent dans les dernières dorsales, et surtout à la région lombairé. Il en est à peu près de même de la flexion latérale. Quant au mouvement de rotation, il est encore le plus étendu dans la région cervicale ; il est presque nul dans les deux tiers supérieurs de la région dorsale et aux lombes. |
Les deux premières vertèbres, destinées à l’articulation de la tête avec le rachis, présentent des modifications importantes. La flexion et l'extension de la tête se font entre les condyles de l’occipital et deux surfaces articulaires concaves situées à la partie supérieure de l’atlas.,Le mouvement de rotation s'exécute entre l’axis et l’atlas, au moyen de deux surfaces planes superposées, et d'un prolongement osseux du corps de l'axis roulant dans un anneau ostéo-fibreux appartenant à l’atlas, et situé À l’intérieur du canal rachidien.
Les artères du rachis sont fournies successivement de haut en bas par les verté= brales, les cervicales profondes, les intercostales et les lombaires. Les veines forment, à l'extérieur et à l’intérieur du canal rachidien, des plexus fort nombreux qui aboutissent définitivement aux veines vertébrales , cervicales ascendantes, azygos, lombaires et sacrées.