EE
point adopté les exagérations de Méry, qui disait que la contraction permanente et involontaire des muscles était l'unique cause efficiente de la courbure extraordinaire de l'épine (A). Gomme on le pense bien, je n ’Irai pas nier une influence qui a toujours été reconnue, et qui est puissante dans l’étiologie des difformités en général; mais je cherche vainement des preuves directes de cette influence dans les déviations de l’épine. Bien plus, des expériences sur le cadavre, les démonstrations sur le vivant, ont prouvé que les courbures rachidiennes étaient indépendantes d’une action musculaire. Ainsi M. Bouvier a acquis la preuve (2), sur le cadavre, que si l’on tente de redresser le rachis, on réussit, mais après de grands efforts; on efface la courbure, sans pouvoir cependant en produire une autre en sens opposé, Pendant la rectitude de la colonne ainsi produite, les muscles qui étaient en rapport avec la concavité de la courbure, ne sont pas tendus d’une manière
prononcée, et la section de ces mêmes muscles ne permet nullement de porter
le redressement au delà du degré acquis par les manœuvres opérées avant la division musculaire ; d’où l’on peut raisonnablement conclure que les muscles n'avaient pas produit la difformité, qu’ils ne la gouvernaient ou ne la fixaient pas. Il est vrai que sur le vivant, si l’on fait pencher le malade du côté opposé à la courbure, on voit les muscles correspondant à la concavité de l'arc se contracter, faire plus de saillie; ceci s'explique par la nécessité dans laquelle ils se trouvent d’agir pour maintenir l’équilibre, afin d'éviter une chute. Mais si, comme le conseille M. Bouvier, on fait coucher k malade sur le ventre, en lui défendant tont effort; si, dans cette position de repos, on imprime au corps des mouvements capables de redresser les courbures du rachis, rien n’est changé dans la consistance, la saillie des muscles qui correspondent à la concavité de ces courbures : ils restent mous.
Variétés, — On peut en établir trois principales, qui prennent le nom du plan vers lequel la voussure, la gibbosité se trouve. Ainsi, la déviation est: 4° postérieure (cyphose) ; 2° antérieure (lordose); 3° latérale (scoliose). Cette dernière est la plus fréquente, la plus importante. Ghez tous les sujets,
la lésion anatomique la plus importante se remarque sur le corps des ver-
tèbres : c'est une dépression de cette partie de l'os qui est sur le point opposé à la convexité, et par conséquent du côté de la concavité de la courbe. Les courbures latérales étant les plus fréquentes, je les décrirai avec soin, tandis que je ne dirai que quelques mots des courbures postérieures et antérieures, qui sont très rares, surtout les dernières.
1° Postérieure (cyphose). — Ici le sommet de la courbe, la convexité, est en arrière, parce que le corps des vertèbres est aminci en avant. Ge St gement dans la forme des os doit amener des changements importants
dans les rapports des parties plus ou moins connexes : ainsi, les apophyses
épineuses des vertèbres, dont le corps est ainsi déprimé en ayant, sont écar-
(1) Voyez tome I, page 230 et suivantes de ce livre, (2) Leçous cliniques sur les maladies de l'&ppareil locomoleur, p. 463,
tées et saillantes en arrière, et cela en raison directe de l’aplatissement antérieur ; les apophyses transverses s’écartent moins, parce qu’elles sont plus voisines du centre du mouvement. Les côtes suivent le mouvement du Corps des vertèbres, elles se rapprochent donc en effaçant toujours plus les espaces intercostaux ; les deux extrémités du sternum semblent comprimées par les deux extrémités de l'arc représenté par le rachis : le sternum s’infléchit donc en arrière et bombe en avant. Le diamètre antéro-postérieur de la poitrine est augmenté aux dépens du diamètre inféro-supérieur ou vertical. Cette déviation du rachis pourrait être confondue avec une déviation simulée, ou avec la gibbosité, résultat de l'affection tuberculeuse des vertèbres de la mnladie dite de Pott; mais, en faisant coucher le malade sur le ventre, on fait disparaître la déviation simulée, qui, d’ailleurs, offre une courbe toujours très allongée, tandis que la courbure qui est le résultat d’une lésion organique, du mal de Pott, est abrupte, une seule apophyse épineuse est saillante ; si d’autres s'élèvent comme la première, l'ensemble forme une g1bbosité inégale bien différente de la voussure régulière qui appartient à la déviation que j'étudie. Ici, d’ailleurs, la pression sur la voussure ne détermine pas les douleurs qu’on provoque quelquefois en comprimant sur unc véritable gibbosité. Les déviations chez les enfants peuvent offrir plus de difficultés dans le diagnostic, car les apophyses épineuses étant moins proé mineutes et moins inclinées, les effets de la bascule des vertèbres sont moins marqués : dans tous les cas, les difficultés disparaissent quand la difformité commence à devenir ancienne.
2° Antéricure (lordose). — Cette déviation est extrêmement rare; elle est ordinairement représentée par une exagération de la courbure naturelle de la région lombaire du rachis. Duverney, Delpech, Jalade-Lafond (1), ont observé de ces déviations dans lesquelles les corps des vertèbres sont inclinés en arrière, tandis qu'ils s’écartent en avant et proéminent dans ce sens. On comprend que les apophyses transverses, et surtout les épineuses, doivent être rapprochées en arrière. La ordose, qui porte sur la région du rachis correspondant au thorax, doit amener de graves modifications dans la forme, la capacité de cette cavité, et nuire ainsi aux organes de la respiration el de la circulation. Dans le cas observé par Delpech, « la dépression du sternum, dit ce chirurgien, qui avait entraîné en arrière tous les cartilages du prolongement des côtes, était telle, que le cœur était renfermé dans une espèce de berceau formé par les côtes gauches, beaucoup plus arquées qu'à l’ordinaire; en sorte que la main embrassait l’espèce de cylindre vertical qui logeait le principal mobile-de la circulation (2). »
La déviation antérieure, comme je l’ai déjà dit, porte le plus souvent sur la région lombaire, ce qui infléchit considérablement le bassin en avant,
(1) Recherches pratiques sur les principales difformités du corps humain. Paris, 1829 in-4, avec figures.
(2) Orthomorphie, t. 1, p. 350.
| à pi LL. __i: | “él +
h98 MALADIES DU RACHIS. : r puisque la face antérieure du pubis regarde en bas, et que le sacrum et les ischions sont répoussés en arrière, Quand c’est au cou que la lordose est, observée, la tête est renversée en arrière, elle est enfoncée dans les épaules; enfin le malade à l'attitude de celui qui regarderait toujours le ciel. Si la déviation porte sur la région dorsale, ce qui frappe surtout, ce sont les désordres du côté des organes pectoraux : dyspnée habituelle, toux. Del= pech parle même d’expectoration sanguinolente, avec phénomène d’engorgement des poumons. Aux lombes, sur les limites inférieures de la région dorsale, la déviation antérieure donne à l'individu le galbe d’un sujet aflecté d’ascite ou d’une femme enceinte, La cambrure du torse est exagérée ; il y a proéminence du ventre et des fesses ; les épaules sont repoussées en ar= rière, et la tête, pour rétablir l'équilibre, se porte en avant.
20 Latérale (scoliose). — C’est la variété la plus fréquente et pour laquelle ont été imaginés la plupart des moyens de redressement dont je parlerai plus tard. Rarement la courbure est unique, presque toujours il y en a plusieurs (4). Elles sont ordinairement au nombrede trois : 4° une supérieure à convexité gauche, formée par les dernières vertèbres cervicales, et les deux ou trois premières dorsales; 2° une moyenne très considérable à convexité droite, formée par la plupart des vertèbres dorsales; 3° et, enfin, une inférieure peu marquée, à convexité gauche, et constituée par la prémière dorsale et les cinq lombaires. La figure 709 représente trois courbures très marquées : la première, cervico-dorsale, est plus prononcée qu’à lordinaire; la seconde est un peu moins élevée que dans le plus grand nombre des cas. C’est à la disposition que je représente ici que Shaw a donné le nom de courbure serpentine. Les diverses inflexions sont chacune du côté opposé d’une ligne qui représente Faxe normal du rachis, et qui sert de corde à l’une et à l’autre courbure. Il arrive aussi que le rachis, fortement incliné de côté, offre des arcs alternatifs qui se trouvent en dehors de cet axe, et, par rapport à lui, il n’y a qu’une seule grande courbure droite ow gauehe d’un trajet sinueux. Aux extrémités des arcs, le rachis se rétablit dans sa rectitude, de sorte qu’une verticale partant du milieu du sacrum traverserait . les premières cervicales ; quelquefois, cependant, la partie inférieure du rachis se trouve portée un peu en dehors de cette ligne. Mais ce n’est que dans des cas très rares que le rachis est incliné suivant le prolongement de la partie inférieure d’une déviation. Le degré de déviation est quelquefois très considérable : on n’a qu’à jeter un coup d'œil sur la figure 710. Une pareille déviation ne peut exister sans une très grande perte dans la hauteur du rachis, qui peut être ainsi réduit d’un tiers et même de la moitié de son étendue. Dans cette variété, la courbure n’est jamais complétement dans un plan parallèle à la face postérieure du tronc ; car, avec l’inflexion latérale, il
(1) Bouvier, Leçons cliniques sur les maladies chroniques de l'appareil locomoteur! , Paris, 1858, p. 359 et suiv.
if
COURBURES DU RACHIS. 1199 y à Ofdinairement pläs où moins de cyphose, c'est-à-dire de déviation en arrière. Outre l'inclinaison sur un côté, les vertèbres éprouvent aussi un mouvement sur leur axe vertical qui porte le corps de ces o$ vers la con-
Fig. 709. Fig. 710.
er Al, PP \N =