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CHAPITRE Il, LÉSIONS VITALES DE L’AINE

Elles se rapportent aux inflammations, aux abcès.

Inflammations, abcès de l’aine,.

On voit souvent, chez les enfants et les femmes chargées d’embonpoint, une espèce d'érvthème dans le pli de l’aine, qu’on guérit ou qu’on modifie avantageusement par des bains, des lotions d’eau blanche. Mais les lésions vitales les plus fréquentes de cette région sont les adénites ; elles constituent des tumeurs très nombreuses. Elles ont pour cause une solution de continuité, le plus souvent avec imoculation, et qui a pour siége les organes génitaux, le périnée, le membre inférieur. Ces adénites peuvent être aussi complétement indépendantes de toute solution de continuité. Le virus syphilitique étant l’agent qui provoque le plus ordinairement les adénites de cette région, on a une grande tendance à admettre comme syphilitiques toutes les tumeurs qui sont formées par un développement ganglionnaire de l’aine. Gette erreur peut avoir des suites graves pour le malade, car l’idée de syphilis s’alliant presque toujours à l’idée d’un traitement mercuriel, on peut traiter longtemps un sujet très réfractaire au mercure, un sujet lymphatique, dont la constitution pourra ainsi être détériorée. Les cas dont je parle ici sont plus fréquents qu’on ne pense. Aussi, avant d'entreprendre un traitement long et. qui peut être nuisible, on fera bien d'interroger les antécédents avec le plus grand scrupule; on ne se contentera pas de l’examen de la région pour établir le diagnostic, on portera les investigations ailleurs : ainsi, au cou, à l’aisselle, pour savoir si ces régions ne recèlent pas ou n'ont pas recélé de

pareilles tumeurs. Malgré toutes les précautions, malgré l'examen le plus attentif de l’état actuel et l'enquête la plus minutieuse sur les antécédents, on peut encore confondre le bubon consécutif avec l’engorgement ganglionnaire, indépendant de tout virus syphilitique; car, d’un côté, les autres

(1) Bérard aîné, art. AE du Dictionnaire en 30 volumes, nouv. édition. (2) Le lecteur voudra bien se reporter à la page 183 du deuxième volume de ce

traité, où j'ai discuté le mode de déplacement des fragments dans les fractures soustrochantériennes. (FANO.)

INFLAMMATIONS, ABCÈS DE L'AINE. ol1 affections svphilitiques consécutives, celles de la peau par exemple, peuvent complétement manquer; d’un autre côté, la syphilis peut très bien coïncider avec des engorgements ganglionnaires au cou, aux aisselles. Et d’ailleurs, est-ce qu’un scrofuleux ne peut pas avoir la vérole? C’est pour ces cas difficiles que le praticien devra se montrer d’une prudence extrême dans l’administration du mercure; il doit, pour ainsi dire, tâter le terrain, essayer d'aberd des doses très modérées, pour savoir comment la nature répondra à ce modificateur.

Si la confusion d’une adénite syphilitique et d’une adénite scrofuleuse peut être nuisible, le danger est bien plus immédiat et plus réel quand il y à confusion entre une adénite aiguë et certaines autres tumeurs de laine, par exemplé les hernies étranglées. Certains engorgements aigus des ganglions profonds de l’aine, de ceux qui sont sous le feuillet superficiel du fascia lata, peuvent provoquer les accidents de la hernie étranglée; de son côté, cette hernie peut donner lieu à des symptômes de l’adénite. Dans le premier cas, on peut être porté à pratiquer une opération inutile et qui n’est pas sans danger ; dans le second cas, on peut temporiser, ne rien entreprendre d’important, et laisser la hernie sc gangrener. Ici, contrairement à ce que j'ai conseillé quand il à été question du diagnostic différentiel des abcès et des anévrysmes de l’aisselle (voyez page 536), ici le doute, au lieu d'arrêter la main du chirurgien, devra, au contraire, le porter à agir, mais à agir avec prudence, lenteur; on devra procéder toujours comme s’il s'agissait d’une hernie.

Les abcès de l’aine peuvent être idiopathiques ou symptomatiques. Les premiers sont la conséquence des adénites très aiguës et de l’inflammation du tissu cellulaire qui environne les ganglions. Les caractères de la plaie sont ici précédés par les symptômes de l’adénite, du phlegmon ; il y à enfin tumeur inflammatoire douloureuse, rénitente, avant d’y avoir tumeur purulente plus ou moins dépressible et fluctuante. Quand l’abcès est symptomatique, la source est plus ou moins éloignée. Qu'elle soit dans une vertèbre malade, dans une affection du psoas ou du tissu cellulaire sous-péritonéal, le pus s'élabore, non dans laine, mais ailleurs, et quand la tumeur se montre dans cette région, elle est déjà un abcès, et son contenu peut remonter vers sa source, il peut repasser dans le ventre ; pour dire le mot classique, l'abcès , peut être réduit.

Je dois faire mention ici d’une tumeur qui pourrait être confondue avec une adénite, une collection purulente profonde : c’est la tumeur produite par linflammation d'une bourse séreuse qui existe entre la capsule de l’articulation coxo-fémorale, le corps du pubis et le tendon des psoas et iliaque : . comme cette poche communique fréquemment avec la cavité articulaire, on peut faire changer son volume par des mouvements de la cuisse. Il ÿ à aussi des aBcès froids de l’aine qui peuvent singulièrement obscurcir le diagnostic ; ils peuvent être pris pour une de ces bourses séreuses malades, pour un

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kyste, pour une hernie, car ces abcès sont quelquefois à une certaine pro-

fondeur, et ne sont précédés par aucun symptôme inflammatoire. Mais, en général, il y a dans l’économie des signes assez évidents de débilité, et il n’est pas rare d'observer sur un autre point du corps des tumeurs analogues.

MM. J. Roux et Guépratte, chirurgiens distingués de la marine, pendant leur séjour à Paris, ont pu voir, dans mon service, un malade ayant une tumeur à laine, dont le diagnostic serait resté fort douteux, si nous n'avions porté notre investigation que sur la localité. C'était une tumeur indolente,

plutôt pâteuse que fluctuante, incolore, recouverte d’une peau saine; elle n’était ni réductible ni mobile, et n'avait été précédée d’aucun symptôme inflammatoire. On aurait conjecturé longtemps sur la nature de cette tumeur si l'on avait longtemps négligé de regarder le ventre. Au-dessous de l’om-

bilic était un point fistuleux avec décollement de la peau. Le malade disait que là avait été une tumeur comme celle de l’aine, et cette tumeur était restée longtemps indolente; après quelques douleurs, elle s’ouvrit et laissa l'ouverture que nous apercevions. Ces renseignements nous portèrent à diagnostiquer un abcès froid. Ce fait est une nouvelle preuve de la nécessité de se placer à plusieurs points de vue pour arriver à un bon diagnostic.

Les ulcérations de l’aine sont surtout le résultat d’une infection syphilitique, ou bien d’une infection scrofuleuse, C’est surtout le virus syphilitique qui agit ici, et il agit de deux manières : ou bien c'est une inoculation directe de la peau par le pus qu’un chancre existant déjà à la verge a versé sur l’aine, ou bien le virus du même chancre de la verge a passé par les lymphatiques, a enflammé, ulcéré un ou plusieurs ganglions, a enflammé, ulcéré la peau, et cette ulcération a pris le caractère du chancre. |

Dans ces derniers temps on a voulu savoir si, lors de l’ouverture des bubons, l’incision perpendiculaire se réunissait mieux que l'incision en sens contraire; on a voulu connaître celle qui était la moins exposée à devenir ulcéreuse. Ces recherches ne pouvaient aboutir à rien, car lorsque le virus syphilitique est en pleine activité sous la peau, dans les ganglions, quelque direction que vous donniez à la plaie, elle déviendra chancreuse et aura toujours la même forme. Si, au contraire, le virus n’existe pas ou est à l'état de sommeil, quelle que soit la direction de l’incision, sa réunion s'opérera bien, si le décollement de la peau n’est pas considérable. Si ce décollement est

considérable, ce n’est pas la direction de l’incision qui pourra hâter la répaz ration, mais son étendue, mais le soin que vous aurez à pratiquer des inci= sions petites et multiples. C’est alors que vous pourrez faire sur le même bubon, dans des directions différentes, de petites incisions, et que vous * pourrez constater que la direction n'influe en rien sur la marche de leur cicatrisation, puisqu'elles se répareront toutes en même temps.

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