LÉSIONS ORGANIQUES DE L’AINE
Les lésions organiques de l’aine les plus fréquentes sont celles qui portent sur les vaisseaux. Après l’anévrysme poplité, l'anévrysme par lésion organique de l'artère qui correspond à l’aine est peut-être le plus fréquent, car cette artère est le commencement de la crurale : or, On sait combien ce vaisseau est fertile en ossifications, en athéromes, en stéatomes, lésions qui se terminent souvent par une solution de continuité, une forme d’ulcération qui est le commencement de l’anévrysme. De plus, l’anévrysme de l’aine est souvent un développement de celui de l'artère iliaque externe, et c’est même alors qu'on observe une espèce de rétrécissement de la partie de la tumeur qui est en rapport avec le ligament de Fallope. La tumeur inguinale se développe ordinairement beaucoup et rapidement, car, n'étant gênée par aucun muscle, seulement en rapport en avant avec le feuillet superficiel du /ascia lata, l’anévrysme prédomine en avant et s'étend sur les côtés, Il est, comme on sait, assez important de savoir dans quel rapport l'ouverture de l'artère est avec celle de la tumeur : eh bien, dans l’espace inguinal, on a constaté que le centre de la tumeur est un peu au-dessus de la solution de continuité de l'artère.
On à observé au confluent de la veine saphène, à l'ouverture crurale externe, une tumeur souple, fluctuante, réductible, souvent entourée de petites veines bleuâtres très superficielles ; cette tumeur n’est autre qu'une dilatation variqueuse de la partie supérieure de la saphène : elle est bien connue depuis J.-L. Petit, lequel l'avait surtout observée chez une servante d'hôtellerie à laquelle un charlatan faisait porter un bandage, Cette tumeur Yariqueuse, que M. Velpeau dit avoir rencontrée chez quatre hommes (1), je l'ai rencontrée peut-être six fois chez des femmes.
Les kystes ne sont pas rares à la région inguinale, Je me rappellerai toujours une femme qu’un de mes confrères m'adressa à l'hôpital de la Charité, pendant que je remplaçais M. Velpeau: elle était accusée, à un âge très avancé, d'avoir un bubon vénérien, Le volume de cette tumeur, sa surface, qui était on ne peut plus égale, son indolence complète, la possibilité qu'il y avait de lui imprimer un léger mouvement en masse, me portèrent à rechercher si elle était transparente ; elle était complétement transparente, Je fis une simple ponction avec un petit trocart; il s’en écoula une sérosité absolument semblable à celle de l’hydrocèle. Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu'après cette si légère opération, survint une très violente inflammation qui amena une guérison radicale. Quelquefois les kystes ne sont pas transparents : ils contiennent des humeurs, des matières épaisses crétacées ; ou bien ils n’ont
(1) Anatomie chirurgicale. Paris, 1837, t, Il, p. 526.
5h MALADIES DE L’AINE.
pas de parois assez minces, ou ils sont trop profonds pour être translucides ; ou bien encore, quoique superficiels, ils ne sont pas assez volumineux, ils ne font pas assez de saillie pour que l'exploration avec la lumière soit convenablement faite. Quand les kystes sont profonds, on devra soupçonner qu’il s’agit surtout d’une affection de la bourse séreuse qui est en rapport avec l'articulation coxo-fémorale.
Parmi les tissus qui peuvent se développer sous forme de tumeur, deux doivent être cités : le tissu adipeux, qui constitue des tumeurs qu’on a Si souvent prises pour des hernies, et le tissu fibreux, le tissu cicatriciel, qui peut brider la cuisse contre le ventre, de manière à constituer une difformité qu'on ne pourra presque jamais redresser.
Les lésions organiques qui constituent les tumeurs les plus graves, les plus malignes, sont les divers cancers. Mais il est rare, comme à l’aisselle, que cette dégénérescence naisse d’abord dans la région. Elle n’est ordinaire ment qu'une complication, qu'une extension d’un cancer des parties génitales ou du membre inférieur, ou de l'os iliaque. Ici, c'est le cancer de cel os qui proémine lui-même dans la région inguinale. Le cancer qui a son point de départ aux parties génitales est plus élevé, plus voisin du ventre, que celui qui a son point de départ au membre inférieur. Comme on le pense bien, on ne doit pas songer ici à une opération. Dans l'intérêt du jeune praticien, je dois avouer une faute. J'ai, en effet, opéré dans une pareille circonstance : c'était un malade auquel dl. Velpeau avait extirpé un orteil pour une affection cancéreuse. Quand je pris le service de ce professeur, la cicatrisation de la plaie était complète. Mais bientôt apparut à laine, au niveau du confluent de la veine saphène, une tumeur de mauvaise nature, bien limitée, sans engorgement ganglionnaire aux environs. Je me crus autorisé à extirper cette tumeur. Mais le sujet, quoique d'une bonne santé apparente, était très maigre; cette tumeur avait des rapports extrêmement intimes avec l'artère fémorale, que je fus obligé de dénuder ; de sorte qu’au moment de terminer l'opération, me voyant si près de l'artère, je commen cai à regretter de l'avoir entreprise. Une fois les difficultés vaincues et la cicatrisation commencée, je me crus moins blämable. Mais bientôt des douleurs abdominales, une couleur jaune de la peau, une sueur continuelle, m’annoncèrent une déception qui se réalisa avec une rapidité extrême. Ges détails ne seront pas inutiles au jeune praticien, qui apprendra par cet exemple à ne pas entreprendre une opération qui peut le mettre dans la nécessité de découvrir un tronc artériel des plus importants, et pour obtenir un si triste résultat !
Ces dégénérescences malignes de l’aine, quand elles font des progrès en profondeur, atteignent bientôt l'artère, qui finit par subir l’ulcération, et l'on observe des hémorrhagies qui font périr promptement le malade. Ainsi c'est par cet accident que j'ai vu succomber deux sujets avec cancer à l’aine, lequel était une complication du cancer de la verge.