‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 143 sur 358 · TUMEURS DE L’AINE · texte numérisé non relu

TUMEURS DE L’AINE

Tumeurs de l’aine considérées au point de vue du diagnostic.

Comme on peut le voir par le simple exposé que je viens de faire des maladies de l’aine, elles sont très nombreuses, et elles changent presque toutes la forme de la région, puisqu'elles s'élèvent en tumeur : or l’espace étant très limité pour cette foule de tumeurs, et beaucoup ayant de grandes analogies entre elles, on conçoit l'embarras fréquent du praticien qui veut établir un diagnostic ; l'embarras est encore augmenté quand, au lieu d’une tumeur, il en existe plusieurs, lesquelles peuvent même ne former qu’une seule masse.

En étudiant les maladies de l’aisselle, on à pu remarquer le nombre des tumeurs de cette région, qui était encore augmenté par certaines tumeurs de la poitrine, du cou, lesquelles venaient plus ou moins tardivement envahir

l'aisselle ; mais à cette région les tumeurs arrivées ainsi de loin sont excep--

tionnelles, car celles de la poitrine doivent d’abord perforer les parois de cette cavité, et celles du cou peuvent plus facilement se porter ailleurs qu'à Vaisselle. Il n’en est pas de même à l’aine. Cette région a des communications larges et fréquentes avec l'abdomen, qui est la cavité la plus fertile en tumeurs. En eflet, par les ouvertures qui transmettent de l’abdomen au membre inférieur les moyens d'existence, par ces mêmes voies s’échappent des viscères, des humeurs, lesquelles sont produites ou par des vertèbres, ou par des maladies du psoas, ou par des inflammations intra-abdominales. Bien plus, des organes destinés à franchir seulement la région inguinale s’y arrêtent quelquefois définitivement et donnent lieu à une tumeur : tels sont les testicules. (Voyez p. 129 de ce volume.)

Comme pour le diagnostic des tumeurs des bourses, il faut établir ici deux catégories : les tumeurs réductibles, celles qu’on peut faire disparaître de laine, et les tumeurs non réductibles. Les hernies doivent être placées en première ligne quand il s’agit de réductibilité ; c’est même le caractère générique de ces tumeurs. Mais les hernies ne sont pas toujours réductibles, et il est des tumeurs autres que les descentes qu’on peut très bien faire rentrer dans l'abdomen : ainsi la hernie fémorale peut tellement adhérer au sac, et celui-ci aux éléments de la région, cette tumeur peut avoir de tels rapports d'intimité avec des produits nouveaux de cette même région; cette hernie, enfin, aura quelquefois tellement changé d'organisation par son séjour dans l’aine, que sa réduction deviendra impossible, et ses autres caractères seront dénaturés : alors rien de plus facile que de la confondre avec un ganglion engorgé. À l'état chronique, cette erreur peut avoir pour inconvénient de négliger une hernie qu’on aurait pu contenir, de manière à l'empêcher au moins de se développer davantage ; à l’état aigu, la confusion des deux tumeurs a des dangers réels : en effet, si l’on croit à une adénite aiguë et qu’on rejette l’idée d’une hernie étranglée, on se borne à la thérapeutique ordinaire de l’adénite, et le malade peut succomber aux accidents de l’étran-

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olement. J’ai déjà dit que, dans le doute, il valait mieux opérer comme s'il s'agissait d’une hernie, puisque l'opération pouvait être très utile dans les deux hypothèses; mais il n’est pas rare, comme je l'ai déjà avancé, de trouver mêlées entre elles plusieurs maladies. Ainsi, après avoir découvert la tumeur dans les premiers temps de la kélotomie, on peut rencontrer un abcès ; on le vide et l’on ne va pas plus loin. Eh bien, sous cet abcès était la hernie, et si vous ne débridez pas, les accidents continueront. Alors vous les attribuerez peut-être à l'opération que vous venez de pratiquer ; vous vous exposerez encore à perdre le malade, car vous n'aurez pas achevé l'opération qui pouvait le sauver.

Parmi les tumeurs qui peuvent être réduites et qui ne sont pas des hernies, je placerai la dilatation variqueuse de la saphène dont il a déjà été question. J’ai dit, en exposant le diagnostic de la hernie crurale (tome IV),

que la main placée sur la tumeur variqueuse pendant les secousses de la toux, on perçoit un bruissement assez marqué. De plus, si, après la réduction, on applique un doigt sur l’ouverture crurale et qu’on presse de bas en haut, la tumeur reparaîtra si elle est variqueuse ; elle ne se reproduira pas si c’est une hernie. Ici encore je propose le moyen qui me réussit dans le diagnostic du varicocèle : l'application de linges chauds sur la tumeurs ; le calorique développera manifestement les veines et non la hernie. Il faut, de plus, examiner la peau de la tumeur, celle des environs et celle du membre inférieur. On trouvera autour de la tumeur de petites veines bleuâtres qui rampent sous la peau dans le tissu même de cette membrane ; le plus souvent sur la cuisse, aux jambes, près des malléoles, seront aussi des veines très dilatées quand la tumeur de l’aine sera veineuse.

Les abcès peuvent aussi être réductibles qnand ils communiquent avec l'abdomen. Mais si l’on examine bien comment le pus rentre et sort de cette cavité, si surtout pendant ce mouvement du liquide on fait varier la position du malade, on trouvera des différences assez marquées pour éclairer le dia-

gnostic. Ainsi l’abcès se reproduit beaucoup plus lentement que la hernie, et sa reproduction est à peu près la même, quelle que soit la position du malade. La hernie, au contraire, se reproduit beaucoup plus facilement pendant la position verticale, et peut ne pas reparaître pendant la position horizontale, si le malade ne se livre à aucun effort. Pendant la toux, le volume de la hernie augmentera 4 vue d'œil par masses globuleuses, quelquefois . même toute la tumeur se reproduira d’un seul coup et en un seul bloc. Rien de cela n'arrive pour l’abcès, qui souvent est avec douleur plus ou moins prononcée vers le rachis, et avec difficultés dans la progression,

Il est des tumeurs irréductibles que je ne fais que mentionner, car leurs caractères sont tels qu’il est impossible de les confondre avec les autres maladies de l’aine : ce sont les tumeurs formées par la tête du fémur luxée et l'extrémité inférieure du fragment supérieur d’une fracture du fémur qui a lieu immédiatement au-dessous du petit trochanter. |

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