ANOMALIES ET DIFFORMITÉS DES MEMBRES EN GÉNÉRAL
Les anomalies des membres qui dépendent d’un développement incomplet sont extrêmement variées. Les anomalies proprement dites, ainsi que les .difformités qui tiennent à des accidents, se remarquent plus souvent au membre inférieur qu’au membre supérieur, et elles affectent plus fréquemment l'extrémité libre que l’extrémité adhérente quand elles sont de naissance. Ainsi, rien de plus commun que les anomalies des doigts. Ce sont surtout ces appendices qui fournissent le plus d'exemples de duplication, et cela, dans le plus grand nombre des cas, sans que le métacarpe et le métatarse présentent une augmentation quelconque.
Il peut y avoir absence plus ou moins complète des membres avec une conformation régulière et même un développement considérable du tronc. M. Velpeau a vu un fœtus énorme dont les q@atre membres n'avaient que quelques pouces de longueur (1). Des mutilations produites dans un but thérapeutiques où autrement peuvent, comme les arrêts de développement, conduire à l’absence d’un ou de plusieurs membres, d’une ou de plusieurs fractions d’un membre. Mais ces accidents ne peuvent produire les difformités analogues à celles qui sont dues à un excès de développement, à moins que l’on compare à cette classe d'anomalies les allongements accidentels des membres, ce qui serait un trop grand abus de l’analogie.
Dans mes généralités sur les anomalies et difformitées (tome 1°), j'ai placé Sur la même ligne, dans le chapitre des absences d'organe, les réunions vi- Cieuses : par exemple, les réunions vicieuses qui portent sur les articulations correspondent à l'absence d’une partie du membre, car l’ankylose supprime Particulation. Pourrait-on rapporter à cette catégorie les atrophies qui, portant sur l’ensemble ou sur une partie d'un membre, le raccourcissent ?
Mais les difformités des membres les plus importantes sont les déviations. Ce sont celles qui m’occuperont le plus.
Ces difformités des membres sont congénitales ou accidentelles. Le point de départ est dans les organes actifs ou les organes passifs de la locomotion. Dans le premier volume, section 4°°, l’étiologie des anomalies et des difformités des membres a nécessairement été étudiée d’une manière générale, surtout l’étiologie qui se rapporte à la vie intra-utérine. Les causes des difforiités accidentelles ont dû nécessairement trouver place dans le deuxième volume, où il a été traité surtout des lésions du squelette qui atteignent la
(1) Traité d'anatomie chirurgicale. Paris, 1837, t, IL, p, 347.
continuité et la contiguïté des membres. Ainsi, on à vu la forme, la direction, enfin l'anatomie du membre subir de graves altérations par un cal difforme, par une fausse articulation, par une exostose, par les diverses affections qui: portent sur la solidité du squelette : ainsi, le rachitisme, l’ostéomalacie. Dans le même tome deuxième, l’étiologie des difformités des membres à surtout été éclairée par le soin que j'ai mis à tracer l’histoire des rétractions musculaires ; car, s’il est vrai que dans les difformités du rachis les os jouent le principal rôle, ici ce sont les muscles, surtout pour les difformités des extrémités libres des membres, celle des mains, celles du pied. Il faut aussi tenir compte des parties fibreuses qui concourent plus ou moins directement. à la composition de la jointure. Ainsi l’on peut dire, en général, que, parmi les causes appelées prochaines par les classiques , les unes sont actives, el ce sont celles qui viennent des muscles, lesquels entraînent les membres dans des directions vicieuses ; les autres sont passives, elles tiennent aux tissus fibreux, aux os ; elles constituent surtout des résistances, ce sonL des obstacles au retour de l’état régulier, mais elles n’établissent pas cet état lui-même.
Quoi qu'il en soit des causes, elles agissent plus souvent et avec plus d'énergie sur le membre inférieur que sur le membre supérieur (1), et, quant aux déviations qui portent sur les articulations, elles sont plus rares aux articulations orbiculaires qu'aux articulations à mouvements moins étendus.
Les absences partielles des membres produisent des raccourcissements en rapport avec l'étendue de la partie qui n’a pas poussé ou qui a été enlevée ; l’atrophie peut produire un semblable résultat, mais bien moins marqué. Comme la suppression d’une partie d’un membre porte toujours sur l’extrémité libre, ou sur la fraction du membre la plus voisine de cette extrémité, excepté dans quelques anomalies congénitales, il en résulte que cette sup= pression prive le membre supérieur de ses deux fonctions les plus importantes, la préhension et le toucher : aussi peut-on dire que la suppression de la main, c'est presque la suppression du membre supérieur. Cependant, quand la portion du membre supérieur qui à été enlevée n’est pas trop con: sidérable, ce qui reste peut encore servir à équilibrer le tronc en faisant balance et être utile pour la course.
Le membre inférieur étant destiné à la sustentation et à la progression, il n’est pas difficile de prévoir ce qui arrivera par la suppression complète ou incomplète de ces appendices. Non-seulement le raccourcissement nuit aux, fonctions des membres inférieurs, mais encore l'allongement, car, dans les deux cas, il v a claudication ; une inégalité dans la longueur des membres supérieurs pourrait ne nuire en rien aux deux fonctions principales, la prés
(1) Voyez t. IL. p. 245 et suivantes, comment s'établissent les déformations des membres chez les rachitiques.