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elles empêchent la marche où l’entravent, ou la rendent fatigante. Dans tous les cas, les principales fonctions doivent en éprouver un contre-coup défavorable. Joignez à ces inconvénients , à ces dangers physiques, ce qu'il y a de triste dans la position d’un être difforme, et vous comprendrez les eflorts des médecins de tous les temps pour redresser les diflormités, et les sacri= fices de tous genres de la part des malades, dans l'espoir, hélas ! si souvent trompé, d’un pareil résultat.
Les principes sur lesquels le traitement des difformités des membres doit être basé, ont été exposés dans le premier volume, 1°° section, et dans le tome II, pages 502 et suivantes, en parlant de l’orthopédie et de la ténotomie applicables aux rétractions musculaires. J'ai même, dans ce deuxième volume, enseigné les règles d'application de ces deux méthodes de redressement.
Il est des praticiens qui croient que certaines difformités des membres indiquent l’'amputation. Dans une thèse de concours (1), j'ai exposé des principes contraires, qu’on trouve déjà dans mes Prolégomènes, tome I*. J'ai dit qu’en général on devait refuser l’amputation, mais j'ai établi quelques exceptions. Ici je serai plus absolu, je dirai : On ne doit pas se borner à détourner le malade par le tableau des dangers auxquels il s'expose en subissant une grande amputation, on doit toujours refuser de la faire. Selon M. Velpeau, en adoptant ce principe, on ne devra jamais toucher aux loupes, car elles ne sont que très rarement dangereuses, et leur extirpation peut causer des accidents mortels (2). Je me permettrai de faire remarquer au chirurgien de la Charité, que c’est fausser un principe que de le pousser jusqu’à de pareilles conséquences. Il y a une grande différence entre l'ex= tirpation d’une loupe et une amputation : celle-ci est toujours une opération … grave ; il y a toujours de gros vaisseaux, de gros nerfs divisés, un os scié où dont les surfaces articulaires sont mises à nu. Il y à donc là les causes des grands accidents des plaies; tandis que dans l'extirpation d’une loupe on peut n'avoir aucun vaisseau, aucun nerf important à lier ; on ne fait la section d'aucune partie du squelette. Quand ces tumeurs sont profondes, qu'elles. ont des rapports étroits avec des organes importants, l'opération peut être grave ; mais alors précisément la lésion est compromettante pour la vie, et le praticien, d’ailleurs, n’entreprendra l'opération que lorsqu'il pourra penser que, par son développement ou sa dégénérescence, cette tumeur peut mettre la vie en danger : une pareille opération n’est donc plus une opé= ration de complaisance.
Le bec-de-lièvre est souvent une opération de complaisance ; car, quand il est simple, ce n’est qu'une légère difformité. Gependant le praticien le plus
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(1) Des indications et contre-indications en médecine opératoire (Annales de la chi- | rurgie française. Paris, 1844, t. I, p. 300, 448). (2) Médecine opératoire. Paris, 1839, t. IL, p. 334.
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ANOMALIES ET DIFFORMITÉS DES MEMBRES. 555 réservé ne refuse jamais une pareille opération ; tandis qu'il s’abstiendra toujours de pratiquer une amputation pour une difformité, et cela, parce que l'opération du bec-de-lièvre n’est nullement dangereuse, parce que, au lieu de laisser une mutilation, elle corrige une difformité. Ainsi, ne confondons pas, si nous voulons rester dans le vrai et être utiles.
Les exemples de malheurs arrivés après les amputations de complaisance sont trop nombreux pour les rapporter ici. L'Hôtel-Dieu, Saint-Louis, la Charité, tous les hôpitaux conservent de tristes souvenirs de l'erreur, de la faiblesse ou de la complaisance des chirurgiens. Quel est l'opérateur qui, avant longtemps exercé, n’a commis aucune faute de ce genre ? Dupuytren lui-même a été quelquefois faible et complaisant. Dans ses Leçons (1), il met en scène Pelletan et un de ses amputés qui, au moment de mourir, rassemble le reste de ses forces pour reprocher amèrement à son chirurgien la faiblesse qu'il avait eue de céder à ses instances.
Il a été‘ fait des exceptions en faveur des petites amputations, celles des doigts et des orteils. Ces organes peuvent être quelquefois tellement déviés et ankylosés, que leur conservation n’est pas seulement désagréable ; elle devient encore une cause de douleur, de gêne, d’accidents. Il est des doigts qui empêchent un ouvrier de travailler ; il est des orteils qui mettent ob- Stacle à la marche. Alors des praticiens très recommandables se décident à lamputation. M. Velpeau est de ce nombre : il dit avoir pratiqué cette opération sur dix-sept malades, et quinze ont guéri. J'avoue que, pour ma part, la mort des deux autres serait souvent présente à ma pensée, Je me rappelle avoir refusé d’amputer un doigt à un ouvrier qui trouva le lendemain un chirurgien plus complaisant : cinq jours après, ce malheureux n’était plus ; il était père de trois enfants ! « Une jeune paysanne entre à la Charité » pour se faire enlever l'indicateur gauche, qui est renversé, collé sur le dos » du métacarpe ; elle meurt de phlébite et de péritonite purulente, le hui- » tième jour après l'opération (2). »
Je ne blâme pas absolument les chirurgiens qui coupent des doigts et des orteils par complaisance, mais je déclare que je m'en abstiendrai toujours. Quand on se décide à pratiquer lampuatation des doigts et des orteils, il faut toujours s'éloigner le plus possible de la main ou du pied : il y à une grande différence, pour les dangers, entre l’amputation d’un doigt ou d’un orteil, dans l'articulation d’une phalange avec une autre phalange, et dans l'articulation de la dernière phalange avec le pied.
Ge que je dois bien noter avant de quitter ces généralités, c’est la gravité, en général, plus réelle, des maladies des membres inférieurs, le danger plus grand des opérations dont ils sont le théâtre, et les difficultés de la prothèse. Dans une statistique sur les amputations, sur les résections,
(1} Leçons orales de clinique chirurgicale, t. II. (2) Velpeau, Médecine opératoire.
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mettre sur la même colonne et les membres inférieurs et les supérieurs, c’est prouver qu’on n’a aucune idée chirurgicale et aucune idée de ce qu'est une bonne statistique.