‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 160 sur 358 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Dans le deuxième volume nous avons traité très au long des lésions physiques les plus importantes de cette région : ainsi, fractures et luxations de la clavicule, de l’omoplate, de la tête de l’humérus. Je n'aurai maintenant qu'à présenter quelques considérations sur les plaies qui offrent ici des caractères particuliers : ce sont celles par arrachement (voyez t. I, p. 277). En voici quelques exemples : Un jeune meunier-eut le membre supérieur engagé dans la roue d’un moulin qui lui arracha l'épaule. Le livre de Delamotte sur les accouchements, contient une observation analogue. J'ajoute que M. Musset à consigné dans le Journal des progrès un nouveau fait relatif à ces terribles plaies. Le sujet dont parle Delamotte perdit si peu de sang que la charpie seule fut jugée nécessaire à ce pansement. Ces faits prouvent que tantôt l'humérus est arraché tenant à l’omoplate, qui est séparée dutronc, tantôt l'os du bras se détache seul. Dans tous les cas, il est des éléments de l'épaule qui cèdent plus promptement à la violence. Le tissu cellulaire résiste le plus; c’est même cette circonstance qui empêche l’hénorrhagie après une plaie qui atteint cependant de grosses artères, car les leux membranes les plus internes se rompant d’abord, la plus externe, la elluleuse, s'étend beaucoup en s’amincissant ; le canal qu'elle forme va touoursen diminuant de diamètre, et quand enfin cette membrane cède, elle reiient sur elle-même et ferme la lumière du vaisseau (voy. tome I, page 277).

Les contusions de l'épaule sont assez fréquentes ; on les remarque surtout ü moignon, et il n’est pas très rare d'observer à leur suite des paralysies

(1) Ces réflexions de M. Bouvier sont dans le rapport qu’il fut chargé de faire sur lravail de M, Gaillard (Bulletin de l’Académie royale de médecine, t. V, p. 295).

consécutives et plus ou moins complètes du deltoïde. On sait que les malades croient toujours avoir fait une chute sur l'épaule quand ils ont la tête de l'humérus luxée. Ainsi, si l’on trouve, comme signe négatif, l'absence de . Ja contusion du côté externe de l'articulation, et que des signes positifs de la luxation existent, le diagnostic est très avancé ; au contraire, l'existence de cette contusion est une raison pour soupçonner une fracture à l'extrémité supérieure de l’humérus. Les plaies contuses les plus fréquentes sont celles par armes à feu. Beaucoup de balles, en effet, atteignent l'épaule, et les os qui forment la charpente de cette région diminuent singulièrement le nombre des plaies pénétrantes de la poitrine; le scapulum surtout, véritable bouclier de la poitrine, lui pare beaucoup de coups portés par derrière. Les blessures de ces os protecteurs n’en sont pas moins très graves. Le pro= jectile pénétrera ou non dans l'articulation, atteindra une portion d'os tout à fait superficielle ou bien recouverte par des muscles. La plaie intra-articulaire sera la plus grave : en effet, on aura ici la circonstance d'une synoviale ouverte aux excitants extérieurs et mise en rapport avec des esquilles osseuses, car la plaie de l'os est toujours avec plus ou moins d’écrasement. Quand la balle a atteint le scapulum au niveau des fosses sus et sousépineuses, la fracture est en rapport avec des muscles épais qui adhèrent à los, circonstance qui empêche le déplacement, mais qui est très favorable aux inflammations profondes; et ici il est rare qu’elles ne se propagent pas dans la fosse scapulaire et qu’elles n’envahissent pas le tissu cellulaire lâche qui sépare l'épaule du thorax. Quand une partie superficielle du squelette de l'épaule est seulement écornée, les dangers sont bien moins réels. Ainsi j'ai observé un cas de blessure de l’épaule qui consistait en une ablation de la partie la plus saillante de l’épine de l’omoplate : la plaie suppura à peine, mais il y eut assez longtemps de l’engourdissement dans l'épaule, puis une douleur, enfin cette articulation fut mise hors de service pendant trois mois. Bien plus, la blessure seule des muscles sans lésion osseuse peut être suivie de gêne, de roideur dans les mouvements; j'ai confirmé sur ce point Ales observations de M. Jobert (de Lamballe) (1). J'ai surtout observé un coiffeur qui reçut d’un peintre jaloux une balle; elle traversa la base du deltoïde sans toucher aux os ; ce coiffeur fut gêné dans les mouvements de l'épaule durant deux mois après la cicatrisation qui s’opéra en moins de vingt jours: Les plaies par piqûre n’ont pas la gravité qu’on leur attribuait autrefois, même quand elles pénètrent dans l'articulation, surtout si elles sont très étroites et très obliques. Ainsi, maintenant on exécute, quand il y a indica: tion, la ponction sous-cutanée de l'articulation scapulo-humérale : il en es! de même des plaies qui ouvrent très largement l'articulation, et qu'on à pt guérir après la résection de la tête de l’humérus. Larrey parle d’un couF de sabre qui sépara la tête du corps de l’humérus, la plaie n'était adhérent

(1) Voyez le livre de ce chirurgien sur les Plaies d'armes à feu. Paris, 1833, in-8

à la poitrine que par les tendons des grands dorsal et pectoral, les nerfs et les vaisseaux axillaires ; la tête de l’os fut extraite, on tenta la réunion, et la guérison eut lieu, à la vérité, après des accidents extrêmement graves (1). Le même chirurgien observa une plaie analogue après le combat de Salehyet, en Égypte ; le résultat chirurgical fut aussi heureux. En pareille circonstance, la conduite de Larrey devra être imitée. On remarquera qu'ici la résection de la tête de l’humérus était opérée par l'accident ; il n’y a plus eu qu'à séparer cette partie osseuse des parties molles adhérentes. Mais quand la plaie est produite par un projectile, elle est bien plus simple ; il ya, comme je l'ai déjà dit, plus ou moins d’écrasement de la tête humérale, et de plus, contusion extrême des parties environnantes. Faudra-t-il alors se contenter d'enlever les esquilles les plus mobiles, et faire ensuite un pansement simple ? ou bien vaut-il mieux placer tout à fait cette plaie compliquée dans les conditions des grandes plaies de l'articulation, comme celles qui ont été observées par Larrey, et dont la terminaison a été heureuse ? Je penche pour cette dernière pratique. Selon moi, on débridera la plaie si elle n’a pas ouvert assez largement l’article, on portera la tête de l’humérus en dehors et on en opérera la résection. À

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