‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 186 sur 358 · FLEXION PERMANENTE DES DOIGTS · texte numérisé non relu

FLEXION PERMANENTE DES DOIGTS

talliques (1). Chaussier à observé la luxation des trois derniers doigts sur la face dorsale de la main. M. Robert cite le fait suivant : Une petite fille de six ans avait une luxation congénitale de la dernière phalange de l'index qui était déviée en dehors à angle obtus. On pouvait constater une légère atrophie du condyle externe de l'extrémité inférieure de la phalangine ; le condyle interne, au contraire, était saillant, et la brièveté du ligament latéral externe rendait cette déviation permanente et s’opposait au redressement. M. Alph. Robert pratiqua sans succès la section de ce ligament (2).

$S IL.— Flexion permanente des doigts.

Ici, à proprement parler, il n’y a pas déviation, puisque, même à son plus haut degré, la flexion morbide ne peut guère aller au delà des mouvements naturels des doigts.

Cette difformité peut être le résultat de toutes les lésions que j'ai indiquées quand il à été question des déviations en général (tomé I‘) et des rétractions musculaires (tome II). C’est la paralysie des muscles extenseurs, la contracture des fléchisseurs, le raccourcissement du corps Charnu, les derniers résultais d’une plaie avec perte de substance, des cicatrices bridées à Ja face palmaire des doigts, l’ankylose des articulations des phalanges entre elles ou avec les os du métacarpe. Mais il est une espèce de rétraction particulière aux doigts, celle qui était à tort désignée par les anciens sous le nom de crispatura tendinum, qui reconnaît une étiologie particulière ; je dois l'étudier à part. |

Caractères de la difformité.— Voici ces caractères tracés en présence des faits mêmes : Flexion de la première phalange sur l'os métacarpien, de la seconde sur la première (la dernière ne participe pas à la rétraction). Audevant des doigts affectés, on voit des colonnes saillantes qui s'étendent de la paume de la main à la partie supérieure de la face antérieure des deuxièmes phalanges. Si l’on cherche à redresser les doigts, ces colonnes se tendent fortement, et cette tension se communique à l’aponévrose palmaire et au tendon du palmaire grêle. La peau qui recouvre les saillies prédigitales présente, vers la racine des doigts, des rides semi-lunaires à concavité inférieure. Cette membrane conserve ses caractères normaux, et n’adhère pas ordinairement d’une manière intime aux cordons fibreux qui la soulèvent. Les doigts affectés conservent leur nutrition normale ; les articulations sont saines et mobiles ; la flexion est complète, et l'extension n’est évidemment empêchée que par les cordons qui soulèvent la peau de la face palmaire de la main et des doigts. Aucun effort ne peut étendre les doigts, à moins qu'on ne rompe les brides.

(1) A. Bérard, Dictionnaire de médecine en 21 volumes, nouvelle édition, (2) Voyez Thèse de concours : Des vices Congénilaux de conformation des articulations. Paris, 1831, p. 303.

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Causes et théories de cette difformité. — La dénomination de crispatura tendinum donne l’idée de l'opinion des anciens, que je ne discuterai pas ; Dupuytren admit un raccourcissement, une rétraction de l’aponévyrose palmaire ; M. Goyrand accuse la transformation, en faisceaux fibreux solides et résistants des filaments cellulo-fibreux sous-cutanés de la face palmaire des doigts et de la main, filaments qui vont de l’aponévrose aux doigts. L'erreur semble difficile quand on démontre un fait matériel, le scapel à Ja maine cependant il est évident que l’ancien chirurgien de l’Hôtel-Dieu de Paris s’est trompé, et son erreur est venue de la manière dont il a procédé dans ses recherches. Dupuytren, ayant à sa disposition une main aflectée de cette rétraction, commence par enlever la peau, et reconnaît que cette membrane est étrangère à la production de cette infirmité. L'aponévrose est mise à découvert, et le chirurgien s'aperçoit qu’elle est tendue, rétractée, raccours cie. De sa partie inférieure partent des cordons qui se rendent sur les côtés des doigts malades. En cherchant à étendre les doigts, Dupuytren vit clairement que l’aponévrose subissait une sorte de tension, d'où il conjectura quelle était pour quelque chose dans la production de la maladie. Restait à trouver le point rétracté : on coupa les prolongements que laponévrose envoie sur les côtés des doigts, et immédiatement la rétraction cessa; les os, ainsi que les articulations, étaient parfaitement sains.

Dans la seconde dissection, on ne cherchait plus à découvrir la naturede la lésion, on démontrait un fait d'anatomie pathologique qu'on croyait cons naître. Dupuytren exerce des tractions sur les tendons des fléchisseurs ; Al n’en résulte pas d'augmentation sensible dans la rétraction; les cordes prédigitales n’éprouvent pas de changement appréciable. Il cherche à étendre les doigts ; alors les cordes prédigitales se tendent fortement ; mais les tens dons fléchisseurs ne suivent que médiocrement ce mouvement. Ces tendons sont ensuite coupés au-dessus du poignet, et la rétraction reste la même. Des tractions exercées sur l’aponévrose augmentent la courbure des doigts. es doigts sont de nouveau tirés dans le sens de l'extension; les cordes prédigis tales deviennent roides, tendues: elles étaient, dit-on, exclusivement formées par l’aponévrose : celle-ci, en effet, était isolée de toutes les autres parties, et il était facile de voir qu'elle était le seul obstacle au redressement des deux derniers doigts. Enfin on coapa les expansions digitales de l’aponévrose, et Ja rétraction disparut à l'instant. Évidemment, dans ces deux dissections, les cordons fibreux anormaux qui se portaient de l’aponévrose aux doigts ont été pris pour les languettes digitales de l’aponévrose rétractée; mais la rétrac: tion de l’aponévrose ne saurait entraîner dans la flexion les secondes pha langes, car elle s’insère sur les côtés de la-base des premières, et cependant la flexion des secondes phalanges est constante dans cette infirmité (1): Les

(4) Voyez les observations de Dupuytren, et celles qui ont été publiées depuis avec des détails suffisants.

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