Î FLEXION PERMANENTE DES DOIGTS
languettes digitales de l’aponévrose ne pourraient pas faire saillie au-devant des premières phalanges et dans la paume de la main, si les doigts étaient entraînés dans la flexion par le raccourcissement de l’aponévruse; car l'insertion de ces languettes aux premières phalanges se trouve à 15 ou 18 millimètres au-dessus de la commissure des doigts, et sur un plan postérieur à celui qu'occupe le corps de l’aponévrose : or, les efforts qui auraient pour but d'étendre les doigts, déprimeraient ces languettes au lieu de les rendre saillantes. Voyez enfin ce qui arriva chez un des opérés de Dupuytren (1) : pour dégager le petit doigt, on fit une première incision transversale vis-à-vis de l'articulation de la première phalange avec la seconde, et l'extrémité du doigt fut ainsi détachée de la paume de la main ; une seconde incision pratiquée vis-à-vis de l'articulation métacarpo-phalangienne procura un léger dégagement ; mais le doigt ne put être complétement étendu qu après une troisième et dernière incision vis-à-vis du milieu de la première Phalange. N'est-il pas évident que la première et la dernière de ces incisions ne pouvaient porter sur l’aponévrose; que le corps qui mettait obstacle à Pexiension du doigt, lequel a été divisé au-devant de l'articulation de la première phalange avec la seconde, et de la partie moyenne de la première, ne pouvait être qu’un des cordons qui ont été démontrés par M. Goyrand ? L erreur de Dupuytren se conçoit, au reste, assez facilement : détourné depuis un grand nombre d'années des études d'anatomie descriptive par une immense pratique, l’illustre chirurgien avait perdu de vue la disposition des languettes digitales de l’aponévrose palmaire, sans penser à la possibilité du développement de cordons fibreux anormaux : voyant que la peau et les tendons fléchisseurs étaient étrangers à la production de cette infirmité, que l'aponévrose était tendue quand il cherchait à redresser les doigts, n’ayant pas disséqué les pièces pathologiques d’une manière complète, il prit les cordons fibreux pour les languettes digitales de l’aponévrose, et crut que cette névrose était seule rétractée.
Les descriptions générales qui ont été données de cette infirmité, tous les faits particuliers qui ont été décrits avec des détails suffisants, s'accordent parfaitement avec la doctrine de M. Goyrand. Les cordons fibreux découverts | r ce chirurgien peuvent seuls expliquer la flexion des secondes phalanges, les saillies prédigitales, la nécessité dans laquelle s’est trouvé Dupuvytren de faire des débridements au-devant de la partie moyenne de la première phalange, et de l’articulation de la seconde phalange avec la première.
Ges cordons fibreux forment des faisceaux solides, semblables à des ligal'E ils s'étendent de la face antérieure de l’aponévrose palmaire à la gaine des tendons fléchisseurs des doigts ou aux bords de la gouttière antérieure de la première ou de la seconde phalange. La figure 736 est la reproduction fidèle d’une pièce qui a été envoyée par M. Goyrand; elle donne
(1) Leçons orales de clinique chirurgicale, t. L, p. 16.
une idée très exacte de la difformité. La main est vue en trois quarts ; tous les tendons ont été enlevés. Le premier doigt, le pouce est étendu ; l'index est à demi fléchi; la flexion augmente à mesure qu’on avance vers le petit doigt. On voit très bien ici que les cordons fibreux qui brident l'index, le médius et l’auriculaire, vont de la partie inférieure de la face antérieure de l’aponévrose aux gaînes des tendons fléchisseurs, auxquelles ils s’insèrent vers la partie supérieure des deuxièmes phalanges. On remarquera, au bord radial du pouce de cette main, une espèce de pont fibreux jeté de l'extrémité supérieure de la seconde. Ce cordon n’avait pas dévié le pouce et ne pouvait gêner ses mouvements. Sur les mains que M. Goyrand envoya à l'Académie, en 1834, la disposition des faisceaux fibreux pathologiques était plus compliquée. On en voyait qui se portaient sur l'un des bords de la gouttière de Ja première phalange à la partie supérieure du bord correspondant de la gouttière de la seconde: ceuxlà n'avaient aucun rapport avec l'aponévrose ; d’autres, étendus de l’aponévrose à la gaïne du tendon fléchisseur, à laquelle ils s’inséraient vis-à-vis de la partie supérieure de la seconde phalange, émettaient dans leur trajet des prolongements qui venaient s’insérer à la première phalange. Le médius de la main droite était tenu en flexion par deux cordons distincts ; enfin le faisceau qui bridait l'annulaire gauche, provenant de l’aponévrose, s’insérait à la partie antérieure externe de la base de la seconde phalange, qui présentait à son point d'insertion un tubercule semblable aux saillies que présentent certains 0 au point d'insertion des tendons.
Telle est l’anatomie pathologique de l’infirmité en question. Gette infirmité, ai-je dit, attaque de préférence les trois derniers doigts : cependant, sur la main que j'ai fait graver (fig. 736), l'index est bridé, et annulaire ne l’est pas. Les mouvements d’abduction et d'opposition du pouce étaient rendus incomplets dans une des mains que M. Goyrand envoya à l’Académie, et cela par deux cordons qui, naissant l’un du bord externe de l’aponévrose, l’autre de la languette de cette aponévrose qui s’insère au côté externe
Fig. 736.