DE LA NÉPHRITE
Causes. — Ce sont les lésions trauinatiques des reins, les calculs, les vers et les autres corps étrangers qui se forment dans ces viscères. La néphrite est souvent la conséquence du séjour prolongé de l’urine dans les conduits excréteurs de ce liquide, quel que soit d’ailleurs lobstacle à son écoulement : elle peut donc avoir pour point de départ des maladies des uretères, de la vessie, de la prostate, du canal de l’urèthre ; des tumeurs de l’utérus , de l'ovaire, etc., qui compriment l’uretère ; des paraplégies avec rétention habituelle d'urine. Certaines substances introduites dans le tube digestif, telles que les cantharides, le nitrate de potasse, l’huile essentielle de térébenthine, les diurétiques à haute dose, sont considérées comme aptes à produire la néphrite. Il en est de même de l’action du froid humide sur le corps en sueur, et cela d'autant mieux qu'il existe déjà une maladie des voies urinaires. L’inflammation du rein s’observe quelquefois au déclin d’une maladie grave ; elle peut aussi être la conséquence de la propagation à l'organe sécréteur de l'urine d’une phlegmasie des parties voisines. Cette affection est très rare chez les enfants nouveau-nés et chez les enfants au-dessous, de sept ans, fréquente au contraire chez les vieillards ; elle atteint un seul ou les deux reins à la fois, le côté gauche plus souvent que le droit. On la dit plus commune dans les pays froids et humides que dans les pays chauds.
Anatomie pathologique. — 1° Dans la néphrite aiguë, les reins sont augmentés de volume en partie ou en totalité ; d’une teinte rouge plus ou moins foncée, quelquefois d'un brun ecchymotique. Les vaisseaux qui se distribuent dans la substance corticale sont plus apparents ; les corpuscules de Malpighi injectés. Les deux substances du rein présentent quelquefois un endurcissement de couleur rouge, accompagné ou non de portions pâles, fermes et dures (Rayer). |
À une période plus avancée, on rencontre dans la substance corticale ou à la surface de l’organe, des foyers purulents d’un volume variable entre un grain de sable et une noisette; tantôt isolés, tantôt rassemblés en groupe, ou bien encore étalés en nappe. Le tissu rénal peut être atteint d’un ramollissement gangréneux; dans ce cas, les fibres ont une teinte d’un brun noirâtre, un aspect tomenteux lorsqu'on les plonge dans l’eau, et une odeur caractéristique de gangrène. A la suite de la néphrite traumatique, on trouve dans la substance du rein des dépôts fibrineux.
2° Dans la néphrite chronique, le volume des reins est diminué, quelquefois la substance corticale est hypertrophiée. La surface de l'organe présente des taches blanches dues à un dépôt de matière fibro-celluleuse ; tantôt elle à un aspect grenu et rugueux; tantôt elle est parsemée de marbrures ; parfois elle est sillonnée par des dépressions dans les points où la substance corticale est atrophiée. Le tissu propre du rein est plus dur, quelquefois décoloré.
Symptômes. — La néphrite aiguë débute presque toujours par un frisson
plus ou moins prolongé, suivi d’une douleur dans les deux reins ou dans un
seul, Cette douleur n’est quelquefois sensible qu'à la pression ; elle est plus profonde que celle du lumbago, plus prononcée en arrière qu’à la partie antérieure du flanc. Chez quelques malades, elle est tellement vive et si superficielle, qu’elle est aggravée par le plus léger attouchement; chez d’autres, elle est sourde et profonde. Elle est rarement continue; elle augmente lorsque les malades s’asseyent, se courbent en avant, toussent où éternuent ; par la chaleur du lit, ou par l'application de corps chauds sur la région rénale. Quelquefois elle s’irradie vers le diaphragme, le côlon transverse, l’uretère, la vessie, l’aine, les testicules. Dans certains cas, elle est plus prononcée à la vessie que dans les reins. Le testicule du côté affecté est parfois rétracté vers l'anneau inguinal. Il arrive très rarement que les reins présentent une augmentation apparente de volume.
La sécrétion urinaire est toujours diminuée, quelquefois complétement supprimée ; l’excrétion de l'urine, rare; quelques malades éprouvent des envies fréquentes d’uriner et ne parviennent pas à expulser de l’urine. Ce liquide est quelquefois mélangé de sang ; on y rencontre aussi, mais d’une manière accidentelle, de l'albumine ; il a des propriétés acides, quelquefois neutres ou alcalines ; l'acide urique et les urates y sont en moindre proportion que dans l’état normal (Rayer) ; il ne renferme de pus que lorsqu'un abcès de la substance du rein communique avec le bassinet, où lorsque la néphrite est compliquée d’une inflammation de la muqueuse qui tapisse le bassinet, la vessie ou l’uretère. Au frisson succède une réaction fébrile : la peau est sèche et chaude, le pouls fréquent et développé, la bouche enduite de matière muqueuse, épaisse et blanchâtre, les malades ont parfois des envies de vomir, des vomissements muqueux ou bilieux, des douleurs intestinales, le ventre est ballonné, il y a de la constipation.
Ferminaisons. — Lorsque la néphrite se termine par résolution, la douleur diminue, la fièvre et la chaleur sont moins intenses, le pouls devient souple, la langue humide, le corps se couvre quelquefois d’une sueur abondante. Si c’est par suppuration, la douleur et le mouvement fébrile persistent ; les malades ont des frissons irréguliers à différentes heures du jour; parfois il se manifeste des symptômes cérébraux et typhoïdes; le pus ne se montre pas toujours dans l’urine. Il est très rare que la néphrite se termine par gangrène ; dans ce cas, la douleur diminue subitement, les extrémités se refroidissent, le pouls devient petit et intermittent, les malades ont des vomissements continuels, le hoquet et le délire; les urines sont d’un brun noir et fétides. M. Rayer (1) considère l’induration comme une terminaison fréquente de la néphrite.
Formes de la néphrite aiguë, — En ayant égard aux symptômes généraux qui accompagnent cette affection, on peut, avec M. Rayer, en. admettre quatre formes : la néphrite aiguë bénigne, caractérisée par une
(1) Trailé des maladies des reins.