‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 206 sur 358 · LÉSIONS PHYSIQUES, VITALES ET ORGANIQUES DE LA CUISSE · texte numérisé non relu

LÉSIONS PHYSIQUES, VITALES ET ORGANIQUES DE LA CUISSE

M. Demarquay a bien étudié les ruptures du triceps. Les plaies de la cuisse sont très graves quand elles sont profondes, celles par armes à feu surtout. Que le fémur soit simplement effleuré par une balle, et c’est sou vent un cas d’amputation, ou un cas mortel. Les plaies par instrument pe quant et tranchant sont graves par la lésion, non-seulement des artères prins cipales, mais même par la lésion des veines, lesquelles peuvent être suivies. d’une hémorrhagie mortelle. C’est à la partie inférieure de la cuisse qu'on a observé ce remarquable anévrysme traumatique produit par la pointe d'un” couteau qui était dans une poche de pantalon du blessé. Cet anévrysme fut observé et décrit par Larrey (de Toulouse). J’en ai fait mention dansé tome I‘. Les varices sont fréquentes à la cuisse, surtout chez les femmes

qui ont eu beaucoup d’enfants.

C’est à la cuisse que le chirurgien observe les lésions vitales les plus gravés, et par leur durée, et par les dangers qu’elles font courir au malade. Ainsi, rien de plus tenace que la névralgie fémoro-poplitée, et rien de plus dange= reux que les inflammations, je parle des inflammations profondes, des inflam>, mations sous-aponévrotiques. En effet, elles peuvent naître d’une manière latente ou se manifester par des douleurs dont on ignore la signification, Car la tumeur inflammatoire étant très profonde, elle n’est reconnue que font,

tard; et alors, pour peu que les caractères de suppuration se prononcent,Mil: convient d’inciser afin d’évacuer le pus, ou de débrider les tissus, dont Le résistance empêche l'expansion inflammatoire.

C’est à la cuisse qu'on observe cette maladie décrite par les accoucheurs. sous le nom de phlegmatia alba dolens ; c'est une tuméfaction douloureuse d’une ou des deux cuisses, sans changement de couleur à la peau. 1

C'est aux cuisses des vieilles femmes qu’on observe ces petites varices si superficielles, ces marbrures qui accusent un abus un peu trop prolongé de la chaufferette, marbrures que Dupuytren considérait comme des brûlures chroniques. |

C’est à la partie supérieure de ce membre, au confluent de la grande sa=

à tous les

AMPUTATIONS. 739 phène, qu'on observe cette tumeur variqueuse qui pourrait être confondue avec une hernie crurale.

C’est à la cuisse qu’on trouve le plus d’anévrysmes par lésion organique ; la partie inférieure (le jarret) et la partie supérieure (laine) se font remarquer sous ce rapport.

Parmi les os longs, c’est le tibia qui est le plus souvent nécrosé, mais après lui vient immédiatement le fémur. On comprend qu'ici la nécrose doit être plus grave, car l'os étant enseveli sous des masses musculaires nombreuses et épaisses, l'élimination naturelle du séquestre et les éliminations chirurgicales seront plus longues, plus dangereuses. C’est la partie inférieure du fémur qui est le plus souvent affectée de nécrose; cette partie offre le plus d’exostoses, le plus de tubercules. Si l’on remarque que cette partie inférieure du fémur joue un grand rôle dans les tumeurs blanches du genou, on arrivera à établir que si la partie supérieure du fémur offre le plus de lésions physiques, la partie inférieure est plus souvent le siége de lésions vitales et organiques.

Opérations qu’on pratique sur la emisse.

Ge sont des amputations qui sont soumises aux règles générales, puisque, quand il s’agit d'établir ces règles, c’est toujours la cuisse qu’on a en vue. Cependant je crois devoir répéter ici quelques préceptes qui sont plus spé- Gialement applicables à cette partie du membre inférieur.

A. MÉTHODE CIRCULAIRE. — On couche le malade de manière que la cuisse soit libre jusqu’à sa racine; on l’écarte de l’autre, et on la fléchit un peu’ sur le bassin. L'opérateur est placé en dehors du membre; il incise circulairement la peau qui est retirée par un aide, pendant que ses liens à laponévrose sont divisés. Vient la section des muscles jusqu’à l'os; ceux-ci serétractent, et l’on coupe les muscles profonds au niveau du point où les Superficiels sont arrivés en se rétractant. Si l’on se borne à faire relever la Peau comme je viens de le dire, il faudra se rappeler qu’au-devant des bords du jarret elle adhère plus fortement à l’aponévrose, et il peut arriver alors Qu'on se trouve dans l'impossibilité de recouvrir en entier la surface du Moignon ; c'est ce qui fait que des chirurgiens dissèquent les téguments dans l'étendue de deux pouces en les renversant.

Après cette dissection et les deux incisions musculaires, on détache quelquefois les muscles de los à la manière de Bell, pour scier cet os à quatre pouces environ de la ligne de l’incision cutanée. On n'’oubliera pas que le fémur offre, à sa partie postérieure, une crête qui est la suite d’un cylindre: assez régulier, et éclate quelquefois. Après la séparation du membre, om

voit parfois le nerf sciatique pendre en arrière, au-dessous des muscles rétractés. Quand la saillie est de nature à rendre les pansements douloureux, on coupe avec de bons ciseaux l’excédant du nerf.

Voici les artères à lier : 4° la fémorale en dedans sous le couturier; 2° les musculaires superficielle et profonde, les perforantes, ec. ; leur nombre, leur position, varient selon la hauteur à laquelle l’amputation a été faite; c’est le jet du sang qui indique l’endroit où il faut les saisir.

IL-est des chirurgiens qui réunissent de manière à avoir une cicatrice transversale ; les autres l’obtiennent directement d'avant en arrière. La plaie transversale expose à un cul-de-sac inférieur où le pus peut séjourner, et la plaie antéro-postérieure à un angle qui appuie sur le coussin qui soutient le moignon. La réunion oblique a concilié les deux opinions.

B. MÉTHODE À UN LAMBEAU. — M. Foullioy a fait avec succès une am= putation de cuisse en taillant un seul lambeau antérieur, comme pour l’amputation dans l'articulation coxo-fémorale que j'ai déjà décrite. Comme Je l'ai dit aux généralités, MM. Baudens et Maisonneuve sont très partisans de ce lambeau unique. Les procédés de Vermale, de Ravaton et de Langenbeck, qui ont été décrits quand il a été question des amputations en général, sont surtout applicables à la cuisse.

Prothèse de la cuisse. — Cuissart.

On appelle cuëssart un instrument qui doit remplacer le membre inférieur après l'amputation de la cuisse. Il est de bois ; sa partie supérieure représente un cône creux renversé, qui doit recevoir le moignon; ce creux est rembourré et revêtu d’une peau douce. Du côté externe de la base du Cuissart s’élève un prolongement qu’on fixe autour du bassin par une courroie, un peu au-dessous de la crête iliaque. Les autres points de la base de l'instrument sont matelassés de manière à pouvoir, sans crainte d’occasionner de blessure, offrir un point d’appui aux branches du pubis et de l’ischion, ainsi qu’à la tubérosité sciatique. Avec cette précaution, on ne craint pas que le sommet du moignon porte au fond de la cavité dans laquelle il est contenu, et que la peau, en remontant vers le tronc, déchire la cicatrice. L’extrémité inférieure du cuissart se termine par une tige de bois ou de fer; 0n la double d’un cuir épais pour qu’elle glisse moins sur le sol.

Déjà A. Paré a donné le modèle d’un cuissart mécanique, construit de manière à représenter les formes et à exécuter la plupart des mouvements du membre qu’il doit remplacer. De nos jours, plusieurs mécaniciens.en ont fabriqué de plus parfaits. IL y a quelques années, dit A. Bérard, qu’un amputé se présenta à la Société d'encouragement avec un instrument de cette espèce : les personnes qui assistaient à cette séance furent embarrassées pour distinguer le membre artificiel de celui qui était resté intact. Mais ces instruments laissent beaucoup à désirer : ils deviennent toujours incom-

MALADIES DU GENOU, — ANATOMIE. 741 modes par leur poids, et malgré leur apparente solidité, ils sont, tout bien considéré, infiniment moins sûrs pour la marche que les cuissarts ordipaires (1).

Dans tous les cas, les cuissarts simples ou compliqués sont surtout utiles quand le fémur à conservé une longueur suffisante. En effet, un moignon trop court n’a pas assez de force pour mettre la machine en mouvement. Il faut alors que les amputés aient recours aux béquilles.

Page 1