‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 207 sur 358 · SECTION CINQUANTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

SECTION CINQUANTE-TROISIÈME

Les lésions du genou sont si fréquentes, surtout les lésions vitales et orga= niques, que les descriptions des arthropathies sont surtout faites en vue de cette articulation. Je pourrais donc renvoyer maintenant le lecteur aux généralités déjà exposées dans le tome IL sur les diverses lésions articulaires ; mais j'ai à présenter ici quelques considérations au point de vue synthétique, qui, je crois, ne séront pas inutiles.

Anatomie,

Le genou commence au bord supérieur de la rotule et finit au-dessous des tubérosités du tibia et de la tête du péroné,; il comprend le creux poplité situé en arrière des tubérosités du fémur, le genou proprement dit en avant de ces tubérosités, et les articulations du tibia avec le fémur et le péroné,

4° Creux poplité. — La peau, le tissu cellulaire sous-cutané, l’aponévrose, ne présentent rien ici de remarquable. Les muscles circonscrivent un espace losangique formé en haut et en dedans par les tendons des muscles demi-membraneux, demitendineux, droit interne et couturier; en haut et en dehors, par le tendon du biceps ; en bas, par l’extrémité supérieure des jumeaux. Cet espace est rempli par une masse graisseuse dans laquelle sont plongés le nerf sciatique, la veine et l’artère fémorales. Le nerf descend verticalement sur la ligne médiane située en dehors des vaisse&ux et plus superficiellement qu'eux; il se divise dans cette région en poplité interne et poplité externe; celui-ci se rapproche de plus en plus des téguments, et se dirige obliquement en dehors pour se placer derrière la tête du péroné. Le poplité interne continue la direction du nerf sciatique. La veine, plus profonde que les nerfs, occupe le côté externe et postérieur de l’artère; au niveau de l'articulation, elle est située tout à fait en arrière. L’artère poplitée, plus profonde encore que la veine, suit la direction d’une ligne qui, du bord interne du fémur, à 13 centimètres au-dessus du condyle interne, gagnerait obliquement la ligne médiane à 2 ou 3 centimètres au-dessous des condyles, Elle n’est séparée de la face postérieure du fémur que par du tissu

(1) Dictionnaire en 21 volumes, nouvelle édition, article MEMBRES.

cellulo-graisseux; au niveau de l'articulation, elle repose sur le muscle poplité. Ce petit muscle, inséré supérieurement au condyle interne, descend obliquement à la face postérieure du tibia.

20 Genou. — La plupart des détails que je pourrais exposer ici se retrouvant dans la description des articulations, je serai très bref à propos de cette région. Au-dessous de la peau est le tissu cellulaire sous-cutané formant au devant de la rotule une bourse muqueuse très-développée, puis on arrive sur les parties suivantes : au centre, la rotule recouverte d’expansions aponévrotiques; sur les parties latérales, la capsulé articulaire renforcée par les aponévroses du vaste externe et du vaste interne; en haut, le tendon du droit antérieur séparant les muse vaste externe et vaste interne; en bas, le ligament rotulien allant s’insérer à la tubérosité antérieure du tibia, ‘après avoir glissé sur la partie supérieure de cet os au moyen d’une petite synoviale; en dedans et en bas, l'insertion à la face interne du tibia des tendons des museles couturier, droit interne, demi-tendineux, qui, en s’épanouissant et se confondant entre eux forment ce qu’on appelle la patte d’oie.

3° Articulations du genou. -— Elles sont au nombre de deux : l’articulation fémorotibiale et, l’articulation péronéo-tibiale.

L'articulation fémoro-tibiale a lieu entre le tibia et le fémur. La rotule complète l'articulation en avant. Cet os isolé au milieu du tendon du droit antérieur à une forme triangulaire à base supérieure. Sa face profonde, encroûtée dé cartilage, offre deux petites facettes séparées par une saillie verticale. Ces facettes s'appliquent sur les cons dyles du fémur dans les mouvements de flexion. Pendant l'extension de la jambe sur la cuisse, la rotule s'élève beaucoup au-dessus de la surface articulaire du fémuret ne lui correspond plus que par sa partie inférieure. L’extrémité inférieure du fémur, élargie transversalement et fortement rejetée en arrière, offre dans ce dernier sens deux condyles arrondis, séparés sur la ligne médiane par une échancrure largeet profonde, appelée échancrure intércondylienne. En avant, là courbure des condyles. diminue considérablement, l'échancrure qui les sépare devient plus superficielle et se recouvre d’un cartilage articulaire qui n'existe pas dans l’échancrure intercondy= lienne. [l existe ainsi en avant une véritable trochlée, tandis qu’en arrière les condyles semblent appartenir à deux articulations séparées. Le condyle externe remonte plus haut et fait plus de saillie en avant que l'interne. Au-dessus des surfaces cartilagi= neuses, la face antérieure du fémur, recouverte par la synoviale dans une étendue de 5 centimètres, appartient réellement à l’articulation. Sur les parties latérales de l’extrémité articulaire, en dehors du condyle externe et en dedans du D + interne, existent deux renflements rugueux donnant attache à des MERE et à des muscles! on les appellé tubérosités du fémur.

L'extrémité supérieure du tibia, très volurnineuse, porté deux surfaces cartilagi= neuses légèrement excavées, elliptiques, à grand diamètre dirigé d’arrière en avant; et séparées sut la ligne médiane par une saillie rugueuse qui porte le nom d’épine du tibia. On appelle improprement condyle du tibia les surfaces encroûtées de cartilages, Sur le pourtour des condyles on trouve : en avant, une surface triangulaire à la partie inférieure de laquelle se fixe le ligament rotulien; sur les côtés, deux éminences rugueuses, ce sont les tubérosités latérales du tibia; en arrière, une échancrure assez profonde. La tubérosité externe présente une facette articulaire, plane, destinée à l'articulation péronéo-tibiale.

L’articulation fémoro-tibiale présente deux fibro-cartilages interarticulaires ap-

ANATOMIE. 74ë pliqués sur les condyles du tibia, dont ils augmentent un peu la concavité; on les nomme ligaments falciformes, à cause de leur disposition ; chacun d’eux s’insère en avant et en arrière de l’épine du tibia par ses deux extrémités, et une bandelette fibreuse unit leur bord externe au pourtour des surfaces condyliennes ; leur face inférieure, leur face supérieure et le bord qui regarde le centre de l'articulation sont libres. Les ligaments de cette articulation sont nombreux. En avant et sur la ligne médiane, la rotule est fixée à la tubérosité antérieure du tibia par un ligament très épais séparé de la synoviale par un peloton cellulo-graisseux, et glissant sur une petite surface du tibia au moyen d'une bourse muqueuse. En haut, la rotule est Maintenue par le tendon du droit antérieur ; sur les parties latérales, elle est unie aux tubérosités du fémur, et encore au tibia, par une sorte de capsule formée de fibres propres entrecroisées avec celles de RE fémorale. Dans l’extension de la jambe, cette capsule est relâchée de manière à permettre des mouvements de latéralité assez étendus à la rotule. Deux ligaments latéraux descendent verticalement des tubérosités du fémur : l’externe vers la tête du péroné, où il s’insère ; l’interne, vers la tubérosité interne du tibia; le premier a la forme d’un cordon arrondi, le second est large et mince et présente des connexions très intimes avec le cartilage semi-lunaire interne. En arrière, l'articulation est fermée par un ligament postérieur formé de fibres entrecroisées en tous sens, et laissant eutre elles des intervalles qui livrent passage à des vaisseaux et à des nerfs. De plus, chaque condyle du fémur est recouert par une sorte de demi-capsule renforcée par l'insertion des jumeaux. Le centre même de l’articulation est occupé par deux ligaments entrecroisés d’un côté à l’ autre, et un peu d’arrière en avant; aussi les désigne-t-on sous le nom de ligaments croisés. L’antérieur s’insère at devant de l’épine du tibia, et se porte à la partie postérieure de [a face interne du condyle externe du fémur ; le postérieur s’insère en arrière de l’épine du tibia, et à la partie antérieure de là face externe du condyle interne. Ces ligaments se continuent en partie, à leur extrémité inférieure, avec les cartilages falciformes; ils ont une force considérable, et ce sont eux surtout qui s’opposent aux déplacements du tibia. La synoviale articulaire est très étendue; elle enveloppe les cartilages falciformes dans un repli, et se prolonge, en haut, sur la face antérieure du fémur, à 5 centimètres au-dessus des surfaces cartilagineuses; elle est recouverte, en ce point, par le tendon du droit antérieur, le vaste externe et le vaste interne. Au niveau de l’échancrure intercondylienne, et au-devant du ligament rotulièn, sa face externe est en rapport avec des amas de tissu cellulo-graisseux. Les muscles qui fortifient l’articulation fémoro-tibiale nous sont connus pour la plupart. Ce sont : en avant, le droit antérieur, lé vaste externe et le vaste interne, dont les fibres s’insèrent non-seulement au bord supérieur, mais encore aux bords latéraux de la rotule, dans une direction oblique de dedans en dehors pour le vaste interne, de dehors en dedans pour le vaste externe; en dedans, les tendons de la patte d’oie et ceux du demi-membraneux, dont uue portion réfléchie concourt à former le ligament postérieur ; en dehors, le biceps; en arrière, les deux jumeaux, le plantaire grêle et le poplité, insérés à la partie postérieure et externe des condyles fémoraux.

L’articulation péronéo-tibiale supérieure est composée : 1° d’une facette articulaire plane, regardant en dehors et un peu en arrière, et taillée sur la tubérosité externe du tibia, 2° d’une facette semblable que présente la tête du péroné; 3° de ligaénts antérieurs et postérieurs ; 4° d’une synoviale qui communique quelquefois avec

celle du genou.

7h MALADIES DU GENOU.

J’ai déjà étudié les rapports des gros troncs vasculaires et nerveux de cette région, 11 ne me resté plus à parler que des branches peu importantes qui en naissent ; elles sont au nombre de neuf : les cinq articulaires, la grande anastomotique et les artères des jumeaux, naissant de la poplitée, puis la récurrente tibiale, branche de la tibiale antérieure, L’articulaire supérieure interne contourne le fémnr au-dessus du condyle externe, l’articulaire supérieure externe au-dessus du condyle externe, et toutes deux arrivent sur les bords de la rotule. L’articulaire inférieure interne passe entre le ligament latéral interne et la tubérosité correspondante du tibia; l’articulaire inférieure externe passe entre le ligament latéral externe et le cartilage falciforme du même côté. Toutes ces artères s’anastomosent entre elles, dans la région du genou, par des branches très nombreuses. L'articulaire moyenne se porte directement d’arrière en avant dans l’articulation tibio-fémorale. Les jumelles descendent sur la face interne des muscles auxquels elles sont destinées, La récurrente tibiale antérieure monte sur la ligne médiane pour aller se perdre dans le réseau anastomotique formé par les articulaires, La veine saphène interne contourne en arrière les tubérosités internes du tibia et du fémur. Les lymphatiques se rendent aux ganglions inguinaux et à quelques petits ganglions qu’on rencontre dans le creux poplité. Les nerfs, à l'exception du nerf sciatique, n’ont aucune importance.

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