‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 208 sur 358 · ANOMALIES ET DIFFORMITÉS DU GENOU · texte numérisé non relu

ANOMALIES ET DIFFORMITÉS DU GENOU

Les anomalies et les difformités du genou sont ordinairement des états fixes de l'articulation à des degrés différents de flexion, ainsi des ankyloses plus ou moins angulaires ; ou bien ce sont de véritables déviations, c’est-à-dire des changements dans la direction du membre. Ce qui favorise toutes les déviations du genou, c’est surtout la laxité des ligaments, la longueur, l'étendue des faisceaux fibreux qui s’attachent à la rotule, l’absence de ce sésamoïde. La déviation congénitale la plus fréquente est constituée par un déjettement du genou en dedans qui est une exagération de l’état normal, état qui est surtout marqué chez les femmes. L’articulation offre alors un angle latéral, dont le sommet est en dedans et le sinus en dehors. On comprend qu’une pareille déviation du genou en dedans force l’extrémité infé= rieure de la jambe de se porter en dehors, ce qui fait que quand la dévia= tion porte sur les deux genoux, ceux-ci se touchent, se heurtent à tout instant, tandis que les pieds tendent toujours à s’écarter. Ce sont des espèces de subluxations; les individus qui les portent sont appelés cagneux. Quand un seul genou est affecté, l’autre tend à prendre une direction inverse pour éviter les froissements du genou dévié, et pour rapprocher le pied sain du pied malade, qui tend toujours à s'éloigner en dehors. On remarque principalement ces déviations chez des enfants plus ou moins rachitiques, dont les premiers pas ont été trop tôt essayés, ou qui n’ont pas reçu les soins nécessaires dans ces premières tentatives de la marche. Ces déviations du ge-

nou sont même les premiers caractères anatomiques observés chez les enfants rachitiques ; on doit donc comprendre combien elles doivent être fréquentes. On a aussi accusé les nourrices qui, tenant toujours l'enfant sur le même bras, ont produit cette inflexion du genou. Ce qui est vrai, c’est que ces causes occasionnelles ont souvent été notées; mais il n’en est pas moins établi que de pareilles déviations ont été observées chez des sujets dont l’enfance avait été dirigée avec la sollicitude la plus éclairée. Il est évident qu’ici le rachitisme joue un grand rôle : on constate surtout son influence quand la déviation du genou, au lieu d’être en dedans, est en dehors. Les extrémités osseuses acquièrent d’abord un développement extraordinaire; elles tiraillent les ligaments, qui, en prenant une plus grande étendue, perdent de leur force, de leur élasticité, et finissent par ne plus soutenir convenablement les extrémités articulaires dans les moments où l'articulation est mise en jeu. C’est ainsi que les ligaments latéraux du genou sont quelquefois insuffisants pour retenir les extrémités du fémur et du tibia qui se portent en dedans dans la marche. Quelquefois le relâchement des ligaments est tel que tous les mouvements de l'articulation peuvent être portés à un degré d’exagération extrême.

Une particularité qu’il faut noter ici, c’est le défaut de saillie du rebord interne ou externe de la poulie que les condyles fémoraux forment. Ce rebord n'étant pas suffisamment élevé, la gorge de la poulie n’est pas assez profonde, et par certains mouvements de la jambe la rotule se luxe plus souvent en dehors qu’en dedans. C’est là une espèce de luxation congénitale.

Une déviation beaucoup plus rare que celle qui constitue l’état cagneux, est la déviation des ?ambes en cerceau. Ici les genoux sont déviés de manière que les deux membres inférieurs courbés dans le même sens se regardent par leur concavité.

Il y a des subluxations en avant. Le genou est fléchi en avant, le tibia glisse sur les condyles du fémur, lesquels font saillie dans le jarret. La jambe et la cuisse: font un angle ouvert à divers degrés en avant. On à vu une luxation dans ce sens assez complète pour permettre à la pointe du pied de toucher le côté droit et inférieur du ventre.

Dans la subluxation en arrière, il y a flexion permanente de la jambe sur la cuisse, glissement de l'extrémité articulaire du tibia en arrière et en haut du fémur, dont les condyles sont devenus très saillants en avant. M. Guérin a observé cette subluxation des deux côtés chez une jeune fille de quatorze ans.

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