‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 215 sur 358 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Les lésions vitales de la jambe revêtent très facilement le caractère chronique. C’est à cette région que les influences physiques sont surtout remar quables dans la production des inflammations et autres lésions vitales. Ainsi, il est évident que la position superficielle du tibia a une grande influence sur la production des exostoses, des nécroses, si fréquentes à la jambe. Les coups sur le tibia, l’action du froid sur un os si peu couvert, sont des causes déterminantes d’une grande puissance. Si le tibia, par le mouvement nutritif suscité par la syphilis ou le rachitisme, est l'os qui s’hypertrophie le plus souvent, c’est encore celui dont l’atrophie est la plus fréquente ; mais ici le péroné participe plus souvent à cette altération de nutrition ; on la re= marque chez les sujets qui ont porté longtemps une tumeur blanche. Alors l'amaigrissement ne porte pas seulement sur les parties molles, mais sur les” os, au point que quelquefois le péroné semble avoir disparu ; il est alors à l’état où on le trouve chez les oiseaux. Les inflammations de la jambe sont très graves ; c’est encore une partie où l’on rencontre le plus souvent l’érysipèle phlegmoneux ; il péut-naître à la jambe même, être une extension d’une inflammation du genou et du pied : mais on peut dire que les inflammations profondés de cette dernière partie ne passent pas à la jambe d’une manière aussi immanquable, aussi fatale que les inflammations de la main à l’avantbras. Cependant les inflammations sous-aponévrotiques de la jambe, à la suite des lésions profondes du pied, sont encore assez fréquentes, et elles sont d’une gravité extrême, d’un diagnostic beaucoup plus difficile qu'à l'avant-bras ; la thérapeutique, même la thérapeutique du bistouri, est ici bien moins puissante.

Non-seulement les maladies du pied, les lésions du genou, celles de la cuisse, peuvent avoir une influence sur la production des lésions vitales de la jambe, mais encore les maladies du bassin contenu et contenant. En effet, une infinité d’engorgements de la jambe sont dus à des états des viscères du bassin ou de l’abdomen, tels que la matrice, le gros intestin et surtout l’S du côlon. Par ses engorgements, ses tumeurs, la matrice exerce des compres= sions sur les vaisseaux et nerfs du membre inférieur; dans son état fréquent de réplétion, VS du côlon agit de même : or les effets de ces diverses compressions se font remarquer à la partie déclive du membre inférieur, à la jambe. Ces engorgements, à leur origine, sont pour ainsi dire tout à fait

LÉSIONS ORGANIQUES DE LA JAMBE. 765 passifs, mais à force de persister ils peuvent revêtir un caractère organique. out comme on voit l’engorgement du tissu cellulaire qui entoure les ulcères de la jambe revêtir les caractères de l’éléphantiasis, on observe aussi cette transformation à la suite de certains engorgements des jambes qui se lient à une maladie du ventre. Ainsi un médecin allemand, le docteur Hauff, a décrit une dégénérescence particulière du tissu cellulaire des Jambes chez les hydropiques. « Sur le cadavre, les incisions sur la jambe ainsi affectée produisaient un bruit analogue à celui qu’on entend quand on coupe une tranche de melon. L'aspect du tissu cellulaire dégénéré était comme celui de la coupe de citron (1). »

S'il est vrai que le bassin transmet des maladies à la jambe, il est tout aussi bien établi que la jambe est le point de départ de quelques affections du bassin : ainsi rien de plus fréquent que les adénites de l’aine à la suite de certaines solutions de continuité de la jambe ; or ces inflammations du pli de l’aine peuvent être communiquées aux ganglions et au tissu cellulaire du bassin. L’adénite la plus grave observée par moi a eu précisément pour point de départ une écorchure insignifiante de la jambe. Une lymphite partit de là, elle s'établit à la cuisse, gagna l’aine : là les ganglions de cette région se.prirent, puis ceux du bassin, puis le tissu cellulaire de cette cavité, enfin le péritone, et l’inflammation de cette séreuse fit périr le malade. A l’autopsie, outre les caractères anatomiques de cette inflammation, je pus constater ceux d'une adénite profonde, et une collection de pus dans le grand et dans le petit bassin. Les dégénérescences de la jambe, le cancer surtout, peuvent être avec des engorgements des ganglions du haut de la cuisse, lesquels s'étendent par des traînées dans le bassin même.

Ces influences des affections du bassin sur celles de la jambe, les influences des maladies de cette partie du membre inférieur sur la production de celles du bassin, sont une nouvelle preuve en faveur des principes que j’ai posés dans mon premier volume et sur le diagnostic, et sur le traitement, principes qui veulent qu’on ne se borne pas à l'examen du théâtre où la maladie se produit avec les caractères les plus saillants. Bien plus, d’après quelques observations de J.-L. Petit, il semblerait que les affections des os de la jambe pourraient avoir un rapport avec les affections du foie. (Voyez tome IT, page 222.)

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