‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 219 sur 358 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Anomalies et difformités des orteils.

Comme à la main, les doigts surnuméraires sont ici plus fréquents que l’anomalie opposée. L’orteil surnuméraire peut n’être qu’un appendice sans squelette et attaché seulement au dernier métatarsien: Ce doigt alors n’est que gênant; son ablation est sans danger; elle doit être opérée le plus tôt possible. Mais quand l’orteil sarnuméraire a des phalanges à lui, il petit être d’une certaine utilité en élargissant la base de sustentation. On ne doit donc pas en entrepreudre l’ablation à la légère; car l’opération est réellernent moins utile, et elle peut être beaucoup plus dangereuse, M. P. Guersant, au lieu d'enlever un gros orteil surnuméraire, cautérisa son bord externe avec le bord interne du véritable gros doigt du pied, afin de réunir ces deux appendices; je ne sais pas s’il a réussi. |

Les déviations des orteils sont très fréquentes; elles sont plus souvent congénitales que les mêmes difformités des doigts de la main. La main, tou jours à nu, se porte sur tous les Corps environnants, et ses doigts sont conti= nüellement ütilisés, tandis que les ortcils n’ont presque auéüne fonction à eux propre : On ne S’étonnera donc pas de li fréquence plus grande des lé= sions de la main qui ont pour résultat des difformités. Quoi qu’il en soit, lé déviations des orteils sont représentées par des extensions, des flexions exagé=. rées et par des inclinaisons latérales assez remarquables. L'extension des orteils, au point de produire une difformité, est rare ; surtout celle qui est congénitale, J'ai été consulté, avec Marjolin et M. Velpeau, pour un jeune garçon qui avait une extension forcée de tous les orteils produite par une ci-

di

catrice inodulaire, suite d’une brûlure profonde : cette lésion fut jugée audessus des ressources de l’art: La flexion est plus commune, mais elle est moins grave. Il faut qu’elle porte sur tous les orteils, et que les extrémités de ceux-ci s’implantent dans le pied pour qu’on songe à proposer une opération, et avec d'autant plus de raison que l’orthopédie, une chaussure appropriée, peuvent beaucoup alors.

Il y a une difformité de Forteil qui est plus grave que celle dont je viens de parler : c’est quand la première phalange est à un degré très prononcé d'extension, quand elle se porte en haut, tandis que les deux autres phalanges sont fléchies et se portent en bas : alors l’orteil est pressé entre l’empeigne et la semelle, d’où une grande gêne, quelquefois une douleur réelle et insupportable pendant la marche et même pendant la station, ce qui a pu porter quelques personnes à demander Famputation de cet orteil, et quelquefois des chirurgiens à l’accepter. Je crois que la ténotomie et l’orthopédie devront, dans tous les cas, bannir à jamais Mas et 15 dont les suites peuvent être mortelles.

Quelquefois congénitalement ou par l’abus des chaussures étroites, les doïgts du pied sont tellement pressés, qu’il finissent par chevaucher les uns sur les autres. C’est ordinairement celui qui est le plus voisin du petit doigt qui se porte sur celui qui est le plus près du gros doigt. Le croisement des deux doigts se fait à angle plus ou moins aigu. J'ai vu six enfants de la même famille ayant un doigt couché presque transversalement sur l'antre. Le meilleur moyen de faire disparaître de pareilles difformités, c’est l'usage de chaussures très larges. On commencera, si le croisement est très considérable, par le repos; et l’on maintiendra ävec une petite bande où du diachylon Vorteil dévié dans sa position normale.

Anômalies ét différmités des pieds. — Pieds bots.

Ces anomalies sont des déviations du pied qui portent sur l'articulation avec la jambe et sur les diverses articalations du pied lui-même.

Hippocrate a réellement bien observé les pieds bots ; il a fait voir les principales indications curatives, trouvé les moyens de les remplir, et décrit la manière d'appliquer les bandages. Fidèle à son principe, qui veut qu’on ne brusque pas la nature, il recommande de ramener par des degrés ménagés les pieds à leur direction naturelle : Veque magna vi, sed leniter cogantur (A). Gelse se tait sur ces diflormités. I faut en venir a M.-A. Severin pour trou- Yer le premier traité sur les pieds bots, lequel cependant ne vaut pas le pas- Sage d'Hippocrate. Comme Severin est inférieur à Hippocrate, Dionis l’est à

(1) Œuvres d'Hippocrate, par Littré, t, IV, Des articulations.

he.

A. Paré. Ce n’est pas seulement ici que l’histoire nous représente les suc= cesseurs restant au-dessous de ceux dont ils ont hérité. Le xvirr* siècle qui à tant fait, s’est encore signalé ici. Vénel établit à Orbe (canton de Berne) un ho$pice spécial pour ces difformités ; il opère de nombreuses cures ; mais il cache sa méthode, qui est cependant divulguée, en 1790, par un jeune médecin guéri par lui. Jackson, en Angleterre; en France, Thiphanie et Verdier s'occupent avec succès du pied bot. Mais les vrais progrès, ceux qui sont. basés sur l'anatomie et la physiologie, commencent à A. Scarpa; ils sont poursuivis par Delpech, qui a trouvé d’habiles continuateurs dans sa patrie:

Variétés. — Les rétractions des organes destinés aux mouvements ou aux articulations du pied sont ordinairement partielles, c’est-à-dire que tous ne se rétractent pas simultanément, et si cela a lieu, ce n’est pas d’une ma nière égale partout. Il y a toujours prépondérance sur un point du pied ; ce qui fait qu'il est fortement étendu et fléchi, renversé en dedans ou porté en dehors. De là quatre espèces de pieds bots qui ont reçu des noms particu= liers. Si le pied est étendu de manière que la pointe soit abaissée et le talon relevé, c’est le pied bot en arrière, ou éguin ; s’il y a flexion, la pointe étant portée en haut, le talon abaissé, c’est le pied bot en avant, ou talus ; si le pied est tourné de manière que la plante et la pointe regardent en dedans, c’est le pied bot en dedans ou varus; si la torsion est en sens inverse, c’est le pied bot en dehors, ou p»algus.

M. Scoutetten, prenant en considération le point du pied qui touche le sol, a appelé phalangien le pied bot en arrière, et calcanten le pied bot en avant (celui-ci a déjà été appelé #alus, ce qui vaut bien calcanien). Reste le mot phalangien pour désigner le pied bot en arrière ou équin. Mais ce n’est pas toujours sur les phalanges que le pied porte dans cette variété ; ce sont plus souvent les os du métatarse, et même la face dorsale du tarse. C’est là le dégré du pied équin dont je désire faire une variété que j’appellerai pied bot inférieur ou plantaire, car c’est l’aponévrose plantaire ou le court flé= chisseur des orteils qui se trouve rétracté ici. Delpech a déjà signalé dans son Ortomorphie un cas de pi:d bot dû à la rétraction de l’aponévrose plan: taire. Ge qu'on a appelé le pied creux n’est autre chose que le pied bot plan: taire. Aïnsi, au lieu de quatre, il y aura, pour moi du moins, cinq pieds bots: Je sais parfaitement que cette cinquième espèce va presque toujours avec le pied équin, c’est-à-dire qu'il y a extension du pied ; mais avec cette extension, il n’y à pas toujours cette flexion exagérée des orteils, et la plante du pied n’est pas toujours pliée sur elle-même, au point d’obliger le malade à marcher, non-seulement sur la face dorsale des phalanges des orteils, mais en= core sur cette face des os du tarse eux-mêmes. Il fallait donc exprimer cette différence. Ce n’est pas d’ailleurs la seule espèce qui se combine avec le pied équin. Le pied bot en dedans n’est-il pas presque toujours avec rétraction plus ou moins prononcée des muscles du mollet ? Le pied n'est-il pas toujours un peu équin quand il y a varus ?

Ces combinaisons des différentes espèces sont bonnes à signaler, car elles expliquent les cures incomplètes par la section d’un seul tendon, et avertissent le praticien de rechercher si d’autres sections ne devraient pas être faites. Ainsi, dans le pied éguin, cet enroulement du pied que j'ai signalé ne disparaît pas toujours après la section du tendon d’Achille : il peut devenir alors nécessaire d’attaquer l’aponévrose plantaire ou le court fléchisseur des orteils.

Bonnet, d'après l’idée qu’il se fait du mécanisme de la formation du pied bot, n’en admet que deux espèces : 4° le pied bot poplité interne produit par la rétraction des muscles où se distribue le nerf poplité interne ; 2° le pied bot poplité externe résultant de la rétraction des muscles qui reçoivent le nerf poplité externe. Chaque espèce a ses degrés, qui comprennent les variétés admises par les auteurs, Voici le tableau que le chirurgien de Lyon a dressé de sa classification :

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