‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 29 sur 358 · CHAPITRE EL · texte numérisé non relu

CHAPITRE EL

C'est la tubercalisation qui s’observe presque toujours comme lésion organique; le cancer, débutant par les vésicules séminales, n’a pas été vu, que je sache. Celui qu’on à pu constater est ordinairement par extension du cancer du rectum, de la vessie ou de la prostate.

Tubereulces des vésicules séminales,

La tuberculisation des vésicules séminales coïncide le plus souvent avec celle des organes qui ont des rapports intimes avec les réservoirs de la semence, Il y a ordinairement aussi tubercules dans les testicules, souvent dans les parois de la vessie, et même dans celles de l’urèthre.

Presque tous les faits d'anatomie pathologique qui ont été analysés par M. Civiale se rapportent à la tuberculisation, Ainsi M. Civiale dit que Stoll

a constaté une dilatation des canaux éjaculateurs; quand on pressait sur a prostate, le gauche rendait du pus. Cette compression de la même glande, qui contenait plusieurs abcès, faisait sortir aussi du pus par tous les conduits excréteurs. La vésicule séminale gauche avait des parois épaisses, rouges en dedans, et contenait du pus. Il y aurait eu aussi un abcès dans le testicule correspondant, La mort survint par des accidents, dont le point de départ était un rétrécissement de l’urèthre (1). Eh bien! M. Civiale cite ces faits sans commentaire. Pour moi, je me perinets d’ajouter qu'il s'agit d’une tuberculisation de la prostate, d’une vésicule séminale et d’un testicule,

Pertes séminales involontaires, ou spermatorrhée.

Les pertes séminales ne doivent m'occuper qu’autant qu’elles présentent un caractère morbide, Les pollutions, presque toujours nocturnes, qui ont lieu dans les premiers temps de la puberté ou pendant l’âge viril, après une

continence plus ou moins prolongée, ne sont nullement morbides ; si elles

s'opèrent dans une certaine mesure, elles peuvent au contraire être salutaires : c’est alors un phénomène plutôt physiologique, et à ce titre il ne doit pas m'arrêter. On n’appellera pas spermatorrhée quelques évacuations spermatiques qui ont lieu pendant certains accès convulsifs, par exemple pen-

dant l’épilepsie, ni celles qui jugent des maladies graves, une fièvre maligne:

(P. Frank) ou une manie violente (Sainte-Marie).

On à désigné sous le nom de fabescents les sujets atteints de pertes sémi: nales involontaires.

En réalité, les anciens n’ont pas traité ce sujet; c’est Wichmann qui, le premier, a publié une dissertation sur la po/lution diurne involontaire. Ce n'était là qu’une partie de la question. Cette dissertation fut traduite et annotée en France par E. Sainte-Marie. P. Frank avait décrit, mais très incomplétement aussi, cette maladie. La science en était là, c’est-à-dire qu’elle commençait à peine, quand parut l’ouvrage de Lallemand (2), qui a réellement fait une grande sensation parmi les médecins et les gens du monde. Ce sont les travaux de ce chirurgien qui aujourd’hui forment la base de la pratique et le point de départ des recherches dont cette maladie est le sujet.

Causes. — Elles sont nombreuses. Ce sont, par ordre de fréquence, autant qu'un pareil ordre peut être établi : 4° les irritations, les inflammations de l’urèthre : ainsi la blennorrhagie, les rétrécissements et les causes diverses d'uréthrite, parmi lesquelles il faut compter les injections; 2° les affections de la peau; 3° certaines maladies du rectum ; 4° la masturbation , les excès vénériens, la continence ; 5° certaines lésions de l’axe cérébro-spinal; 6° certaines dispositions congénitales ; 7° certaines substances alimentaires et mé-

(1) Trailé pratique sur les maladies des organes génito-urinaires, par M. le docteur:

Civiale, 3° édition. Paris, 1858, t. Il, p. 484. (2) Des pertes séminales invôlontaires. Paris, 1836.

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dicamenteuses : 8° un état d’excitabilité nerveuse, et, comme causes complémentaires, la lecture et les rêves lascifs, les images lubriques. 4° Si l’on passe en revue ces causes, on trouve que les uréthrites, surtout les üréthrites blennorrhagiques, sont de toutes les plus fréquentes et les plus directes ; car la blennorrhagie, en vieillissant, se réfugie pour ainsi dire vers la région prostatique, là où sont les débouchés des vésicules séminales. Lallemand a publié une observation détaillée de blennorrhagie suivie de pollutions diurnes: on voit, dans ce fait, que l'écoulement avait été suspendu par des injections astringentes : aussitôt survint une orchite, et l'écoulement se reproduisit. Quelque temps après il cessa seul pour faire place à une cystite, qui elle-même fut bientôt suivie de pollutions diurnes. Deux traitements antivénériens successifs ne firent qu’aggraver le mal, dont la cautérisation, les eaux thermales et les gommo-résineux triomphèrent bientôt. Le sujet, qui était jeune, avait eu l'habitude de la masturbation. Malgré la multiplicité de ces causes, on peut voir, en lisant cette observation, que la blennorrhagie joue le premier rôle, et qu’il y avait extension de la phlegmasie aux vésicules séminales en même temps qu’à une pièce de l’appareil urinaire. Les injections astringentes et d’autres irritants de l’urèthre ont été accusés bien des fois par Lallemand et M. Civiale. Voici comment on explique l'influence des rétrécissements dans la production des maladies des vésicules sémimales : urine, arrêtée derrière l'obstacle, pénétrerait dans les canaux éjaculateurs et même quelquefois dans les vésicules. Selon M. Civiale, ce serait la cause la plus fréquente et la plus énergique des collections purulentes et des maladies des vésicules. Lallemand dit que les rétrécissements peuvent à la fois opérer le reflux du sperme dans la vessie, et engager l’urine dans les canaux éjaculateurs. Je crois qu'il serait difficile de démontrer ce double détournement des deux humeurs, et je préfère l'explication qui fait marcher la phlegmasie de l’urèthre dans les vésicules séminales. 2° Les maladies de la peau coïncident souvent avec celles des muqueuses et les causent quelquefois ; elles peuvent donc avoir une influence sur la production ou sur là chronicité des uréthrites qui jouent le rôle que j’ai indiqué tantôt. On a parlé de métastases, de la goutte, du rhumatisme sur l'appareil génito-urinaire, 3° On a expliqué de deux manières l'influence des affections du rectum 4° par la compression sur les vésicules ; 2° par l’irritation qui se propage de lintestin aux vésicules. Dans la première catégorie se trouvent la constipation et les diverses tumeurs de l’intestin. La fissure à l’anus , qui provoque la constipation, provoque aussi quelquefois les pertes séminales. Dans la deuxième catégorie il faut ranger la diarrhée, les hémorrhoïdes, etc., etc. Des ascarides dans le rectum , par leur agacement , ont souvent amené des pertes séminales. On peut ranger dans les deux catégories l'équitalion, qui agit ou en amenant la constipation, ou en irritant la fin du gros Intestin.

h° La masturbation fréquemment répétée a été considérée comme déterminant la phlogose de l'appareil séminal, et par suite la spermatorrhée. C'est là un mode d'action. Il en est un autre peut-être aussi commun : C’est la fatigue, le relâchement de l'appareil génital, qui, dans cet état, laisse échap= per les liquides qu'il contient.

Hippocrate connaissait l'influence des excès vénériens sur la production des pertes séminales. Lallemand ne nie ni l'influence de l'habitude, ni le re lâchement des organes comme deux modes d'action possibles des excès vénériens; mais son explication favorite est celle-ci : « Les phénomènes locaux » qui suivent immédiatement le coït peuvent être modifiés par les circon= » stances qui l'ont précédé ou accompagné ; mais ils portent toujours le carac= » tère d’une augmentation d'action dans les organes sexuels : les effets qui » en résultent peuvent être rapportés à l'excitation, à l’irritation et même à » l’inflammation (1). » Ainsi le coït agit sur l’appareikgénital comme la masturbation ; c’est-à-dire qu’il y détermine de la phlogose, et l’excès du coït, comme l'excès de la masturbation, amène de l’inflammation.

La continence a certes une grande influence; mais on l’a, à tort, accusée dans des cas où elle ne peut rien, c’est-à-dire chez les individus d’une constitution lymphatique, molle, chétive, dont les désirs vénériens sont nuls. Cette constitution est avec relâchement des organes génitaux, et la continence est la conséquence de ce relâchement. Le contraire de ce que je viens de dire s'applique aux constitutions très mâles, très nerveuses. Ici la continence produit dans l'appareil génital, après des rêves voluptueux, un surcroît de vitalité, puis les pertes s’établissent. M. Civiale cite un étudiant qui, dans ces circonstances, eut une spermatorrhée sanguinolente, et Lallemand énumère un grand nombre d’ecclésiastiques succulents qui ont été atteints de cette maladie.

5° L'influence de l’axe cérébro-spinal sur les organes génitaux à donné lieu à bien des discussions; on a observé que l’apoplexie du cervelet a été accompagnée d’érection et d’éjaculation, tandis que, dans d’autres cas, rien de cela n’a eu lieu. On se rappelle tout ce qui à été dit sur les suppliciés par Strangulation; on à parlé d’un cas de commotion de la moelle épinière par suite d’une chute qui produisit un priapisme continuel sans éjaculation possible, même par des moyens artificiels. Mais toutes ces questions sont encore loin d’être jugées; aussi le plus sage est-il d'admettre, avec Sainte-Marie et M. Deslandes (2), que la pollution diurne involontaire peut avoir lieu quand, par suite d’une maladie de l’axe cérébro-spinal, les organes génitaux ne recoivent plus l'influence nerveuse suffisante et bien réglée. Lallemand fait peu de cas de l'influence des maladies des centres nerveux, leur effet ordinaire

(4) Laïlemand, Des pertes séminales involontaires, t. 1, p.664. (2) De l’onanisme et des autres abus vénériens considérés dans leurs rapports avec la santé. Paris, 1835.

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étant, dit-il, la paralysie des membres, du rectum et de la vessie. Mais est-ce qu'il nya pas, même d’après cet auteur, des spermatorrhées atoniques, par faiblesse des conduits excréteurs du sperme ?

6° On range les dispositions congénitales sous deux chefs : les unés sont locales, les autres générales. Le phimosis tient le premier rang dans la première catégorie. Voici comment on explique son influence : la matière sébacée, retenue sous le prépuce, ne cesse, par ses propriétés irritantes, de surexciter de gland, organe de sensibilité exquise; de là lirritation se propage dans tout l'appareil. Ce serait là une action analogue à celle dé la masturbation et des excès vénériens ; les résultats disparaîtraient d’une manière très rapide par le seul fait de l'opération du phimosis. Üne incontinence d'urine antérieure à la puberté doit faire craindre, pour la suite, des pollutions par atonie; la rétention d’urine, au contraire, révèle une prédisposition à des pollutions par irritation.

Dans les dispositions congénitales générales, on notera d’abord une certaine organisation nerveuse, une susceptibilité toute particulière des organes, puis une faiblesse congénitale de l'appareil de la génération; c’est un relàchement dont l'effet est de laisser échapper le sperme. On peut appeler ces pertes, pertes par inertie. Dans ces cas, dont Lallemand cite un exemple, lequel à été considéré et traité comme une affection cérébrale chronique, dans ces cas, les organes génitaux se font remarquer par leur exiguité et souvent par leur conformation vicieuse. Il y à alors, en même temps, mauvaise disposition générale et locale. |

Où à cru trouver des exemples de pertes séminales involontaires qui ne pouvaient être rapportées qu’à l’hérédité.

7 Le thé et le café ont été souvent rangés dans l’étiologie des pertes séminales involontaires. Quant au café, voici ce qui semble résulter des observations de l’ancien professeur de Montpellier : son usage accidentel et modéré augmente la puissance virile, parce qu’il augmente la sécrétion spermatique, de même qu'il augmente la sécrétion urinaire chez la plupart des individus ; pris à des doses trop fortes, il diminue, anéantit même la puissance virile, car l'excitation, puis l'irritation permanente qu’il détermine dans les organes génito-urinaires, peuvent aller jusqu’à la spermatorrhée. Le café n’est donc pas directement un antiaphrodisiaque ; c’est la maladie produite par son abus qui anéantit la puissance virile.

8° Je ne puis rapporter ici les observations nombreuses qui prouvent que des pertes séminales ont été l'effet immédiat d’impressions vives et quelquefois d'impressions bizarres. J'en dirai autant de la lecture et des rêves lascifs, des images lubriques, etc. |

Anatomie pathologique. — Si l'on résume l'anatomie pathologique qui se rapporte aux pertes séminales, on trouve l’éraillement et l’isolemerit des canaux éjaculateurs, avec épaississement et induration de leurs parois ; sperme altéré ; puset tubercules dans les canaux éjaculateurs, les vésicules et les ca

naux déférents; parois des vésicules déplissées, enflammées, puis indurées ; abcès, tubercules, ou atrophie des testicules : tels sont les caractères anatomopathologiques de la spermatorrhée. Il ne faut pas perdre de vue non plus les désordres de l'appareil urinaire que nous avons énumérés et appréciés à propos de l’étiologie.

Variétés, — Les pertes peuvent avoir lieu pendant la nuit ou pendant le jour ; de là deux variétés : 1° les pollutions nocturnes; 2° les pollutions diurnes. Je ferai connaître ces variétés en exposant les symptômes.

Symptômes. — Je les diviserai: 1° en symptômes locaux des pollutions nocturnes ; 2° symptômes locaux des pollutions diurnes ; 3° symptômes locaux des deux variétés; 4° symptômes généraux des deux variétés.

1° Symptômes locaux des pollutions nocturnes. — Au début, les pollutions nocturnes sont encore précédées et accompagnées de rêves, d’érections et de volupté. Cet état peut même durer longtemps. Plus tard, les sensations s’affaiblissent, s'éteignent même, et les malades ne s’aperçoivent des» pertes qu’au réveil et à l'inspection du linge.

Ces pollutions ont lieu deux ou trois fois par semaine, toutes les nuits, et même plusieurs fois par nuit. Bientôt le sperme devient plus fluide, plus abondant, mais moins odorant et incolore; les zoospermes sont de plus en plus rares, ils s’altèrent, disparaissent, et le sperme prend les caractères du mucus prostatique. Son émission étant toujours subite, on ne peut croire à une incontinence d'urine, ni à un écoulement muqueux. Quelquefois le sperme est rougeûtre, sanguinolent. M. Civiale en cite un seul exemple. Lallemand aussi n’a rencontré qu’un fait qui se rapporte à cet état de la liqueur séminale. Très rarement aussi le sperme est purulent ou sanieux; quand il offre ces caractères, ce n’est que pendant quelques jours, car la lésion profonde que font présager ces altérations du sperme amènerait rapidement la mort. Une spermatorrhée ordinaire succède bientôt à la spermatorrhée sanguinolente ou sanieuse. Aa deuxième période de la maladie, les rêves voluptueux disparaissent; la plénitude de la vessie ou du rectum, un lit trop chaud ou trop mou, le décubitus dorsal, des boissons chaudes, stimulantes, le frottement de la verge contre le linge, sont autant de circon-stances suflisantes pour provoquer la perte séminale. D'autres fois ce sont des images repoussantes et sans rapport avec des êtres naturels; plus tard, c'est un vrai cauchemar. Le retour de la sensation voluptueuse est d’un bon présage.

2° Symptômes locaux des pollutions diurnes. — Les pollutions diurnes ont lieu le plus souvent pendant l'évacuation des matières fécales ou de l'urine, c'est-à-dire, comme Wichmann le fait remarquer, sans érection et sans plaisir. Mais Lallemand à noté que les pertes nocturnes se produisent quelquefois de la même manière, et que, d’un autre côté, les pertes diurnes ont parfois besoin d’excitation pour se produire. Les pollutions qui ont lieu pendant la défécation résultent tantôt de ce que les matières, en passant,

SPERMATORRHÉE. 113 compriment les vésicules séminales, et alors le sperme sort pendant la défécation et surtout vers la! fin des efforts; tantôt elles sont l'effet d’une contraction qui se propage du rectum aux vésicules, et, comme on le. dit dans les écoles, par consensus de ces deux parties. On observe alors que le sperme s'échappe pendant que le malade rajuste ses habits. Il s’opère, dans cette circonstance, une espèce de secousse convulsive entre le périnée et le <ol de la vessie; dans ce dernier cas, il y a un commencement d’érection, et le sperme est lancé à une certaine distance.

Dans les premiers temps, le sperme ne peut être méconnu par les malades eux-mêmes; mais plus tard, moins abondant et plus aqueux, il s'écoule inaperçu.

Quand les pollutions ont lieu pendant l'émission des urines (selon Lallemand, ce sont les plus graves et les plus rebelles), le sperme ne sort qu'avec les dernières gouttes, par les dernières contractions vésicales, qui sont les plus énergiques. On à vu même le sperme être rendu seul quand tout était terminé; mais, dans la majeure partie des cas, les dernières gouttes d'urine sont épaisses et muqueuses; elles sont arrêtées au méat urinaire. Cette dernière particularité empêche de les confondre avec le mucus prostatique ou uréthral, ou vésical, puisque le mucus est poussé au dehors et comme balayé par les premiers jets d'urine. Au commencement de la maladie, on voit, dans l'urine du malade, tournoyer au fond du vase de petites granulations demi-transparentes, comme des grains de semoule; on ne pourra les confondre avec des sels urinaires, car on les aperçoit avant le refroidissement de l’urine. Selon Lallemand, c’est à un signe positif de pollutions diurnes. Les pertes ne s'effectuent pas à chaque évacuation urinaire, mais seulement quand quelques instants auparavant les organes génitaux ont éprouvé une excitation et que la verge est en turgescence. Dans certains cas, la pollution est précédée d’une douleur au périnée ou le long de la verge, laquelle se rétracte au lieu d'entrer en turgescence. Au début, les malades éprouvent une sensation particulière qui leur révèle, dit-on, les contractions des vésicules, et immédiatement après une sensation de frélement dans l’urèthre à laquelle quelques-uns reconnaissent, dit-on encore, que l'urine est plus dense qu’à l'ordinaire. Quand la maladie est déjà ancienne, ces sensations et les granulations dans l'urine qui vient d’être rendue manquent; de sorte qu'il faut chercher ailleurs un caractère utile au diagnostic. Ce caractère est encore fourni par les urines; elles renferment un nuage épais, blanchâtre, homogène et parsemé de petits points brillants qui gagnent les couches inférieures (Wichmann). Dans ces urines, le sperme est plus abondant le matin que le soir; si les malades ont éprouvé une commotion morale ou physique, la proportion de sperme dans les urines est aussi augmentée. Les pollutions diurnes sont provoquées souvent par un voyage en voiture, par l'équitation, par des hémorrhoïdes, en un mot par toute excitation des

organes génitaux. Lallemand et Sainte-Marie ont recueilli des observations VIDAL, T. V. — 5° ÉDIT. | . 8

ai MALADIES DES VÉSICULES SÉMINALES.

qui prouvent que la pollution diurne peut être provoquée seulement par une vive impatiencé. Le prémier de ces observateurs a vu survenir des pollutions sans aucuné provocation, après une sensation subite et pénible dans là profondeur du périnée. Sainte-Marie a appelé ce phénomène épilepste des vésicules séminales. |

J'ai exposé isolément les symptômes locaux des pollutions nocturnes et des pollutions diurnes, inais je dois ajouter qu'au bout d’un certain temps les unes se combinent avec les autres, d’où des effets plus graves. Il est des ma lades qui n’ont jamais eu que des pollutions nocturnes, mais c’est une excep= tion. Quand la Vue simple d'objets qui excitent les désirs vénériens, les attous chements les plus légers, le balancement de l’escarpolette, les mouvements” d’üne voiture, les secousses de l'équitation, une impatiencé, une vive frayeur, amènent dés émissions dé sperme chez un homme jeune encore, craignez, dit Lallemand, la spermatorrhéé dans un âge plus av 0

3° Symplômes locaux des deux variétés. — Un séub domine les autres : ; c’est l'impuissance. Le premier symptôme qui décèle le commencement de la maladié, tant des pollutions nocturnes que des pollutions diurnes, est une diminution notable dans l'énergie et la durée des érections, tandis que léja= culation devient au contraire plus facile : du moins c’est le corollaire des observations de Lallemand. À cette époque de la maladie il y a déjà impuissance, quoique l’intromission soit possible ; mais on suppose qu’alors le sperme émis trop tôt ne peut parvenir au col de la matrice : cependant l'impuissance ne fait qué commencer. |

Quand ce symptôme est déjà de date ancienne , on peut presque à coup sûr diagnostiquer dés pertes séminales involontaires, et, de plus, on peut avancér que ce sont dés pollutions diurnes ; car il n’y a que celles qui ont lieu pendant l'émission des urines ou pendant la défécation que le malade puisse avoir à son insu. Si les choses ont eu lieu pendant quelque temps, comine je viens de le dire, il arrive que les évacuations s’opèrent d’une manière encore plus précipitée, tout à fait involontaire. Rien ne peut provoquer l'érection ; au Contraire, la vérge semble se rétracter, se crisper en dépit de toutes les excitations : c’est, dit Lallemand, parce que le sperme contient des animalcules de moins en moins vivaces. Quant aux érections , il est des malades qui n’en ont jamais de complètes ; d’autres n’en ont de prononcées qu'au réveil du matin, quand il y à distension de la vessie, du rectum, et par conséquent engorgement plus ou moins prononcé des veines du bassin. Mais il faut savoir qué, si souvent l'impuissance tient à ce qu'il n’y a point d'érection et qu'il y a éjaculation trop prompté ; dans d'autres cas, cet état est lié à un priapisme continuel sans émission de sperme.

On à fait la remarque suivante : un sujet a des pertes Séminales, parce que la matière sébacée irrite le gland : plus cet organe sera irrité, plus les. érections diminueront; elles cesseront même complétement si la sensibilité du gland est encore plus exaltée. On a cru trouver dans ce fait là preuvé que

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c'est moins l’excitation (extérieure que l'excitation intérieure qui détermine des érections et des éjaculations normales.

N'oubliez pas qué l’onanisme poussé à l'extrême peut aussi conduire à l'impuissance. On ne dévrait donc päs, sans autre informé, conclure de l’impuissance aux pertes séminales.

L'infécondité est un autre symptôme commun aux deux espèces de pollutions: elle précède l'impuissance : je veux dire que le sperme est altéré avant que le défaut d’érection empêche qu’il soit déposé convénablèment dans l’appareil génital de la femme. Le cours de la maladie offre parfois des améliorations, dé sorte que le tabescent peut ne pas renoncer d’une manière définitive à la postérité.

n° Symptômes généraux des pollutions. — Lallemand, d'accord avéc Hippocrate, affirme qu'il n’y a pas de fièvre avec la spermatorrhée ; Wichmann, Sainte-Marie et M. Deslandes admettent cet état général. La fièvre, en effet, doit exister pour quelques cas d’inflammation un peu vive des vésicüles. Il y à désaccord aussi àu sujet des pälpitations : car, tandis que MM. Deslandes, Fournier, etc., admettent la fréquence et l'influence sur lés maladies du cœur, Lallémand nie la cause et l'effet. Le rapport des pertes séminales avec certaines lésions de l'appareil respiratoire est incontestable ét incontesté. En eflet, il ne répugnera à personne d'admettre que les pertes séminales sont une cause très réelle d’affaiblissement ; elles peuvent donc, à ce titré, favoriser le développement des tubercules pulmonaires, et de Son côté la phthisie aggrave la spermatorrhée par son action bien constatée sur lés organes génitaux. Il ÿ a donc là un cercle vicieux très fatal pour lé maläde. Dans les cas lés plus heureux, il est aisément essouflé et s’énrhume avec une facilité extrême. ’

Hippocrate a dit avéc raison que les individus ayant des pertes sétiinalés mangent bien et cependant dépérissent. Il faut ajouter qué fréquemment, chez cés malades, les digestions s’opèrent mal, et que d’abord il y a des alterüätives de diarrhée et de constipation. Si la maladie est ancienne, la constipation prédomine et vieht s'ajouter aux Causes de pollutions. Les tabés- Céts sont atnaigris, languissants, sensibles au froid ; leur voix est affaiblie, grêle et efféminée , leur parole chancelante, timide. Lällemand a fait une péintürée très vivé de l’état du systènie nerveux chez ces malades.

IL ÿ à dés ältérations dans la motilité, la sensibilité et l'intelligence.

La motilité est dimindée par le seul fait de l'influence nerveuse, avant que là spermatôrrhée soit très avancée. Plus tard, quand le thalade est àmaigri, l’affaiblissement dés forces va plus loin que s’il ne résultait que de la diminution naturelle des muscles; enfin on à observé une parälysie incomplète Corne celle des aliénés. « Un phénomène rémarquable, dit Lällémand, ÿ et qui est presque un signe pathognomonique de la spermatorrhée, c’est » un besoin irrésistible de mouvement, malgré la fatigue, le malaise et l’épui- » sement qui en résultent ; c’est, quand les malades peuvent à peine remuer;

» une inquiétude plus vive qui les porte à vouloir changer continuellement » de place. »

La sensibilité, diminuée ou augmentée, est rarement pervertie. On la rencontrée diminuée, même abolie aux mains seulement. Quand elle est accrue, ce sont ou des courants douloureux, ou des douleurs vagues dans les membres et dans le dos.

Du côté des sens, voici ce qui se passe : le toucher peut être altéré; la vue s’affaiblit et donne de fausses sensations ; le plus souvent il n°y.a qu’une paralysie momentanée et partielle de la rétine, mais quelquefois cela va jusqu’à l’'amaurose, comme à la suite de l’onanisme exagéré ; les yeux, ternes, manquent d'expression, ce qui tient à la dilatation habituelle de la pupille. Gette mydriase, jointe à la sensibilité de la rétine, cause en outre de la photophobie ; l’ouïe, d’abord facilement agacée, s’affaiblit jusqu’à la surdité ; quelquefois l’odorat et le goût restent intacts.

La mémoire s'affaiblit de jour en jour ; l'intelligence elle-même va toujours en se détériorant, et cela avec plus de rapidité peut-être que par l'onanisme poussé très loin. Les malades atteints de pollutions ont tous (si l’on excepte ceux dont la maladie tient à des ascarides) un grand éloignement pour les femmes; puis surviennent une mélancolie et une hypochondrie profondes qui sont allées quelquefois jusqu’à l’aliénation mentale. La monomanie du suicide, la manie avec hallucinations, sont quelquefois résultées de cet état; mais la forme chronique de l’aliénation est plus fréquente, c’est-à-dire la mélancolie, la démence même.

Marche. — L'étude de la marche est facilitée par la division des malades en deux groupes : 1° D'abord ceux chez lesquels existe une irritation prononcée des organes génitaux, ou même une inflammation de la prostate; 2° ceux d'un tempérament lymphatique et dont les pollutions tiennent à l'atonie des organes. On a dit que, pour les premiers, les temps humides et l'automne sont favorables, tandis que le printemps et le froid de l'hiver leur sont contraires ; pour les seconds, les temps secs, le printemps et l'hiver sont avantageux, tandis que toute humidité aggrave leur position; en un mot, aux uns il faut des moyens qui se rapprochent des antiphlogistiques, aux autres des toniques.

Une atmosphère chargée d'électricité plonge dans le plus grand malaise ceux des sujets qui sont affectés de pertes diurnes indépendantes de celles qui accompagnent la défécation et l'émission des urines. |

La spermatorrhée offre parfois des intermittences sans causes appréciables, au point que les malades rentrent de temps en temps et à des époques fixes dans leur puissance virile (Lallemand).

M. Civiale divise le cours de cette affection en trois. époques qui répondent à trois degrés le plus souvent assez indiqués, mais non pas constamment (1).

(1) Traité des maladies des organes génito-urinaires, 3° édition. Paris, 1858, t. I, p. 526.

SPERMATORRHÉE. i gi

Premier degré. — Érection à peine complète, éjaculation trop hâtive lors du rapprochement des sexes, coït moins agréable, et partant moins désiré ; le sperme, plus liquide, plus abondant, moins odorant; en un mot, c’est le début de la maladie.

Deuxième degré. — Le pénis ne se tuméfie que par la distension de la vessie et du rectum, ce qui à lieu le matin. L’érection est donc presque entièrement abolie; même sous l'influence des plus vifs désirs, le coït est presque impossible ; les pollutions ont lieu la nuit, sans érection, sans plaisir le plus souvent ; il s'écoule par l’urêthre une humeur muqueuse et puriformé.

Troisième degré. — Plus d’érections, ou bien érections nullement suffisantes pour le coït. Le plus grand nombre des malades n’ont plus de désirs ; chez d’autres, les désirs subsistent longtemps après que l'impuissance a commencé. Cette caducité prématurée conduit quelquefois au désespoir et au suicide.

En résumé, la marche de la spermatorrhée est chronique. Cette maladie tend à s’accroître, parce que les réactions sympathiques qu’elle détermine viennent s'ajouter aux causes premières du mal. L'âge seul, quand la spermatorrhée est abandonnée à elle-même, peut en enrayer les progrès; malheureusement cet effet salutaire n’a pas toujours lieu.

Diagnostic.— Les symptômes généraux de la spermatorrhée se retrouvant dans toutes les maladies qui affaiblissent rapidement l’homme, ces symptômes sont par eux-mêmes sans valeur pour le diagnostic. Ce sont donc les symptômes locaux qu'il faut étudier. Ce diagnostic se base principalement sur la sortie du liquide par la verge et sur la nature de ce liquide.

Les pollutions nocturnes sont faciles à constater ; car, en général, les malades en ont conscience au moment de l’émission, et, dans le cas contraire, à leur réveil, le sperme est accusé par les taches du linge. Ajoutons qu’il n’y a que le sperme qui puisse être rendu par l’urèthre dans la nuit et d’une manière subite, instantanée. Les pollutions diurnes, au contraire, sont souvent ignorées des malades, parce qu’elles ont lieu pendant l’évacuation des urines ou des fèces. Il est des individus qui s’aperçoivent de, ces pollutions ; mais, loin de s’en plaindre, ils s’en félicitent, en disant que c’est de l'humeur de moins.

S’il est des malades qui ignorent qu'ils perdent de la semence, il en est qui croient à ces pertes qui en réalité n'existent pas, et ceux-ci ne sont pas les moins malheureux et surtout les moins nombreux, depuis que les livres qui traitent de cette maladie ont été si imprudemment répandus dans le monde. Pour arriver à la vérité, on conseille alors de faire aller devant soi les malades à la selle, en leur recommandant d’uriner d’abord et de se tenir la verge au dehors du siége, afin de constater ce qui en sort, Il faut savoir qu'une pollution diurne est moins abondante qu’une pollution nocturne ;

mais elle est aussi grave, car elle est constituée tout entière par de la véritable semence. Il n’est pas aussi facile de constater la présence du sperme quand il arrive mêlé aux dernières gouttes d'urine. Il en est autrement quand le sperme sort abondamment après que la vessie est entièrement vidée, ou bien quand la pollution diurne à lieu indépendamment de la défécation et de l'émission des urines. Quand il y à une sensation de plaisir, l'erreur est encore moins permise dans toute espèce de pollution. |

A l’époque de la maladie où le sperme, plus aqueux, moins abondant, peut être confondu avec le mucus prostatique et le mucus uréthral, celui des glandes de Cooper, on procède ainsi qu'il suit pour arriver à la vérité : on recommande au malade de vider la vessie avant d'aller à la selle; alors, quels que soient les efforts de défécation, le mucus prostatique, joint au mucus uréthral, ne dépassera pas la valeur d’une ou deux gouttes, çar ces humeurs ne possédant pas de réservoir, elles ne peuvent pas être à l’état de provision. Ainsi le malade qui dit avoir émis la valeur d’une cuillerée de matière filante, celui-là a rendu du sperme ; on en aura une certitude plus complète si cette humeur mousse; si, en la frottant avec les doigts, elle exhale l’odeur caractéristique (Lallemand).

On ne confondra pas la blennorrhée avec une perte séminale ; çar, dans la première maladie, l'écoulement est ordinairement plus abondant de beaucoup que dans la deuxième, et si on l’examine dans ses rapports avec l’émission des urines, on constate qu'il a lieu ou qu’il est plus abondant avant le premier jet d'urine, tandis que le sperme sort après l'urine.

Quand, par l'érection, la prostate, les glandes de Cooper, plus congestionnées, sécrètent avec une abondance plus considérable que de coutume et qu'il y à un écoulement muqueux, on devra s'informer si cet écoulement n’a jamais été plus épais, moins pâle, s’il n’a jamais été accompagné de plaisir; on base le diagnostic sur la réponse du malade à.ces questions. Mais que de malades qui répondent mal! On dit que le mucus du catarrhe vésical se rassemble vers le col et sort le premier quand le malade urine debout. Cela n’a pas lieu toujours, et s’il faut une grande perspicacité pour distinguer dans quelques

cas le catarrhe vésical de la spermatorrhée, quand çes deux maladies sont à : l’état simple, quelles lumières ne faudra-t-il pas pour les distinguer quand elles sont à l’état de complication ! L'erreur est si possible, qu’elle fut commise par A. Portal et Boyer. M. Civiale a publié cette observation remarquable. S'il n’est pas tombé dans la même erreur à l'égard du même malade, cest grâce à un examen plus détaillé et aux lumières acquises depuis peu. Quand la pollution à lieu dans un bain, on voit, si le sperme a encore beaucoup d'opacité, tourbillonner dans l'eau une foule de flocons et de granulations, et quand le sperme est plus altéré, on le reconnaît Encore par le trajet rubané qu'il décrit.

J'ai indiqué l'aspect que le sperme donne aux urines quand il s’y trouve mêlé. Avec Lallemand, j'ai admis que la perte de la semence n’était jamais

SPERMATORRHÉE, 119 continue, car cette liqueur est renfermée dans des réservoirs distincts. Mais M. Civiale fait observer que quand une phlegmasie uréthrale s’est propagée aux voies spermatiques, le mélange des liquides s'opère là, et qu'il y à d’ailleurs un trouble considérable dans le mode d’éjaculation, ce qui complique encore le diagnostic.

La chimie a fait complétement défaut au diagnostic de la maladie qui nous occupe, tandis que le #2cr0oscope lui a rendu de vrais services. Voici.des détails qui seront utiles au jeune praticien :

Il faut savoir d’abord que les zoospermes ne peuvent être vus que par réfraction ; le porte-objet doit être traversé par la lumière; on doit donc posséder un verre parfaitement pur, parfaitement uni, partout de la même épaisseur, de la même densité. La liqueur sera recouverte par un autre verre aussi mince que possible, ayant absolument les mêmes qualités que le précédent. Cette seconde pièce diminue l'épaisseur de la couche du liquide, ralentit son évaporation, prévient la souillure par des corps étrangers.

Si l’on ne possède que des linges empreints de sperme, on fera lx dilution aqueuse le plus tôt possible, et l’on opérera sur cette dilution comme sur la liqueur qui vient d’être rendue par l’urèthre. La couche de liquide la plus mince ne l’est pas assez pour que le grossissement, quelle que soit sa puissance, puisse embrasser toute son épaisseur : aussi faut-il souyent faire monter et descendre le foyer. Cette précaution doit surtout être prise quand on présume que la goutte observée ne contient que quelques zoospermes , dans le cas de pollutions diurnes par exemple. Pour des raisons de même nature, l'observateur doit de temps en temps faire varier la position des réflecteurs. Selon Lallemand, les zoospermes à l’état pathologique sont d’une telle transparence, que la lumière la plus vive et la plus perpendiculaire n’est pas celle, comme on serait tenté de le croire, qui les fait mieux distinguer. On n’expérimentera pas plus d’une goutte de sperme ; avec une plus grande quantité les points seraient moins éclairés et partant moins bien distingués; on devra aussi ajouter au liquide soupçonné une légère quantité d’eau tiède qui favorisera les mouvements des zoospermes. Le liquide ainsi préparé est déposé entre les verres, on presse légèrement sur celui de recouvrement, pour arrê- Ler les courants et expulser toute bulle d'air.

Quand le pouyoir réfringent des zoospermes est à peu près le même que celui du liquide exploré, l'addition d’un autre liquide est surtout indispensable; on constate alors qu'avant cette addition on ne voyait que de petits globules brillants terminés par une pointe, tandis qu'après, les animalcules apparaissent avec leurs formes véritables et avec des dimensions augmentées. Pour l'étude du moment, l'alcool vaut mieux pour délayer ; si, au contraire, on se propose de conserver du sperme pour une expérience ultérieure, l'eau est préférable, car elle n’a pas, comme l'alcool, l'inconvénient d’altérer les zoospermes avec le temps. Qu'un liquide ait été ajouté au non, il peut se faire qu'à la première observation le pouvoir réfringent des animalcules

et celui du liquide interposé aux deux verres soient identiques, l'œil alors ne distingue rien; un instant après, l'évaporation, qui nuit en général à ces sortes de recherches, a amené un résultat heureux, car elle a modifié les densités et du liquide et des êtres organisés : or la modification du liquide étant plus rapide, les zoospermes apparaissent. Mais si le desséchement complet arrive, ils échappent de nouveau à l'œil qui les cherche, parce que le pouvoir réfringent est revenu le même ; en ajoutant de l’eau, ils sont très nettement vus de nouveau, et ainsi de suite. Lallemand a été plus loin ; il a cherché les conditions dans lesquelles on observait le mieux au microscope les zoospermes des divers animaux. Je ne suivrai pas cet expérimentateur jusque-là : seulement je dirai que tous ses travaux microscopiques l'ont conduit à conclure que, dans les maladies graves, les zoospermes sont réellement transparents; si on ne les aperçoit pas, il faut l’attribuer à la manière de procéder; quand ils sont dans. cet état, c'est après le desséchement de là liqueur séminale que l'on peut seulement les apercevoir. « Il est bon » d'étendre d’eau la liqueur séminale, afin de disséminer les animalcules et » de les observer jusqu’à ce que le desséchement soit complet: c’est aussi » dans cet éfat définitif qu’il faut comparer les zoospermes appartenant à des Fig, 657. ” individus différents, ou au même individu à des époques » différentes (1). »

Le diagnostic de la maladie que j'étudie n’est complet que e (&e quandon connaît les caractères physiologiques du sperme. Je vais les exposer sommairement et seulement au point de vue comparatif. Le sperme est un liquide dans lequel s’agitent une quantité innombrable d’animalcules, comme des têtards. La queue des zoospermes ou spermatozoaires, relativement au corps, est plus longue que celle des animaux auxquels je les 1 compare; la tête, près de son insertion, offre un point brillant | (figure 657, représentant ces spermatozoaires : a, spermatozoaire à plat; Ÿ, un autre placé de champ; €, zoosperme dont la tête présente une légère dépression; 4, deux granules spermatiques; e, des granules qui s’aplatissent mutuellement). Même à l’état normal, les zoospermes varient, chez les individus, quant au nombre, à l'aspect et aux dimensions, tandis que la forme est constante. Avant la puberté et après l’âge viril, le sperme ne contient pas d’animalcules, ou ces derniers manquent de leurs principaux attributs.

Voici les caractères microscopiques du sperme provenant des pollutions nocturnes. Sperme plus aqueux, animalcules moins développés, moins vivaces : au début de la maladie, aussi nombreux, quelquefois même plus nombreux qu'à l'ordinaire, plus tard raréfiés, à queue presque imperceptible; puis très rares, enfin nuls et remplacés ‘par des corpuscules brillants, à peu près du volume de la tête de chacun d'eux.

(1) Lallemand, Des pertes séminales, t, 1, p. 392.

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Dans les pollutions diurnes, les animalcules sont modifiés comme dans la variété précédente ; les globules brillants qui les remplacent sont pathognomoniques (Lallemand).

Voici maintenant les caractères microscopiques du sperme dans Les pollutions qui accompagnent ou suivent l'émission de l'urine. En vertu de sa pesanteur spécifique plus grande que celle de l'urine, on doit chercher le sperme dans les couches inférieures de l'urine. Cette manière de procéder est celle de MM. Donné (1), Mandi (2), Devergie. Lallemand préfère exprimer le canal après l'émission des urines, et recevoir sur le porte-objet ce qu’on en fait sortir. Ge procédé, qui est plus prompt, s'applique à toutes les variétés de pollutions ; il a de plus l'avantage de conserver les propriétés des zoospermes pendant des années, ce qui n'aurait pas lieu dans l’urine, surtout pour la liqueur séminale des tabescents.

Pour terminer ce qui à trait au diagnostic, il faut ajouter que si le malade consulte quand l'affection est à la dernière période, c’est-à-dire quand le sperme ne contient pas d’animalcules, ce qui est contesté, on n’a plus pour se guider que l’instantanéité des émissions et les circonstances dans lesquelles elles se manifestent.

Complications. — Il est rare que les pertes séminales soient à l’état simple, car elles sont elles-mêmes des complications de certaines maladies de la vessie, de la prostate, de l’urèthre et du rectum, maladies qui à leur tour aggravent ces mêmes pertes. Ce n’est d’ailleurs pas seulement ici que les causes deviennent effets, et vice vers ; quelquefois même, pour les lésions qui m'occupent, il est difficile de dire quelle a été la lésion initiale, quelle a été la lésion consécutive. J’ajouterai avec M. Raige-Delorme que les tabescents sont disposés aux caries, aux tumeurs blanches, aux déviations vertébrales, aux épanchements ; pour la phthisie et les affections des voies respiratoires, le fait a un bien plus haut degré de certitude (3).

Pronostic, — Il ne peut être question des pertes séminales qui, comme on le dit, jugent certaines maladies. Pour les autres, celles qui sont réellement des maladies, on peut dire qu’elles sont graves, car les effets portent sur tout l’homme ; par leur durée, elles altèrent profondément le moral et le physique, et conduisent au marasme.

Mais le pronostic devra nécessairement être influencé par la cause, par la lésion à laquelle la perte se rattache. Les pertes les moins graves sont celles qui se rattachent à la constipation, aux ascarides du rectam, à l'accumulation de matière sébacée sous le prépuce; celles qui se rattachent à un rétrécissement de l’urèthre, à de& hémorrhoïdes, à une fissure à l'anus, sont plus rebelles ; celles enfin qui succèdent à des excès de masturbation, ou dont la cause est mal connue, sont de toutes les plus inquiétantes. Quant à la

(1) Cours de microscopie. Paris, 1844, p. 273. Atlas, pl. XV, fig. 61. (2) Analomie microscopique.

(3) Dictionnaire de médecine en 21 volumes, nouvelle édition.

variété, les pollutions qui s’opèrent avec l'évacuation urinaire sont plus graves, car elles sont longtemps méconnues, et elles ont déjà fortement réagi sur l’économie quand on songe à les traiter : cependant on cite encore des cures radicales dans des cas qui semblaient réellement au-dessus des ressources de l’art.

‘Fraitement. — Il varie suivant la cause et les lésions auxquelles les pertes se lient.

Parmi les maladies de l'urèthre, Yuréthrite aiguë, luréthrite chronique, seront traitées comme je l'ai déjà indiqué (voyez t IV).

Quand, dans les antécédents de celui qui a ces pertes, on trouve la syphlis, on doit la traiter; mais ici on usera avec ménagement des mercuriaux, car, à des doses un peu fortes, ils peuvent agir sur la constitution de manière à l’altérer davantage; on est obligé alors de les suspendre, et le mal s'aggrave.

Lallemand a blâmé la tendance des malades et des médecins à croire à un virus vénérien latent, toutes les fois que les pollutions ont été précédées d’une où plusieurs blennorrhagies; dans cette idée, on entreprend un traitement antisyphilitique qui aggrave l’état local et l’état général. fais ce n’est pas là une raison pour tomber dans l’excès contraire, c’est-à-dire pour rejeter l'influence de la vérole dans la production ou dans la persistance de la spermatorrhée ; le principal, c’est de’savoir diriger le traitement antisyphilitique de manière qu’il ne compromette pas la constitution : si l’on constate que celle-ci en souffre, on le suspend, pour le reprendre plus tard avec des modifications. |

Qu'on admette ou qu'on rejette la doctrine de Lallemand sur la nature et le mode de développement des pertes que j'appellerai inflammatoires, toujours est-il qu'il y a des cas où les vésicules sont irritées et même enflammées : alors on doit imiter Hippocrate, qui conseillait les lotions tièdes, les lavements émollients, le régime lacté, le repos, l’abstinence du coït et des stimulants qui portent à l'érection, la promenade sans fatigue, etc., et se garder de prescrire, comme le font certains médecins de nos jours, les applications froides et les bains de rivière, etc. Si cette inflammation est chronique, ac- : compagnée de douleurs dans le petit bassin, au périnée, le long des cordons spermatiques ou aux testicules, les applications de sangsues sur les points les plus douloureux peuvent convenir. Malheureusement l’atonie des vésicules coïncide souvent avec la phlegmasie chronique de ces organes, ce qui indique des remèdes contradictoires : on est exposé alors à combattre un état par un moyen qui aggrave l’état contraire. Pour sortir de ce, cercle vicieux, Lallemand propose l'application du nitrate d'argent sur la portion prostatique de l'urèthre, non pas à dose cautérisante, mais seulement dans l'intention de modifier la vitalité de cette surface muqueuse. Après ce moyen, boissons rafraîchissantes à haute dose, bains et lavements simples, régime lacté et végétal; car à la suite de cette petite opération, pendant vingt-quatre, trente-

SPERMATORRHÉE, 123 six ou quarante-huit heures, l'émission de l'urine est douloureuse, fréquente et sanguinolente, et d'autre part, pendant ce temps, les pertes séminales sont plutôt augmentées que diminuées, ce qui est pleinement d'accord avec la théorie de Lallemand. L'effet ne peut être obtenu que quelques jours après. Si une première application du nitrate n’a pas produit les résultats avantageux qu'on en attendait, on y revient une seconde fois : cependant on mettra toujours un mois d'intervalle entre chaque application du caustique ; on ne doit du reste en tenter une troisième que lorsque la seconde à été d’une utilité marquée. Toucher rapidement, vider d'avance la vessie afin d'agir à sec sûr la portion prostatique, enfin pratiquer l'opération dans la position horizontale du malade, pour n'être pas gêné par ses mouvements, ce sont là trois précautions recommandées par Lallemand.

Les pollutions déterminées par l’onanisme rentrent presque toujours parmi celles dont je viens de parler. On a donc appliqué ici le même moyen.

« J'ai remarqué, dit Lallemand, que les effets de la cautérisation (1) sont » d'autant plus certains que les signes d’une sensibilité exaltée sont plus » prononcés ; ces cas sont aussi ceux où les toniques, la glace et les bains s froids, conviennent le moins. » | |

La thérapeutique à diriger contre les ascarides verm iculaires ou oxyures est aussi facile que le diagnostic. On réussit avec de l’eau froide, des lavements froids, des douches froides (à 25°, 15°, 10°). On doit craindre l’eau trop froide, qui déterminerait des contractions spasmodiques de l'intestin, et par consensus, dit-on, des contractions des vésicules, et, partant, des pertes. On à aussi attribué le même effet à l’eau. Dans le cas d'insuffisance de ces moyens, on emploie l’eau, les infusions d’armoise, l’onguent napolitain porté dans le rectum, comme le conseille M. Cruveilhier, Si les asçarides remontent assez haut pour échapper à l’action de ces topiques, on combat la constipation par les moyens ordinaires, en évitant d’aller jusqu’à amener la diarrhée, car ce serait une nouvelle cause de spermatorrhée.

Le traitement de la fissure, de la fistule à l’anus, des hémorrhoïdes, des polypes et autres lésions organiques, les opérations motivées par ces maladies, ont été exposés longuement dans la dernière partie du quatrième volume. |

Les affections des organes extérieurs de la génération, comme l’irrilation du prépuce entretenue par la matière sébacée, sont dissipées tantôt par des moyens de propreté, ou bien par des lotions avec l’eau de rose et une légère proportion de sulfate de zinc et d'acétate de plomb ; ces moyens rendent la sécrétion sébacée moins abondante. L'opération est le moyen le plus sûr de détruire cette cause. Le procédé de circoncision que J'ai imaginé remplit parfaitement l'indication sur laquelle Lallemand a insisté avec raison.

(1) C'est-à-dire de l'application du caustique comme modificateur de la vitalité des parties,

Les dartres que l’on rencontre souvent sur l’une et sur l’autre face du prépuce, sur le scrotum, enfin à la marge de l'anus, nécessitent des moyens locaux appropriés, et presque toujours, selon M. Lallemand, guérissent sous l'influence de bains hydro-sulfureux.

Dans le traitement des pollutions par susceptibilité nerveuse, les calmants et les narcotiques sont indiqués; mais ils ont l’inconvénient de produire de la céphalalgie et de la constipation : aussi se trouve-t-on bien de commencer par la thridace (40-60 centigrammes), d’abord seule dans l’eau de laitue, puis avec du sirop de nymphæa (30-40 grammes); on peut tenter le camphre, les rubéfiants au périnée. MM. Civiale et Lallemand ont employé avec succès l'introduction de la sonde dans l’urèthre. Pour que l’effet désiré soit produit, il faut que la sonde reste dans le canal jusqu’au moment où elle y détermine des contractions, qui, d’ailleurs, ne se font pas attendre : alors on la retire. On recommence cette manœuvre tous les cinq ou six jours. Ce qu'il y a de remarquable, c’est que le bien-être qui suit est en rapport avec l’agacement que la sonde produit. La sonde, comme je l'ai dit ailleurs, tanne pour ainsi dire la muqueuse, qui perd ainsi sa grande sensibilité. On a dit qu’il faut en venir à la cautérisation quand les malades se refusent à cette espèce de cathétérisme ; mais je me demande alors si lé malade qui à refusé un simple cathétérisme acceptera l’autre moyen, qui est luimême un cathétérisme avec le caustique de plus.

Le fraitement du relâchement primitif comme cause des pollutions ne doit pas être le même que le traitement du relächement qui est consécutif et qui à été considéré comme effet de ces mêmes pollutions. On doit traiter le premier pour faire disparaître les pollutions, et traiter les pollutions pour faire disparaître le second ; voilà la double indication que fournit la théorie. Mais que de difficultés dans la pratique! Contre le relâchement qui est cause, on dirige des toniques (quinquina, martiaux, bains froids, frictions aromatiques sur la colonne vertébrale, alimentation réparatrice), et galvanismes à courants dirigés des lombes au pubis.

IL faut rejeter avec Lallemand les cantharides, les vésicatoires volants et le phosphore. Faut-il avoir plus de confiance dans le seigle ergoté? Faut-il ajouter foi à ce qu’on a avancé sur l'efficacité des excitants &énéraux et spéciaux (menthe, girofle, vanille, etc., etc.), du copahu et de la térébenthine? Les bains froids ont joui d’une grande faveur ; ils sont utiles contre les pollutions par relâchement; mais on en a peut-être abusé en les employant dans d’autres circonstances, ce qui vient peut-être aussi de ce que beaucoup de praticiens attribuent au relâchement la majeuré partie des pollutions. Les bains froids et tous les réfrigérants, tant à l'extérieur qu’à l’intérieur, comme les mercuriaux, ne peuvent être tolérés par une constitution déjà détériorée. |

Lallemand ne recommande les bains de rivière ou de mer que dans les cas de pollutions nocturnes simples. Il préfère contre les autres pollutions

par inertie les applications de neige ou de glace sur les lombes ou le périnée. Des douches froides peuvent être dirigées sur ces mêmes parties.

Les boissons froides et la glace prise à l’intérieur sont vantées par beaucoup de médecins; mais il y a ici des restrictions à faire, surtout quand il y a des irritations gastro-intestinales, un catarrhe de la vessie, et même une uréthrite.

La saison n’est pas non plus indifférente; on sait qu’en été la réaction s'opère facilement, tandis qu’en hiver elle serait très laborieuse. Le COrPS, en effet, lutiant déjà contre le froid, supporte mal de nouvelles soustractions de calorique. Le mode d'administration de la glace diffère suivant les praticiens : Sainte-Marie, par exemple, la donne pilée, mêlée avec du sucre et de l’eau de fleur d'oranger, à la dose de deux ou trois cuillerées, le matin, à midi et le soir. Lallemand conseille de se conformer au goût du malade, qui peut, s’il le désire, avaler de petits fragments, ou faire usage de lait glacé, autant comme aliment que comme boisson. Enfin, et nous l’ajoutons seulement pour ne pas être incomplet, Sainte-Marie dit avoir guéri les pollutions nocturnes les plus invétérées en administrant l’eau de chaux, d’abord à la dose de deux cuillerées dans du lait trois fois par jour, puis à une dose progressivement croissante.

Je ne saurais trop recommander, en terminant, de reicver le courage du patient pendant le cours de la maladie. IT y a là à faire un véritable traitement moral. M. Lisle vient de faire une lecture à l’Académie de médecine (1) sur les rapports des pertes séminales avec l’aliénation mentale. On fera bien de lire ce travail, qui m'a paru intéressant et utile.

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