IRRITABILIS TESTIS
Irritabilis testis.
Dans un grand nombre de cas, le malade affecté de fesicule ipritable ne peut supporter la plus légère pression sur le testicule, ni même le frottement des vêtements contre cet organe. Les mouvements du testicule lui causent une douleur si vive, que souvent il est obligé de se priver de tout exercice et de rester toujours couché sur le dos. La sensibilité morbide n’est pas toujours bornée au testicule : elle s'étend de long du cordon jusque dans les aines, si bien que, dans certains cas, le passage des fèces ou la distension du côlon par des gaz produit du malaise ou réveille la douleur. Celle-ci est plus vive lorsque le malade est debout et que le testicule n’est pas soutenu. Elle est fréquemment rapportée à un point de l'organe qui jouit d’une sensibilité plus exquise que les points environnants. Dans certains cas, les deux testicules sont affectés; l’un peut l'être un peu plus que l’autre; dans les autres cas, la sensibilité anormale est bornée à un seul côté, généralement le gauche. Les parties affectées ne présentent aucune altération appréciable, si ce n’est un certain engorgement, surtout au cordon, une légère dilatation des veines spermatiques, et la flaccidité du scrotum. La douleur est ordinairement de longue durée et persiste pendant plusieurs mois ; les personnes qui y sont sujettes sont généralement d’un tempérament débile et nerveux, déjà affectées de dyspepsie ou d’hypochondrie, et se livrant avec peine à tout exercice du corps ou de l'esprit. S'ils ne le sont déjà, les malades deviennent mélancoliques; la vie n’a plus pour eux ni joie ni jouissances, leurs souffrances absorbent toutes leurs pensées ; ils s’imaginent qu'ils ne guériront jamais: et, tandis que les uns deviennent de plus en plus inquiets en voyant leur vigueur se perdre, les autres demandent à grands cris la castration comme le seul moyen de mettre fin à des douleurs devenues insupportables.
La sensibilité morbide du testicule est intimement liée à l'état des fonctions génitales, et dépend souvent de l’abus qu'on en fait. Dans plusieurs cas, j'ai pu voir qu’elle est consécutive à la masturbation et à des pertes séminales involontaires, et je l'ai vue disparaître avec la spermatorrhée. La continence la produit quelquefois. J'ai su qu’une personne de mœurs pures qui avait été affectée de cette maladie en avait été guérie par le mariage. Les testicules, comme les mamelles, présentent souvent cette sensibilité lors de la puberté. Dans un certain nombre de cas, cette affection succède à une orchite. Quoique fort pénible, cette maladie n’est point mortelle; elle peut même guérir spontanément.
Kraitement, — La première chose à faire, c’est de s’enquérir de la cause de l'affection. Il faut examiner attentivement l’état de la santé générale et des organes de la digestion. La quinine peut être administrée avec avantage, Dans un grand nombre de cas, le changement de climat, les voyages,
Ah MALADIES DU TESTICULE.
en détachant l'esprit du malade de la pensée constante de ses souffrances, ont produit d'excellents effets. fl arrive souvent que, lorsque le malade est absorbé par une occupation quelconque, il n’a plus aucune douleur. Comme dans beaucoup d’autres affections nerveuses, les souffrances sont d'autant plus vives qu’on y fait plus d’attention.
Les bains froids, les douches d’eau froide, peuvent aussi agir d’une manière très utile dans cette maladie. L'usage du suspensoir doit toujours être recommandé, dans le but d’alléger les douleurs. Dans trois cas où Curling a pu rattacher la sensibilité anormale du testicule à des pertes séminales, la cautérisation, avec le nitrate d'argent, de la portion prostatique de l’urèthre, a produit une guérison solide, On ne doit jamais faire la castration pour une pareille maladie, car elle peut, tôt ou tard, guérir spontanément, et il est toujours possible d'en faire justice par un traitement rationnel. Ranberg rapporte l’histoire d’un malade à qui l’on fit la castration. Le testicule enlevé fut trouvé parfaitement sain, seulement les veines du cordon étaient légèrement dilatées. Huit jours après l'opération, la douleur se fit sentir de l’autre côté, et ce fut le mariage qui la guérit.
ARTICLE IT, Névralgie du testicule.
Dans le éesticule irritable il n’y a qu’une sensibilité anormale, qui persiste rarement lorsque le malade est en repos et que les testicules soutenus par un suspensoir ne subissent aucune pression ni aucun frottement. Mais les nerfs du testicule sont suscepubles d’une autre affection présentant les caractères de la vraie névralgie : c’est une douleur brusque et vive, se montrant par accès à des intervalles généralement irréguliers, mais quelquefois réguliers. Le malade, tantôt se plaint d’élancements aigus, d’autres fois il accuse une sensation de déchirure et de piqûre, et ces douleurs sont ordinairement accompagnées de la rétraction du testicule, quelquefois de nausées et de vomissements. Le docteur Graves rapporte un cas dans lequel le malade, en proie aux souffrances les plus atroces, le corps ruisselant | d’une sueur froide, se roulait par terre comme dans les convulsions de l’agonie.
Dans l'intervalle des accès, il arrive quelquefois que le testicule peut être palpé sans douleur, mais souvent la névralgie est accompagnée d’une sensibilité anormale à la presion, et celle-ci est suivie d’un accès de douleur.
Dans le plus grand nombre des cas, le testicule ne présente aucune altération. Mais lorsque les douleurs ont existé pendant longtemps et avec une certaine intensité, cet organe reste sensible et présente même un certain degré d’inflammation.
Cette maladie n’est pas accompagnée de fièvre, mais la violence et l’opiniâtreté de la douleur ont jeté le trouble dans l’économie, et les fonctions
NÉVRALGIE DU TESTICULE. 145 s’exercent ordinairement mal. La névralgie testiculaire est presque toujours bornée aux nerfs spermatfques d’un seul côté.
La névralgie du testicule survient à tout âge, et reconnaît plusieurs causes. On l’a vue liée au spasme du crémaster qui accompagne, en certains cas, les douleurs rénales, et être produite par le passage d’un calcul à travers l’urèthre. Curling a constaté que souvent l’état variqueux des veines du cordon était accompagné de douleurs névralgiques de ce cordon, et, ces douleurs disparaissant avec la dilatation veineuse, il croit pouvoir en conclure que l'une est la cause des autres. Mais il arrive rarement que la cause de la névralgie soit aussi évidente que dans les circonstances précédentes.
On a examiné attentivement le testicule; les nerfs du cordon ont été disséqués avec tout le soin possible ; et l’on n'a rien trouvé qui pût rendre compte de la maladie. On a placé le siége primitif dans la moelle épinière ; d’autres fois elle a paru dépendre d’un trouble des fonctions digestives, et, dans certains cas, elle a paru évidemuwent liée à une diathèse goutteuse. On l'a vue succéder à une orchite chronique ; mais, dans la majorité des cas, il n’est pas possible d’assigner une cause à cette affection.
Mraitement. — C’est la cause de la maladie, quand on à pu la découvrir, qu'il faut prendre pour guide. On traitera donc selon le cas, l'affection calculeuse des reins, le varicocèle; on extraira les calculs qui sont arrêtés dans l’urèthre. Quand on ne peut arriver à connaître la cause de la maladie, force est bien de traiter empiriquement. Si la douleur est intermittente, on obtient de bons effets du sulfate de quinine à forte dose, comme 25 centigrammes en trois doses par jour, ou de la liqueur arsenicale.
Dans le cas auquel nous avons fait allusion plus haut, le docteur Graves se rendit maître de la douleur au moyen du sesquioxyde de fer fraîchement préparé, donné à larges doses, et d’onctions belladonées sur les testicules et Je cordon. En pareil cas, la térébenthine est encore d’une grande utilité, quoïqué la maladie ne dépende pas d’une affection des reins. Les préparations d’opium, de jusquiame, d’aconit, pourraient alléger pour un temps la douleur. Une pommade, dans laquelle 1 entre 25 centigrammes de chlorhydrate de morphine sur 30 grammes d’axonge, produit le même effet. Curling à quelquefois eu à se louer de la jusquiame à la dose de 25 centigrammes mêlés à 2 centigrammes d’acétate de morphine, et donnés deux fois par jour.
Je n’ai pas confiance en la vératrine et je ne crois pas à l’iodure de mer- Cure. Le mercure n’est utile que lorsqu'il est donné à petite dose pour améliorer l’état des sécrétions. |
Les malades, dont la patience est mise à bout par l’opiniâtreté de la douleur, demandent quelquefois la castration. Gette opération donne rarement un résultat satisfaisant, et plus mon expérience s'étend, moins je suis encouragé à la faire, On ne devrait d’ailleurs se résoudre à la pratiquer que lorsque le siége de la maladie est dans l'appareil testiculaire (Curling). Le docteur
Mac Gulloch rapporte un cas dans lequel, après l'opération, la douleur reparut dans le cordon. ;
M. Rüssel a rendu brièvement compte de trois cas de cette affection qu'il a eu occasion d'observer à Édimbourg. Dans le premier, la castration fut pratiquée et le malade recouvra la santé et la vigueur. Un praticien, encouragé par cet exemple, résolut de l’imiter, mais le succès ne répondit point à s6h attente. La douleur revint et finit par atteindre l'intensité prémière. Däns lé troisième cas, le médecin conseilla à son malade de prendre én patiénce un thal que le temps guérirait tout seul, ét au bout de dix-huit mois, le temps donna raison au médecin. A. Cooper rapporte trois cas dans lesquels il fit avec succès la castration. Dans le premier, la névralgie était consécutive à une gonorrhée ; il n’y avait pas d’orchite : la castration guérit entièrement le ialade. Dans le second, la névralgie était compliquée d’un varicocèle : l'opération guérit les deux affections. Enfin, dans le troisième, une orchite chronique avait précédé et accommpagnait la névralgie : la castration eut un plein succès. Malgré ces succès d’A. Cooper, je pense, comme Curling et la plupart des auteurs, qu’il faut s'abstenir de cetté grave opération. Quand il m'a été impossible dé refuser üne opération au malade, dont les cruëlles souffrances lui faisaient demander les secours de la chirurgie, j'ai préféré la ligature des veines du cordon spermatique d’après la méthodé que M. Reynaud (de Toulon) employait pour la curé radicale du varicocèle. J’ai réussi ainsi dans ce cas. Il est vrai qu'il y avait alors un péu dé dilatation veineuse. J'ai réussi une fois par le débridement du testicule.
ARTICLE IIL Inflammations des testicules et de leurs annexes.
Les inflammations les plus fréquentes, et qui ont le plus d'importance, sont celles qui sévissent sur le testicule, ce sont les orchites.
ORCHITES.
Les affections aiguës du testicule, qu’on a appelées orchites, né sont pas toutes des inflammätions réelles. Dans le plus grand nombre dés càs, au contraire, ce sont de simples congestions, des engorgements que je compare à l’engorgement du sein appelé po?? (voy. & IV). Cette explication donne la raison des succès presque cértains qu’on peut se permettre par toutes les médications possibles. Ainsi, si vous voulez vous donner le mérite d’une invention thérapeutique, vous n’avez qu'à appliquer le premier topique venu sur des testicules aïnsi éngorgés, il vous sera toujours possible de recueillir un assez grand nombre d’observations constatant vos succès que vous ferez
valoir. | La congestion sévit sur tout le testicule, ou n’affecte qu’une ou deux
ORCHITES NON BLENNORRHAGIQUES. 1h47
parties de cet organe (4). I y a donc des inflammations générales, d’autres partielles.
Je sais toutes les objections que soulève cette division Hi porte sur l’anatomie, mais je ferai ici des réponses analogues à celles qu’on trouve dans le deuxième volume, quand il à été question des diversés espèces d'ophthalmie. Ilest évident que, si l’on ne considérait comme inflammations générales des testicules que celles qui sont au même degré d'intensité dans toutes les parties dé cet organe, il est évident qu'avec ces exigences On trouverait très peu d'orchites générales, car le plus souvent une de ces parties (la glande) est très peu atteinte. D'un autre côté, si l’on ne considérait comme orchites partielles que les inflammations tout à fait concentrées dans un seul élément du testicule, on trouverait encore moins de ces inflammations, Surtout à l'état aigu. Ainsi, comme pour l’œil, il peut y avoir ici des inflammations générales et des inflammations partielles, c’est-à-dire des cas où l’inflammation sévira sur tout le testicule, où plus particulièrement sur l’épididyme (épididymite), ou sui la tunique vaginale (vaginalite), ou sur la glande (orchite proprement dite), que j'appelle orchite parenchymateuse pour bien indiquer son siége, Car si je l’appelais seulement orchité, on la confondrait avec l’orchite générale,
Voici d’ailleurs comment j'étudierai les orchites, j'en ferai deux paragraphes : dans le premier, le plus court, je traiterai de l’orchite non blennorrhagique ; dans le second, je traiterai avec beaucoup plus de développement de l’orchite blennorrhagique, et là, après avoir décrit l’orchité comme occupant toutes les parties du testicule, j'établirai autant que mes recher-
ches pourront le permettre, les variétés épidid ymite, vaginalite, orchite parenchymateuse.
ORCHITES NON BLENNORRHAGIQUES.
Selon M. Velpeau (2), les inflammations du testicule ayant leur point de départ dans la vessie ou dans l’urèthre, sans qu’il y ait blennorrhagie, présentent quelques Caractères communs et plusieurs caractères dissemblables ; ainsi toutes débutent par l’épididyme : tantôt aussi le canal déférent est compris dans linflammation, et tantôt il y reste étranger. Mais la marche du gonflement ét des autres phénomènes inflammatoires n'offre plus la même régularité, la même uniformité que dans l’orchite blennorrhagique ; bien plus, l’orchite alors présente presque autant de nuances qu'il y a, dans l’urèthre ou la vessie, de causes capables de la produire.
L’orchite, qui est un accident de l'introduction des corps étrangers dans l'urèthre, d’une bougie, d’une sonde, d’un cathéter, d’un instrument litho-
(4) Ces parties sont l'épididyme, la tunique vaginale, la glande, c’est-à-dire le parenchyme même du testicule.
(2) Dictionnaire de médecine en 30 volumes, 2° édit., article TesricuLe.
triteur, atteint rapidement son sammum d'intensité ; il est rare alors que la tumeur devienne très rouge et aussi douloureuse que dans l’orchite blennor= rhagique; il est rare aussi qu'il s’accumule de la sérosité dans la tunique vaginale, qu’il y ait vaginalite ; le plus souvent, enfin, ce genre d’orchite se termine par résolution complète dans l’espace de six à dix jours, sous Pinfluence de simples topiques émollients ou légèrement résolutifs. Quand cette orchite se manifeste, on doit suspendre toute manœuvre dans l’urèthre, condamner le malade au repos, prescrire des bains tièdes, et appliquer sur les bourses des cataplasmes adoucissants; mais il est juste d'ajouter, dit M., Velpeau, que j'ai vu plusieurs fois le mal se dissiper, quoique ces précautions eussent été négligées, et que les dilatations de l’urèthre ou les. séances de lithotritie qu’on avait commencées n’eussent point cessé.
Une orchite non blennorrhagique par excellence est celle qui, selon M. Velpeau, se produit à la suite d’ane marche forcée, par la station verti= cale, par l’action de porter, de soulever un lourd fardeau, par tous les genres d'efforts qui peuvent retentir dans l’aine. Cette orchite se distmgue de l’orchite blennorrhagique non-seulement par sa cause, sa marche, ses caractères anatomiques, mais encore par ses suites presque constamment bénignes. En avril 1851, il y avait, dans mon service à l'hôpital du Midi, un malade ayant une orchite provenant d’un grand effort pour pousser une charrette.
« La disposition des muscles et des aponévroses de la région iliaque, dit M. Velpeau, me paraît expliquer le fait sans difficulté. Si l’on suit avec soin les fibres du muscle droit de l'abdomen, on voit effectivement que quelques-unes d’entre elles se détachent inférieurement de son bord externe, en prenant le caractère fibreux pour se diriger en dehors, passer en forme d anse sous le canal déférent, et aller se terminer sur la lèvre interne de la crête iliaque. Ces fibres forment la moitié inférieure de l’ouverture abdominale du canal inguinal; étant ainsi plus élevées par leurs extrémités que par leur milieu, le muscle droit ne peut pas se contracter sans que leur partie concave se relève en se redressant, réagisse par conséquent de bas en haut contre le canal déférent, les vaisseaux et tous les éléments constituants : du cordon spermatique, qui se trouve par là comme pincé dans une espèce de boutonnière toutes les fois que l’homme se livre à des efforts un peu violents. Je trouve donc tout naturel qu’un certain nombre d’orchites aiguës puissent être produites par de violentes actions musculaires. » Il y à d’ailleurs une expérience bien simple qui prouve l’action de l’anneau inguinal externe sur le cordon. Quand cet anneau est un peu dilaté, on passe le doigt entre les deux piliers, qui reviennent serrer un peu ce doigt si l’on fait tousser le malade.
« Il résulte de même de cette particularité, continue M. Velpeau, que souvent l’orchite blennorrhagique trouve sa cause occasionnelle dans un effort, et que la maladie de l’urèthre n’en est que la cause prédisposante ;il
ORCHITES NON BLENNORRHAGIQUES. 149
en résulte aussi que les orcaites nées sous cette influénce font naître une tumeur qui débute par l’épididyme ou le canal déférent, que Purèthre et la vessie soient altérés ou non; par conséquent, l’orchite aiguë non uréthbrale, due à cette cause, présente les mêmes caractères anatomiques que l’orchite uréthrale, si bien qu’elle se confond, par ses suites possibles et ses causes, avec l’orchite uréthrale; par son mécanisme et la forme des parties gonflées, elle offre encore ceci de particulier, qu’elle tient pour ainsi dire le milieu entre l’orchite blennorrhagique et l’orchite phlegmoneuse, sous le point de vue de la tendance à se terminer par suppuration ou par l’état chronique (1). ».
Je ne nie pas l'orchite par effort, puisque je l'ai observée; mais j'ai la conviction que, plus d’une fois, on l’a admise un peu légèrement. Voici ce qui à trompé l'observateur, et ce qui a fait augmenter le chiffre de cette affection du testicule. Un ouvrier porte des tubercules dans le testicule. Ils sont petits, indolents ; il ne les soupçonne pas le moins du monde. Un jour ces tubercules faisant office de corps étrangers, déterminent une inflammation de l’épididyme. Il se présente à un chirurgien non prévenu de cette circonstance; il n’a pas d’uréthrite; on lui demande s’il s’est livré à des efforts, et comme un ouvrier s’y livre tous les jours, il répond par l’affirmative, et l’orchite est mise sur le compte d’un effort. Le malade, dans le plus grand nombre des cas, sort après que l’état aigu est dissipé; on ne constate pas l'existence de tubercules, et l’on se trompe sur la cause.
J'ai nié pendant quelque temps l’orchite métastatique des oreillons. Elle existe cependant. Elle a surtout été observée dans ces derniers temps dans les hôpitaux militaires. Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu'après être resté plus de dix ans sans'en trouver un seul exemple à l'hôpital du Midi et dans ma clientèle, j'ai, dans la même semaine, vu deux individus affectés de cette forme. Ces deux orchites furent très légères. Le gonflement porta en même temps sur tous les éléments du testicule.
On à admis aussi une orchite rhumatismale. Voici une observation qui, d'après M. Bouisson (2), se rapporterait à cette variété.
G..., Cinquante et un ans, assez robuste, n’a jamais eu de maladies vénériennes. Depuis une dizaine d'années, il est sujet aux douleurs rhumatismales qui se fixent de préférence aux lombes et à l'épaule droite.
En décembre 1851, après avoir gardé longtemps des vêtements humides, il est atteint de rhumatisme aux genoux. Quelques sangsues et la poudre de Dower administrée quelques jours après pour favoriser une tendance aux sueurs, enfin l'ipécacuanha, prescrit contre un état bilieux marqué, le débarrassèrent assez promptement. Il était en voie de guérison et prenait des ali-
(1) Dictionnaire de médecine en 30 volumes, nouvelle édition, art, TESsTICULE, (2) Considérations sur l'orchite rhumatismale, clinique de M. Bouisson, par M. Fallot-Raymond, dans la Revue thérapeutique du Midi, 13 juiu 1853.
ments depuis deux jours lorsqu'il quitta, à notre insu, la flanelle dont il était | couvert. Quelques heures après, frissons intenses et prolongés, et douleur subite au testicule droit, qui ne tarde pas à s’engorger sans être très sensible à la pression. G... ayant lui-même appliqué dix sangsues, vit, cinq jours | après, la tuméfaction se porter sur la glande gauche. Cette feis l’erchite rhumatismale, ayant résisté aux annélides et à diverses applications narcotiques, céda en deux jours au vésicatoire appliqué sur la glande, moyen recommandé par M. le professeur Bouisson, et que le malade, d’ailleurs peu susceptible, ne trouva pas douloureux. |
Dans cette observation, le sujet était pur d’antécédents syphilitiques, et le diagnostic ne pouvait être douteux.
La différence entre l’inflammation testiculaire et l’orchite rhumatismale peut se résumer ainsi, d’après M. Bouisson : 4° l’inflammation testiculaire, par suite de blennorrhagie, se développe dans le cours d’écoulements peu. marqués et déjà anciens ; il est rare qu'il y ait coïncidence d’orchite-rhuma= tismale dans le cas d’uréthrite. 2° L’épididyme est la partie qui est atteinte la première, consécutivement à l’urétbrite ; il n’est pas souvent engorgé dans le rhumatisme, 3° En général, un seul côté est tuméfié dans l’inflammation du testicule ; les deux organes peuvent être à la fois le siége de la métastase rhumatismale, 4° La fièvre et les douleurs vives sont exaspérées par la moindre pression dans la première ; dans l’autre, il n’y à pas d'appareil fébrile et les douleurs n’augmentent pas par le toucher, ce qui fait voir qu'elle n’est pas réellement inflammatoire. 5° Dans l’orchite vénérienne, tous les tissus sont envahis; dans la rhumatismale, le tissu fibreux testiculaire est seul atteint : ce qui le prouve, c’est que la tuméfaction, les douleurs et les tiraillements sont moindres, 6° Dans l’orchite blennorrhagique, le’ traitement doit être surtout antiphlogistique, puisque l’inflammation est l'élément qui domine; dans la rhumatismale, les antiphlogistiques locaux ne sont pas indiqués im périeusement; pourtant ils sont quelquefois applicables, comme dans les deux faits déjà cités, En général, il est indispensable d'employer dans le principe des narcotiques huileux, qu’on associera ensuite aux vésicatoires appliqués sur le membre et quelquefois sur le testicule. :
ORCHITE BLENNORRHAGIQUE.
Le lecteur se rappelle, sans doute, les explications que j'ai données en tête de ce chapitre. Selon moi, toutes les lésions appelées orchites ne sont pas de véritables inflammations, le plus souvent il n’y a que congestion, fluxion.
Causes, — La blennorrhagie est souvent compliquée de cette forme d’engorgement du testicule. Pour qu'il se produise, il faut qu'il se joigne à la blennorrhagie d’autres causes mal déterminées. L'observation a prouvé cependant que cette complication a lieu surtout chez ceux qui n’observent
ORCHITE BLENNORRHAGIQUE. 151 aucune hygiène pendant l'existence de l’orchite, qui boivent trop, qui dansent ou montent à cheval; chez ceux qui font de longues courses ou qui ne s’éloignent pas des femmes pendant le traitement. On observe des malades qui, pendant la blennorrhagie, ne se livrent pas au coït, mais qui ne s’abstiennent pas complétement d’excitants analogues. Si vous observez des orchites opiniâtres, des orchites qui passent d’un testicule à l’autre, ou qui se répètent sur le même sujet, songez à ce que je vous dis ici. Un traitement de la blenuorrhagie mal ordonné, mal suivi, peut certainement avoir de l'influence sur le développement de l’orchite. Les injections ont beaucoup été accusées. Sans doute uu liqüide irritant peut déterminer une orchite, puisque le passage dans l’urèthre d’une bougie produit quelquefois le même accident. Cependant, pour être vrai, il faut convenir que l’orchite n’est pas l'accident le plus à craindre après les injections uréthrales. Une circonstance qui a surtout fait accuser les injections, c’est qu’on les pratique ordinairement aux dernières périodes de la blennorrhagie, c’est-à-dire à l’époque la plus favorable au développement de l’orchite, comine je l’établirai plus tard, Cependant je ne voudrais pas absoudré tout à fait les injections. Je dirai, en passant, que je possède deux faits qui prouvent que l’uréthrotomie peut même ‘tardivement donner lieu à des orchites très persistantes et se renouvelant sans cesse.
IL faut savoir aussi que l’orchite peut se déclarer, et cela assez souvent, dans les conditions hygiéniques en apparence les moins favorables au développement d’une inflammation : ainsi pendant le repos le plus complet du malade, et en plein traitement, non par les irritants, les injections, les résineux, mais pendant le traitement le plus antiphlogistique, le plus adoucissant. J'ai vu dans mon service un malade assez robuste qui a eu trois recrudescences d’orchites axec de violentes douieurs. El gardait cependant la position horizontale, était soumis à un régime doux, et n’avait commis aucune imprudence. L'orchite a éclaté quelquefois après un bain chaud pris avec beancoup de précautions.
L'intensité de l’inflammation uréthrale ne paraît avoir aucune influence sur le développement de l’orchite, Sur trente-sept malades affectés d’orchites, que M. Castelnau à interrogés dans ce sens, trente et un avaient médiocres ment souffert au début de la blennorrhagie, six avaient éprouvé des douleurs très vives, et un de ces six avait eu une hémorrhagie uréthrale qui était allée jusqu'à produire la syncope. Chez ce malade, l'orchite se développa pendant qu'il gardait le repos au lit et qu'il était encore dans une anémie très prononcée, suite des pertes de sang.
On a demandé si la blennorrhagie sèche pourrait donner lieu à l'orchite. Je préfère poser ainsi la question : Pendant la période de l’uréthrite, qui. est marquée par la sécheresse de l’urèthre, peut-il y avoir orchite ? Je réponds par l’affirmative, car je possède des faits confirmatifs de cette opinion, AC
Certaines époques’ de l’année, certains états de l'atmosphère, sont favora-
152 MALADIES DU TESTIQULE.
bles au développement de l’orchite. J'ai vu quelquefois, au moment où la température devenait brusquement très chaude ou très froide, le nombre des orchites s’accroître au point de simuler une épidémie.
L’orchite se déclare, en général, après la première, quelquefois après [a seconde, et jusqu’à la sixième semaine d’une blennorrhagie. J'ai dit précédemment, en traitant de la blennorrhagie uréthrale chez l’homme (voy. t. IV}; que, dans le plus grand nombre de cas, elle avait la fosse naviculaire, la ré: gion antérieure de l’urèthre pour siége primitif. De là linflammation gagne insensiblement ou brusquement, à une époque variable de sa durée, les au= tres régions du canal. L’orchile ne survient, en général, que quand l’inflam: mation s’est avancée jusque dans la portion du canal enveloppée par la pro= state. Dans les cas où l'accident ne se manifeste qu'après la cessation de l'écoulement, et, comme on l’a observé, au bout de huit jours dans un cas," de quinze jours dans un autre, il faut supposer qu'un reste d’irritation s'était maintenu dans la région prostatique de l’urèthre ou au col de la ves= sie. On verra alors les malades ne plus avoir d'écoulement, mais souffrir un: peu en urivant, éprouver des ardeurs d'urine. Comme il est possible, d’un autre côté, que l’inflammation débute par la région prostatique, ou du moins qu’elle y arrive promptement, il est facile de s'expliquer les cas d’orchite qu'on à rencontrés soit au début, soit à une période peu avancée, soit même avant l'apparition de l’écoulement. Ceci revient à dire que cette forme d’orchite ne vient jamais sans uréthrite, soit que l’écoulement , phénomène or= dinaire de cette inflammation, ait lieu ou non.
Les circonstances d'âge ne présentent rien de très positif pour l’orchite en général; cependant on peut dire qu’elle est moins fréquente à un âge avancé. L’orchite parenchymateuse me paraît plus fréquente chez les sujets qui prennent la chaudepisse de dix-huit à vingt et un ans ; tandis que chez les hommes plus âgés, ceux qui la prennent de trente-cinq, quarante-cinq à cinquante ans, il y a plus souvent des accidents Se côté de la prostate et de la vessie. Cependant, aujourd’hui 5 mars 1852, il y a dans mon service, à l’hôpital du Midi, deux sujets âgés de trente ans mn qui ont des orchites parenchymateuses.
L'orchite peut être double, mais il est rare que les deux testicules soient pris en même temps ; en général, un seul est atteint, et quand l’autre s’enflamme, c’est après que le premier a subi un commencement de résolution. Il est très rare, mais cela existe, que l’inflammation passe rapidement d’un testicule à l’autre sans laisser de traces sur le premier envahi. Mais toutes les fois que vous observerez une orchite douteuse, explorez bien l’épididyme , souvent vous trouverez des tubercules dans cette partie de l'organe. C’est le gauche qui est affecté quand l’orchite n’est que d’un côté, et c’est du côté gauche que commence l’inflammation quand elle doit envahir les deux côtés. On peut expliquer ce phénomens par le retour du sang du testiculé gauche, qui est plus difficile qu’à droite. La partie du testicule qui est le plus souvent
ORCHITE BLENNORRHAGIQUE. 153 et la première affectée, c'est l’épididyme ; c’est à aussi que l’inflammation persiste le plus longtemps.
On prétend que l'écoulement se supprime quelquefois, lorsque l’orchite apparaît, que très souvent sa quantité est brusquement diminuée. Ce qu’il y a de plus général et de plus vrai à dire, c’est que, quand on observe l'orchite, il y a peu d'écoulement, et cela pour une bonne raison , puisque c’est précisément au déclin de la blennorrhagie que lorchite à lieu , c’est-à-dire au moment où l'écoulement est peu considérable, La diminution ou la suppression de l'écoulement a donc précédé l’orchite, du moins dans le plus grand nombre des cas. Il ne faudrait pas pour cela nier l'influence de l’orchite sur la diminution ou la cessation de l'écoulement, car lorsque l’inflammation testiculaire cesse, on observe, en général, une augmentation ou un retour de l'écoulement. Il peut arriver aussi que tout finisse en même temps, orchite et uréthrite: D'ailleurs, voici des chiffres appartenant à MM. Gaussail, Aubry et de Castelnau : sur 487 cas, il y en a 161 dans lesquels l’écoulement a diminué d’une manière brusque au moment où l’orchite s’est développée, et il y en a 9 dans lesquels il a été entièrement supprimé. Des 15 qui sont restés stationnaires, 13 ont été observés par M. Aubry, et ce médecin fait remarquer que tous étaient relatifs à des sujets qui étaient atteints d’une blennorrhagie déjà ancienne et peu abondante.
Pathogénie. — On a diversement expliqué l’envahissement du testicule par l’inflammation blennorrhagique. On à admis la sympathie, l'extension , la métastase. C’est la théorie de l’extension, de la propagation de la phlegmasie de proche en proche, qui est aujourd’hui le plus généralement admise. L’inflammation s’étendrait de l’urèthre au canal éjaculateur, de celui-ci à la vésicule séminale, puis au canal déférent ; elle arriverait ainsi à l’épididvme. M. Velpeau a partagé cette opinion, il a de plus cherché à se rendre compte des faits; il semblerait, selon ce professeur, que l’induration , le gonflement du canal déférent, dussent toujours préexister au gonflement de l’épididyme, si l'inflammation part toujours de l’urèthre pour venir au testicule. Il est vrai que les choses se montrent souvent ainsi, que l’épididymite se prolonge, chez un certain nombre de malades, jusque dans le canal inguinal et même jusque dans la fosse iliaque, sous la forme dure, douloureuse, égalant le volume d’une grosse plume et quelquefois même du petit doigt, facile à reconnaître pour le canal déférent. Mais il faut convenir, d’un autre côté, que cette corde indurée n’est pas constante. Assez souvent même le canal déférent et tout le cordon testiculaire sont parfaitement souples, insensibles, dans l’état tout à fait normal, depuis le testicule jusque dans le bassin. Une observation attentive du début de la maladie apprend seulement, en pareil cas, qu'avant d'exister dans les testicules, la douleur, la sensibilité du moins, a été éprouvée au périnée ou au col de la vessie, puis dans la fosse iliaque et dans le canal inguinal. N’est-il pas permis de supposer, après tout, que linflammation peut s'établir dans les testicules à peu près comme
154 MALADIES DU TESTIGULE.
dans les ganglions lymphatiques, c’est-à-dire par la rétrocession ou par la progression de quelques parcelles irritantes allant de prôche en proche, de l’urèthre jusqu’à l’épididyme, sans enflammer notablement le conduit qui les transporte ? D'ailleurs l’inflammation elle-même peut se borner à la surs face muqueuse du canal déférent, tandis que quelquefois elle réagit sur toute l'épaisseur de ce canal, d’où il suit que l'absence de gonflement, de dureté, de sensibilité même, ou de douleur dans ce conduit, une fois lor= chite établie, se comprend tout aussi bien que l’état contraire, Il n’y a là en définitive, dit l’auteur cité, que ce qui est admis et qu’on observe tous les jours dans les canaux de toute sorte, dans les vaisseaux lymphatiques en particulier.
M. de Castelnau, qui a écrit, dans les Annales des maladies de la peau, un article sur l’orchite, s’est rallié à la doctrine de la métastase, Selon lu, ce n’est pas l'humeur qui est transportée, mais la cause blennorrhagique, si je puis m’exprimer ainsi. J'avoue que, pour mon compte, sans nier les or= chites par extension de la phlegmasie qui ressemblent à celles qu'on voit surgir après le passage d’une bougie, d’une sonde dans l’urèthre, je suis très porté à admettre la métastase pour un certain nombre de cas, car la blennorrhagie est une des maladies qui se prêtent le mieux à celte espèce de déplacement. D'où vient, en effet, qu'il n’y a ordinairement qu’un testicule de pris? Les orifices des canaux éjaculateurs sont cependant bien voisins, et pour peu que l'inflammation de la portion profonde de l’urèthre soit étendue les deux méats devraient subir la même influence, D'où vient aussi que dans certains cas, l’orchite passe avec une grande rapidité d'un côté à l'aus tre, sans laisser de trace de son existence du côté qui vient d’être abandonné par la maladie? D'où vient, enfin, que quelquelois le canal déférent ne.se gonfle qu'après l’épididyme ? (4
Je crois même qu’il est des prostatiles métastatiques. Je m'explique x J'admets la possibilité d’une affection du col de la vessie et de la prostate dans des cas de blennorrhagie qui ont d’abord atteint l’extrémité antérieure! de l’urèthre et ont franchi le reste du canal pour sévir sur la glaude.et le col vésical. Il arrive même que ces dernières parties sont dépassées, et que le corps de la vessie, les reins, sont atteints d’inflammation blennorrhagique” sans que les tissus intermédiaires entre le point de départ et l'organe affecté en dernier lieu subissent eux-mêmes l’inflammation. Bien plus, les articu=. lations peuvent être prises, comme on le sait, d’inflammation blennorrha= gique, et certainement on ne peut pas dire ici que l’inflammation est paræ venue à cette partie du squelette de proche en proche. On répondra que ces faits sont aussi favorables à la doctrine de la sympathie qu’à celle de la métastase, Mais alors on entre dans une question de mots. Ce que je veux surtout faire entendre ici, c’est que la doctrine qui admet l'inflammation testiculaire par extension de l’uréthrite est insuffisante, incomplète.
Symptômes, marehe, terminaison, — On observe quelquefois, tout
ORCHITE BLENNORRHAGIQUE. CET d'abord, un état fébrile, des frissons, des malaises, des phénomènes nerveux, même la syncope. En général, c'est d’abord une sensation de pesanteur vers les bourses, qui invite le malade à porter, à tout instant, les mains aux testicules au à mettre un suspensoir pour les soutenir ; quelquefois c’est une douleur lombaire qui apparaît en premier lieu ; elle suit une ligne qui, des reins, Va aux bourses. Certains cas débutent par des douleurs périnéales, desenvies fréquentes d’uriner, comme dans l’inflammation du col vésical. On a observé aussi des pollutions nocturnes douloureuses. Souvent enfin il y a d'abord une douleur à laine, dans le canal inguinal, du côté qui doit être affecté, Cette douleur peut être intense; elle s'irradie quelquefois vers l'épine iliaque antéro-supérieure et se fait bientôt sentir dans le testicule. Les froissements, le poids du testicule dans la station, la marche et surtout les secousses, exaspèrent la douleur et la font retentir vers le rein correspondant, rarement vers les deux. C’est surtout dans le testicule et dans l’'épididyme que la sensibilité et la chaleur sont augmentées, et à un degré différent dans ces deux parties, Souvent, la sensibilité y existe à un degré à peu près égal, et ce n'est que dans des cas beaucoup plus rares que la douleur se concentre spécialement dans le cordon, et alors toujours, ou presque toujours, c est à sa partie inférieure, Si la douleur est quelquefois très aiguë, ce n’est pas pour longtemps :‘arrivée au summum d'intensité, vers le troisième, le quatrième ou le cinquième jour, elle se calme ordinairement, après avoir persisté à ce degré pendant vingt-quatre heures, et devient insupportable après le double de ce temps, Une fois ainsi modérée, la douleur décroit beaucoup plus lentement, et il lui faut quelquefois deux septénaires pour disparaitre tout à fait, La douleur est toujours augmentée par la pression,
Dans les derniers temps, ce n’est que quand on touche le testicule qu’elle se manifeste, On à vu quelquefois le testicule manifestement gonflé avant l'apparition de la douleur, Elle a été parfois tout à fait absente,
L'engorgement débute tantôt par le cordon, tantôt par l'épididyme: elle s'accroît avec rapidité et arrive en trois, quatre ou cing jours à son plus grand développement. La promptitude avec laquelle la tumeur se forme empêche de suivre sa marche progressive, Son volume va depuis la grosseur d’un petit œuf de poule jusqu’à celle du poing du sujet, quelquefois plus. La tumeur peut être formée par toutes les parties qui entrent dans la composition des bourses, mais surtout par l’épididyme. Dans les deux ou trois jours qui suivent le début de l'orchite intense, la tumeur ne forme ordinairement qu'une masse homogène, d'une dureté à peu près égale partout, Le scratum du côté malade est tendu, luisant, adhérent aux parties sous-jacentes et d'une rougeur dont le maximum d'intenshé est à la face externe du testicule affecté, d’où elle se prolonge en s’affaiblissant jusque sur le testicule sain. À cette époque on ne peut guère constater le siége précis de la tuméfaction, car le toucher est extrêmement douloureux ; mais, après deux ou trois Jours, là masse, en diminuant un peu, se sépare en deux parties, dent l’une, plus
antérieure, est le testicule, et l’autre, postéro-supérieure, est l’épididyme qui empiète plus ou moins sur le premier, Par une anomalie qui n'est pas extrêmement rare, l’épididyme peut être en avant. C’est dans ce sens alors qu'on observe la partie la plus dure de la tumeur, laquelle affecte une forme allongée, comme cylindrique. La dureté, la tuméfaction se remarquent sur une portion plus ou moins étendue du canal déférent, mais non dans tous les cas. Ce canal est alors comme un tuyau de plume lisse, égal et non bosselé, noueux, caractères qu'il revêt quand il est tuberculeux. Le testi= cule est, en général, peu augmenté de volume, et sa consistance n’a pas changé ; le gonflement de l’épididyme est au contraire beaucoup plus mar= qué. Quand il y a épanchement un peu prononcé dans la tunique vaginale, on peut, à l’époque dont il s’agit, sentir la fluctuation et s’assurer par à de l'existence du liquide ; il est rare qu’il soit assez abondant pour produire le phénomène de la transparence.
La résolution commence par le testicule, quand il a été affecté; sa souplesse reparait à peu près vers le cinquième ou sixième jour. La résolution du reste de la tumeur suit de près, mais elle marche beaucoup plus lente= ment et n’est complète, dans le plus grand nombre de cas, que du dou= zième au treizième jour. Dans ces derniers temps, on a parlé de guérisons d’orchites en six jours ! On n’a qu’à noter ce chiffre pour juger de pareilles observations.
La résolution du cordon succède à celle du testicule, et enfin vient celle de l’épididyme, qui a donc lieu la dernière, après uu temps plus ou moins long. La résolution de l’épididyme diffère de celle des autres éléments, nonseulement par sa lenteur excessive, mais encore par sa marche. Dans le testicule et dans le cordon, la résolution est régulièrement progressive ; dans l’épididyme, au contraire, elle marche assez promptement pendant les pre-= miers jours, et s'opère surtout à la partie antérieure de l'organe ; mais lorsqu’elle à réduit la tumeur environ de moitié, elle se ralentit considérable ment, et l’on constate alors, à la partie postéro-inférieure des bourses, un noyau très dur, dont la disparition complète est quelquefois d’une lenteur extrême. Ce sont sans doute ces noyaux qui ont fait dire, à tort, que l’en— gorgement de l’épididyme persistait assez souvent toute la vie.
S'il s’est opéré un épanchement dans la tunique vaginale, le liquide est ordinairement résorbé pendant que s'effectue la résolution des autres parties.
La sécrétion spermatique n’a été étudiée que très imparfaitement pendant la durée de l'orchite. M. Lagneau père a cité un fait d’un malade qui, affecté d’un gonflement du testicule datant déjà de deux mois, avait eu une pollution mêlée de stries de sang pendant un rêve érotique. J’ai pu constater plusieurs faits analogues. Il n’est pas rare d'observer un sperme sanguinolent à. la première éjaculation qui suit la guérison de l’orchite.
La fièvre de l’orchite est, en général, peu prononcée; elle n’a lieu que
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dans la période d’accroissement et dans les cas où les symptômes locaux offrent un certain degré d'intensité, c’est-à-dire quand il y a véritable imflammation. M. Marc d’'Espine, sur 24 cas d’orchite, en a trouvé‘17 dans lesquels la fièvre avait existé au début, et 2 dans lesquels elle s’est manifestée lors des rechutes, tandis qu’elle n’avait point eu lieu pendant l’affection primitive. M. de Castelnau n'a constaté la fièvre que chez 11 malades sur 37, résultat qui diffère notablement de celui du premier observateur que je viens de citer. Mais remarquez que les malades se présentent à nous à une époque où les phénomènes généraux ont déjà disparu, en supposant qu'ils aient existé, Ce n’est donc que sur leur rapport qu'on parle de la fièvre. Or, comme l'intelligence des malades n'est pas toujours très développée, j'exigeais, dit M. de Castelnau, pour admettre l’existence de la fièvre, qu’il y eût eu inappétence et une chalenr prononcée à la peau.
On constate quelquefois des douleurs des lombes et du membre correspondant au testicule malade, et enfin de la céphalalgie, des nausées et des vomissements. Les douleurs des reins, des membres inférieurs, s'expliquent par les connexions nerveuses du testicule avec ces parties, et quelquefois par une véritable complication du côté des reins, quand les douleurs remontent si haut.
Variétés. — Il n’y à pas bien longtemps, on s’arrêtait à la description générale que je viens de faire de l’orchite. Les progrès récents de la science, mes recherches, m'ont permis de localiser l’inflammation dans les différentes parties du testicule, et d'établir des variétés basées sur le siége spécial de Pinflammation. Je connais les arguments qu’on peut opposer à cette localisation. Il est évident que si l’on m'’objecte qu’un élément du testicule ne peut être enflammé sans que l’autre le soit plus ou moins, on a raison. Ce n'est pas seulement ici que cette objection est puissante, elle l’est partout où le pathologiste a voulu porter l'analyse : ainsi, quand on établit les variétés d'inflammations oculaires selon l'élément de l'œil affecté, on est en présence de la même difficulté. Mais pour le testicule, si l’on dit qu'on entend par épididymite les cas où l’épididyme est plus particulièrement enflammé, et si pour l'œil on dit que conjonctivite signifie plus particulièrement l’inflammation de la conjonctive, après ces explications, il n’y a plus place pour l'argumentation sérieuse. Ici donc, le testicule étant composé de trois parties, de l’épididyme, de la tunique vaginale et d’un parenchyme glandulaire, j'établirai trois variétés qui correspondront à ces trois parties.
1° Zpididymite. — C'est la variété la plus commune. IL est évident que si le point de départ de toutes les orchites blennorrhagiques est à l’urèthre, et si la cause est portée par le canal déférent , elle doit être plus ou moins arrêtée dans les circonvolutions de ce canal, c’est-à-dire dans l’épididyme. Quelquefois cette partie du testicule est affectée, tandis que le canal déférent semble rester sain, et il arrive alors ici ce qu’on observe dans certaines adénites à la suite d’une inoculation; on voit en effet le ganglion affecté par
le virus ou là cause irritanté, tandis que le vaisseau qui à transporté cette même cause a toutes les apparences d’une complète intégrité. C’est peutêtre aussi parce qu'il y à épididymite par métastase, ou, si l’on veut, par sympathie.
La tumeur qui appartient à cette variété est la plus volumineuse, la plus inégale. C’est l’épididymite qui se laisse déprimet, aplatir des deux côtés par les cuisses, quand elle n’est pas bien soutenué ; elle subit les modifica= tions les plus rapides, du moins à l’état aigu. Quand, par anomalie, Comme nous l'avons indiqué page 130, l’épididymé est en avant, la tumeur paraît plus développée en longueur ; elle est presque cylindrique.
L'épididymite est moins douloureuse que les deux autres variétés que jé vais faire Connaître.
Ce que j'ai dit du volume plus considérable de la tumeur quand elle est formée par l’épididyme, surprendra peut-être les lecteurs des Leçons ofales de Dupuytren, qui a fait écrire précisément le contraire. Sur ce point, l’ob: servation journalière donne un complet démenti à Dupuytren, et ceux Qui voudront en juger par eux-mêmes pourront le faire par quelques visités dans no8 Salles de l'hôpital du Midi, ou en assistant quelquefois à une de nos con= sultations publiques. On conçoit d’ailleurs qu’une inflammation qui sévit sur un corps Comine l’épididyme, corps dilatable, doit assez facilement épanouir les tissus, tandis que la substance de testicule, emprisonnée par une tuniqué scléreuse beaucoup plus résistante que celle de l'épididyme, né peut aussi facilement obéir à l'expansion inflammatoire, et ne doit céder que jusqu’à ui certain point.
L'inflammation, qui marche si rapidement dans l’épididyimite, laisse néan=M moins, dans le plus grand nombre de cas, dés noyaux d’induration dont la résolution complète est, en général, très lente. C'est le point de l'épididyme qu'on appelle la queue, qui est le siége de ces petites tumeurs. Ces inflammations Chroniques, limitées à de petits foyers, sont donc ici des restes d'in: flammations primitivément aiguës et qui ont persisté. Si ce noyau persistait toujours, s’il y avait sur ce point oblitération du conduit du sperme, le tes= ticule de ce côté serait inutile ; si les deux testicules étaient ainsi affectés, il y aurait, selon M. Gosselin, stérilité. Il arrive que ces noyaux ont un carac= tère primitivement Chronique ; mais alors ils reconnaissent pour stimulus uñ vice quelconque, ét c’est ordinairement le tubercule qui provoque leur formation où qui les entretient. Le tubercule, en effet, est une causé fréquenté d’inflammation chronique de l’épididyme. Si la blennorrhagie ne peut être accusée comme antécédent, si surtout la tumeur est très inégale et n’occupé qu'un côté, quels que soient le tempérament, la force de l'individu, s’il est jeune, méfiez-vous du tubercule, | ‘À
Le varicocèle est un des effets de l’épididymite, surtout si elle se répète. du côté gauche, là où se trouvé une prédisposition naturelle à ces varices des bourses. À
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C’est avec l’épididymite qu’on observe ces engorgements du canal déférent et des parties qui l'entourent, engorgement quelquefois assez considéräble pour remplir le canal inguinal. On voit alors les anneaux aponévrotiques céder difficilement à cette tumeur, d’où un véritable étranglement qui sé iänifeste avec plusieurs dés symptômes de l'étranglement herniaire : doüleurs abdominales, anorexie, vomissements, tameur dont le grand axe est selon le trajet du canal inguinal, etc. Les antécédents, la circonstance d’un engorgement de l'épididyme, font distinguer cet accident de l'étranglement herniaire. C’est aussi quand le cordon est engorgé de. cette manière qu'on a observé des symptômes de péritonite.
2 Vaginalite. = Il n'y a pas vaginalite toutes les fois qu’on trouve plus où moins de liquide dans la séreuse du testicule. S’il en était ainsi, cette variété d'orchite serait extrêmement fréquente, et elle existerait presque toujours avec l’épididymite. On sait que Rochoux à avancé que ce liquide existait toujours , Comme on à dit aussi que l'épididyme était loujours pris, ce qui à fait appeler tour à tour vaginalite ou épididymite toutes les orchites blennorrhagiques. Mais il est évident que l’épanchement ééreux ne constitué, en général, qu'un épiphénomenc. Il ÿ à ordinairément dans la tunique vaginale uñe cértaine quantité de sérosité exhalée, parce qu'il y à engorgement des vaisseaux du testicule. En effet, quand une de ses principales parties est prise, surtout l’épididyme, il se fait dans la tunique vaginale une petite hydropisie, comme il se fait des ascites à la suite de certaines tumeurs du ventre. Cet épanchement est pour ainsi dire passif. L'ouverture dé la tunique vaginale donne alors isstie à une sérosité limpide, un peu citrme, et cela, sans influencer d’une manière notable la marche de l’'orchite, Quelquefois, au contraire, tout prouve l'existence d’une véritable inflammation de la tuniqué vaginale. La douleur est vive, persistante : la tension de là tumeur est très marquée; il n'y a ni fluctuation, ni transparence, et si un Coup de lañcette évacue la poche séreuse, l'humeur qui en sort est généralément trouble, rougeâtre, très chaude. Après cette ponction, la douleur est assez promptement calmée. Souvent on voit. le liquide se reproduire, mais alors avec des Caractères qui se rapprochent davantage de la sérosité appartenant à l’hydrocèle chronique; seulement il est teint par le sang. J'ai vu quelque fois, après cétte petite opération, le testicule se gonfler, prendre la place du liquide, ét une orchite parenchymateuse succéder rapidement à une vagtnalite. | | Si le varicocèle succède parfois à une épididymite, l'hydrocèle est plutôt une des conséquences de la vaginalite, En interrogeant bien les souvenirs de jeunesse de tous Les porteurs d’hydrocèle, on en trouve un très grand nombré avouant une affection aiguë du testicule qui n’est autre que la vaginalite. Gette variété d'orchite a certainement existé quand on rencontre une hydrocèle multiloculaire. La tumeur de Ja vaginalite est lisse, égale; elle est plus ou moins globuleuse; elle proémine beaucoup plus en avant que dans les
autres variétés, et ue garde pas l'empreinte des corps qui pressent sur elle comme le fait la tumeur de l'épididymite.
5° Orchite parenchymatcuse. — J'ai cru devoir donner ce nom à linflammation qui sévit plus particulièrement sur le parenchyme même du testicule, sur la substance qui est contenue dans l'enveloppe la plus consistante, la plus immédiate, la tunique albuginée. J'ai surtout observé cette variété chez les blennorrhagiens les plus jeunes; ils avaient de dix-huit à vingt-deux ans. Je l’ai observée aussi chez les malades voisins de la trentaine. Très rarement cette orchite est tout à fait primitive. Dans ces cas rares, les malades manifestent d'abord les symptômes que je ferai bientôt connaître, : et alors il n’y a point de sérosité dans la tunique vaginale, ce que j'ai pu constater en opérant le débridement, comme je le dirai plus tard. Beaucoup plus souvent l'orchite parenchymateuse a été précédée par une épididymite. Quelquelois c'est après la vaginalite qu’on l’observe. Il m'est arrivé de vider la tunique vaginale de la sérosité qu’elle contenait, et j'ai vu le lendemain le testicule se développer et le surplus de son volume normal remplir le vide laissé par l'évacuation de la sérosité.
L'orchite parenchymateuse donne lieu à une tumeur moins volumineuse que les autres variétés. Quand elle coïncide avec une vaginalite et une épididymite, elle entre pour une part dans la tumeur générale, mais moins que l'épididymite et plus que la vaginalite. La forme de la tumeur est avec exa= gération celle du testicule; c’est une masse résistante qui se rapproche de l'ovoide. Elle fait en avant une saillie plus considérable que l’épididymite; mais moins abrupte que la vaginalite, quand dans celle-ci l’épanchement est un peu considérable, car, lorsque dans la vaginalite il n’y a qu’une mince couche de liquide, la tumeur reste ovoïde.
Dans l’orchite parenchymateuse on distingue difficilement la partie de la tumeur qui appartient à l’épididyme de celle qui appartient au testicule luimême; tout est confondu en une masse dure, recouverte par une peau plus ou moins rouge, et le tissu cellulaire est quelquefois œdémateux. On con= state aussi une espèce de rétraction qui fait remonter le testicule yers le ventre:
C’est la variété la plus douloureuse. Elle est avec des douleurs, des crampes vers l’aine, vers la fosse iliaque, vers le rein, vers le membre inférieur du côté correspondant. L'orchite parenchymateuse provoque des vomissements et la fièvre symptomatique la plus prononcée; elle est le point de départ des réactions les plus vives. Il y a eu parfois délire. On s’expliquera ces circonstances si l’on a égard au siége de l’inflammation, laquelle atteint un tissu renfermé dans une poche fibreuse qui résiste à l’épanouissez ment de ce tissu, d’où un véritable étranglement. On conçoit alors les dégâts produits par cette inflammation quand elle sévit vivement. En effet, elle ne produit pas seulement la suppuration, mais la mortification d’une partie du tissu même du testicule, lequel se vide alors plus ou moins com: plétement.
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Après ces variétés établies sur l'élément anatomique du {esticule qui se trouve plus particulièrement affecté, on pourrait -en établir qui auraient pour base la position du testicule. Cet organe est ordinairement contenu dans les bourses, mais il peut être retenu dans l’abdomen, dans le canal inguinal ; 1l peut être en rapport avec le canal crural et simuler ainsi deux espèces de hernies ou des bubons. Ce même organe peut descendre vers le périnée et peut aller jusqu’à l'anus. Mais il suffit de signaler ces anomalies et de prévenir les praticiens d'examiner l’urèthre, et de constater l’état des bourses avant de pratiquer une opération sur la tumeur qui est dans la sphère génitale.
Lraitement, — Le traitement de l’orchite a beaucoup varié, et, cela, selon moi, sans de grands avantages. On a employé les saignées locales et générales, les calmants, les purgatifs, les balsamiques, les révulsifs, toutes sortes de topiques froids ou chauds, depuis l’onguent mercuriel, depuis le cataplasme de farine de graine de lin, depuis le coton jusqu'à la terre sigillée, jusqu'au vésicatoire, jusqu’à la compression, et enfin le collodion, le chloroforme.
Je suis complétement convaincu de la vanité, de l'impuissance de ces moyens, si on les donne comme curatifs. Ici, je reviens encore sur mon Opinion concernant ce qu’on appelle ordinairement orchite : ce sont, dans le plus grand nombre des cas, de simples engorgements, comme l’engorgement du sein qu’on appelle poil. 11 ne faudrait pas me faire conclure de ce que j'avance ici à la négation de toute thérapeutique, dans toutes les circon- Stances de l’orchite, dans toutes ses formes, car il en est qui peuvent obliger le praticien le plus temporisateur à agir, ne serait-ce que pour calmer, et c'est quand il y a une véritable inflammation, surtout quand elle sévit sur le parenchyme même de l'organe. :
1° Saignées. — Calmants. — I] est certain que, chez quelques sujets très sanguins ou très nerveux, les anliphlogistiques, les calmants, peuvent non pas guérir l’orchite, non pas abréger la durée de cette inflammation, mais modérer certains symptômes. Ainsi on a plus d’une fois calmé une fièvre trop intense par la saignée générale, et atténué, au moins pour quelque temps, la douleur avec des sangsues appliquées sur le trajet du cordon, des Cataplasmes laudanisés, le tout aidé de repos.
2° Onguent mercuriel. — L'onguent mercuriel, non pas en frictions, mais par couches très épaisses, comme on le fait pour la péritonite et pour certaines arthrites : ce moyen peut calmer la douleur, et même assez promptement. Mais si l’on continuait le mercure sous cette forme, on pourrait déterminer une salivation quelquefois très inquiétante. Je suis convaincu que, chez certains sujets jeunes, ces onctions, aidées du repos, peuvent prévenir la vaginalite et l'orchite parenchymateuse.
3° Purgatifs. — Je pense aussi que les purgatifs doux, répétés, peuvent faciliter le dégorgement de quelques noyaux d'induration de l’épididyme, et
qu’à l’état aigu il est assez souvent nécessaire de combattre la constipation. Mais, je le répète, l’orchite ordinaire suit son cours, qui n’est abrégé par aucun de ces movens.
h° Compression. — La compression est très difficile dans son application ; les bandelettes dont on se sert glissent facilement : la tumeur étant irrégulière, leur action doit porter plus sur certains points que sur d’autres. Ce moyen, d’ailleurs, ne peut guère être appliqué dans les cas graves, c’est-à-dire dans les cas d’inflammation vive : quand celle-ci sévit sur la tunique vaginale, surtout quand elle envahit le parenchyme même et dans certains cas d’épididymite, en comprimant la tumeur, on pourrait provoquer des sym= ptômes d’étranglement. Les douleurs qu'on détermine par l’exploration, dans de certains cas d’orchite, donnent une idée des souffrances qn’on ferait endurer au malade par l'application de nombreuses bandelettes.
5° Collodion. — Dans ces derniers temps, on a enduit le testicule malade avec du collodion. Les résultats, comme on devait s’v attendre, ont varié. Quand il y avait un simple engorgement, le collodion n’a pas été nuisible: Dans les cas de véritable inflammation, il a augmenté les douleurs et retardé la résolution. |
6° Chloreforme. — Le chloroforme en topique produit d’abord une vive douleur par son application seule, et il m'est arrivé une fois d'observer une pé: ritonite partielle après une deses applications faite cependant d’après les données fournies par M. Bouisson, qui a beaucoup recommandé ce moyen (1).
7° Compresses d'eau froide. — En été, ce dernier moyen a de grands” avantages, il n’est pas douloureux et hâte la résolution, Je possède cinquante observations très favorables à ce moyen.
8° Ponction de la tunique vaginale. — S'il est vrai que la thérapeutique ordinaire ne peut, en rien, entraver la marche de l’orchite, la médeciné opératoire proprement dite peut avoir une vraie puissance, soit pour réprimer les accidents, soit pour abréger la durée de la maladie. Quand il y a réellement vaginalite, lorsque la séreuse est enflammée, et qu'une hydrocèle suraiguë s’est formée, la ponction de la tunique vaginale telle que l’a pratiquée d’abord M. Velpeau, peut favoriser la résolution et abattre très promptement les douleurs. L'ouverture de la tunique vaginale se pratique avec une lancette ou un bistouri très aigu; elle doit avoir 4 centimètre 4/2 d’étendue. Dès que l'instrument aura pénétré dans la séreuse, on lui imprimera un mouvement de demi-rotation qui écartera les bords de la petite | plaie, et facilitera l'issue du liquide. La lancette ne sera retirée qu'après l'évacuation complète de la vaginale. Si on la retirait plus tôt, les lèvres de la plaie et celles de la séreuse pourraient perdre leur parallélisme, et l'évacuation du liquide serait arrêtée.
9° Débridement du testicule. — L'auteur. == La ponction de la vaginale serait insuffisante s’il s'agissait d’une orchite parenchymateuse. Ici, en effet,
(1) Traité de la méthode anesthésique. Paris, 1850, p. 518.
ORCHITE BLENNORRHAGIQUE. 163
l’inflammation est avec étranglement, car elle se passe dans un organe enveloppé par une coque fibreuse très résistante. Je fais avorter cette orchite par lé débridement du testicule. C'est une petite incision de la tunique albuginée de 1 centimètre 1/2 avec une lancette ou un bistouri très aigu. Cette opération n’est pas plus douloureuse que la ponction de la tunique Yaginale. Ce qui est on ne peut mieux établi, c’est qu’elle est d’une com plète innocuité. J'ai opéré ainsi quatre cents malades, soit en ville, soit à l'hôpital du Midi. Mes internes ont souvent débridé des testicules le soir pendant une exacerbation. Nous n'avons jamais observé le moindre accident après cette petite opération, et, en général, une demi-heure, une heure après, le maladé est manifestement soulagé ; il dort toute la nuit suivante, quelquefois même dans la journée qui la précède. J'ai débridé pour des cas où tous les autres moyens énergiques dirigés contre l’orchite avaient échoué. Le résultat a été le même : soulagement très manifeste et très prompt. Cette petite opération n’est pas seulement sédative ; le fer alors n’est pas seulement un calmant, c’est encore un antiphlogistique, un résolutif très énergique et un moyen assuré de prévenir la suppuration, et par conséquent la fonte du lesticule, car après la ponction, le dégorgement de la tumeur s'opère avec rapidité. Le chiffre élevé des ponctions doit faire supposer que j'ai plus d’une fois opéré pour des orchites qui n'étaient pas parenchymateuses, qui n'étaient pas de celles dont la conséquence fréquente est la suppuration. En effet, quand l'innocuité de cette petite incision me fut démontrée, j'en étendis l'emploi à des cas d’épididymite avec gonflement plus ou moins prononcé du testicule, avec douleurs vives et quelques symptômes sympathiques plus ou moins prononcés. Dans ces cas aussi, j'ai abattu la douleur, j'ai fait taire les symptômes et hâié la guérison. Ainsi, chez un malade, une anomalie avait transporté l’épididyme en avant et en bas. L'inflammation de celte partie produisit une tumeur que je pris pour le testicule engorgé. d'opérai donc sur l'épididyme ; je fis disparaître les douleurs; j'éteignis les Sympaihies et hâtai considérablement la résolution. Le débridement serait alors, non-seulement utile au traitement de l'orchite parenchymateuse, comme je l'ai proposé et fait d'abord, il serait non-seulement applicable au traitement de la vaginalite, comme M. Velpeau l’a surtout prouvé: mais celte petite opération serait encore un moyen de hâter la résolution de l'épididymite, et d'arrêter les accidents que cette inflammation peut produire,
Il m'a été adressé des objections. On s’en est pris d’abord au mot de dé bridement, on à fait croire que j'allais largement inciser cet organe, ‘et l'on a conçu les plus grandes craintes pour les canaux séminifères, qui allaient être blessés, oblitérés, qui feraient hernie, d’où atrophie du testicule, impuissance, stérilité ! Or, c'est, au plus, dans l'étendue de 4 centimètre 1 [2 que la tunique fibreuse du testicule’ est divisée et à une profondeur de moins de moiié, Opérez ce débridement sur le cadavre, et vous verrez que par la pression du testicule on ne fait rien sortir, car les canaux séminifères sont
fixés par des liens fibreux en grand nombre. La hernie de la substance testiculaire n’a lieu que quand l’inflammation a altéré ces liens, c’est-à-dire quand on opère trop tard et qu’on incise trop largement. Il est possible que l'instrument touche à quelques canaux séminifères; mais est-ce que l'oblitération de quelques-uns de ces innombrables conduits peut en quelque manière atrophier le testicule et annuler ses fonctions ? Pour ce qui est de l’atrophie, je puis répondre directement par des faits nombreux, car presque tous mes opérés ont été soigneusement examinés à Ce point de vue, et cela longtemps après l'opération : eh bien! le testicule sur lequel elle a porté n’a jamais paru ni moins volumineux ni moins consistant que le testicule de l’autrè côté. Quant à l'impuissance, la stérilité, c'est une supposition qui n’a nul fondement, car en supposant qu’il ne restât pas un autre testicule, on ne comprend pas que l’oblitération de quelques canaux du testicule puisse annuler ses fonctions. D'ailleurs, le meilleur moyen d’oblitérer ces canaux en très grand nombre, c’est de laisser persister l'inflammation ; le meilleur moyen de les détruire, c'est d'attendre la suppuration. Or, rien, excepté une petite incision, n’arrêtera les progrès d’une vive inflammation du parenchyme même du testicule. Ce qu’il y à de plus remarquable, c’est que les deux chirurgiens les plus compétents, les plus praticiens de ceux qui ont tenté de me combattre sur ce point, ont fait la même et la moins sérieuse objection. Depuis, un de ces chirurgiens s’est donné comme l'inventeur de cette méthode! Il faut craindre, a dit M. Velpeau, que cette opération n’épouvante les malades et les praticiens. Qui a jamais songé à s’effrayer de la piqûre de la tunique vaginale par M. Velpeau? Tous les jours les malades s’y prêtent très facilement, car tous les jours les praticiens que je désigne pratiquent cette opération. Or, quand vous avez à agir sur la tunique fibreuse, est-ce que le malade pourra distinguer si vous pénétrez à quelques millimètres plus profondément? Quant aux praticiens, je crois qu'ils pour ront être rassurés par les faits nombreux qui parlent aujourd’hui en faveur de cette méthode.
Quelle que soit la variété qu’on ait à traiter, on doit savoir la conduite à tenir quant à l'écoulement, ou pour mieux dire à l’uréthrite. Je pense qu’il n’y à aucun moyen à diriger sur l’urèthre pendant la période aiguë de l’orchite ; c’est contre cet accident qu'il faut diriger des moyens thérapeutiques tels qu'ils viennent d’être décrits. Je ne pense pas qu’on songe encore à rappeler l'écoulement par l'introduction dans l’urèthre d’un corps étranger, seul ou imprégné de muco-pus qu’on voudrait inoculer. D'abord l'écoulement existant presque toujours à un certain degré, il n'y a pas à le rappeler en général. D'un autre côté, le corps étranger ranimant l’uréthrite qui a été cause de l’orchite, on peut exaspérer ou prolonger la durée de cet accident et obtenir ainsi un résultat opposé à celui qu’on s’était promis. On ne doit. songer à l'écoulement que tout à fait au déclin de l’orchite, et alors les meilleurs moyens sont les antiblennorrhagiques indirects, les résineux.