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INFLAMMATIONS, GANGRÈNE, ABCÈS DES ANNEXES DU TESTICULE

Je comprends parmi les annexes les bourses et le cordon spermatique. Je dois dire d’abord que l'étude de la gangrène est ici presque inséparable de celle de l’inflammation, car il est un élément des bourses, le tissu cellulaire lâche, qui ne peut guère s’enflammer sans se mortifier plus ou moins.

Les causes des inflammations qui nous occupent peuvent être directes et indirectes. Parmi les premières, on doit ranger les plaies, les contusions, les opérations. Les plaies par instrument tranchant ne produisent pas, en général, une inflammation très intense, et la suppuration qui en est la suite est rarement avec mortification. Il n’en est pas de même des contusions quand elles sont un peu fortes.

Les lésions physiques des bourses diffèrent selon que celles-ci sont à l’état normal ou à l’état anormal. Relativement à l’inflammation et à la gangrène, cette distinction a une grande importance. Ainsi, quand il y a infiltration considérable des bourses avec distension extrême de la peau, la moindre plaie, la moindre scarification peut produire une inflammation gangréneuse de plusieurs des éléments qui entrent dans la composition du scrotum. Les froissements, les coups sur les bourses, quand il y a déjà dilatation variqueuse des veines de cette région, quand il y a varicocèle, ces blessures peuvent alors avoir des suites plus graves : d’abord le gonflement est beaucoup plus considérable, et l’inflammation peut sévir sur les veines du cordon, d’où tous les accidents de la phlébite. Il y a quelquefois des symptômes d’étranglement, car le paquet veineux, augmentant beaucoup de volume, se trouve comprimé par Panneau inguimal externe. J'ai observé cette complication du varicocèle, et on lira avec intérêt un travail de M. Escalier qui contient des exemples de l’inflammation spontanée des veines du cordon spermatique, inflammations qui, par la forme de la tumeur et par leurs accidents, ont pu faire croire à un étranglement herniaire (1). |

Ces faits portent un enseignement : ils indiquent l'opération du varicocèle comme moyen préventif. M. Monod, qui avait à rendre compte du travail de M. Escalier, n’a pas manqué de saisir et de faire valoir cette indication dans son rapport à la Société de chirurgie.

Des matières fécales, des liquides peuvent être répandus dans le tissu cellulaire des bourses. Or, comme ce tissu est lâche, l’inflammation prend le caractère diffus et s'étend avec une grande rapidité. Les matières fécales d’un intestin descendu dans les bourses peuvent donner lieu à une vaste inflammation ; l'urine provenant d’une solution de continuité de la portion scrotale de l'urèthre peut avoir le même effet. Enfin la matière de l'injection destinée à là tunique vaginale, par une fausse manœuvre, peut être infiltrée dans le tissu cellulaire, qui s’enflamme dans une grande étendue. On sait que la crainte

(1) Voyez t. Il des Mémoires de la Société de chirur gie,

de cet accident à fait préférer la teinture d’iode au vin : mais s’il est vrai que ce dernier liquide est fort compromettant pour le tissu cellulaire des bourses, il n’est pas constaté que la teinture d’iode soit complétement innocente. Quoi qu'il en soit, dans le plus grand nombre des cas, les inflammations qui sont dues à ces causes sont avec gangrène. L'indication ici est précise : pratiquer de grandes incisions. Plus on se hâtera d’inciser, plus il y aura de chances de borner la sphère de l’inflammation et les dégâts de la gangrène. Si l’on attend que la peau brunisse, qu'elle devienne noirâtre, on attend trop. Si l’on a bien la conviction que les corps déjà indiqués, mis en rapport avec le tissu cellulaire, doivent l’enflammer et le mortifier, on se hâtera d’inciser, et l’on pourra alors prévenir les accidents et quelquefois les conjurer presque entièrement; Car, par de grandes incisions, on donne issue aux COrps irritants ou septiques. Ce ne sont pas seulement les lésions de la portion scrotale de l'urèthre qui peuvent donner lieu à des inflammations gangréneuses des bourses; on peut l’observer après presque toutes les perforations du canal excréteur de l'urine. Mais si la perforation ne porte pas sur la portion scrotale de l’urèthre, les bourses ne s’enflamment qu'après les parties qui sont plus voisines de la solution de continuité.

Les maladies du testicule, à un certain degré, peuvent enflammer le tissu cellulaire des bourses. Ainsi, avec l’orchite très violente, avec celle qui n’est pas traitée, il y a propagation de l’inflammation à tous les éléments des bourses. Mais je n’ai jamais observé que la suppuration en fût la conséquence, Les tubercules de l’épididyme et de la glande elle-même, à un certain degré de leur évolution, allument l’inflammation, et il survient souvent alors des abcés ; ils ont toujours lieu quand les tubercules se ramollissent et qu'il se forme une caverne.

Je terminerai par une observation qui me paraît un cas assez rare d’abcès Strumeux du cordon spermatique., J'avoue que j'ai été quelque temps à établir le diagnostic. On verra qu'il s’agit d’une tumeur cylindrique qui ressemblait à une hernie épiploïque adhérente, J'ai cru un instant qu'il s'agissait d’un abcès de cette partie du péritoine. D'ailleurs voici le fait tel qu’il a été recueilli par mon interne, M. P. Boncour.

En 1844, P... contracta plusieurs chancres. Il prit des pilules. Les ulcératlons se Cicatrisèrent promptement, et aucun accident ne survint. Vers le 15 décembre 1852, il fut atteint d’une chaudepisse, bientôt suivie d’un bubon à droite qui suppura.

Dans le courant de janvier 1855, le côté droit des bourses augmente de volume ; le malade continue son travail : la tumeur augmente, et, le 5 février, il entre à l'hôpital, présentant l’état suivant : à l’aine droite, existe la trace du bubon, dont la base assez large est encore fortement indurée, Du même côté des bourses on sent une tumeur très dure, allongée, dans la direction du cordon spermatique, s’engageant dans le canal inguinal et s’arrêtant en bas, brusquement, avant d'atteindre le testicule. Les éléments du cordon

spermatique ne peuvent êue distingués : ils sont tous confondus. Cette tumeur s'étend peu en largeur et se trouve bien limitée par la cloison naturelle séparant le côté droit du gauche, en haut excepté, où elle embrasse un peu la racine de la verge. De ce côté, en dedans et en dehors, la tumeur forme deux saillies plus prononcées, où il est facile de constater de la fluctuation. Le 7 février, M. Vidal, au moyen de deux incisions, donne issue à une certaine quantité de pus mal lié. La tumeur, qui n’a jamais été douloureuse, marche ensuite lentement vers la résolution. Depuis son entrée, P... est soumis à l'iodure de potassium à dose tonique, un gramme par jour.

Le 20 mars, on ne trouve plus de tumeur dans la partie antérieure des bourses ; à la partie supérieure , au niveau de l'anneau inguinal qu’elle ne dépasse pas, on sent une induration qui se prolonge à la partie tout à fait postérieure des bourses. La peau est encore épaissie ; l'ouverture des abcès est presque cicatrisée; par elle s'écoule encore un peu de liquide séreux. En pressant la verge d’arrière en avant, on fait sourdre un peu de liquide mucopurulent. Le malade continue l’iodure de potassium à 1 gramme par jour.

Le 2 avril, on ne trouve plus aucune tumeur dans les bourses. Du côté du canal inguinal existe encore un peu d’induration.

Le {14 avril, P... sort de l'hôpital, ne présentant plus aucune trace de tumeur; le cordon est normal, le canal déférent parfaitement sain; aucun écoulement par la verge ; son état général est très amélioré.

T'esticule syphilitique.

On a appelé testicule syphilitique, testicule vénérien, sarcocèle vénérien, des engorgements chroniques du testicule ayant des rapports avec l'affection syphilitique. Astruc avait déjà saisi ces rapports, B. Bell les a indiqués en partie. Mais c’est surtout depuis les travaux d'A. Cooper, depuis les observations de Dupuytren [et de Ricord}, qu'en France on a étudié cette maladie, sur laquelle règne encore une grande cbscurité, et cela malgré les efforts de quelques bons esprits. Voici comment je comprends les engorgements

chroniques du testicule, et comment j’ai l’habitude d'exposer ce que je sais de leur histoire : |

Variétés. — Dans le précédent article, on à vu une inflammation aiguë constituer un accident d’une certaine forme de l’uréthrite. Le virus syphilitique n’est pas accusé de la production de cet accident; mais il n’en est pas de même pour l’orchite chronique ni pour un engorgement chronique aussi qui a été appelé testicule syphilitique. Dans ces deux cas, l'influence du virus Syphilitique a toujours été soupçonnée, et dans le dernier elle a été parfaitement reconnue. Ces deux tumeurs, qui sont sous l'influence du même principe, diffèrent quant à leur point de départ, quant à leur développement et sous d’autres rapports encore, C'est de l'ignorance ou de la négligence

qu'on à mise à tenir compte de ces détails, que sont nées les obscurités de l’histoire du festieule syphilitique, obscurités qui ont été parfaitement signa: lées par M. de Castelnau, dans un article inséré dans les Annales des maladies de la peau.

Première variété. — On trouve toujours, ou dans le commémoratif, ou existant encore, une uréthrite blennorrhagique, mais elle est rarement seule u le plus souvent il y à, ouil y a eu, des chancres. La tumeur commence presque toujours par l’épididyme ; il existe souvent, à une période ordinairement avancée de la maladie, un épanchement plus ou moins considérable de sérosité dans la tunique vaginale. Quelquefois le testicule se prend en même temps que l'épididyme; il peut former la plus grande partie de la tumeur. Dans le plus grand nombre des cas, la tumeur est considérable ; elle est plus volumineuse que dans la deuxième variété, plus inégale et plus douloureuse. C’est surtout dans cette première variété que la tumeur est le siége de douleurs lancinantes, comme celles du cancer. Ordinairement les deux côtés se prennent. Quand on croit d’abord avoir affaire à une orchite ordinaire qui passe d’un testicule à l’autre, on est bientôt détrompé, car, tandis que l’orchite ordinaire disparaît d’un côté quand l'autre s’affecte, ici on voit la tumeur d’un côté faire des progrès, tandis que celle du côté opposé ne rétrograde pas.

Voilà l'affection qui est pour M. de Castelnau une orchite chronique, qui est pour les autres auteurs un testicule syphilitique, et qui, pour moi, est l'une et l’autre : si l’on veut, je dirai que c'est une orchite compliquée de syphilis, ce qui lui donne un caractère éminemment chronique. Ainsi, dans cette première variété, la vérole s’est portée sur un testicule déjà malade, déjà enflammeé: elle a envahi l’orchite.

Deuxième variété. — Pour faire connaître cette variété et la dégager des complications pathologiques (j'oserai dire classiques), je vais supposer un malade qui fréquentera pendant longtemps votre cabinet de consultation. 11 se présente d’abord n'ayant jamais eu aucune espèce d'accident vénérien, aucune balanite, aucun écoulement. Sa première maladie a ét6 un chancre avec induration à sa base, et situé au-dessous de la couronne du gland. Vous n'avez aucune méthode de traitement bien arrêtée, et vous vous contentez des bains, des émollients, des moyens de propreté. Le chancre se cicatrise peu à peu, l’induration disparaît, et vous vous flattez peut-être d’avoir guéri . votre malade. Cependant, un mois, deux mois après, il se représente avec des taches, des pustules sur la peau : vous reconnaissez des syphilides : alors peut-être recommencerez-vous une méthode de traitement ; le malade la suivra Ou non, et dans les deux cas son affection de la peau peut disparaître complétement, et le voilà encore guéri. Mais six mois après, un an, deux ans, et même après un temps plus long, vous voyez reparaître le malade que vous avez déjà guéri deux fois, et qui vient demander une troisième guérison. Gette fois, c’est d’un testicule qu'il se plaint. En effet, sans provoca-

tion aucune, sans coup, sans chute, sans blennorrhagie, sans aucune espèce d'accident du côté des parties génitales, le plus souvent sans même aucune espèce de douleur, un testicule est devenu plus gros que l’autre : c’est le parenchyme même de l'organe qui est affecté. Peu à peu le volume devient le double de l’état naturel, quelquefois davantage. Mais la tumeur est rarement aussi volumineuse que dans la première variété : même quelquefois le testicule n'augmente pas de volume. Dans tous les cas, la glande conserve sa forme normale ; elle est ovoïde; quelquefois l’épididyme ne prend aucune part à cette augmentation de volume. Quelquefois, au contraire, cette partie semble atrophiée par la compression qui lui vient du testicule anormalement développé. Cette glande s’endurcit peu à peu par plaques, sans se bosseler manifestement ; les plaques endurcies se multiplient; enfin, elles se réunissent toutes, et le testicule devient d’une dureté remarquable. Avant le summuumn de développement de la tumeur, quelquefois l’autre côté se prend; ou bien, c’est quand le mal semble avoir complétement sévi sur un testicule , c'est quand ce premier revient à l’état normal, que son congénère s’affecte. Selon M. Ricord, le tissu testiculaire, après avoir subi cette atteinte syphihtique, se transforme en tissu fibreux, cartilagineux, osseux ; il pourrait subir même une dégénérescence maligne, ce que je ne crois guère. Dans tous les cas, il s’atrophierait. J'ai pu observer ce dernier phénomène, mais il n'est pas constant; j'ai vu, au contraire, des cas où les deux testicules avaient été complétement vénériens : eh bien, ils ont repris l’état vormal et rempli ensuite parfaitement leur fonction. J’ai même constaté l’hypertrophie

* testiculaire après l'affection syphilitique. J'ai observé un testicule syphili-

tique chez ua sujet qui n’en avait qu'un (l'autre avait été amputé), et ce malade, après sa guérison, a abusé du coït.

[Le début de la maladie est quelquefois annoncé par des douleurs gravatives et principalement nocturnes le long de la région lombaire. Bientôt le testicule devient pesant; les sujets y ressentent une sensation de gêne et accusent un affaiblissement des fonctions génitales; les érections sont moins fréquentes ; la propension aux rapprochements sexuels moins marquée. À une période plus avancée, les facultés génitales sont de plus en plus affaiblies et l'examen du sperme y démontre l'absence de spermatozoïdes. ]

Voilà l'histoire la plus simple, la plus nette, que je puisse faire de la tumeur testiculaire, qui est un véritable accident consécutif de l'infection vénérienne. On a vu ici: 1° l’inoculation avoir lieu au-dessous de la couronne du gland; 2° l'infection se manifester à la peau par des syphilides ; 3° puis un testicule est devenu plus volumineux, plus dur, sans provocation directe aucune : il a été infecté comme la peau l'avait été.

Mais les cas ne sont pas toujours aussi simples. Il n°y à pas toujours entre le chancre et l'affection de la peau, entre les syphilides et la tumeur testiculaire, ce temps d'arrêt qui semble faire de cette même maladie, en trois Symptômes, trois maladies distinctes. Quelquefois l'infection de la peau et

même le gonflement testiculaire ont lieu avant la cicatrisation du chancre. Il peut même arriver que l'affection du testicule succède directement au chancre, sans autre symptôme intermédiaire. Bien plus, cette même deuxième variété, qui porte spécialement ‘sur la glande séminale, peut se produire sans qu’on ait observé antécédemment aucun chancre: elle peut être la suite d’une blennorrhagie syphilitique. Ce sont les cas de cette espèce qui ont jeté le plus d’obscurité dans l’histoire de la maladie que j'é= tudie ici; car les partisans de l’orchite chronique, ceux qui rejettent presque toujours la seconde variété que je viens de décrire, tirent un grand parti de l’antécédent blennorrhagique, pour constituer cette même orchite chro= nique.

[Marche, terminaisons. — Lorsque le sarcocèle syphilitique est aban= donné à lui-même, il tend incessamment à faire des progrès. La substance fibro-plastique envahit graduellement les différentes portions du corps du testicule, et la substance séminifère comprimée finit par disparaître complétement ; le testicule lui-même s’atrophie et perd à tout jamais ses fonctions. Lorsque l’art intervient, cette sécrétion plastique se trouve arrêtée dans sa marche et l'organe prolifique récupère ses fonctions. D'après les observations de M. Ricord, le sarcocèle syphilitique ne se termine jamais par suppuration.

Anatomie pathologique. — M. Ricord (1) a disséqué et a fait représenter un testicule syphilitique ; les altérations que présente l'organe consistent dans une substitution de tissu fibreux au tissu séminal.

Diagnostie. — On peut confondre le sarcocèle syphilitique, soit avec le

sarcocèle cancéreux, soit avec le tuberculeux. Le parallèle suivant établi

entre ces trois affections est propre à prévenir une erreur de diagnostic.

Les trois espèces de sarcocèles présentent ce caractère commun qu’elles peuvent être héréditaires. Le sarcocèle syphilitique est rare avant l'âge de la puberté, le cancéreux se développe à tout âge, le scrofuleux se manifeste surtout de vingt à vingt-cinq ans, Le syphilitique reconnaît toujours pour

point de départ la vérole, et, en conséquence, 1l est le plus souvent facile de.

trouver, dans les antécédents du sujet, des éléments propres à faire reconnaftre la nature de la tumeur; le sarcocèle cancéreux se développe sans cause appréciable; le tuberculeux se montre chez les sujets lymphatiques ou scrofuleux. Le sarcocèle syphilitique envahit d'emblée le corps du testicule, en laissant intacts l’épididyme, le canal déférent et les vésicules séminales ; le cancéreux commence également par le corps du testicule, mais plus tard il envahit le cordon spermatique ; le tuberculeux commence le plus souvent par lépididyme, et l’altération se propage au canal déférent, aux vésicules séminales et à la prostate. Le sarcocèle syphilitique est indolent par luimême et donne à la pression une sensation énervante qui elle-même dimi-

(1) Clinique iconographique de l'hôpital des vénériens, 1842.

dr

nue d'intensité à mesure que la substance spermatique est envahie par la substance fibreuse; le Cancéreux est souvent accompagné de douleurs lancinantes ; le tuberculeux est indolent au début et ne devient douloureux que pendant la période de ramollissement. Le sarcocèle syphilitique forme une tumeur dure qui présenté quelques inégalités à la surface, disparaissant plus tard; le cancéreux forme une tumeur d’abord régulière et plus tard bosselée ; le tuberculeux est constitué par une tumeur inégale, bosselée, dure de l’épididyme. Le sarcocèle syphilitique se termine par la transformation fibreuse ou osseuse du testicule ; le cancéreux par ulcération, le tuberculeux par suppuration. Le sarcocèle syphilitique est souvent bilatéral; il en est de même du tuberculeux ; un cancer des deux testicules est extrêmement rare. |

Pronostie. — Le pronostic du testicule syphilitique est sérieux, mais il n'est pas essentiellement grave; car, selon moi, l’organe n’est pas toujours perdu, et quand la vérole s'arrête à cette manifestation, le sujet reprend ses forces. Mais, malheureusement, il peut arriver que le système nerveux s'ébranle après cet accident, ou qu'il soit déjà ébranlé avant sa manifestation : ce qui fait que le malade rentre dans une nouvelle série de souffrances qui, cette fois, sont d'autant plus graves qu’elles portent aussi sur le moral.

Æraitement. — Le traitement est complétement interne; c'est celui de la vérole confirmée. Je ne puis le détailler ici; mais je dois dire que ce sont les mercuriaux qu'on doit tenter, quand ils n’ont pas encore été employés. Ces moyens, cependant, ont généralement moins d'efficacité que l’iodure de potassium ; mais ils préparent très bien le malade, qui alors est très favorablement influencé par les préparations d’iode. Cependant, si l'affection est très ancienne, si le malade est débilité, il vaut mieux commencer d’abord par l’iodure de potassium.

[On administre cette substance à la dose croissante de 50 centigrammes, 1, 2, 3 et même 4 grammes par jour. En même temps on pratique sur les bourses, des onctions, matin et soir, soit avec l’onguent mercuriel, soit avec une pommade à l’iodure de potassium. Les emplâtres de savon, de cignë, de Vigo, appliqués sur les bourses, hâtent la guérison de la maladie. ]

Si l’on fait un retour vers l’histoire des engorgements chroniques du testicule, on voit qu'avant J.-L. Petit on pratiquait très souvent la castration. J°-L. Petit, qui voyait la vérole un peu partout, ne manqua pas de la reconnaître dans beaucoup d’engorgements des bourses, et sauva pas mal de testicules qui auraient été sacrifiés par d’autres. Desault marcha dans cette voie de conservation et fat suivi par Boyer et Dupuytren, qui, dans les cas doueux, avant d'enlever un testicule, faisaient subir au malade un traitement antivénérien. Mais ce traitement était composé de sudorifiques, de mercure en topique et à l’intérieur. Quand le mercure avait dit son dernier mot, la médecine opératoire intervenait et sacrifiait encore des testicules Enfin

est venu l'iodure de potassium, qui marque une époque des plus importantes en thérapeutique, et qui sauve encore des testicules que le mercure livrait au bistouri.

De l’hydrocèle.

[On comprend sous le nom générique d’hydrocèle toutes les tumeurs aqueuses des bourses. |

Espèces. — La tumeur peut être le résultat d’une infiltration de sérosité dans le tissu cellulaire sous-scrotal: c’est l’hydrocèle par infiltration ou l’'æœdeme du scrotum. Elle peut occuper la cavité même de la tunique vaginale, qui est distendue par une quantité plus ou moins grande de liquide : c’est l’hydrocèle vaginale, qui elle-même se développe tantôt brusquement (kydrocèle aiguë), tantôt lentement (kydrocèle chronique); ou bien chez des enfants où la tunique vaginale est encore en communication avec le péritoine (4ydrocèle congénitale). Quelquefois l’épanchement de sérosité se fait dans l’intérieur d’un sac herniaire qui proémine dans le scrotum : c’est l’Aydrocèle du sac herniaire. Enfin le cordon spermatique peut être le siége de la même maladie, qui s’y présente sous deux formes : l’hydrocèle par infiltration et l'hydrocèle enkystée.

S1®%.— Aydrocèle par infiltration du cordon spermatique.

Comme maladie locale, cette hydrocèle est plus rare qu’on ne pense. Je suis porté à croire que, sur ce point, Pott a imprimé beaucoup d'erreurs, lesquelles ont été accueillies par Boyer avec beaucoup de complaisance, Selon moi, le plus souvent, on a pris un varicocèle commencant, ou bien une maladie des vaisseaux lymphatiques du cordon, pour une hydrocèle par infiltration. D’après les auteurs, cette maladie se composerait d’un nombre plus ou moins considérable de très petits kystes, de cellules remplies de sérosité qu'on trouve sur toute la longueur du cordon, depuis l’épididyme jusqu’à la fosse iliaque ; où bien une partie seulement du cordon est affectée. Les causes Sont peu connues, D’après les auteurs encore, la tumeur se présente sous la forme d'un cordon bosselé gros comme le pouce, non douloureux. sans changement de couleur à la peau; ce cordon s'arrête, par une sorte d'étranglement, à la racine du testicule ou au-dessus. Il va quelquefois très haut dans le canal inguinal. Ce cordon ne peut être abaissé ni soulevé; le testicule, étant indépendant du scrotum proprement dit, il est très mobile. Quand on comprime cette tumeur un peu fort, on produit une douleur analogue à celle qui résulte de la pression du testicule.

Le diagnostic peut être entouré d’assez grandes difficultés. J'ai dit qu’on a confondu cette espèce d’hydrocèle avec les varices du cordon. On peut

HYDROCÈLE DE LA TUNIQUE VAGINALE. 173 la prendre pour une hernie épiploïque; dans certains cas, la ressemblance avec cette dernière maladie est telle qu'il faudra, pour distinguer ces deux affections, l’examen le plus attentif de tous les phénomènes de la maladie, et procéder comme je l’indiquerai en parlant du diagnostic différentiel du varicocèle.

L'hydrocèle par infiltration est une affection si peu grave, lorsque la tumeur qui la représente est réduite à de petites dimensions, que le chirurgien n'a pas, pour ainsi dire, à s’en occuper; mais quand elle dépasse les dimensions du pouce, qu’elle occupe le canal inguinal, les parois solides qu’elle est obligée de distendre peuvent en rendre la présence pénible, et parfois véritablement douloureuse. Elle peut, en outre, quels qu’en soient la position et le volume, réagir sur le canal déférent et fatiguer le testicule. Enfin, son accroissement indéfini, en toute autre circonstance, peut y faire naître VPinflammation ct la transformer en une maladie réellement sérieuse. Pour peu qu'elle gêne ou que le volume en soit considérable, il est prudent d’en débarrasser le malade (Velpeau).

La seule opération convenable, en pareil cas, consiste à inciser la tumeur dans toute sa longueur, afin de donner issue au fluide séreux et quelquefois visqueux, qui est infiltré sous la membrane commune dans le tissu cellulaire du cordon. Cela fait, on panse convenablement la plaie, et l'on a soin d’appliquer un bandage approprié pour maintenir les bourses. 11 suffit de connaître la texture du cordon pour comprendre facilement qu’une opération de ce genre doit être faite avec de grandes précautions.

Disons, en terminant, que lorsque cette espèce d’hydrocèle est peu considérable, on peut avoir recours à l'application locale de remèdes spéciaux, aromatiques ou autres analogues. Le plus souvent, il est vrai, ces topiques ne font point disparaître la maladie; mais, comme l’observe Boyer, ils peuvent en ralentir les progrès. Il est inutile d’ajouter qu’on doit veiller avec soin à ce que les bourses soient convenablement suspendues.

I y a plus de vingt ans que je suis à la recherche d’une hydrocèle par infiltation du cordon; il y a plus de dix ans que cette recherche continue à l'hôpital du Midi, où sont traitées spécialement toutes les maladies des organes génitaux des hommes, et, après tout ce temps, je n’ai pu encore constater cette forme de tumeur aqueuse, A la vérité, j'ai rencontré et opéré pas mal de varicocèles, j'ai même constaté des épiplocèles qui ressemblaient beaucoup à ce que les auteurs appellent hydrocèle du cordon par infiltration.

S 2. — Hydrocèle de la tunique vaginale.

Gette espèce est la plus fréquente; c’est à elle que s'appliquent les généralités qu'on a faites sur l’hydrocèle. Comme toutes les hydropisies, celle de ja pue vaginale peut être aiguë ou chronique. Dans l’article précédent, quand j'ai tracé l’histoire de l’orchite et de la vaginalite, ÿ’ai nécessairement

da.

étudié celle de l'hydropisie aiguë de la tunique vaginale, car elle est due à une phlegmasie de cette séreuse, coïncidant quelquefois avec la phlegmasie de l'organe qu'elle enveloppe, comme l’hydrocéphale aiguë peut exister avec une encéphalite plus ou moins marquée. Il va donc être question ici de lPAydrocèle chronique de la tunique vaginale.

Causes. — Les enfants en sont rarement affectés. Elle est très commune chez l’adulte. Les climats chauds y prédisposent : à la Guadeloupe, à la Martinique, rien de plus commun que cette tumeur, Parmi les causes directes, les unes agissent sur les bourses, sur le testicule, d’autres sur les vaisseaux du cordon testiculaire. Il en est qui agissent sur toutes ces parties en même temps : ainsi les froissements, les pressions des bourses souvent répétés, comme cela arrive aux cavaliers; une compression du cordon testiculaire, compression lente, mais permanente, comme celle qui serait produite par une tumeur du bassin, par une hernie inguinale, ou bien une compression brusque non permanente, mais souvent répétée comme celle qui s'exerce sur le cordon pendant les efforts violents ; car, pendant ces efforts, les muscles de l'abdomen et le diaphragme, en se contractant, poussent les viscères contre les vaisseaux spermatiques et les compriment. Il est prouvé maintenant qu’à la suite de certains eflorts, le canal inguinal et ses deux ouvertures peuvent comprimer les parties qui les parcourent (Velpeau); donc les vaisseaux du cordon spermatique peuvent être comprimés : de là une cause d’hydrocèle dont il faut tenir compte. Quant aux causes qui agissent directement sur le testicule, ce sont les contusions, l'orchite, dont il a déjà été parlé.

I] faut aussi reconnaître qu'il est des hydropisies de la tunique vaginale qui sont spontanées, essentielles, comme les hydropisies des autres séreuses, c'est-à-dire qu'on ne connaît pas leur cause, leur point de départ : ces hydrocèles ne sont pas rares chez les vieillards.

[Anatomie pathologique, — Le liquide de l’hydrocèle est, en général, de la sérosité pure mélangée parfois de flocons albumineux, pouvant renfermer des paillettes brillantes formées par des cristaux de cholestérine. Dans quelques cas, le liquide est trouble, sanguinolent, analogue à une décoction de chocolat ; mais alors ce n’est plus, à proprement parler, une hydrocèle , : c'est une hématocèle.

Les parois du kyste sont limitées par la tunique vaginale: tantôt celle-ci à conservé son épaisseur et sa couleur normales : d’autres fois la face interne de la séreuse testiculaire est doublée de plaques où de brides plus ou moins friables ; ailleurs on trouve les parois du kyste considérablement épaissies, avec une apparence fibreuse ou fibro-cartilagineuse, Ces dernières altérations appartiennent plutôt à l’hématocèle,

Comment se rendre compte des variétés que présentent dans l’hydrocèle et le liquide contenu et les parois du kyste? Une hydrocèle peut devenir le siége d'une inflammation aiguë ou chronique. Or, toute phlegmasie, dans une membrane séreuse, a pour résultat de donner lieu à la production de

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