‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 43 sur 358 · FONGUS BÉNINS DU TESTICULE · texte numérisé non relu

FONGUS BÉNINS DU TESTICULE

[L'affection que nous avons à décrire sous ce nom a été signalée d’une. manière vague par Callisen, J.-L. Petit, Swediaur, Bertrandi; elle a été beaucoup mieux étudiée par A. Cooper, Lawrence, puis par Curling, qui l'a rattachée à l’histoire de l’orchite chronique. M. Jarjavay (1) en a donné, il y a quelques années, une description très complète.

Assurément l'expression de fongus bénin n'offre pas toute la rigueur désirable, en ce sens qu’elle ne donne qu’une idée imparfaite de la nature de la maladie qui consiste en une excroissance de bonne nature végétant ou se développant sur la glande séminale. Xl serait peut-être plus convenable d'appeler la seconde variété, que nous décrirons avec détail, Aernte de la substance testiculaire à travers la tunique albuginée.]

Variétés. — On en à admis deux variétés : 1° le fongus superficiel, qui est une simple végétation sur l'enveloppe fibro-séreuse du testicule; 2° le fongus parenchymateux qui s’élèverait au travers d’une perforation de la tunique albuginée. M. Jarjavay à surtout établi ces deux variétés. M. Deville (2) n’admet que la première.

(1) Mémoire sur les fongus du lesticule (Archives générales de médecine, 1849, t. Il p. 129.

(2) Moniteur des hôpitaux, 8 janvier 1853,

FONGUS BÉNINS DU TESTICULE. 205 4° Fongus bénin superficiel. — Pour que cette variété se développe, il n'est pas nécessaire qu'il y ait une destruction préalable d’une portion de la tunique fibreuse du testicule, tandis que les autres ne peuvent naître et s'accroître qu'autant qu’un travail ulcératif aura produit sur elle une perte de substance. Le fongus superficiel se produit dans deux circonstances : tantôt les bourses ont éprouvé une solution de continuité, c’est-à-dire que la glande est mise à nu, tantôt elles sont intactes. Dans ce dernier cas, il existe habituellement une hydrocèle concomitante. La lésion que A. Cooper appelle tumeur fongoide de la tunique vaginale est un exemple de cette variété. Dans le premier, la glande n'étant plus soumise, là où elle est en contact avec l'air, à la compression que le scrotum exerce naturellement sur elle, une inflammation se déclare, et des fongosités s'élèvent sur cette partie. On a vu ces phénomènes se produire à la suite d’une excision pratiquée sur les parois d’une hydrocèle pour obtenir la cure radicale. D’autres fois, une injection irritante, pratiquée dans la tunique vaginale, n’a pu donner lieu à l’adhérence de cette membrane dans toute son étendue, un abcès s’est formé, une ouverture artificielle où spontanée a permis l'issue du pus, et les parois du foyer se sont couvertes de bourgeons charnus, qui, devenant exubérants, ont fait saillie au travers de l’orifice fistuleux. Toute solution de continuité des bourses, l'introduction d’une mèche ou d’un séton dans la tunique séreuse, peuvent être suivies de la formation d’un fongus. On a donc été conduit à considérer les excroissances charnues qui se sont ainsi développées sur la membrane séreuse du testicule comme des bourgeons que l’inflammation engendre dans d’autres points du corps, et qu’un état local fait devenir exubérants. D’autres cavités naturelles, placées dans les mêmes conditions pathologiques, offrent quelquefois les mêmes fongosités : l'aspect granuleux que présentent parfois Les parois de certaines articulations atteintes de phlegmasie chronique est dû à la production de fongosités de même nature; ce sont elles encore qu’on observe aux coulisses fibro-synoviales des doigts dans une certaine variété de panaris. | | Quand la surface interne d’une cavité naturelle suppure, dit M. Jarjavav, les parois tendent sans cesse à revenir sur elles-mêmes en vertu de la rétractilité propre à la membrane des bourgeons charnus. D'ailleurs, la tonicité des tissus circonvoisins de la peau, par exemple, ajoute encore à cette force. Les bourgeons charnus, au contraire, ne peuvent se développer, s'épanouir que par un mouvement de nutrition vers leur périphérie, en sorte que ces deux tendances opposées concourent par une admirable harmonie, à juxtaposer les parois et à favoriser le phénomène de l’adhésion. Mais supposez que la première fasse défaut dans une plus ou moins grande étendue, la Seconde s’exercant là sans antagonisme, les bourgeons charnus grossissent ét deviennent luxuriants. Aïnsi s'élèvent les fongosités du fond d’une bourse séreuse entre les deux lèvres de l’incision cutanée, ainsi se forment les fon-

gosités superficielles du testicule au travers d’une ouverture pratiquée sur le scrotum (1).

2° Fongus bénin parenchymateux. — Causes et mécanismes. — J'ai déjà dit qu’une lésion des tuniques propres du testicule peut donner lieu à une inflammation qui aurait pour effet la formation de bourgeons analogues à ceux qui s'élèvent sur certaines plaies. C’est là le fongus bénin su perficiel, qui n’est contesté par personne. Pour la formation du fongus parenchymateux, il faut une ulcération de ces tuniques, de la scléreuse, puis une altération du tissu propre du testicule, consistant en une masse fongueuse qui traverserait la solution de continuité de la tunique fibreuse, ulcérerait ensuite le scrotum pour s'épanouir tout à fait au dehors. Or, quelle serait la nature de la lésion parenchymateuse? Ce serait, dit-on, une inflammation. Veut-on dire une inflammation simple, franche ? Je le nie. I n'existe guère qu'une inflammation franche du testicule, c’est l’orchite parenchymateuse ; elle est toujours aiguë. Or cette inflammation se termine par résolution, ou bien la suppuration a lieu, et alors il y a en même temps mortification, la glande disparaît, elle ne bourgeonne pas. Quant à l’inflammation chronique simple, elle est presque imaginaire. Les inflammations chroniques du testicule reconnaissent presque toujours pour cause les tubercules, comme je le dirai plus tard. Ces espèces de corps étrangers sont des épines qui peuvent rester innocentes pendant un certain temps, mais sous une influence connue (coup, pression, fatigue), ou bien, sans qu'on sache pourquoi, ils allument de temps en temps des foyers inflammatoires dans le sein de la glande. Vient le moment de la fonte tuberculeuse, alors l’ulcération se produit et le fongus pousse. Je ne nie pas, dans ce cas, la présence d’une certaine quantité de canaux séminifères dans la composition de cette tumeur. Cependant, en général, la substance même du testicule a très peu de disposition à faire hernie, à bourgeonner. M. Jarjavay s’est livré à des expériences sur les chiens pour éclairer le mécanisme du fongus. Il à été obligé d'opérer de grandes pertes de substance de l’albuginée pour produire une espèce de hernie des canaux séminifères. Tous les jours, à l'hôpital du Midi, mes élèves et moi faisons des débridements testiculaires sans produire le moins du monde cette espèce de prolapsus, et l’on a vu, quand j'ai fait l’histoire des plaies accidentelles du testicule, que la même circonstance a été notée. Ainsi je suis peu disposé à admettre le fongus parenchymateux comme une complication de l’énflammation testiculaire simple. Sous ce rapport je me rapproche de M. Deville.

[Anatomie pathologique. — La tumeur qui forme le fongus se continue directement avec la substance testiculaire à travers une perte de substance de la tunique albuginée; elle offre un volume qui varie depuis une noisette jusqu’à un gros œuf ; elle a une forme sphérique, ovoïde ou bilobée ;

(1) Mémoire cité.

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