‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 44 sur 358 · FONGUS BÉNINS DU TESTICULE · texte numérisé non relu

FONGUS BÉNINS DU TESTICULE

son aspect général est celui d’une mûre, à la surface, où elle présente en effet des granulations plus où moins saillantes. Elle est de couleur rouge pâle, quelquefois blanchâtre, rouge brun ou même noirâtre; la consistance en est toujours très ferme. En soumettant la tumeur et le testicule à une coupe verticale d'avant en arrière, on reconnaît très bien que le fongus se continue avec la substance du testicule par un pédicule plus ou moins large, et que le testicule lui-même est diminué de volume, réduit parfois à un petit noyau.

Si l’on cherche à apprécier la structure du fongus, on reconnaît qu’il offre un tissu jaunâtre, compacte et sillonné par des vaisseaux; cette coloration est due à la présence d’une substance jaune particulière; au milieu de la masse morbide se trouvent des vaisseaux séminifères en plus ou moins grande quantité, puis des artères, des veines et une certaine quantité de tissu cellulaire et fibro-plastique. Le fongus paraît être formé par une couche corticale très dure et par un noyau plus foncé en couleur ; les filaments spermatiques font défaut dans la couche corticale et ne se rencontrent que dans le noyau.

La tunique albuginée ne présente aucune altération, si ce n’est une perte de substance dans les points où le fongus se continue avec la substance du testicule; sur les limites mêmes de la perte de substance, il existe un épaississement de la membrane fibreuse qui est un peu renversée en dehors. Les deux feuillets de la tunique vaginale et les autres enveloppes des bourses sont en général unis par des adhérences molles et filamenteuses.

Symptômes et marche, — Avant que la tumeur se développe, les malades accusent quelques symptômes généralement rapportés à l’inflammation chronique du testicule : des douleurs vagues dans le scrotum, une augmentation dans le volume de lorgane. Après un certain temps, le testicule présente des bosselures, et bientôt il arrive un moment où l’on sent, à traversles enveloppesdes bourses, une tumeur qui adhère au testicule et fait corps avec lui. Les téguments qui recouvrent la tumeur s’amincissent.et finissent par s’ulcérer ; c'est par cette ouverture de la peau que s'échappe le fongus qui, ne trouvant plus d’obstacle à son développement, se présente alors sous la forme d’une tumeur hémisphérique superposée au scrotum, indolente à la pression ou du moins ne donnant d'autre sensation que celle qui est propre à la compression du testicule, c’est-à-dire une douleur énervante ; de couleur rouge pâle ; d'un volume variable, etc.

L'affection est-elle abandonnée à elle-même, la tumeur tend à augmenter de volume; Lawrence admet la possibilité d’une guérison spontanée.

Diagnostie. — Le fongus bénin du testicule a été surtout confondu avec le cancer ; ilimporte donc de préciser les caractères différentiels de ces deux affections. Le cancer est souvent le siége de douleurs lancinantes; le fongus bénin est indolent par lui-même, et c’est par la compression seule de la tumeur qu’on développe une douleur accablante. Le cancer fournit une sanie

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d'odeur repoussante et s'accompagne d’hémorrhagies: rien de semblable dans le fongus bénin. Le cancer présente des excroissances molles, friables ; le fongus est dur, résistant. Le cancer se complique bientôt d’un engorgement des ganglions Iymphatiques de l'abdomen ; dans le fongus, il n'y a que les ganglions de l’aine qui s’indurent. Enfin le cancer s'accompagne d’une perversion prompte de la santé générale du sujet ; la santé demeure au contraire intacte avec un fongus bénin.

Pronostic et traitement, — Le fongus bénin n’est grave qu’à titre d'affection locale et parce que les fonctions du testicule peuvent être compromises.

Lorsque l'affection est récente, si elle s'accompagne de douleurs, Curling administre les pilules bleues; il applique à la surface de la tumeur un plumasseau de charpie imbibé d'une solution de nitrate d'argent, puis il comprime la production morbide au moyen de bandelettes de sparadrap de diachylon gommé.

Le fongus est-il volumineux, les moyens précédents ne suffisent pas, on peut alurs employer le procédé suivant rapporté à Syme : Une incision citculaire est pratiquée tout autour de la tumeur et prolongée vers la partie supérieure et la partie inférieure de la masse morbide, de manière à donner à cette incision une forme elliptique. Les téguments sont ensuite disséqués de chaque côté dans une étendue suffisante pour qu’on puisse les ramener sur le fongus et en réunir les lèvres par quelques points de suture. Cette méthode nous paraît devoir mériter la préférence sur Ja ligature de la tumeur, sur l’excision du fongus, et à plus forte raison sur la castration, ressource ultime à laquelle il ne faut recourir que lorsque le testicule est com= plétement désorganisé. |

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