‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 45 sur 358 · LÉSIONS ORGANIQUES DES TESTICULES · texte numérisé non relu

LÉSIONS ORGANIQUES DES TESTICULES

ARTICLE I®, Dégénéreseence fibreuse du testicule,

La dégénérescence fibreuse la plus fréquente n’est autre que l'atrophie du testicule, c’est-à-dire l'oblitération, la disparition des canaux séminifères et la prédominance de l'élément fibreux : c’est ce qui arrive souvent après l'affection appelée testicule Syphilitique {voyez page 170). Dans le cas le plus remarquable de dégénérescence fibreuse observé par M. Cruveilhier, cette tunique albuginée était séparée du Corps fibreux par une couche épaisse de liquide. Selon M. Cruveilhier, ce scrait le tissu cellulaire qui unit entre eux les conduits séminifères, qui aurait été transformé en tissu fibreux. Le testi-

ENCHONDROME. 209

cule observé par lui avait d’ailleurs toutes les apparences du tissu de la matrice à l’état de repos (1).

[On trouvera un exemple fort remarquable de transformation fibreuse des testicules dans le fait suivant (2) : les pièces ont été recueillies sur un homme d'environ trente-cinq ans, vigoureusement constitué , qui paraît avoir succombé à une tuberculisation pulmonaire.

49 Zesticule droit. La tunique fibreuse commune au testicule et au cordon est épaissie. La cavité de la tunique vaginale a disparu, et des adhérences intimes unissent ces deux tuniques au corps même du testicule.

L'épididyme adhère dans toute son étendue au bord supérieur du testicule. Une coupe verticale antéro-postérieure du testicule nous montre un épaississement de la tunique albuginée, dont les dimensions vont, en certains points, à 3 millimètres. La substance testiculaire, qui a conservé son aspect rougeatre, a disparu complétement dans certains points, où elle est remplacée par une substance gris blanchätre, d'aspect fibreux, paraissant se continuer à lu périphérie avec la tunique albuginée, et n'être que le développement anormal des cloisons celluleuses que la face profonde de la tunique albuginée envoie dans l’intérieur de l'organe. Examinée à un grossissement de 600 diamètres, celte substance gris-blanchâtre paraît formée de fibres de tissu cellulaire, sans aucun mélange d'éléments fibro-plastiques.

2° Zesticule gauche. Mêmes altérations que pour le testicule droit, si ce n'est qu’elles sont moins avancées. Aussi la substance propre de ce testicule est-elle moins envahie par le tissu fibreux de nouvelle formation que le testicule droit. | Gette dégénérescence ne réclame pas essentiellement la castration.

ARTICLE IL Dégénérescenece osseuse du testicule, — Enchondrome,

La tunique vaginale est plus souvent osseuse que le testicule lui-même. On observe quelquefois des dépôts calcaires dans le testicule, sous forme de noyau ou de zone, de plaques. La première forme peut bien être le résultat d’une espèce de guérison du tubercule ; l’autre forme peut être aussi une terminaison de ce qu’on a appelé testicule syphilitique. La première forme se remarque surtout à l’épididyme et dans le canal déférent; la seconde est plus particulièrement observée dans ou sur le testicule même. J’ai opéré par l'incision une hydrocèle qui avait été vainement traitée deux fois par l’injection. Le testicule était tout sablé, comme le dessous des boîtes à allumettes chimiques dont on se sert aujourd'hui. Souvent les osééides , les dépôts calcaires coïncident avec des dégénérescences malignes. On trouve des faits de

(1) Anatomie pathologique du corps humain, in-fol., fig. col., livraison V, p. 3. (2) Fano, Transformation fibreuse partielle de la substance propre des deux'testicules, chez le méme sujet (Bulletin de la Société de chirurgie de Paris, 1855). — Anatomie pathologique générale de Cruveilhier, t.. IT, p, 752.

dégénérescence osseuse dans le livre de A. Cooper, dans le tome XXVI dés Archives de médecine, dans le Æecueil d'observations de Walther et dans la traduction française de l'Anatomie pathologique de Baillie. Le traducteur cite un cas fort remarquable observé par A. Dubois, sur un jeune"homme de dix-sept ans, auquel il pratiqua l’'amputation des deux testicules. On les trouva tous deux ossifiés dans leur centre : l’un pesait dix-huit, l’autre dix= sept onces.

Il y à dans la collection académique, partie étrangère, une observation très remarquable de Luc Schroekius le fils. Dans cette observation, on voit la tumeur entrer en suppuration, et, après le pus, se présenta à la plaie un petit os à surface inégale et rude ; il fut retiré avec des pinces par David et Louis Freytag. Plusieurs os sortirent, et la plaie se ferma ; en deux mois et demi le malade guérit, son testicule revint à l’état naturel. A. Bérard , qui cite cette observation, est tenté de croire que c’étaient là des séquestres de la tumeur vaginale ossifiée. Je suis porté à penser qu'il s’agissait de débris du fœtus, comme dans le cas observé par M. Velpeau, dont il sera question bientôt,

Quand il y à ossification du testicule, on comprend que la dureté de la tumeur doit être extrême. Cette dégénérescence seule n'indique pas la castration ; mais, comme elle marche souvent avec d’autres lésions, ce sont: celles-ci qui font naître la nécessité de cette grave Opération. Quand la maladie guérit spontanément, c’est qu’il existe des plaques qui deviennent autant de séquestres qui subissent l'élimination des os nécrosés. | |

[L'enchondrome a été rencontré dans le testicule, soit à titre de lésion coïncidant avec le cancer ou la maladie hystique , soit à titre de lésion spéciale. Paget à rapporté un cas d’enchondrome du testicule et du cordon spermatique; chez le même sujet il existait des masses Cartilagineuses dans le poumon. ]

Des kystes du testicule.

[Les kystes du testicule ont été étudiés par Liston, Curling et M. Gosselin (1). Ce dernier les a divisés en deux groupes, d’après leur volume : de : petits kystes et de grands kystes. Au point de vue pratique, cette distinction mérite d’être conservée; car si les petits kystes réclament rarement l’intervention de l’art, il n’en est pas de même des grands kystes, qui peuvent nécessiter une opération analogue à celle de l’hydrocèle,

4° PETITS KYSTES bu TESTICULE. — Ils se rencontrent le plus souvent sur la face convexe et sur l'extrémité libre de la tête de l’épididyme, parfois sur le milieu ou près de la queue de l’épididyme, ou bien encore sur lé mi-!

lieu de la face inférieure de l'organe, sur l’appendice testiculaire, enfin au niveau du testicule et sur la tunique albuginée,

(1) Gosselin, Recherches Sur les kystes de l'épididyme, du testicule et de l'appendice testiculaire (Archives de médecine, 1848, t, 1, p: 24). b

M. Gosselin n’en a jamais trouvé dans l'épaisseur même de la substance de l’épididyme. G'est donc dans le tissu cellulaire sous-séreux que ces kystes prennent leur organe. On en rencontre un seul ou plusieurs ; tantôt ils sont sessiles et à base large, tantôt ils sont pourvus d’un pédicule mince et grêle. Ils sont limités par une membrane d’enveloppe qui n’est interrompue nulle part, de nature fibro-celluleuse , et qui contient souvent de petits vaisseaux ramifiés dans son épaisseur. Le contenu du kyste est un liquide transparent où jaunâtre, quelquefois consistant , trouble et opalin. M. Gosselin n'y à jamais rencontré de spermatozoides, mais Curling (1) avance le contraire; c’est donc un sujet qui demande de nouvelles recherches. Dans tous les cas, la marche de ces kystes est très lente; quelquefois, après avoir acquis un certain développement, ils se rompent, et le contenu tombe dans la cavité de la tunique vaginale ; ou bien plusieurs kystes peuvent s’accroître, au point de donner lieu à la formation d’une tumeur que l’on peut alors, avec Curling, désigner sous le nom d’hydrocèle enkystée de l'épididyme.

2° GRANDS KYSTES DU TESTICULE. — Ces kystes se développent entre la tête de l’épididyme et le testicule, sous la membrane séreuse; on pourrait, avec, Curling, les appeler 4ydrocèles enkystées de la tunique vaginale. Leurs connexions avec l’épididyme sont plus intimes qu'avec le testicule. C’est surtout dans ces Kystes qu’on a rencontré des spermatozoïdes en quantité plus où moins considérable, d'où le nom d’Aydrocèle spermatique. Liston a le premier signalé, dès l’année 1843, cette particularité qui a beaucoup préoccupé les pathologistes. Comment se rendre compte, en effet, de l’existence de ces animalcules dans un kyste du testicule? C’est ce que les recherches de Curling, Luschka, M. Gosselin, ont bien établi. Ainsi, les deux premiers observateurs ont bien constaté , sur des pièces pathologiques , une communication entre l’un des tubes de l’épididyme et le kyste, d’où issue du sperme dans le sac de l’hydrocèle, M. Gosselin n’ayant pu, de son côté, trouver une communication entre le kyste et les voies séminifères, admet une rupture des vaisseaux séminifères ou des conduits efférents, un épanchement de sperme dans le tissu cellulaire ambiant, puis la formation d’une membrane accidentelle, l’enkystement du produit, et, finalement, l’oblitération des canaux romipus. En résumé, l’Aydrocèle spermatique reconnaîtrait toujours pour point de départ la rupture d’un vaisseau efférent, et ultérieurement l'épanchement du sperme , soit dans un kyste déjà formé (Gurling), soit dans le tissu cellulaire qui s'organise en kyste autour du liquide (Gosselin); enfin, ce travail une fois accompli, la rupture du vaisseau séminifère peut persister ou s’oblitérer.

L'hydrocèle enkystée du testicule est caractérisée, au début, par une bosselüre placée à la partie antérieure et moyenne du scrotum, arrondie, sans changement de couleur de la peau, fluctuante et parfaitement transparente,

(1) Traité pratique des maladies du testicule, elc,

distincte d’ailleurs du testicule et placée immédiatement au-dessus de cet organe. Une ponction avec un trocart, pratiquée dans le kyste, laisse écouler un liquide trouble, opalin, renfermant le plus souvent des spermatozoïdes.

Les caractères que nous venons d'exposer ne sont pas tellement absolus, qu'on ne puisse confondre cette maladie avec d’autres genres d’hydrocèle, notamment avec l’hydrocèle enkystée du cordon qui se développe quelquefois à la partie inférieure de cet organe. Une ponction exploratrice permettra le plus souvent de lever toute difficulté ; si le liquide retiré par le trocart renferme des spermatozoïdes, on peut être assuré qu'il s’agit d’une hydrocèle enkystée du testicule.

Le traitement des grands kystes du testicule est le même que celui de l'hydrocèle vaginale : ponction avec trocart et injection 1irritante de vin ou de teinture d’iode. S'il existait un certain nombre de kystes, il serait préférable d'en vider le contenu par une incision pratiquée sur la paroi la plus super ficielle, et d'introduire dans la plaie des boulettes de charpie, pour obtenir une oblitération des kystes par suppuration. ]

[Cette affection très bien décrite par A. Cooper et par Curling (4) consiste en une transformation du testicule en kystes composés ou prolifères.

Anatomie pathologique. — La substance du testicule est criblée d’un nombre plus ou moins considérable de kystes, de volume variable depuis un grain de millet jusqu'à un œuf de pigeon (fig. 658). Ces kystes renferment tantôt un liquide transparent et légèrement coloré, tantôt un fluide épais, visqueux et albumineux, tantôt enfin des caillots ; ils sont enchatonnés dans un üssu cellulo-fibreux ou fibreux plus ou moins dense ; une matière plastique fibrineuse leur est interposée. On voit souvent naître de la paroi des kystes des végétations polypiformes ou lobulées, ayant une structure celluleuse et recouvertes d’un épithélium cylindrique; on rencontre aussi souvent de petites masses d’enchondrome mêlées aux kystes. Au début, la substance testiculaire se trouve refoulée vers la périphérie de la masse morbide ; plus tard le tissu glandulaire disparaît complétement.

Cette affection est le plus souvent de nature bénigne, c’est-à-dire qu’elle ne récidive pas après l’ablation du testicule. Le contraire a été observé dans quelques cas. s

Symptômes. — La maladie se développe lentement, sans douleur; elle se présente sous la forme d’une tumeur ovale, élastique, indolente, à surface lisse et unie, quelquefois irrégulière, accompagnée parfois d’une fluctuation qui est due à la présence d’une petite quantité de liquide dans la tunique vaginale. La tumeur peut acquérir un volume considérable. Curling en mentionne une qui avait 45 centimètres de long sur 9 de large. Hancock en à enlevé une qui pesait 2180 grammes.

(1) Traité pratique des maladies du testicule, Paris, 1887.

HYDATIDES DU TESTICULE. 215

Causes et diagnostie. — C'est à la période moyenne de la vie que la tumeur se développe généralement ; une contusion du testicule en est quelquefois la cause déterminante. On peut la confondre avec l'hydrocèle, l’hématocèle et le cancer encéphaloïde du testicule; elle diffère de l’hydrocèle par le défaut de transparence, le poids spécifique plus considérable, l'absence de douleur énervante réveillée par la compression dans le point qu'occupe le testicule dans l’hydrocèle; c’est surtouten ayant égard à ce dernier caractère qu'on la différencie de l’hématocèle. La ressemblance entre la maladie kystique du testicule et le cancer encéphaloïde de l'organe est très grande ; mais dans la première de ces deux maladies, le cordon spermatique et les ganglions lombaires ne subissent pas d’altération. Dans tous les cas qui peuvent embarrasser le chirurgien, on fera une ponction ex-— ploratrice qui ne donnera issue qu’à une petite quantité de sérosité teinte de sang lorsqu'il s’agit de l'affection kystique.

Traitement. — Le seul mode de traitement à appliquer est l’ablation du testicule, c’est-à-dire la castration. ]

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Hydatides du testicule.

Dupuytren, Larrey, prétendaient en avoir observé chacun deux cas ; Cooper n'en avait vu qu’un. Ces kystes sont isolés, occupent le cordon ou le testicule même, ou bien ils forment des espèces de grappes qui se développent dans l'épaisseur de la tunique vaginale, et peuvent de là s’étendre jusqu'au testicule, dans la propre substance duquel elles pénètrent. (1) Rien de

(1) On consultera avec intérêt le travail que M. Davaine vient de publier sous le titre de: Traité des entozoaires et des maladies vermineuses de l'homme et des animaux domestiques, Paris, 1860, in-8, p, 755.

plus obscur que l’étiologie de ces kystes. Dupuytren, selon les éditeurs de Sabatier, en aurait observé sur plusieurs membres de la même famille. La tumeur est ordinairement transparente; elle résiste à la pression ; elle n'offre point ou peu de fluctuation. Elle a une surface bosselée. Si l’on en croit Larrey, l'application brusque d’un corps froid produit un resserrement, une diminution de volume de cette tumeur, tandis que la chaleur et l'humidité rétablissent son volume primitif. La gravité de cette maladie dépend de l’envahissement opéré par les hydatides ; si elles sont restées dans le cordon, dans la tunique vaginale, on peut les déloger par de simples ivcisions ; mais si elles se sont enfoncées dans le testicule, l’ablation de cet organe devenant nécessaire, selon beaucoup de chirurgiens, on comprend toute la gravité que prend alors cette singulière maladie. M. Velpeau dit n’avoir jamais observé d’hydatides du testicule, « J'en ai parlé, dit-il, à plusieurs praticiens des plus répandus, des plus anciens, qui n’ont pas été plus heureux (1). » Pour mon compte , j'ai opéré un Anglais d’une tumeur des bourses que je considérais comme une hydrocèle multiloculaire, En effet, je trouvai après l’incision de toutes les enveloppes des bourses une infinité de poches qui auraient pu contenir, les unes une noix, les autres une noisette ; elles renfermaient une matière gélatiniforme très limpide, Les parois de ces poches étaient très minces, très transparentes, et se déchiraient facilement ; elles étaient toutes contenues dans la tunique vaginale. C’est le même sujet qui m'a offert cet aspect sablé de la surface du testicule, et dont il a été question à l’article OssIFICA- TION (page 209). Était-ce là une tumeur hydatique ?

Débris de fœtus dans les bourses,

Après les acéphalocystes, je placerai les tumeurs des bourses produites par un être vivant arrêté dans son développement, celles qui sont dues à une monstruosité par inclusion. L'exemple le plus remarquable de cette espèce de tumeur à été observé par M. Velpeau, en février 1840 (2). Ce professeur lut, sur ce sujet, une note à l’Académie, et fit une leçon qui a intéressé tous : les chirurgiens. L'analyse du fait et des réflexions de M. Velpeau vaudra mieux ici qu'une description générale, qui, d’ailleurs, ne pourrait être complète, car les faits de cette nature sont très rares.

Un homme de vingt-sept ans, d’une bonne et forte constitution, est entré à l'hôpital de la Charité le 18 février 1840. Il a , au Côté droit du scrotum , une tumeur du volume du poing ; elle est congénitale. Le médecin du pays où est né ce malade l’a vu quelques jours après sa naissance, Il crut reconnaître un preumalocèle ou un petit phlegmon, mais sans aucun caractère dangereux. Trois ou quatre ans après, il apprit, en revenant visiter un autre

(1) Dictionnaire de médecine en 30 volumes, nouvelle édition, t. XXIX, p. 490. (2) Bulletin de l'Académie de médecine, t, Il, p. 390.

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