‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 46 sur 358 · DÉBRIS .DE FOETUS DANS LES BOURSES · texte numérisé non relu

DÉBRIS .DE FOETUS DANS LES BOURSES

malade dans le voisinage, que cette tumeur avait toujours persisté, et qu’elle avait continué à grossir. Ce médecin perdit depuis l’enfant de vue. Ces détails, fort incomplets, ne pouvaient guère être utiles à la connaissance de l’état des choses à cette époque de la vie du malade, Quoi qu’il en soit, cette tumeur à toujours persisté et paraît n'avoir pris aucun développement bien manifeste avec l’âge, Voici ce qu’on a observé à la Charité :

Au côté externe du scrotum (côté droit) existe une tumeur du volume du poing ; elle est assez exactement arrondie, couverte d’une peau très blanche, avec poils fins, courts et clair-semés. Ces poils ne présentent aucun des caractères des poils du scrotum. La coloration de la tumeur tranche du reste parfaitement avec celle du scrotum; cette dernière est d’un brun foncé, et la transition entre la coloration de ces deux parties est tout à fait brusque. La tumeur et la peau qui la recouvre ne donnent aucun signe de sensibilité, soit qu'on les presse, soit qu’on les pique. La sensibilité du scrotum est au contraire très exquise : cette transition de sensibilité est aussi brusque que celle de la coloration. Pressée dans divers sens, cette tumeur offre la consistance d’une tumeur fibreuse ; cependant, sur divers autres points, elle paraît moins dure et comme fluctuante. En arrière, on sent même un corps dur situé dans l’intérieur de la tumeur, et qui semble donner la sensation d’une concrétion osseuse. Il existe dans la tumeur et en arrière plusieurs ouvertures fistuleuses ; il s'écoule par ces ouvertures une matière grasse qui ne ressemble ni à du pus ni à de la sérosité. Le malade a souvent fait sortir luimême de ces ouvertures, ou à l’aide de divers instruments, une certaine quantité de cette matière glaireuse et granuleuse. Par une de ces ouvertures, ou sorte d’ulcère, il sort une mèche de poils très fins, et qui existaient là bien avant que le malade en eût observé sur le pubis. Au fond d’une des autres ouvertures, on remarque un tubercule rougeûtre.

Les rapports de la tumeur avec le testicule sont les suivants : le testicule et l’'épididyme, placés en dedans, paraissent sains ; ils semblent cependant légèrement hypertrophiés. Le cordon des vaisseaux spermatiques est sain également. Ces organes fonctionnent bien. Le malade n’a jamais, à ce qu’il a affirmé, été atteint de maladie vénérienne.

Le diagnostic de cette tumeur est très difficile. Elle n’est le siége d'aucun travail pathologique ; elle est insensible à la pression, on peut l’inciser, la piquer, la traverser de part en part sans aucune souffrance, ce qui fait qu’elle ne ressemble à aucune de celles qui se développent dans cette région. Il ne s’agit ni d’une hydrocèle, ni d’un sarcocèle, ni d’un éléphantiasis; ce n’est point une tumeur fibreuse, osseuse , ou un kyste séreux ou hydatique ; ni un lipome, ni une dégénérescence tuberculeuse, squirrheuse, cancéreuse ou encéphaloïde ; aucun des caractères propres à ces diverses maladies ne se retrouve ici. « Dans l’impossibilité où je suis de me fixer à ce sujet, dit M. Velpeau, je me suis arrêté à une idée que vous allez sans doute trouver singulière, c’est qu’il pourrait bien s’agir ici d’une tumeur fœtale ou d’un

produit de conception qui est venu se fixer pendant la vie intra-utérine sur le scrotum de notre malade, et qui a continué d’y vivre et de s’y développer. 5

M. Velpeau était arrivé au diagnostic par le procédé d’exclusion et par la connaissance de quelques faits de cette nature que la science possédait déjà, faits très importants pour compléter un diagnostic, mais qui sont loin d’avoir la portée de celui que je vais compléter par les détails de l’autopsie de la tumeur, car M. Velpeau en fit l’ablation. Le malade est mort d'infection purulente.

« La couche extérieure est évidemment de nature cutanée; sa substance principale est un mélange de lamelles et de fibres qui donnent l’idée des tissus celluleux, adipeux, fibreux et musculaire. Dans son intérieur, on trouve deux petits kystes remplis de matière analogue à l’albumen ou à l'humeur vitrée ; un autre kyste, large comme un œuf de perdrix, contient une matière d’un jaune verdâtre et demi-liquide, comme le méconium; dans le quatrième sac existe une masse granuleuse, d’un jaune sale, concrète et entourée de poils; cette matière, analysée, examinée au microscope par M. Darut, s'est montrée avec tous les caractères de la matière sébacée et des écailles épidermiques. Étudiés par M. Mandi, les poils de ces kystes ont paru ne pas avoir de capsule à leur extrémité; de l’un de ces kystes, celui qui était rempli de matières verdâtres , sortait la mèche de poils qu’on voyait à l'extérieur; si bien qu’il existe là une ouverture ayant quelque analogie avec l'anus. Enfin, au milieu de tous ces éléments, on trouve de nombreuses portions de squelette parfaitement organisées , appartenant incontestablement à de véritables os, et non à des productions accidentelles. Ces os, qui sont enveloppés d’une sorte de périoste, dont les pièces diverses, mobiles les unes sur les autres, offrent des articulations réelles, peuvent être divisés en trois catégories. Le premier groupe est essentiellement composé de trois pièces, dans lesquelles je crois reconnaître la clavicule, le scapulum et une partie de l’humérus: le deuxième groupe, beaucoup plus volumineux que le premier, semble appartenir au bassin ou bien à la base du crâne : c’est le corps du sphénoïde ou bien le‘sacrum qui en constituerait la partie centrale; la troisième série, enfin, paraît comprendre des portions de vertèbres ou des fragments d’os indéterminés (4). »

Des tubercules du testicule.

[Les tubercules du testicule sont désignés sousles noms de sarcocèle tuber-

culeux, d'engorgement scrofuleux du testicule, d’orchite chronique tuberculeuse.

(1) Leçons cliniques du professeur Velpeau. — D'autres faits du même genre ont été réunis dans un travail de M. Verneuil : Mémoire sur l'inclusion scrotale et testiculaire (Archives générales de médecine, 1855, t. I et IT).

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