‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 53 sur 358 · APTE D · texte numérisé non relu

APTE D

et c’est dans cette position que je fis la séparation des veines; or cette position horizontale est très peu favorable pour le triage des éléments du cordon. Il est donc probable que j'aurai laissé échapper quelques veines. D'ailleurs, chez un malade qui a déjà été opéré, il y a de ces vaisseaux qui restent très adhérents au canal déférent, et qu’il est facile de laisser échapper. De plus, cet employé avait un pissement de sang et des douleurs dans les reins qui annonçaient une complication. Ainsi 1l est très possible que cette récidive lienne, et à une mauvaise exécution de mon procédé, et à une diathèse variqueuse que n’ont pas ordinairement ceux qui sont opérés du varicocèle, Quoi qu'il en soit, c’est là une récidive sur plus de trois cents opérations ; et, notez bien, récidive que je n’ai pu constater. À voir l’empressement qu'on a ris à montrer à d’autres ce malade, à entendre le bruit qu’on à fait autour de cette récidive, j'ai pensé que s’il en existait d’autres, j'en aurais eu connaissance, du moins indirectement.

Difformité, — On a reproché à mon procédé de laisser une cicatrice ditforme, et ce reproche me vient précisément de ceux qui ouvrent les bubons par la pâte de Vienne! Les plus modérés ont dit : Puisque tous les procédés sont également suivis de récidive, mieux vaut employer celui qui laisse le moins de traces. Je dois donc m'expliquer sur ce point, et dire ce qui se passe après que les fils d'argent ont été enlevés ou sont tombés. La section du pont qui sépare l'entrée de la sortie des aiguilles laisse une plaie profonde et dont la réparation est lente à se faire. Il y a donc pendant un temps assez long une cicatrice inégale, dont le grand diamètre est mesuré par la largeur du pont, et dont les petits diamètres ont à peine 6 millimètres. La rétractilité, cette propriété si énergique des tissus cicatriciels, agit peu à peu dans tous les sens, et finit par réduire la difformité en une légère dépression qui se confond avec un des plis nombreux et très marqués du scrotum. J'ai revu de mes anciens malades conservant une trace si légère de l'opération, qu'il m'aurait été impossible de savoir, par la cicatrice seule, le procédé qui avait été suivi. I faudrait que ceux qui se donnent la mission de professer la médecine opératoire ou de l'écrire, même en manuel, prissent la peine de constater les faits. Il arrive quelquefois que la portion de peau qui est au-dessus des fils, vers la verge, forme une espèce de lambeau, surtout quand on à beaucoup enroulé. Ce lambeau, après la section des chairs, reste épais, saillant; mais peu à peu il s’atrophie, diminue de volume, s’aplatit et se met de niveau avec la peau qui est au-dessous de la cicatrice, du côté du testicule.

Je dois dire en terminant que déjà cinq de mes confrères ont été opérés par ma méthode. Avant de se décider, ils ont étudié les procédés suivis sur les malades opérés par les autres méthodes. Un de ces confrères, aujourd'hui médecin distingué des armées, a fait sa thèse sur le varicocèle,

Deux indications se présentent quand on se propose la cure radicale: 4° évacuer le liquide contenu dans la tunique vaginale; 2° modifier cette membrane de manière à empêcher qu’elle ne reproduise le mêine liquide. …

Si l’on ne remplit que la première indication, on ne peut espérer que la cure palliative, parce que presque toujours le liquide se reproduit. Je ne suis pas absolu, en parlant de la reproduction de celte tumeur, parce que plus d’un fait me prouve que la simple ponction à guéri l’hydrocèle sans récidive. La manœuvre nécessaire à l'évacuation du liquide n’étant que le premier temps de l'opération pratiquée pour la cure radicale par l'injection, je renvoie à la description de ce procédé ce que j'ai à dire sur la ponction.

Pour que la cure soit radicale, il faut empêcher la reproduction du liquide qui remplit la tunique vaginale. On à donc agi directement sur cette mem= brane pour la modifier ; on à employé la cautérisation, le séton, les tentes et autres corps étrangers, on à fait l'encesion, l'excision et l'injection.

A. CAUTÉRISATION, — Les anciens se servaient d’un escharotique que less uns plaçaient à la parte supérieure, les autres à la partie inférieure de la tumeur ; ils le renouvelaient jusqu'à ce qu’il eût ouvert le kyste pour le vider, Il en est qui arrivaient au même résultat par le fer incandescent.

Par les caustiques, la première indication, l'évacuation du liquide, n’était pas assez promptement remplie, et la seconde, c’est-à-dire la modification de la membrane, ne pouvait pas également se faire partout. C'était d’ailleurs une opération douloureuse, longue et incertaine,

PB. SÉTON, TENTES, CANULES, etc. — Après avoir évacué le liquide par une incision Où une ponction, on a voulu laisser dans le kyste un corps étranger qui pût l'enflammer. Cette méthode était en germe dans G. de Salicet : il voulait qu’on ouvrit la poche avec une lancette et qu’on miît dans le pertuis une tente. K. de Hilden laissait une mèche effilée; M. Larrey, un bout de sonde de gomme élastique. M. Jobert scarifie le kyste avec un très petit instrument qu'il introduit comme on le fait pour ouvrir les abcès par congestion, c’est-à-dire, comme le disait Delpech, par une voie détournée. Le séton est encore plus ancien que la tente, puisque Peyrilhe, M. Velpeau, le font remonter à Galien. On comprend avec quelle facilité ce moyen serait appliqué en se servant d’une aiguille comme celle de Boyer, laquelle entraînerait une mèche ou un ruban de toile fine. Le liquide s’échapperait par les deux ouvertures faites à la tumeur: il serait filtré par la mèche, dont le séjour dans la tunique vaginale produirait la modification nécessaire à la cure radicale,

Dans ces derniers temps, M. Baudens a conseillé de remplacer le séton par une canule : avec elle, on traverse la tumeur par le moyen d’un poinçon comme celui d’un très petit trocart; on retire le poinçon et l’on fixe cette

canule avec un fil qui l'entoure en huit de chiffre. Comme la canule a un œil vers le milieu, elle évacue le liquide, et sa présence opère la modification nécessaire à la cure radicale. M. Davat (1) vient de renouveler ce procédé ; il remplace la canule par un fragment de sonde de gomme élastique qui à des ouvertures, des yeux, vers la partie moyenne. Selon M. Davat, c'est l'air qui est introduit dans la tunique vaginale par ce fragment de sonde qui provoque la modification la plus avantageuse, la plus innocente, la moins douloureuse de toutes celles qui sont provoquées par les moyens déjà usités. Pour moi, ces procédés n’agissent guère que comme le séton, dont l’application est plus simple. Tous ont le même inconvénient : ils n'agissent que sur certains points de la tunique vaginale, qui est ainsi très inégalement modifiée; de là des récidives fréquentes.

On va voir que les corps étrangers ne doivent pas toujours être rejetés.

C. INCISION. — On saisit d’une main la tumeur en tirant la peau en arrière ; avec un bistouri courbe, on incise d’abord cette première enveloppe, puis les autres tissus ; ou bien on pénètre d’un seul coup dans le kyste; à la place du liquide qu’on vide, on met de la charpie seule ou trempée dans du vin chaud, comme je l'ai vu faire une fois sur un enfant. Cette méthode est une des plus rationnelles ; elle est promptetnent exécutée, et peut être moins douloureuse que l’enjection au vin. Dupuytren l’employait quand il conservait des doutes sur la nature de la tumeur qu’il allait opérer. Il pratiquait d’abord l'incision de la peau assez largement, ponctionnait ensuite avec la pointe du bistouri, ét, si le liquide que faisait sortir cette ponction lui apprenait qu'il avait affaire à une hydrocèle, il agrandissait l'ouverture du kyste et le tamponnait avec de la charpie sèche. Si, au contraire, la ponction lui prouvait qu'il avait affaire à un sarcocèle, il disséquait la tumeur et l’emportait. D’ailleurs, quand le kyste est multiloculaire, l’incision est toujours préférable ; elle est plus méthodique que le séton, la tente et la canule, parce qu’elle permet de tamponner régulièrement, d'appliquer des brins de charpie sur tous les points de la tunique vaginale, qui se trouve ainsi enflammée dans toute son étendue,

D. EXCISION. — L’excision n’est pas à dédaigner dans des cas spéciaux : par exemple, quand la tunique vaginale est dure, très épaissie. C’est par ce procédé que j'ai opéré à l’Hôtel-Dieu un sujet qui avait une tunique vaginale épaisse, dure. J’imitai Dupuytren; je saisis le testicule en arrière avec la main gauche, qui le pressait comme on presse un noyau de fruit qu’on veut lancer au loin ; je fis une incision sur le plus grand diamètre de la tumeur; les lèvres de la plaie s’écartèrent considérablement : alors, avec la pointe du bistouri, je perçai la coque et j'agrandis cette ouverture dans le sens de la première incision. Sur chaque bord de cette plaie faite à la tunique vaginale, je fis une incision, ce qui me donna quatre lambeaux que

(1) Gazette médicale, 9 février 1850.

VIüAL. T. V. — 5° ÉDIT. A6

j'excisai à leur base et le plus près possible du testicule. Je pansai mollement. avec de la charpie fine, Il se déclara une vive inflammation des bourses et du testicule dont je triomphai facilement, et là cure fut radicale.

Get exemple prouve mieux que tous les raisonnements l’excellence de l’excision dans des cas exceptionnels. Il est certain qu'ici la simple incision avec tamponnement, et l'injection la plus irritante n'auraient pu faire disparaître cette coque dure, qui aurait renouvelé continuellement l'hydrocèle.

Æ. INJECTION. — L'injection est aujourd’hui généralement employée, Indiquée déjà par Celse, elle a été surtout pratiquée et très expressément recommandée par Lambert (de Marseille) dont les Commentaires et les ob= servations ont été publiés en 1677. Ce chirurgien se servait de l'eau phagédénique. Beaucoup d’autres liquides ont été essayés : l’eau froide, le lait, l'air même. On a employé surtout l'alcool et plusieurs vins, le médoc, le porto. Gerdy (1), dans la discussion soulevée par le mémoire de M. J. Roux, dit avoir employé le plus-souvent une solution aqueuse d’alun saturée et à froid. Dupuytren et Boyer ont fait adopter le gros vin rouge seul ou avec un peu d'alcool, et dans lequel on fait bouillir des roses de Provins.

On se sert d’une demi-seringue appelée seringue à hydrocèle. 11 faut plusieurs bassins, soit pour contenir le vin à injecter, soit pour recevoir le

contenu de l'hydrocèle. Le malade est couché; le

Fig. 667. chirurgien saisit la tumeur comme je l'ai dit tantôt

pour l’excision. Il s’est bien assuré qu'il a affaire à une hydrocèle, Il connaît la situation du testicule. La figure 667 représente une hydrocèle qui a êlé ouverte ; elle montre bien la position du testi- Cule par rapport au kyste. Alors le trocart, tenu de la main droite, est enfoncé par un coup sec à la partie inférieure et externe de la tumeur. Une résistance vaincue, quelquefois une gouttelette de liquide qui passe entré la canule et la plaie, la profondeur à laquelle l'instrument est parvenu, le mouvement qu'on imprime à sa pointe, tels sont les indices de l'ouverture de la poche, La main gauche abandonne alors la tumeur, saisit et fixe bien le trocart près de la peau ; la main droite retire le poincon. Le liquide sort par la canule, qu'on dirigera dans tous les sens du kyste, et qu’on enfoncera peu à peu, à mesure que la quantité de sérosité diminuéra. Le testicule, au lieu d'être en bas, en arrière 7 e£ un peu en dedans de la tumeur, peut être en . avant, le liquide est tout à fait en arrière. Ainsi le 2 mai 1849, j'ai opéré à .

(1) Bulletin de l’Académie de médecine. Paris, 1846, t. XE, p, 321,

l'hôpital du Midi deux malades qui avaient le testicule dans cette position anormale. Si l'on avait piqué sur le lieu indiqué par les classiques, le trocart eût embroché le testicule, TI à fallu piquer en bas et en arrière ; après l’évacuation du liquide, on à pu constater que le testicule était en avant de la canule du trocart, tandis qu'il est ordinairement en arrière.

La seringue est chargée ; le liquide a environ trente-deux degrés. Le siphon est adapté à la canule du trocart, et l’aide pousse doucement l'injection jusqu’à ce que la tumeur soit à peu près reproduite. Pendant ce temps, l'opérateur se gardera d'abandonner la canule. On laisse séjourner l'injection environ cinq minutes, pendant lesquelles l'opérateur tient le pouce devant le pavillon du trocart pour boucher la canule, On vide, après ce temps, la tumeur, pour la remplir une seconde fois. Il est inutile, quand le liquide est suffisamment chaud et suffisamment animé, de revenir à une troisième injection, comme le font quelques praticiens. Il faut vider complétement la tumeur, faire sortir jusqu’à la dernière goutte de liquide : pour cela on exercera des pressions douces, répétées sur tous les points qui correspondent à la tunique vaginale, le tout avant de retirer la canule et pendant qu’on la retire.

M: Velpeau a fait de nombreuses expériences qui tendent à prouver que l'injection avec de la teinture d’iode et l’eau aurait moins d'inconvénients que l'injection vineuse: 30 à 120 grammes de liquide sufliraient ; il n’est pas nécessaire d’en remplir la tunique vaginale pour que l'effet désiré se produise, et l’on se dispense même de retirer tout le liquide, parce qu’il est absorbé. El est aussi absorbé quand, par accident, il se met en contact avec le tissu cellulaire. Il ne donne donc pas lieu à des abcès et à la gangrène du scrotum comme le vin. En malaxant la tumeur, on met le liquide en contact avec toute la surface à modifier. Une petite seringue à urèthre suffit pour l'injection. On la remplit trois ou quatre fois si la tumeur est très volumineuse, Comme on n’est pas obligé de distendre la tumeur, on craint moins le reflux du liquide. L'opération est simplifiée, car on n’a besoin ni de sevingue ad hoc, ni d'aucun autre préparatif. La douleur est moindre, et la réaction moins forte. En mai 1837, M. Velpeau possédait trente-huit faits de guérison. Il n’a pas constaté un accident. La moyenne du traitement a été de douze jours. Voilà, selon le professeur cité, les avantages des injections iodées. J'y reviendrai.

Je vais parler maintenant de quelques modifications opératoires nécessitées par des circonstances qui tiennent au volume, à la multiplicité de la tumeur, etc. ; je décrirai ensuite les phénomènes qui suivent l'injection et les accidents auxquels elle peut donner lieu.

Quand la tumeur à un très grand volume, il est imprudent de la vider en entier pour la remplir complétement de vin chaud. Une vive inflammation, sévissant sur une si large surface, pourrait susciter une réaction qui ne serait pas sans danger, Le même danger pourrait provenir de l'injection de deux

24h MALADIES DU TESTICULE.

hydrocèles dans la même séance. IL vaut mieux alors, dans le premier cas, essayer quelques ponctions en se bornant à la cure palliative, et n’en venir à l'injection que quand il se serait opéré un retrait du kyste. Dans le second cas, C'est-à-dire quand il y a deux hydrocèles sur le même individu, il est plus prudent de n’opérer d’abord que sur un côté, et de n’entreprendre l'autre opération qu'après la réussite de la première. Il pourrait bien arriver que la première opération rendît la seconde inutile, car on a vu l’inflammation d'une tunique vaginale exciter assez l’autre séreuse pour donner lieu à Ia résorption du liquide qu’elle contenait et à la guérison : aussi c’est le cas ici d'appliquer le principe des opérations en deux temps.

Au lieu de redouter l'inflammation, il faut craindre quelquefois qu'elle ne suflise pas au travail nécessaire à l'adhésion des surfaces contiguës de la séreuse : C'est ce qu'on observe chez certains vieillards dans des cas d’'hydrocèles très anciennes, avec épaississement du kyste. Mais il ne faudrait pas du premier coup rendre beaucoup plus active l'injection ; il vaudrait mieux n'en venir là qu’après avoir constaté l'insuffisance d’une injection ordinaire.

Le pansement, à la suite de l'opération de l’hydrocèle par injection, est extrêmement simple, on pourrait même s’en dispenser ; cependant on est dans l’usage de recouvrir les bourses avec des compresses trempées dans le même vin qui à servi à l'injection. On les renouvelle deux fois par jour, jusqu'au cinquième ou sixième jour, époque à laquelle l’inflammation est parvenue au degré d’acuité suffisant pour opérer la guérison. On remplace alors les compresses par des cataplasmes émollients.

Le contact, dans la tunique vaginale, d’un liquide irritant comme le vin chaud, est la cause d’une inflammation de cette membrane, qui s'étend plus ou moins au testicule, C’est vers le quatrième jour que cette inflammation se révèle avec tous ses caractères ; quelquefois, le lendemain même de l’'opération, on la voit apparaître, tandis que, chez certains malades, elle n’est développée que le sixième jour. J'ai constaté ce développement le soir même d'une opération que j'ai pratiquée avec M. Morel-Lavallée. Cette inflammation rend aux bourses le volume qu’elles avaient avant l'opération, c’est-à-dire que la tumeur se reproduit ; mais il y à plus de chaleur, douleur tensive, rougeur même, C'est-à-dire les caractères de l’inflammation ; elle est même assez vive pour exciter une réaction, une vraie fièvre. Le huitième, le dixième jour, l'inflammation commence à s’éteindre, la tumeur s’affaisse, Il convient alors de revenir aux compresses résolutives, qu'on avait abandonnées pour les cataplasmes émollients. Quand la résolution se fait trop attendre, on doit en venir à l'onguent mercuriel, aux pommades iodurées, etc. On devra toujours bien soutenir les bourses, pendant tout le traitement de l’inflammation produite par l'injection. Pour que cette inflammation soit réellement curative, il faut qu’elle se renferme dans les bornes d’une inflammation adhésive, | et qu’elle ne se propage pas top aux tissus environnants. Alors il se fait, dans la séreuse, un dépôt d'une matière demi-liquide, demi-transparente :

c’est la matière dite /ymphe plastique, laquelle, en s’épaississant, en S’organisant, fait adhérer la portion pariétale de la tunique vaginale avec la portion testiculaire. Comme il n'y a plus de cavité possible autour du testicule, il n’y a plus d'épanchement possible.

Quand l’inflammation dépasse les bornes de cette inflammation salutaire, ou quand elle revêt une autre nature, le tissu cellulaire se prend, et l’on a alors des abcès, des gangrènes des bourses. Blandin parle même de l’extension de l’inflammation aux veines, ce qui occasionna la mort du malade. Cet accident est très rare ; je ne connais même que ce fait cité par Blandin (1). La gangrène est beaucoup plus fréquente. Pour mon compte, je l'ai observée quatre fois ; deux fois dans le service de Boyer. Cette gangrène peut être produite par une extension de l’inflammation ; mais c’est surtout le contact du vin sur le tissu cellulaire des bourses qui l’occasionne, ce qui arrive principalement quand la canule n'est pas convenablement fixée pendant l’injection. Son bout abandonne la cavité de la séreuse, se met en rapport avec le tissu cellulaire du scrotum ; comme l’aide pousse toujours l'injection, le liquide, au lieu de parvenir dans la tunique vaginale, s’infiltre sous la peau. L'infiltration peut avoir lieu par une déchirure de la tunique vaginale, déchirure qui s'opère, au moment de l'injection, quand on distend trop cette membrane. Le liquide peut aussi passer entre la canule et les tissus qui composent les bourses, au moment de l'injection, ou bien quand la canule est enlevée avant l'évacuation de tout le liquide ; ce liquide, en traversant le trajet que lui à tracé le trocart, peut s'infiltrer encore. Guéprate, chirurgien distingué de la marine, à imaginé un trocart qui mettrait le malade à l'abri du passage du liquide entre la canule et le tissu cellulaire.

M. Velpeau pense que ces accidents peuvent être évités en substituant au vin la solution d’iode; car, tandis que le premier de ces liquides mortifie les tissus qu’il touche, l’iode ne les excite qu’au degré voulu pour que son absorption ait lieu. Mais on répond naturellement que, puisque la solution d'iode est si inoffensive, elle n’irritera pas suffisamment la séreuse du testicule, et, au lieu d’une cure radicale, on n’obtiendra alors qu’une cure palliative. À ce raisonnement très juste, M. Velpeau répond par des guérisons radicales dont le chiffre s'élevait déjà à trente-sept en 1837, à quatre cents en 1846. Cette question n’est cependant pas résolue, car M. Velpeau trouverait facilement des praticiens qui pourraient opposer à ce chiffre un chiffre trois fois plus élevé de succès obtenus par l'injection vineuse, sans qu'aucun accident soit venu compromettre sérieusement une seule fois la vie des opérés. Les accidents dus à l’inexpérience, à l’inattention des opérateurs, ne peuvent être raisonnablement imputés à la méthode, Par cela même que M. Velpeau a signalé les accidents qui sont dus à l’excès de distension, il les rendra moins possibles. Restent ceux qui sont dus à l’excès d’inflammation,

(1) Diclionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. X, p. 1928.

à la propagation de celle-ci aux veines. J'avoue que ceux-ci ne peuvent, le plus souvent, être attribués à l'opérateur ; car il est des individus qui, après une simple piqûre de sangsue sur les bourses, sont pris d'érysipèle phleg= moneux. Il est vrai que, sur de pareils sujets, l'injection vineuse donnera lieu à de plus grands désordres; mais si réellement le liquide iodé produit une inflammation, qüand il pénètre dans la tunique vaginale, je doute qu'il soit complétement innocent chez les individus pour lesquels toute inflammation est grave. Si, au contraire, l’iode guérit sans enflammer, la question change complétement de face, car un autre ordre de faits surgit alors, et il faudra les voir au grand jour de cette philosophie médicale qui aperçoit autre chose, après une stimulation quelconque 4ça’une inflammation à naître. Les expériences de M. Velpeau sont donc de nature à jeter un grand jour sur la thérapeutique de l’hydrocèle et sur histoire des répara= tions organiques. Il faut donc qu’elles soient multipliées et variées. Gerdy, dans la discussion à l’Académie de médecine, a soutenu lopinion qui admet que la guérison de l’hydrocèle n’implique pas nécessairement l'effacement, l'adhésion naturelle de la séreuse.

L'Académie de médecine s'est occupée, en 1846, de l'injection iodée. Une longue discussion à été provoquée par un rapport de M. Velpeau sur un travail de M. Jules Roux, professeur à Toulon. MM. Velpeau, Bérard, Laugier, Jobert, se sont montrés partisans des injections iodées. MM. Roux. Gerdy, Blandin, ont soutenu la supériorité des injections vineuses. Comme on le sait, après ses discussions, l’Académie ne vote pas sur la question, mais sur les conclusions du rapport, de sorte que je ne puis donner ici l'opinion de cette Société ; mais vous ferez bien de lire les discours prononcés à cette occasion (1). Pour moi, voici ma pensée : L'opération de . l’hydrocèle par l'injection vineuse est peut-être l'opération chirurgicale sur laquelle on puisse le plus compter. Il n’en existe pas qui réussisse plas souvent, et quand il y a insuccès ou accident, on peut presque toujours accuser, non lopération, mais l'opérateur : il a été ou négligent où inhabile, Cepen-. dant il faut avouer que cette injection est évidemment plus douloureuse, et | qu'il reste encore quelques cas, très rares à la vérité, où malgré tous les soins possibles, toute l’habileté possible de la part de l'opérateur, il peut survenir des accidents, puisqu'on les a observés précisément dans la pratique des hommes qui jouissent de la réputation chirurgicale la mieux méritée; de sorte qu’au point de vue de l’innocuité, de la bénignité, je crois que les injections iodées doivent être mises en première ligne. Peut-on en

dire autant, si l’on se place à celui de l'efficacité, dela certitude de la cure radicale ?

(1) Bullelin de l'Académie royale de médecine, t, XI, p. 289 à 423. — Voyez aussi le Mémoire de M. J. Roux, Mémoires de l’Académie de médecine. Paris, 1847,

t. XIE, p. 514, — Velpeau, Des injections médicamenteuses dans les cavilés closes. Paris, 1846, in-8,

Comme M. Velpeau, je ne vois pas seulement dans l'emploi de l’iode la guérison de l'hydropisie, de l'épanchement séreux ou sanguinolent, mais la fonte des engorgements complicatifs : ainsi les épaississements de la tunique vaginale, les tuméfactions de l’épididyme par inflammation spécifique où par tuberculisation. e

[Les chirurgiens contemporains sont encore partagés d'opinion relativement à la préférence à accorder, soit aux injections vineuses, soit aux injections avec la teinture d'iode. On reproche surtout au vin chaud d'exposer à la gangrène du scrotum, maïs cet accident peut être facilement prévenu, si l'opération est pratiquée d’une manière convenable ; on a également prétendu qué les injections vineuses sont plus douloureuses que les injections iodées. Je puis assurer que j'ai entendu des malades opérés par l’iode se plaindre vivement. D'un autre côté, il est incontestable que les injections avec le vin donnent des guérisons beaucoup plus sûres que les injections avec la teinture d'iode. J'ai vu, depuis quelques années, un certain nombre de malades opérés par l’iode revenir peu de temps après, dans un autre hôpital, réclamer une nouvelle opération. On à surtout attribué à l’iode l'avantage de guérir l’hydrocèle sans oblitérer la tunique vaginale ; or d’après les observations de M. Gosselin (1), l’oblitération de la tunique vaginale aurait pour effet de produire une anémie de la substance du testicule et une diminution de la sécrétion spermatique. Ces dernières assertions sont loin d’être définitivement démontrées pour nous; ainsi les résultats mêmes des autopsies pratiquées par M. Hutin (2), aux Invalides, sur des sujets opérés de l’hydrocèle, plusieurs années auparavant, par les injections iodées, démontrent que loblitération de la séreuse est encore assez fréquente dans ce cas. En second lieu, les observations de M. Gosselin sur l’anémie du testicule consécutive à loblitération de la tunique vaginale sont trop nouvelles pour qu’on les accepte définitivement. Je crois donc que les injections vineuses sont préférables aux injections d’iode et qu’elles produisent une guérison beaucoup plus certaine et plus durable, ]

Après l'injection, de l’air ou des gaz peuvent être retenus dans la tunique vaginale, passer dans le tissu cellulaire, ce qui ne saurait être considéré comme un accident, car peu à peu ces fluides sont résorhbés.

Il y a des accidents qui se rattachent au premier temps de l'opération. Le trocart peut, en effet, rencontrer le testicule et le blesser: il peut aussi piquer l'artère du cordon quand celui-ci est épanouï au-devant des bourses, comme je l'ai dit en parlant des hernies anciennes, ou bien une des branches des honteuses qui nourrissent les bourses aura été atteinte. Aucun de

(1) Additions à la traduction de la 2° édit. de Curling, Maladies du testicule,

(2) Bulletin de l'Académie impériale de médecine, t. XVIII, p. 1027 et suiv.,

séance du 28 juin 1853.

2h18 MALADIES DU TESTICULE.

ces accidents n’est immédiatement grave. J'ai dit, en parlant des plaies du testicule, que leur danger avait été exagéré. Cependant, c’est encore une circonstance qui doit engager le chirurgien à s'assurer, par tous les moyens possibles, de la position de cette glande, pour ne pas l’atteindre. Quant à l’hémorrbagie, elle n’a pas non plus une grande gravité, et cela que le sang vienne d’uné lésion artérielle ou d’une exhalation sanguine qui s’est opérée dans la tunique vaginale. El n’y a, dans les premiers moments, qu'à appliquer des compresses trempées dans l’eau blanche à une température basse. A l’'hydrocèle alors succède une hématocèle, qu’on traite comme nous l’avons indiqué précédemment.

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