‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 68 sur 358 · ANOMALIES ET DIFFORMITÉS DE LA VULVE · texte numérisé non relu

ANOMALIES ET DIFFORMITÉS DE LA VULVE

Il n’y à peut-être pas de parties qui offrent plus de variétés que les lèvres génitales, les petites surtout. Quelquefois formées par un simple repli de Ja muqueuse qui ne dépasse pas les grandes lèvres, on les voit, au contraire, dans d’autres cas, avec un développement qui les rend très saillantes; nonseulement alors elles dépassent les grandes lèvres, mais elles pendent quelquefois entre les cuisses comme des oreilles de chien. Ce développement des petites lèvres est surtout extrêmement prononcé chez beaucoup de femmes de quelques parties de l'Afrique, Ce vice de conformation expose davantage à la contagion syphilitique, comme le fait le phimosis, chez l’homme. D’ailleurs, dans cet état de développement, les petites lèvres sont irritées, froissées par les cuisses quand la femme marche beaucoup. Une opération peut donc devenir nécessaire; elle est des plus faciles : c’est une simple résection opérée avec de forts ciseaux. La plaie donne beaucoup de sang qu’on arrête : avec des lotions d’eau froide, ou bien par la cautérisation. |

Le clitoris prend quelquefois un développement qui peut le faire ressembler à la verge : c’est alors qu'on a cru à l’hermaphrodisme. Cet organe, ainsi développé, a servi à des déréglements honteux qu'on à voulu dompter par l’amputation. Il est vrai que cette Opération ne peut guérir une nymphomanie prononcée ; mais on croit qu'elle peut amortir la passion de la masturbation chez les jeunes filles. C’est encore ici une Opération des plus faciles qu'on exécute ayec une pince et une bonne paire de ciseaux. S'il survenai une hémorrhagie, le cautère actuel la réprimerait bientôt. |

La vulve peut être fermée plus ou moins complétement. Il semble quelquefois que le raphé du périnée se soit prolongé en haut, et ait agrandi cette

ANOMALIES ET DIFFORMITÉS DE LA VULYE. 287 région dans ce sens; de sorte que deux ouvertures se trouvent oblitérées : celle du vagin, celle de l’urèthre. L’adhésion est plus ou moins complète, Ordinairement, ce n’est qu’un développement plus ou moins considérable de la partie inférieure des grandes lèvres qui forme devant le vagin une valvule, laquelle peut retarder de beaucoup le dernier temps de l'accouchement; en s’élevant un peu plus, elle peut rendre laborieuses les premières approches, puis empêcher l'issue des règles, enfin retenir plus ou moins les urines. Un pareil vice de conformation, porté à ce point, est extrêmement rare. On sait que la plupart des adhérences des diverses parties de la vulve sont beaucoup plus fréquentes à la suite des inflammations des grandes et petites lèvres. Ainsi, des brûlures, des ulcérations dont la cicatrisation n'avait pas été bien dirigée, ont fini par faire adhérer entre elles les petites lèvres, ce qui à nécessité une opération, soit pour faciliter le coït, soit pour terminer un accouchement. Cette opération est encore facile à pratiquer : on fait, avec l'extrémité du bistouri, une petite ouverture sur un des points de la réunion anormale ; [a sonde cannelée est introduite par cette ouverture, elle sert de guide à l'instrument pour achever la séparation des deux côtés de la vulve.

Ici s'élève une question d'opportunité qui est relative à l'accouchement. Ainsi, quand l’occlusion incomplète de la vulve a permis le coït, quand elle n'a pas empêché la fécondation, on peut se demander si l'opération doit être faite pendant la grossesse ou pendant l’accouchement. Je pense pour mon compte qu'on doit attendre l’accouchement, car avant on pourrait provoquer l'avortement. Voici l’opinion de Boyer : « Quelques chirurgiens, consultés dès les premiers mois de la grossesse, ont pensé devoir s’abstenir de faire cette opération à cette époque, où l'avortement est plus à craindre, et différer jusqu'au cinquième mois, où il arrive plus rarement. Quelquefois le chirurgien n’a connu cette disposition qu’au moment de l'accouchement. Dans ce cas, si la membrane était fort mince, on pourrait, comme le fit Mauriceau, se dispenser de l’inciser : la force avec laquelle le fœtus est poussé suffirait pour la rompre. Mais si elle avait assez de consistance pour mettre quelque obstacle à l'accouchement, on ne devrait pas hésiter à en faire l’incision, d'autant plus que la déchirure qui se fait en ce moment-là peut ne pas se confondre, se perdre dans la première ouverture, et qu’alors il y a deux orifices au lieu d’un. C’est ce que j'ai observé chez une jeune dame. Pendant le cours de la petite vérole, ses grandes lèvres s'étaient réunies dans une grande partie de leur étendue; il restait seulement, en haut, une ouverture qui donnait issue à l’urine et au sang des règles. Cette dame s'étant marice à l'âge de vingt-deux ans, devint bientôt enceinte, malgré les difficultés que son mari éprouva à consommer le mariage. L'accouchement se fit avec tant de .promptitude, qu'il était terminé avant l’arrivée del’accoucheur. Mais l’enfant, au lieu de sortir par l'ouverture qui existait à la partie antérieure des grandes lèvres, se fit une voie au travers de la cicatrice qui les unissait.

288 MALADIES DE LA VULVE. | L'accoucheur, s’en étant aperçu, conçut l’idée de réunir à l’aide de quelques points de suture les bords de cette déchirure. Mais avant de pratiquer cette opération, il désira, ainsi que le mari de la dame, s’éclairer de l'avis de quelques confrères, et nous fûmes appelés, M. Sédillot et moi. Nous pensàmes que l'opération projetée était d’un succès fort incertain, et qu’en supposant qu’elle réussit, elle laisserait la malade dans la disposition défavorable où elle était relativement à l'acte de la génération et de l'accouchement: qu'il était préférable de couper la bride ou l’espèce de pont qui séparait les deux ouvertures. À la vérité, après cette section, la vulve devait avoir une grande largeur; mais le mari de la malade, consulté sur ce point, ayant déclaré qu'il préférait une voie facile à celle qui lui avait offert tant d’obstacles, il fut décidé que l’on couperait la bride : je le fis sur-le-champ; les bords de l’incision et ceux de la déchirure ne tardèrent pas à se cicatriser.

« Dans un cas où, par suite d’un accouchement très laborieux, la vulve s'était presque entièrement bouchée, Lamotte fut obligé d’inciser pendant le travail de l’accouchement la cicatrice, qui empêchait de suivre les progrès du travail, mettait obstacle à l'écoulement des eaux, et aurait sans doute compromis l'existence de cette femme, si l'incision n’en eût pas été faite (1). »

Page 1